Zibeline n°30 juin 2010
Zibeline n°30 juin 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°30 de juin 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 9,4 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... la culture en danger.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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20 THÉÂTRE LES BERNARDINES LA CRIÉE LE GYMNASE Petits arrangements avec le désir Tout est question de désir. Mais est-ce chez l’homme ou la femme qu’il s’émousse en premier lieu ? C’est à cette question que se proposait en son temps de répondre Marivaux dans La Dispute. Un couple de nobles cruels, curieux de connaître la nature de l’homme, a enfermé dès leur naissance et séparément des enfants des deux sexes ; les jeunes gens sont « libérés » à l’adolescence et mis en présence. Les dés sont jetés ! Nadia Vonderheyden a monté cette pièce avec les élèves-comédiens de l’ensemble 18 de l’ERAC, l’école d’acteurs de Cannes. Elle y a associé La contention, écrit par Didier-Georges Gabily pour en être une suite, mais qu’elle a choisi d’éclater à différents Misère affective C’est le lot dissimulé des cadres supérieurs à La Défense, cœur économique et financier d’un système capitaliste en déroute… Pushup de Roland Schimmelpfennig est une pièce cruelle, désespérante parce qu’elle brise les rêves d’ascension sociale, et réjouissante parce qu’elle met définitivement à bas l’idéal sale du gagnant. Dans les sphères supérieures, làhaut, au dernier étage, on ne baise plus, on crève de jalousie, de solitude, et on compense son renoncement à la vie sociale en regardant du porno, en jouissant de ses promotions, en s’enfonçant dans ses obsessions, en regardant avec soulagement les autres tomber, vieillir, grossir. Les femmes s’habillent comme on passe une armure, ces hommes ne savent pas aimer, partager, converser même, et tous vivent dans la peur constante de stagner, d’être lourdés, dépassés. L’entreprise n’est qu’un immeuble où le ridicule tue, où l’on vit en apnée, sans autre idéal que de grimper les étages. Un monde sans désir, sans valeur et sans vie qui n’est que le reflet perverti d’un idéal délétère. La mise en scène du jeune Gabriel Dufay Sales caractères moments de la pièce de Marivaux. Le début plonge le spectateur dans un univers glauque où évoluent des nobles désoeuvrés et masqués en quête de séductions. Mais le Maître tue sa Pidz Didier Grappe est discrète, et repose sur un décor naturaliste, mais écrasant, et des comédiens qui naviguent habilement dans les sub-tilités d’un texte juxtaposant dialogues réalistes et soliloques fantasmés. Glaçant, juste ce qu’il faut pour vous donner envie de fuir à jamais la compétitivité économique… A.F. Pushup a été joué à La Criée du 27 au 30 avril Inès Dufay Goldonisait peindre à merveille les caractères déviants, qui se plongent sans l’aide de personne dans des situations impossibles. Les Amoureux mettent en scène deux jeunes gens qui s’aiment mais ne savent que se faire du mal, lui étant aussi hystérique qu’elle… L’oncle aussi est un barbon de comédie, puissamment versatile, obséquieux et avare, comme il se doit. Seul le hasard et tout l’effort d’auxiliaires raisonnables pourront les mener au mariage, même si on doute de leur possibilité de bonheur ! La pièce est savoureuse et drôle, légère, enlevée, et Gloria Paris en propose une lecture tapageuse, déconnectée de la Venise du XVIII e siècle et plongée dans notre réel : Fulgenzio et Eugenia ressemblent à des petits bourgeois adolescents, longue mèche sur l’œil et dégoût affecté, qui se trémoussent sur du rock. La transposition fonctionne, même si on y perd un peu en rythme, et en subtilité : si Gloria Paris a, dans sa traduction, réactualisé la langue, les rapports entre les personnages restent dominés par les conventions du XVIII e siècle, et ne cadrent pas avec la mentalité de notre époque. Les comédiens, formidables d’énergie physique, ne parviennent pas toujours à faire coller les deux lignes divergentes, ce qui occasionne quelques temps morts. Oubliés dès que ça redémarre ! A.F. maîtresse Hermiane et déclenche une dernière dispute avec son cadavre. Le plateau s’éclaircit ensuite pour les scènes des découvertes des jeunes gens qui sont parmi les moments les plus jubilatoires du spectacle, avec ravissements, petits cris, halètements, dans lesquels excellent ces jeunes comédiens. Jalousies et tromperies s’enchaînent à l’épreuve d’une séparation forcée : le bon sauvage n’est pas meilleur que le civilisé, le cœur humain n’est pas fidèle. Gabily rappelle que la férocité de nos contemporains n’a rien à envier à nos ancêtres cannibales. Fin d’une grande noirceur pour un spectacle qui fait basculer Marivaux vers Sade. CHRIS BOURGUE Crimes de l’amour a été joué aux Bernardines du 20 au 24 avril Scapin en farce Omar Porras connaît à merveille les jeux de masque. Il travaille depuis des années, avec sa troupe de comédiens surdoués, à fabriquer une théâtralité qui s’assume, joue de ses ficelles et de ses plaisirs, maquille, exagère, chante, fait le clown, l’acrobate, surprend, émerveille, dévoile… Coloré et saturé de fantaisie, son Scapin révèle une fidélité au texte qu’on n’attendait