Zibeline n°32 août 2010
Zibeline n°32 août 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°32 de août 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 72

  • Taille du fichier PDF : 8,3 Mo

  • Dans ce numéro : créer maintenant, imaginer demain.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 FESTIVALS AVIGNON Le Festival d’Avignon a débuté par de longs applaudissements. Ceux adressés par la Cour d’Honneur à Agnès Sourdillon, qui disait les inquiétudes et la colère d’une profession dont on détruit les moyens de production. Qui demanda et obtint au nom du SYNDEAC le soutien du public, devant un Ministre de la Culture qui exécute les baisses de budget, et un Président du Festival d’Avignon, Louis Schweitzer, qui estime qu’elles n’existent pas. Faut-il voir dans ces applaudissements, puis dans l’attitude des nombreux spectateurs qui quittèrent en protestant la Cour pendant la première de Papperlapapp, le signe d’une fracture ? Sans doute. Le public part souvent avec la sensation d’avoir été grugé. De ne pas trouver là ce qu’il a payé pour voir. Impression consumériste fondée sur une frustration pas toujours pertinente, mais plus acérée en ces temps d’urgence. C’est que le théâtre, et Avignon en particulier, est depuis toujours un lieu où la parole sublimée se prend face une assemblée. Le seul lieu où le verbe des artistes éclate, où la culture s’élabore en présence du public. Acte hautement politique : la protestation y est un signe de santé active… même si elle pousse chacun dans des camps retranchés où l’on finit par trouver sublime ou scandaleux des spectacles simplement moyens ! Tentative poétique Le spectacle de Marthaler n’est ni le ratage scandaleux que dénonçaient bruyamment des spectateurs furieux, ni la réussite poétique que saluent certains. D’un côté parce que le metteur en scène, et ses acteurs chanteurs, Anna Viebrock surtout, la scénographe, ne manquent pas de talent, musical et plastique ; de l’autre parce que cette écriture de plateau qui s’élabore en cours de répétition ne parvient décidément pas à produire des chefs d’œuvres impérissables. Attendre d’artistes réunis qu’ils créent ensemble, à partir de rien, d’une idée -l’histoire Le monde de Guy Cassiers est très particulier. Metteur en scène aux images virtuoses, son art s’apparente au cinéma : les voix, amplifiées, peuvent oser le murmure, et le mouvement est donné non par les mouvements des corps, qui esquissent simplement des gestes, mais par leurs images projetées, visages en gros plans qui se mêlent ici à des références picturales où des caméras se baladent, les grossissant et découpant à l’envi. Mais cet art de l’image n’est pas assorti de l’habituel abandon du texte, et le monde de Cassiers est extrêmement littéraire : sa dramaturgie, plus romanesque que théâtrale, repose sur un amour intime des romans mondes, de Proust à Malcolm Lowry. Avec L’Homme sans qualités il s’attache à un monument, des Papes- et de leurs talents mis en commun, sans écriture préalable (ou fédératrice a posteriori), une œuvre impérissable (ou périssable mais marquante), semble un leurre persistant… Alors Papperlapapp ? Les 2h40 initiales s’étant réduites dès la troisième représentation à un peu plus d’1h30, on imagine qu’il en reste les temps forts : une bande d’acteurs capables d’entonner du Pérotin avec une musicalité époustouflante, ou un Trouvère à Les qualités de Guy Cassiers long, ample, complexe, statique. Et ne lui ajoute aucun mouvement, même pas ceux de l’espace romanesque, même pas les ors de la Cour qui s’opposeraient à l’univers bourgeois de Clarisse et Walter : c’est l’univers intérieur d’Ulrich qui préside à tout, comme capté à l’intérieur de la langue. Durant trois heures et demi, en Flamand surtitré, on assiste littéralement à un tiers du