Zibeline n°30 juin 2010
Zibeline n°30 juin 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°30 de juin 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 9,4 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... la culture en danger.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 22 - 23  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
22 23
22 THÉÂTRE DAKI LING ATP (AIX) VITEZ Proserpine fait son show Après une performance réjouissante et déjantée sur le parvis de l’Opéra (voir p.25), rendez-vous avec l’Apprentie Compagnie sous le chapiteau Gardens pour Prozband, le spectacle. La scène ressemble à celle d’un concert de rock. Un groupe de quatre musiciens, Les Pistoleros, accompagne Proserpine herself, qui joue de la voix et accessoirement du concertina. Pendant une heure, titres et parodies musicales s’enchaînent, ponctués de quelques brefs échanges avec le public. La diva, tenue skaï et léopard, moumoute noire sous les aisselles et soutien-gorge doré, « s’éclate » : elle ne cesse de le crier. Dommage que ce soit toute seule ou presque ! Qu’elle ait envie de « faire un truc olé olé avant de mourir » comme elle l’a déclaré, on peut le comprendre. Après tout, la musique entre dans la tradition du clown. Mais qu’elle oublie son public en route, on n’en est toujours pas revenu ! Ils étaient pourtant là, ses fans, prêts à l’acclamer, à subir ses interpellations les plus trash, à danser avec elle. Elle, elle était sur scène, loin, dans son truc. Le son exécrable du premier soir n’a pas arrangé les choses. On avait beau tendre des oreilles meurtries, rien à faire, on perdait les des paroles. Bref, la déception. D’autant plus forte qu’on avait tant aimé les premiers spectacles de cette clowne extraordinaire, à l’agressivité cathartique et aux sketches désopilants. S’il te plaît, Proserpine, redeviens celle que nous aimons. Et tes couplets sur la décrépitude du couple, sur la mort, sur le temps qui détruit tout, viens donc plutôt nous les cracher de près. FRED ROBERT Prozband, le spectacle a été présenté sous chapiteau les 7 et 8 mai, dans le cadre du Festival Tendance Clown (5 e édition) qui se poursuit jusqu’au 23 mai. 04 91 33 45 14 www.dakiling.com Fantaisie en émois mineurs « Un orage serait bien beau, ici... » Un titre au conditionnel fatigué, expression d’un désir discret et néanmoins intense, tiré sans emphase de La Promenade de Robert Walser, écrivain suisse de langue allemande mort dans la neige, la nuit de Noël 1956 après 23 ans d’internement... Une officine à deux bureaux, quintessence de toutes les administrations désuètes et éternelles où œuvrent modestement les poètes de Kafka à Pessoa lorsqu’ils sont de retour de leurs merveilleux vagabondages... D’abord un mot sur la mise en scène proposée par les ATP d’Aix au Pavillon Noir : Jacques Vincey réussit une forme tout à fait surprenante, six femmes jouant sur un vaste échiquier symbolique une partie dont elles sont les pions magnifiques, caparaçonnées dans des robes sur roulettes et dominées par d’immenses perruques rigides, toupies d’un destin qui les dépasse et dont le manipulateur est absent. Madame de Sade, sa mère, sa sœur, les acolytes prude ou perverse sont sublimes dans leur irréaliste jeu de marionnettes féroces. Mais pourquoi faire ? Le texte de Mishima sur le « Marquis de Sade vu par les femmes » est traversé de magnifiques fulgurances d’écriture, mais trimballe un discours très limite… Il n’est pas question de faire ici le procès d’un auteur hyper nationaliste qui écrivit des romans sublimes de culpabilité et de désir d’illumination, mais se suicida après avoir fomenté un coup d’État visant à rétablir l’autorité de l’Empereur. Cependant que nous raconte son histoire ? Si Sade représente la liberté absolue, on est en droit de se demander pour qui. Ses écrits, franchement ennuyeux la plupart du temps, contiennent effectivement quelques diatribes bien pensées (et sacrément bien écrites) sur la société Trois employés à pas grand chose : ranger, classer, bailler, rêver peut-être dans leur chemise à carreaux, et une accompagnatrice en coin si effacée devant son petit clavier... Un art de jouer à rebours de la représentation dans l’intelligence sidérante d’un texte marqué par une ingénuité dérangeante et un minimalisme actif... Marie José Malis met finement en scène l’inquiétante étrangeté des joies simples du marcheur, narrées tour à tour par chacun des acteurs sous le regard dévorant des autres : elle sait dire la puissance e Sade par Mishima : double peine Prozband X-D.R d’émerveillement devant le monde seule capable peut-être de le transformer, ce monde, l’air de rien ! Affronter et habiter vraiment le décalé entre les paroles ailées