Zibeline n°30 juin 2010
Zibeline n°30 juin 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°30 de juin 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 9,4 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... la culture en danger.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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72 CINÉMA LES VARIÉTÉS L’ALHAMBRA P.KANÉ Le poids des fantômes Marseille, 1941. Le seul port français encore ouvert sur l’espoir d’échapper aux nazis. Des centaines de juifs anonymes, d’artistes célèbres, d’apatrides, d’opposants politiques mis sur la liste noire de la Gestapo, transitent dans les petites pensions des vieux quartiers. Louis Polonski, étudiant la médecine depuis plusieurs années en France, attend sa mère et ses deux sœurs que son oncle doit faire sortir de Pologne, pour s’embarquer vers l’Argentine. Les inserts de leur arrestation dans le ghetto de Lodz ne laissent pas d’espoir au spectateur. Mais Louis fait disparaître dans sa poche la lettre confirmant l’échec de la tentative, et apparaître devant lui le trio de femmes toutes en robes et chapeaux, encombrées de valises sans poids, tendres et insupportables, le ep reproche prompt à leurs lèvres violemment rougies. Louis n’a pas été « un bon fils », « un bon frère » : ingrat, il les a oubliées. Pascal Kané signe ici un film étrange, flottant entre réalisme et fantastique sans le budget de ses ambitions. Avec son directeur de photographie Wilfrid Sempé, il théâtralise une ville kafkaïenne gagnée par l’ombre, l’éclaire comme un tableau d’Edward Hopper, joue sur les contrastes et la pâleur lunaire du visage de Louis incarné par l’excellent Rudi Rosenberg. Les yeux très bleus du jeune homme semblent errer avant de se poser sur la belle et pragmatique Rosa (Fanny Valette), chanteuse de revue dont il tombe amoureux. Dessillant à jamais ses paupières, elle le sauve de sa folie. Très documenté, convoquant les figures historiques Entre les murs d’Algérie « Recherchez le savoir, et s’il le faut, jusqu’en Chine ». C’est de ce hadith du Prophète Mahomet que le documentariste Malek Bensmaïl a puisé son titre, La Chine est encore loin, mais aussi saisi l’occasion d’un état des lieux de la transmission du savoir en son pays, l’Algérie. Et si le constat peut paraître amer, le ton lui ne souffre d’aucun pessimisme. Prenant pour centre névralgique de son film une classe de l’école d’un petit village chaoui, berceau de la révolution algérienne, Bensmaïl et son cinéma d’observation mettent en lumière les blocages d’une société. Tiraillée entre un passé colonial étouffant, la place grandissante de l’enseignement coranique et une politique d’arabisation aveugle qui piétine langues et cultures régionales, ici le berbère, la jeunesse de Varian Fry, de Sylvain Itkine -homme de théâtre, de cinéma, incroyable initiateur d’une coopérative de friandises autogérée-, je ne vous oublierai jamais est avant tout une œuvre personnelle inspirée du roman familial co algérienne et son système éducatif semblent être dans une impasse. Mais là où certains clôtureraient leur propos devant tant d’obstacles, Bensmaïl laisse sa caméra filmer, évitant soigneusement la caricature ou la recherche de coupables. Et face aux somptueux décors des montagnes des Aurès, aux sourires et à la malice de ces enfants, à l’abnégation de leurs deux professeurs, à la fierté d’un peuple aussi, il ne peut que sauter d’un pied sur l’autre, et nous avec, entre juste inquiétude et fol espoir. « La société algérienne est bloquée… mais il y a une énergie » semblait résumer Malek Bensmaïl lors de la présentation du film au cinéma Variétés, organisée en partenariat avec AFLAM. REMY GALVAIN La Chine est encore loin de Malek Besmaïl Je ne vous oublierai jamais de Pascal Kané du réalisateur qui y « objective » ses propres fantômes, la culpabilité des survivants de la Shoah et leur deuil impossible. ÉLISE PADOVANI Jeux de miroirs Projeter dans la même soirée Suite parlée de Joël Brisse et Marie Vermillard et Nénette de Nicolas Philibert, quelle drôle d’idée ! Et quel rapport établir entre un documentaire animalier sur la célèbre orang-outan du Jardin des Plantes, filmée derrière la vitre épaisse de sa cage, et 23 souvenirs enfouis, racontés par 23 comédiens assis seuls face à une caméra ? Selon Jean-Michel Frodon, présent ce mercredi 26 avril à l’Alhambra, une même réflexion sur le hors champ, l’invisible, le trouble ; une même volonté d’inviter le spectateur à fabriquer ses propres émotions sans les lui imposer ; un même travail sur la représentation. Ainsi à partir d’un dispositif apparemment simple -absence de contrechamp, frontalité des plans, disjonction entre son et image-, Nénette envahitelle l’écran de son grand corps sculptural et roux dont on ne sait ce qu’il sent et du mystère de ses yeux dont on ne sait ce qu’ils voient. Indifférente, absorbant ou renvoyant infiniment la projection de nos fantasmes. De même sur fond uni, sans décor, à distance de confession, les interprètes de Suite parlée, front à la caméra, font-ils naître, hors cadre, en chacun de nous, de petits films intimes. Shirin d’Abbas kiarostami saisissant le visage de spectateurs devant un écran complète la proposition articulée à une exposition photos sur le même thème, prévue pour le vingtième anniversaire de la réouverture du cinéma de St Henri. Mettre en résonance des univers cinématographiques aux démarches communes : le projet de l’Alhambra rappelle ici que la richesse d’un film vient aussi de ce qu’en font ses récepteurs. ÉLISE PADOVANI