roman. Les personnages s’y présentent comme des portraits, emblématiques du général, du monarque, de l’homme du peuple… L’ironie transparait peu, l’humour pas du tout, même la farce de l’excrément invasif des chevaux, ou de Radetsky tombé dans le canal, restent sinistres. Trop de révérence peut-être, pour le texte ? Guy Cassiers rend évidemment lisible la portée politique du roman, qui trouve aujourd’hui un écho terrible dans l’éclatement déliquescent de la Belgique et, au-delà, dans le pourrissement des classes dirigeantes. Peut-on lui reprocher son manque de joie ? A.F. Koen Broos Christophe Raynaud De Lage mourir de rire tant il est faux juste comme il faut. Quelques numéros de clowns, une ambiance de fond d’église sixties avec ses odeurs moites d’encens, une improvisation puissante au violoncelle midi… Des flashes, au cœur d’un propos décousu. En espérant que les maladresses les plus flagrantes -je me souviens du premier jour où je suis né, je suis le mensonge qui est la vérité, et les temps morts persistants, et les répétitions lourdingues- aient été arasées avant la dernière ! AGNES FRESCHEL PapperlapappCour d’Honneur jusqu’au 17 juillet 04 90 14 14 14 Château d’hommes Sollicités par le Groupe acrobatique de Tanger, le duo Zimmermann& de Perrot, acrobate et compositeur semant la poésie sur leur route, tous deux jongleurs du théâtre sans paroles, ont voulu rendre présente la richesse humaine de l’acrobatie traditionnelle marocaine. Pour monter Chouf Ouchouf (voir Zib’29) les deux Suisses se sont immergés 3 mois dans Tanger, habités par la sensation de disparition et de réapparition propre à la ville labyrinthe. Et avec cette nouvelle collaboration, leur quatrième, ils font à nouveau mouche ! Leur monde en équilibre est recréé par les 12 acrobates, jeunes, beaux, drôles, généreux. Même si le propos glisse un peu vers le folklorique, que l’émotion reste derrière la démonstration, l’énergie est communicative. Ça voltige, ça escalade, ça grimpe, ça saute, ça n’a peur de rien ! Les acrobates se faufilent en grappes humaines, font tourner des lampes d’Aladin, et gravissent des sommets d’équilibre impressionnant. Chouf ouchouf, regarde et regarde encore est tout dans le plaisir de se donner à voir. L’essence du spectacle ? DE.M. L’homme sans qualités Opéra Théâtre jusqu’au 12 juillet 04 90 82 81 40 Chouf Ouchouf Cour du lycée Saint-Joseph jusqu’au 13 juillet 04 90 14 14 14
FESTIVALS 11 Beautés troubles Si elle ne faillit pas à sa réputation d’artiste hantée par les fantasmes, la plasticienne -metteuse en scène, chorégraphe, factrice de marionnettes- Gisèle Vienne signe avec This is how you will disappear une orchestration diablement réussie de canons contradictoires, entre beauté apollinienne et dionysiaque. Contradictions qu’elle véhiculait dans ses deux précédentes pièces, I Apologize et Une belle enfant blonde, en développant deux champs esthétiques opposés, l’éloge de la beauté liée à la ruine ou à la perfection. Elle continue de creuser son sillon, avec ses personnages post-adolescents chaotiques et possédés. Une athlète, une rock star et un entraîneur perdus dans une forêt -scène de crimes ? - symbolique et pourtant hyperréaliste, constituent un triangle de marionnettes humaines. Et semblent y osciller, produisant un balancement entre la réalité brutale, l’onirisme inquiétant et l’angoisse primitive de la nature, hésitation qui crée l’incroyable réussite visuelle de ce spectacle troublant. La musique, composée par deux pointures de l’électro, Stephen O’Malley et Peter Rehberg, est le quatrième personnage de la pièce, omniprésente et essentielle. L’installation plastique est au cœur de la dramaturgie, une machinerie visuelle aux lumières divines d’où jaillit de la brume sculptée de manière ahurissante. Si le propos de