Zibeline n°29 mai 2010
Zibeline n°29 mai 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°29 de mai 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 6,8 Mo

  • Dans ce numéro : événement... le Ballet National de Marseille.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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54 LIVRES LITTÉRATURE La clé du réel Avoir quatre ans, refuser le monde au point de ne pas parler, et surprendre par une phrase lapidaire, la première, « je préfère regarder les oiseaux » … Avoir quatorze ans, être considéré enfin comme suffisamment grand pour que l’on vous confie dans une petite boîte d’argent la clé de la maison… Voilà une étape essentielle accomplie… dans la quête traditionnelle du héros. Il est grand dorénavant ! Et pourtant, c’est ici que tout se complique… qui est cette femme blonde dans la cuisine ? Sa mère ? Wahab ne la reconnaît pas. Les êtres qui l’entourent sont devenus subitement étrangers, pas tous, la voisine qui le croise sur le palier, ses amis d’école, mais les personnages féminins de sa propre famille lui sont de parfaits inconnus… Est-ce une nouvelle réalité, liée au passage de ce fatidique anniversaire ? Et que signifie ce cauchemar récurrent d’une femme aux membres de bois ? La fuite que l’on retrouvera dans la fugue du personnage Corentin, peintre citoyen La Tour de Tokyo - Maman, moi et papa de temps en temps a fait l’objet d’une série TV ainsi que d’une adaptation cinématographique par Jôji Matsuoka. Et c’est après sa lecture qu’Aka Guruni Koto a proposé à Lily Franky le rôle principal dans son dernier film, Allaround us qui a remporté le prix du Jury au Festival du film asiatique de Deauville en 2009. Aujourd’hui son roman est traduit en Français. Dans ce roman, Nakagawa Masaya, dit Lily Franky, retrace sa propre jeunesse ; sa mère, qui l’a protégé, son père, toujours absent. « Combien d’années cela faitil que nous n’avons pas dormi tous les trois dans la même chambre ? » remarque désespérément le fils au chevet de sa mère qui se meurt. Car ce roman est un vrai cri d’amour pour cette mère courage qui l’a élevé seule, l’a soutenu, à qui il cause « à quarante ans encore bien du souci », qu’il a fait venir habiter avec lui à Tôkyô, qui lutte contre un cancer et « qui ne voit de son lit d’hôpital que deux choses, le plafond et la Tour de Tôkyô ». ne résoudra rien. Les descriptions oniriques tissent avec celles de faits réels, une toile singulière. Le monde et ses masques multiples, les strates complexes des souvenirs accordent à ce roman initiatique qui hésite aux frontières du fantastique, une rare profondeur. Le dernier chapitre nous donne les clés. Wahab évoque un « avant », ce passé nécessaire au devenir, au « maintenant » à vivre enfin. Wajdi Mouawad, l’homme de théâtre associé l’an dernier au festival d’Avignon, signait en 2002 un premier roman empli du même souffle épique, du même amour de la fable, du même ancrage dans une Histoire qui est aussi la sienne, celle du Liban, et de l’arrachement au pays d’enfance. MARYVONNE COLOMBANI Visage Retrouvé Wajdi Mouawad Actes Sud, Babel, 7,50 euros Les Onze de Pierre Michon a la saveur d’une nature morte de Chardin (de la belle ouvrage) alliée à la rigueur d’une peinture d’histoire de David (Le Serment du Jeu de paume par exemple). Tout commence par le portrait du jeune Corentin, futur peintre et auteur présumé d’un immense tableau de 4,30m par 3m exposé au Louvre dont « on se prend à frémir qu’il n’eût pas été. » Sauf que l’auteur nous assure quelques lignes plus loin « qu’il fut commandé, payé, et fait » ! D’où notre embarras : qui croire ? l’histoire, la peinture ou la littérature ? Dans une langue exquise, riche de phrases sinueuses entre lesquelles, parfois, on s’égare un peu, Pierre Michon