Zibeline n°30 juin 2010
Zibeline n°30 juin 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°30 de juin 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 9,4 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... la culture en danger.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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62 LIVRES LITTÉRATURE Si belles, si seules... Trois univers se côtoient sans se rencontrer dans un petit immeuble de Madrid en 1960. Trois voix, trois styles différents, trois femmes. L’une, Evita Perón, est morte depuis 8 ans ! On ne le sait pas tout de suite, on le comprend au détour d’une phrase, d‘une allusion ; fantôme ou bonne fée, elle assiste à la vie de son exmari en exil avec sa nouvelle femme. Elle s’adresse à lui comme s’il pouvait l’entendre, lui parle de ses étranges rapports avec son embaumeur (morte d’un cancer à 33 ans, son corps a réellement été embaumé, puis enlevé et caché). L’autre femme célèbre et bien vivante dans la sensuelle beauté de ses 38 ans est l’Américaine Ava Garner, déjà pas mal alcoolique, installée à Madrid ; elle se confie et raconte ses débuts au cinéma, ses amours, à la jeune sœur de sa voisine. Sous forme d’un long monologue, écrit en courts paragraphes commençant par des minuscules et s’enchaînant sans point, comme des vagues. La jeune fille, Carmina, ne lui répond jamais, refuse de boire mais écoute avec elle tous les disques de Frank (Sinatra !). La dite Carmina, quant à elle, écrit son journal ; elle y raconte un rendez-vous amoureux raté et ses souvenirs d’enfance. Le tout se passe sous les yeux d’un jardinier qui remplit le petit jardin de fleurs exclusivement blanches à la demande d’Ava. Tant de blancheur isole de la vie et des amours véritables. Laura Alcoba l’écrit sans nostalgie, avec une cocasserie certaine. CHRIS BOURGUE Jardin blanc Laura Alcoba éd. Gallimard,13,90 euros Des mouches et des hommes Volantes, entêtantes, obsédantes, les mouches ressemblent à des notes de musique. Comme elles, elles accompagnent l’existence des hommes, l’inspirent ; parfois même elles donnent un léger coup d’aile au destin. De ce parti pris original est né Fly Blues. Tel est le titre du thème inspiré à un trompettiste de jazz par l’absorption inopinée d’un de ces diptères indiscrets. C’est aussi celui de l’album scénarisé par Carlos Sampayo, dessiné et colorisé par son complice Oscar Zarate. Un hommage du tandem argentin au musicien Kenny Dorham (1924-1972), et plus largement au jazz, à la musique et à tous les autres arts. Le récit, mené par le chœur des mouches, se fonde sur le motif central de Fly Blues, chaque épisode adjacent y tenant sa partition jusqu’au flamboyant chorus final, comme dans une session de jazz. C’est d’ailleurs de cela qu’il est question au cœur de l’histoire, de l’enregistrement du morceau, malgré toute une série d’obstacles et d’imprévus, comme autant d’improvisations sur le thème. En contrepoint, une sanglante affaire de meurtres filmés en direct et vendus sur Internet. Sampayo a conçu une intrigue de série noire, chaotique, heurtée, dont les dessins expressionnistes de Zarate accentuent la violence. Pourtant, l’impression générale est celle d’une énergie communicative, qui anime tous les personnages de créateurs mis en scène dans cette BD inspirée. Musiciens, réalisatrice de films d’animation, écrivain, leur enthousiasme explose en un feu d’artifice de couleurs éclatantes. Comme une métaphore de la puissance de l’art et des joies de la création. FRED ROBERT Fly Blues Sampayo et Zarate éditions Dupuis, 18 euros Les auteurs de l’album étaient présents à Marseille pendant le festival CoLibriS JARDIN Bum, nl, Du coq à l’âne Tout commence par une histoire de panda. Ce préambule alléchant introduit un livre étonnant qui tient à la fois de l’encyclopédie naturaliste désuète et de la chronique journalistique. Chaque vendredi sur France Culture, Marc Kravetz esquisse le portrait d’un animal qui illustre l’actualité. C’est cette revue animalière qu’il publie, agrémentée de petites notices techniques et de croquis réalisés par les élèves de l’Ecole d’Estienne. Ce bestiaire fantaisiste aux illustrations naïves a le charme des recueils de mirabilia de l’antiquité qui déclinaient avec émerveillement l’inépuisable diversité de la nature. Avec ses stars, tels le springbok qui symbolise l’histoire sud-africaine, le renard de feu, héros de Kung Fu Panda et emblème de Mozilla, ou encore Snowball, le cacatoès qui swingue sur You tube. Avec ses divas capricieuses, comme Delores, pieuvre trop prude, et avec ses parias, comme Xiguang l’éléphant héroïnomane. On se promène dans ce livre comme dans un cabinet de curiosité aux dimensions de la planète, réunissant de petits apologues d’un nouveau genre, à la fois ludiques et désenchantés, qui retraceraient en filigrane une histoire darwinienne à rebours, où l’évolution des espèces buterait inlassablement sur la bêtise de l’homme qui les décime. AUDE FANLO Portraits d’animaux Marc Kravetz Editions du sonneur, 15 euros À noter : Marc Kravetz sera présent pour des Escales en librairie le 17 juin au Lièvre de Mars (Marseille) et le 18 juin Au poivre d’Âne (La Ciotat). t%ceti SO his S ss pour un