l’écrivain américain Dennis Cooper reste peu clair, et visiblement morbide, l’imaginaire du spectateur se perd dans cette forêt poétique et inquiétante, d’où il ne ressort pas vraiment indemne. Stimulant et inédit. DE.M. This is how you will disappear Gymnase Aubanel jusqu’au 15 juillet 04 90 85 72 50 This is how you will disappear de Gisele Vienne Sebastien Durand Célestine médiévale Keersmaeker a l’art de surprendre en jouant toujours des mêmes ingrédients. Ses danseurs, virtuoses, qui incarnent la simplicité d’une gestuelle si travaillée qu’elle en paraît naturelle ; la musique, qu’elle conçoit comme le terreau premier de son inspiration ; un véritable propos, qui en découle. Aussi, qu’elle danse sur des répétitifs américains, Stravinsky ou Ravel, Bach et Webern, Coltrane même, lorsqu’il se fait indien, c’est toujours la même divine surprise : épousant chaque fois le propos musical elle ne peut se répéter, trouvant dans ses univers différents d’infinies variations… Après une lente montée introductive à la flûte -respiration continue, glissendo incroyable sur toute la tessiture ponctué de quelques flatterzung à peine dépolarisants- En Atendant s’attache à la musique médiévale, Ars subtilior du 14 e siècle, lorsque la polyphonie sortait la musique de la monodie médiévale, pour s’élancer, complexe, vers une Renaissance harmonique. Sa danse épouse ce mouvement, non pas en retrouvant, ethnologique, l’authenticité hypothétique de danses de Cour ou de marché, mais en dessinant des mouvements analogues. À partir d’impulsions fondées sur la marche, à peine rythmée, sur des rotations mesurées, puis sur d’étranges conglomérations des corps, des mises à nu… C’est encore une fois très beau... même si cette musique, chantée sans éclat, sonne un peu muséale quand la danse ne l’est pas. Mais la magie opère peu à peu dans le Cloitre des Célestins au naturel, sans lumière et sans scène, où le crépuscule descend lentement, effaçant les corps soudain nus de son ombre… jusqu’à la nuit atendue… A.F. En atendant Cloitre des Célestins jusqu’au 16 juillet 04 90 14 14 14 Herman Sorgeloos Bande de zigotos Un Nid pour quoi faire est l’adaptation théâtrale du roman publié en 2007 par Olivier Cadiot (éditions POL). L’univers barré de l’écrivain poète croise la mise en scène contrastée et cinématographique de son complice Ludovic Lagarde. Un montage cinématographique en effet que cette pièce, qui croise la farce bouffonne et le théâtre de boulevard, le rituel de cour et la cérémonie d’apparat, dans un décor plus vrai que nature. « Cour royale en exil à la montagne cherche conseiller image, chambre tout confort dans chalet atypique, artiste s’abstenir ». Une petite annonce à laquelle répond Robinson, le personnage récurrent de l’écrivain, qui va le plonger dans un univers technicolor et orgiaque à souhait. En voix off, accompagné par la guitare de Rodolphe Burger, qui signe une partition délicieuse à la Gainsbourg, Un Nid pour quoi faire Christophe Raynaud De Lage il trace sa route pour faire son nid, pourquoi pas, jusqu’au chalet du roi et sa communauté délirante. Une cour loufoque et irrésistible, qui conçoit des slogans publicitaires pour redorer le blason d’un monarque déchu et dépressif, devenu « petit soleil pour trois pelés » (Laurent Poitrenaux, forcément truculent). Jusqu’au dénouement improbable, en pleine ivresse des hauteurs, où le petit Robinson prend la place du calife. « Le roi est mort, vive le roi », bien sûr ! Chez Cadiot/Lagarde, ça sent la bouffe, la neige, l’onirisme joyeux et ça donne un bon coup de fraîcheur montagnarde en pleine canicule. Lumineux, drôle et extra-lucide. DELPHINE MICHELANGELI Un Nid pour quoi faire Gymnase Gérard Philipe jusqu’au 18 juillet 04 90 27 66 50



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