réinvente la « cène », figure des personnages réels (ceux qui formèrent le Comité du salut public décrétant en 1794 la politique de la Terreur), imagine une généalogie au jeune artiste, une mère aimante et douce… dans un paysage façonné par les méandres de la Loire. Précise, fourmillant de détails véridiques, l’histoire est cousue de fil blanc. Avec un goût prononcé pour l’ornement, peinte à la manière d’un Watteau avec ses zones d’ombre et ses franches clartés. C’était un temps -si l’on en croit l’auteur, sait-on jamais ? - où le vin coulait à flots dans la gorge de sacrés gaillards, où les vignes se courbaient sous les fruits lourds et sucrés… où les hommes besognaient leur femme à l’aveuglette… où les fripons attaquaient sans vergogne les carrosses. Ces allers et retours entre les faits, la fiction, les hypothèses et les anecdotes ne sont, pour l’auteur des Vies minuscules, que prétextes à méditer sur l’Histoire, à dessiner par petites touches poétiques le portrait d’une époque. Celle qui vit la Révolution française basculer dans la Terreur. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Les Onze Pierre Michon Éd. Verdier, 14 euros Maman, amour, toujours ! « Elle est là, proéminente, pointue, dressée tel l’axe d’une toupie. Au cœur de Tôkyô. Au cœur du pays. Au cœur de nos rêves.(...) Elle colore le jour, illumine la nuit, mais elle a l’air toute seule. Et là, je me suis dit : c’est justement pour ça qu’on est fous d’elle ». Car c’est aussi à une découverte de cette ville de tous les possibles, et de tous les échecs, que nous convie l’écrivain. Il y décrit la jeunesse des années 70/80, retrace son parcours, son arrivée pour des études qu’il n’achève pas, sa descente aux enfers, loin d’un père dont il découvre l’activité peu recommandable, dans une langue tour à tour orale et soignée. « Finalement, je n’ai jamais rien fait pour toi. Je ne t’ai même pas remerciée correctement » écrit-il lorsque sa mère meurt. Eh bien, c’est chose faite ! ANNIE GAVA La Tour de Tokyo - Maman, moi et papa de temps en temps Lily Franky Editions Philippe Picquier, 21 euros WAPE}I MOUAWAD VISAGE RETROUVE f
Décapitation décousue Il est toujours délicat de juger d’une pièce de théâtre à la lecture, surtout lorsque, par souci de liberté et confiance en son metteur en scène, les didascalies sont absentes. Il faut alors que les voix se fassent entendre… La pièce de Marion Aubert comporte de nombreux aspects séduisants, la présentation des rôles « dans le désordre d’apparition », les interventions de M.Auberte dans les courtes et drolatiques « techniques de l’auteure » qui adoptent le ton des Impromptus, les décalages comiques de jeu et de ton entre les personnages dans une même scène, les tirades à rallonge qui s’emballent dans une frénésie verbale comme incontrôlée… Orgueil, Poursuite et Décapitation est volontairement chaotique, agence une série de scènes hystériques qui, par leur caractère décousu, tiennent du sketch et ne semblent pas, ensemble, former pièce. On reste sur sa faim, avec le sentiment de quelque chose d’inaccompli. Mais cela semble convenir à l’auteure qui conclut : « Ne faites pas semblant d’avoir compris toute la pièce et patati et patata. » … Faut-il la voir pièce sur scène pour en saisir toute la dimension ? Créée à Montpellier par sa complice Marion Guerrero elle sera bientôt à Sète et à Valence… MARYVONNE COLOMBANI Orgueil, Poursuite et Décapitation Marion Aubert Actes Sud-Papiers, 11 euros I. I. L-4 :'. 