FONDATION VAN GOGH CAC ISTRES m ARTS VISUELS 73 Entre ses murs Renouvellements à la tête de la Fondation Van Gogh, et nouvel accrochage Un certain sentiment de la maison guide la fondation, en écho au projet du peintre de fonder une maison d’artistes en Arles : « Il y aura pour loger quelqu’un la plus jolie pièce d’en haut que je chercherai à rendre aussi bien que possible, comme un boudoir de femme, réellement artistique. » Chez moi Pour cette première exposition depuis les changements survenus au sein de l’Association pour la Fondation Van Gogh*, sa nouvelle directrice Mary Gruber a confié le commissariat à une structure externe, Le Factotum, spécialisée dans les projets culturels. « Avec Nathalie Vo, nous avons conçu une sélection subjective d’œuvres en correspondance avec le désir d’une maison d’artistes, un véritable lieu où s’établir qu’avait rêvé Van Gogh pour Arles » précise Justine Flandin. Exit les évènements dramatiques comme l’oreille coupée pour une présentation apaisée. Nous retrouvons les éléments de la mythologie van-goghienne : la chambre (la photo amusée de Fiodor Cyriel Buis, une vision plus littérale de Larry Rivers), le fauteuil (un César arachnéen), la chaise (un David Hockney un peu ostentatoire), les sobres brodequins (Lucien Clergue), la combinaison des deux (Fernando Botero), la pipe, mais aussi la lumineuse couleur (Jan Voss, Jean-Jacques Surian) ou l’écriture (le palimpseste pictural en filigrane de la chaise par Jean-Paul Pancrazi en correspondance avec l’importante littérature du Hollandais). Plusieurs œuvres s’échappent de la représentation ou de la picturalité pour nous y ramener autrement. L’étonnante condensation en une seule touche quasi achrome de Lee Ufan contraste avec l’image récurrente du Vincent vibrant de couleurs. En photographie, certaines propositions ouvrent d’autres champs distanciés : le corps et la nature en sereine communion (Arno Mikkinen), le flux animiste du végétal (Lu Lubroth), l’éblouissement (Bernard Faucon). Obstinément énigmatique la lampe torche de Jasper Johns. Devant être sous peu restitué à ses ayants droit, le Bacon sera remplacé par un Rauschenberg. Pour un renouveau Pour la saison estivale, un accrochage renouvelé est prévu en attendant les projets annoncés. Plusieurs axes sont envisagés comme l’ouverture à la jeune création, des résidences d’artistes, le développement de partenariats et médiations : ainsi le travail déjà engagé par la jeune artiste Pauline Fargue avec les élèves en classe d’arts plastiques du collège Saint Charles. Le déplacement de la fondation dans les de gauche à droite Cesar, Botero, JP Pancrzai, D Hockney J Flandin murs libérés par la Banque de France a été confirmé par le maire, Hervé Schiavetti, le jour du vernis-sage. Choix nécessaire en regard des contraintes du Palais de Luppé dont une partie du financement sera apportée par Luc Hoffmann, président de l’as-sociation, dont la famille est désormais à Arles avec le projet des Ateliers Sncf via Maja Hoffmann, sa fille, et la Fondation Luma. Vincent devrait se sentir comme à la maison. Verrat-il un jour en Arles une de ses œuvres entre ses murs ? CLAUDE LORIN Le sentiment de la maison jusqu’au 27 juin Fondation Van Gogh, Palais de Luppé, Arles 04 90 49 94 04 *création d’une nouvelle association, l’AACFV (association pour l’aide à la création de la fondation Van Gogh) De la page au mur La technique ne fait pas tout. Au CAC d’Istres Marc Brunier-Mestas réinvente la tradition et le métier de graveur pour s’évader hors cadre sur les murs Marc Brunier-Mestas, Une valse à 3 temps, installation murale pour le Cac Istres, 2010 Zibeline/C Lorin Comment extirper la gravure de la catégorie des arts graphiques et de sa restrictive connotation technique ? Formé à ce média traditionnel et maîtrisant ses arcanes, Marc Brunier- Mestas renouvelle le genre en pratiquant principalement la linogravure, appliquée sur papier mais aussi carton ondulé ou planches de cagettes. Rappelant Frans Masereel ou Ernst Ludwig Kirchner et les expressionnistes allemands, il cultive un regard critique et distancié sur son époque, sarcastique et cocasse. Cette Valse à trois temps rythme les trois étages du musée en commençant par le premier temps, celui de l’enfance. Surprise : la gravure intègre l’objet et devient tridimensionnelle, naïve et amusée. Dans l’esprit Dada ou surréaliste, voire comme dans certaines formes de poésie contemporaine, l’image et le mot s’interpellent et ouvrent le champ libre à l’interprétation. Un portrait mi-humain mi-canard se redouble de l’inscription « C. A. N. » deux fois : pense-t-on au coin-coin de la cane, au frenchcancan ou au récent « Yes we can » ? Autant d’ouvertures possibles mais la plupart du temps l’image se passe de l’écrit. Le travail de Marc Brunier-Mestas se joue de ces procédés à significations multiples avec une grande économie de moyens. Chaque image nécessite alors une attention particulière comme dans cette série d’environ sept cent cinquante formats 8x8cm, conçue sur « le principe d’une idée/une image par jour, à quelques uns près ». Il reste deux étages à parcourir d’un œil et des deux autres. CLAUDE LORIN Une valse à trois temps Marc Brunier-Mestas jusqu’au 30 juin Centre d’art contemporain intercommunal d’Ouest Provence, Istres 04 42 55 17 10 www.ouestprovence.fr



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