et la lumière crue de l’administration, lui donner ses lettres de noblesse sans ironie, faire chanter à gorge déployée des lieder de Schubert accompagnés d’un doigt au synthétiseur, sortir la bannière de la CGT 66 du placard et l’y remettre, manger un sandwich ou remonter un pantalon qui tient mal à la taille participent du même art poétique qui mêle le travail et la Anne Gayant rêverie, la mélancolie et l’exaltation. Tout cela émeut profondément, inquiète un peu «...il est déjà tard et tout est sombre... » et rappelle discrètement que l’homme est bien un roi sans majesté... MARIE JO DHO Un orage serait bien beau ici a été présenté au Théâtre Vitez, Aix, les 27 et 28 avril d’Ancien Régime. Mais enfin ce n’est pas ce qu’il a fait de pire, ce régime en fin de course, que d’emprisonner un homme qui, sans doute, a fouetté à mort plusieurs prostituées, et violé nombre de femmes. Ou au moins fait l’apologie du viol, puisqu’on n’a pas de preuve formelle qu’il l’ait pratiqué. Comprendre la littérature de Sade, cette plongée sans retenue, fantasmée, vers le fond noir des désirs, vers ce Don Juanisme de la douleur où Valmont ferait figure de niais, est une chose. Mais l’homme ? Et puis imaginer cinq femmes qui se pâment en évoquant la sodomie ou le plaisir de dégoutter le sang est un brin ridicule : lorsqu’on se targue d’adopter un point de vue féminin, peut-on vraiment imaginer ainsi leur plaisir ? D’ailleurs comment Mishima le pourrait-il ? C’est à lui, qui se fit photographier en Saint Sébastien à la chair transpercée, que cette Madame de Sade ressemble. Les femmes ne sont pas des homosexuels masochistes. AGNÈS FRESCHEL Madame de Sade a été jouée le 10 mai au Pavillon Noir dans le cadre de la programmation des ATP d’Aix
Gueule de bois D Voilà une troublante excursion dans le chaos de fin de siècle que nous propose le metteur en scène/scénographe Alain Timar dans Simples Mortels, sa création 2010. Adapté du roman de Philippe de la Genardière(Actes Sud), ce « voyage » raconte la dislocation d’une famille dans la débâcle de l’humanisme occidental. Timar s’est focalisé précisément sur le récit, accablant, des années 90 en conservant « la sombre litanie des désastres accumulés » que vont nous distiller quelques survivants. C’est un gros Blues, voire gueule de bois, des années 90 qui nous est offert ! Une crise de croissance interprétée à l’imparfait, et en didascalies, par Paul Camus, Yaël Elhadad, Nicolas Geny, Roland Pichaud et Claire Ruppli (un peu désorientés dans l’imposant décor apocalyptique qui leur ravit la vedette). Ils nous tendent un miroir amèrement dépressif de notre société postmoderne. Poursuivant une collaboration artistique entre le théâtre luxembourgeois et avignonnais, les 11 acteurs du Théâtre des Capucins ont investi le Chêne Noir pour jouer la dernière comédie de Jean Anouilh, créée en 1981 avec Bernard Blier. Le Nombril nous parle du statut d’auteur de théâtre, et Jean Anouilh s’y dissimule à peine derrière les traits du personnage principal Léon, incarné par Marc Olinger au sommet de sa forme. Cette pièce grinçante redonne à Anouilh sa place d’auteur important du répertoire français qui, même s’il est admis dans le prestigieux cercle des édités de la Pléiade et reconnu pour son incontournable Antigone, n’en demeure pas moins exclu des cercles universitaires. Ce Léon, goutte au pied et cigarette au bec, profondément reconnu comme De la chute du mur à l’effondrement des tours jumelles, des guerres ethniques ou religieuses au capitalisme triomphant (et le taux de suicide, la mutation des femmes, le clonage, la Prescriptions mondaines La cie On est pas là pour se faire engueuler, menée par Laetitia Mazzoleni et Noam Cadestin metteurs en scène et acteurs en alternance, fonctionne de la ville à la scène sous le mode de la fusion. Ce drôle de nom de scène emprunté à la poésie de Vian et au culot de Coluche leur porte chance. Après avoir reçu l’aide du fonds de diffusion du Off en 2009 avec La Vieille dame qui fabrique 37 cocktails molotov par jour de Visniec, ils offrent un nouveau spectacle réussi. Laetitia Mazzoleni interprète très justement Les règles du savoir-vivre dans la société moderne de Jean-Luc Lagarce, une des rares pièces drôle, caustique, d’un auteur à l’écriture généralement pathétique. Ici, « il s’agit de connaître et d’apprendre, dès l’instant déjà si mondain de sa naissance, à tenir son rang et respecter les codes qui régissent l’existence. » Convenances, manières et protocole, aussi détaillés que définitivement obtus, sont ainsi énumérés de la naissance au deuil. La comédienne, bien qu’encore un Un égoïste raffiné 9C sacro-sainte information…), ils racontent le déclin de notre humanité, cherchant