pas chez un metteur en scène qui a trahi avec bonheur aussi bien Brecht que Lorca, Cervantes ou Molière. C’est qu’il a trouvé dans Les Fourberies de Scapin une farce parfaite : la mécanique comique de Molière n’en finira jamais de susciter le rire, pourvu qu’elle soit jouée à la bonne vitesse. Mais le metteur en scène retrouve aussi en Scapin la quintessence de sa figure favorite : celle du valet qui domine ses maîtres et tire les ficelles. La compagnie d’Omar Porras, qui s’appelle le Teatro Malandro, pratique un art populaire et subversif dans ses finalités, mais aussi dans son inspiration… Un regret, infime ? que la subtilité sentimentale des longues tirades sur les rencontres amoureuses l’ait ennuyé : il les parasite et les ridiculise (avec succès) alors que leur fraîcheur élégiaque n’est pas ridicule, et peut sonner vrai… AGNÈS FRESCHEL Les Fourberies de Scapin ont été jouées au Gymnase du 20 au 24 avril Marc Vanappelghem Les Amoureux ont été joués au Gymnase du 4 au 8 mai
LAM FESTIVAL DU THÉÂTRE AMATEUR BANCS PUBLICS THÉÂTRE 21 Cabaret militant Léda Atomica Musique, depuis plus de 10 ans, relie théâtre populaire, musique, cabaret et toutes les formes généreuses de l‘art. Ils ont concocté un spectacle iconoclaste pour un public qu’on sentait très complice ; pour entrer dans l’ambiance, une volée d’encensoir, suivie d’une note tenue à l’orgue : la cérémonie peut commencer ! Bref rappel de la création du monde -parodie de la Bible- avec, parmi l’énumération des êtres vivants, l’insertion du Yorkshire et des fraises Tagada. « Dieu trouve ça beau ! », et dans un dernier effort il crée... l’argent. Car c’est du capitalisme, des banques, des plus-values, de la bourse, et de la crise dont il est question dans le texte de Phil G., qui fait le lien entre les chansons réalistes ou humoristiques, clin d’oeil aux années 30 avec 2 chansons de Jules et Julien, 50 avec Vian et Piaf, 60 avec la vache à 1000 francs de Jean Poiret… toutes très bien interprétées, et intelligemment relookées. Jubilatoire ! Les arrangements de Phil Spectrum et Jean Sallier Dolette sont pleins d’inventivité, et les deux comédienneschanteuses usent avec malices du décalage : ah ! la choucroute magnifique de Marie Démon et les chaussures kitsch de Danielle Stéfan ! Une leçon d’économie décapante ! CHRIS BOURGUE Crashcashocac, mes Patrick Rabier, s’est joué au Marie-Jeanne du 23 au 25 avril. À noter : le spectacle sera repris le 3 juillet à Marseille au festival des Arts de Passage à Emmaüs, et au Centrte culturel Louis Aragon de Septèmes-les-Vallons le 21 mai (04 91 96 31 00). Fête à la Grimace ! Inquiétante étrangeté La création de Terra Cognita est l’aboutissement d’un projet de longue date, qui repose sur un rapport réel qui s’est construit dans le temps. Julie Kretzschmar et Guillaume Quiquerez ont rencontré Alger par hasard, en allant d’abord là-bas pour un spectacle sur l’Algérie. Mais Terra Cognita les a ramenés à Marseille avec un autre désir : il s’agissait pour eux d’essayer d’adopter le regard de l’autre, de voir ce que signifie vivre à Marseille pour chacun. Pas uniquement ce qu’être un immigré à Marseille veut dire. Avec Samir El Hakim, Eric Houzelot et Sharmila Naudou, ils ont fabriqué un objet violent dans ce qu’il met en jeu : Alger et Marseille apparaissent comme des villes qui se ressemblent, se frottent, et rejettent, excluent, définitivement, X-D.R. Les comédiens amateurs du Théâtre de la Grimace d’Aix-en-Provence sont ambitieux et courageux : ils n’ont pas eu peur de monter un spectacle terrible qui parle d’un crime, l’inceste, qui vient d’ailleurs enfin d’être reconnu comme tel par nos autorités judiciaires. Cette troupe a choisi de monter Festen d’après le film danois de Thomas Vinterberg qui fait date en la matière. La scénographie est intelligente, isolant certaines scènes par des lumières, les acteurs sont tous très engagés dans des rôles pas faciles et une langue crue. Le sombre règlement de comptes a lieu dans une famille honorable, à l’occasion de l’anniversaire du père, et l’addition est salée ! La mise en scène est de Claire Prati, seule professionnelle de l’équipe, elle avait o commencé une pratique bénévole avec la troupe puis finalement elle est engagée pour faire les mises en scène. Bravo à cette équipe d’amateurs qui n’a pas choisi la facilité ! CHRIS BOURGUE Festen s’est joué au Parvis des Arts le 30 avril dans le cadre du Festival de Théâtre Amateur À noter : Après la pluie de Sergi Belbel par une troupe amateur de Paris au collège Izzo le 21 mai. 04 91 61 15 37 Didier Nadeau LAM o l’une comme l’autre. Parmi ceux qui quittent Alger aucun ne parvient ici à trouver une place. Terra Cognita aborde les choses très simplement, en racontant des histoires vraisemblables, sans jouer au documentaire, mais en inventant des paroles directes qui s’énoncent comme des témoignages successifs. Et racontent la difficulté d’obtenir un visa, la violence des regards, la position de clandestin, les mots qui rabaissent. Situations qui gagneraient à plonger dans une théâtralisation plus radicale. A.F. Terra Cognita a été créé aux Bancs Publics du 20 au 24 avril



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