Livres, débats et milongas… Le festival CoLibriS a commencé sous la pluie, il s’est terminé dans une chaleur estivale. Mais 5 jours durant, l’ambiance est restée muy caliente Pour ces 3 e journées du livre latinoaméricain à Marseille l’Argentine était à l’honneur. Alors, forcément, le centreville et particulièrement le quartier Réformés-Canebière ont vibré au son langoureux et sensuel du tango. Tango-ci… La démonstration de danse initiée lors de la soirée d’ouverture à la BMVR Alcazar s’est poursuivie à l’Academia del Tango, durant deux soirées festives très réussies. Dans ce lieu chaleureux, on a pu admirer les évolutions des élèves de l’école de tango, tandis qu’Oscar Zarate croquait au fusain le bandonéoniste qui aurait pu les accompagner et que, plus tard dans la nuit, le romancier Ernesto Mallo récitait des paroles de milongas à la langue bien pendue. Les trottoirs de Buenos-Aires ou presque… … chapiteau là L’accordéon gémissait également sous la tente dressée près du kiosque des Mobiles, pour ponctuer les rencontres littéraires qui s’y tenaient et inviter les badauds à passer la tête, ce qu’ils n’ont pas manqué de faire. Est-ce un effet de la suavité du castillan d’outre Atlantique ? Est-ce parce que les auteurs invités avaient tous de l’humour (même pour évoquer l’exil ou la dictature), des anecdotes pétillantes à raconter et de la chaleur humaine à revendre ? Quien sàbe ? Chacun avait envie de rester là, sur son pliant, à les écouter parler de leurs parcours souvent compliqués, qu’ils évoquaient avec légèreté. De leur passion commune pour la littérature aussi, qu’ils savaient partager. Des invités captivants, des lectures, un RENCONTRES LITTÉRAIRES LIVRES 63 beau choix de livres à faire dédicacer puis à déguster tranquillement chez soi (merci aux librairies Prado-Paradis et L’Ecailler pour leur sélection et leurs conseils), CoLibriS 2010 a été une vraie réussite. Et lorsque la dernière chanson du jeune (et fort talentueux) groupe toulousain LiuBila a été chantée, qu’il a fallu se séparer, tout plier, tout ranger, on a senti flotter un vrai regret que ce soit déjà terminé. FRED ROBERT a X-D.R I X-D.R CoLibriS s’est déroulé du 21 au 25 avril à Arles puis à Marseille. À lire : James Canon ; Dans la ville des veuves intrépides, paru au Livre de Poche. Eugenia Almeida ; L’autobus et La pièce du fond ; édités chez Métailié. Jardin blanc de Laura Alcoba et Flyblues, de Sampayo et Zarate (voir p 60) L’histoire comme un récit Laurent Mauvignier Hélène Bamberger a Quelle excellente formule que celle d’Ecrivains en dialogue, qui permet d’authentiques rencontres avec des auteurs remarquables ! Le public est invité à entrer dans leurs mots au fil de leur conversation, avec ce que cela suppose de spontanéité (apparente au moins), de digressions, de formules comme des perles. On les approche aussi par les extraits que les lecteurs professionnels font résonner. On les rencontre enfin durant le débat qui clôt chacun des entretiens. Et lorsque les deux invités se connaissent et s’apprécient (cela fait partie des principes de base), qu’ils sont brillants (c’est fréquent), les soirées à la BDP ne sont rien moins que magiques. Ce fut le cas, une nouvelle fois, début mai, grâce à Laurent Mauvignier et à Yannick Haenel. Acuité théorique, vaste culture, profondeur des interrogations et, en même temps sensibilité et modestie, les deux amis -naguère corésidents à la Villa Médicis- ont décidément beaucoup en commun. Et une parenté dans l’appréhension et la transmission d’une mémoire tue, refoulée. Qu’il s’agisse de la guerre d’Algérie dans Des hommes ou de la Shoah au travers de Jan Karsky, « l’histoire s’est emparée de nos voix narratives » dit Haenel, qui voit là le signe d’une nécessité générationnelle, qu’on retrouve d’ailleurs dans Zone de Mathias Enard ou dans Démon de Thierry Hesse : celle de la confrontation au récit de l’histoire et aux choix narratifs à faire pour « écrire ce qu’il est impossible de dire ». Haenel vise à « faire parler le silence de Karsky », Mauvignier à « incarner des inconnus », les appelés anonymes ; dans les deux cas, des témoins qu’on n’a pas pu ou pas voulu entendre, auxquels les deux romans donnent superbement voix. Les lectures de Michel Bellier et de Raphaël France-Kuhlmannont souligné la singularité et la force de ces deux écritures d’aujourd’hui, qui sondent l’opacité du monde pour tenter, par la fiction, de le comprendre. FRED ROBERT À lire : Laurent Mauvignier, Des hommes, éditions de Minuit ; 17,50 euros. Yannick Haenel, Jan Karsky, éditions Gallimard ; 16,50 euros. À venir : Écrivains en dialogue, le 8 juin à 18h30 à la Bibliothèque départementale Gaston Defferre pour Des corps et des voix, un dialogue entre Marie-Hélène Lafon et Xavier Bazot. Des auteurs aux lecteurs 09 81 65 26 44 www.adaal.fr



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