visiblement les traces d’une vie passée. Sous fond de symphonie Brucknérienne, les acteurs cherchent peu timide lors des premières représentations, a l’œil qui frise délicieusement et compose un personnage amusant/amusé qui rend savoureuses ces règles de bienséance. Elle a trouvé une mécanique de diction et un phrasé rapide qui ajoutent à la beauté de l’écriture. Ce « savoir-vivre » d’un « autre temps », qui pourrait parfaitement être dicté par Nadine de Rothschild, peut-il faire de quiconque un « être respectable » ? En y regardant de plus près, ces mondanités ridicules ne sont pas loin des prescriptions de notre époque d’apparence, et de formules toutes faites. Ça ferait presque froid dans le dos. DE.M. Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne a été joué le 30 avril et 1er mai au Théâtre du Balcon égoïste par sa famille et ses amis, nous entraîne dans l’écriture de sa prochaine pièce et nous fait le coup du Malade Imaginaire. Enfants, ex-femme, maîtresse, X-D.R Christophe Olinger Valerie Suau AVIGNON THÉÂTRE 23 aussi la lumière, qui s’élève au rythme de leur progression dans l’espace, et parviennent miraculeusement, malgré quelques longueurs et errements insolites, à composer dans ce marasme une partition surprenante. Leurs voix se font écho, leurs corps se croisent, se frôlent et s’interrogent au ralenti, les vieux réflexes se réveillent et comme lorsqu’on regarde une image tridimensionnelle, nous apparaît un ballet virtuel diablement composé. Une mécanique des corps dans la mécanique du monde qui nous fait espérer, un peu, des lendemains qui chantent. DELPHINE MICHELANGELI ami d’enfance, médecin, tout son petit monde gravite autour de sa plume et de son chéquier, qui lui permet d’acheter son calme et une relative tranquillité. « Je suis un égoïste raffiné, je passe ma vie à m’occuper des autres. » Une vraie mère nourricière ! La mise en scène très traditionnelle de Claudine Pelletier et le décor boulevardier respectent scrupuleusement cette comédie délurée et drôle, dans laquelle, à travers un canevas quasi pirandellien, Anouilh règle une part de ses comptes avec « l’intelligentsia ». DE.M. Le Nombril s’est joué au théâtre du Chêne Noir du 22 au 25 avril Simples Mortels s’est joué au Théâtre des Halles (Avignon) du 27 au 30 avril et sera repris lors du Off



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 1Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 2-3Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 4-5Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 6-7Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 8-9Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 10-11Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 12-13Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 14-15Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 16-17Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 18-19Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 20-21Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 22-23Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 24-25Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 26-27Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 28-29Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 30-31Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 32-33Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 34-35Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 36-37Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 38-39Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 40-41Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 42-43Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 44-45Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 46-47Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 48-49Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 50-51Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 52-53Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 54-55Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 56-57Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 58-59Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 60-61Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 62-63Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 64-65Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 66-67Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 68-69Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 70-71Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 72-73Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 74-75Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 76-77Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 78-79Zibeline numéro 30 juin 2010 Page 80