55 Une vie minuscule La toute jeune maison d’édition Rouge Inside offre à ses lecteurs la traduction française de l’œuvre hispanophone d’Angel Vazquez, écrivain tangérois majeur et pourtant méconnu. Juanita, dès l’enfance, était une vielle fille. Enfant trop sage dans les jupes de sa mère, elle veillait à ne pas déranger les plis de sa robe en crinoline en attendant en secret un Zorro qu’elle aurait repoussé s’il avait eu l’audace de se présenter. Elle grandit, mal aimée et bien comme il faut, auprès d’une mère qui lui préfère sa sœur, d’un père qui lui préfère la bouteille, d’une sœur détestée parce que trop délurée, et de quelques amies avec qui elle boit le thé et mange des petits gâteaux. Elle tient la maison, s’occupe des repas, et attend. L’amertume, la solitude et la vieillesse remplissent cette vie uniforme, faite de rêves déçus, de naïvetés arrogantes, et de méchancetés revigorantes, qui s’effrite avec les années : la mère meurt, le père aussi, la sœur s’enfuit avec un homme -la traînée ! -, les amies s’éloignent, et il ne reste bientôt plus à Daniel, vingt-cinq ans, raconte son histoire, toute entière inscrite dans cette solution de continuité, impossible à résoudre, entre les deux identités sexuelles : enfant adopté, il n’est ni la petite princesse qu’a rêvée son père, ni le prince ténébreux et fier d’une mère dont il vénère la mystérieuse volupté ; amant boulimique, il bande comme un homme et jouit comme une femme. Il a le goût des cosmétiques et des habits féminins, mais n’achève pas sa métamorphose. Toujours en attente, et en devenir, il est une « K », qui visite chaque semaine au parloir de la prison Armand ; il est l’ami de Sin, avec qui il partage ces visites hebdomadaires et les séances de drogue ; il est l’amant du mélancolique Arcady, son curieux mentor ; et tous les soirs, il danse sur scène pour les habitués de l’Arcadia. Princesse de, sa particule ne l’attache à aucun royaume, si ce n’est celui de son propre corps, dont il éprouve toutes les énigmes : le lien charnel à la Juanita que sa vieille servante, qui finira par disparaître aussi. Le monologue virtuose de Juanita charrie ensemble les ratiocinations, les souvenirs, les imprécations, la liste des courses, les aphorismes et les bribes de chansons. Il entraîne sans qu’on puisse les démêler les pensées intérieures, les paroles échangées avec les vivants et les morts, et restitue admirablement la langue singulière, cosmopolite et bigarrée du Tanger international d’après guerre, mêlant à la hakétia, l’espagnol des juifs sépharades marocains, les expressions françaises, arabes et andalouses. Cette chienne de vie, dans sa banalité attachante, c’est aussi, en minuscule, celle du Tanger d’Angel Vazquez, dont Juanita incarne, avec un mélange de bougonnerie familière et de distinction surannée, les manières d’éternelle demoiselle et la nostalgie pour des splendeurs imaginaires. AUDE FANLO mère, le dégoût de la nourriture, l’hébètement calculé de l’héroïne, l’exultation de la danse et de la musique. Pourtant Daniel n’est pas l’oiseau de nuit déplumé et souffreteux qu’on pourrait croire : il est invulnérable ! Parce que sa docilité de « chiennasse » est une forme de compassion, l’abandon à ses fantasmes une forme de dérision élégante, qui contrastent avec l’épaisseur du monde. Parce qu’il est dévoré par une faim insatiable : son corps est un gouffre qui consomme tout sans modération, à la fois prison et jubilation, abandon et plénitude, dérèglement et maîtrise. Parce qu’il est porté par la langue singulière, à la fois brusque, altière et fervente de son auteur, qui décline ainsi, sur le mode de l’excès et de la marginalité, ce qui fait le fond obscur de notre banalité. A.FA.rn.:e « « ?, NG=I JEZ I 1hJI DE VIE CiE JLAPJIiFkrt711(kP De toutes les femmes du bus, je suis la seule à être un homme La chienne de vie de Juanita Narboni Angel Vazquez Ed Rouge inside, 20 euros À lire aussi du même auteur : La Villa d’été, 2010 La Princesse de. La Princesse de. Emmanuelle Bayamack-Tam P.O.L., 18,50 euros I



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