Zibeline n°28 avril 2010
Zibeline n°28 avril 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°28 de avril 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7,2 Mo

  • Dans ce numéro : les femmes dans la culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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64 PHILOSOPHIE LE BEAU Breton l’affirmait : il y a longtemps que l’idée de beauté s’est rassise pour que l’artiste réponde enfin à une exigence impérieuse de révolte. Pourtant ils ne s’entichent pas tous de cette idée... Sans le beau et sans la révolte que reste-t-il à l’art ? Tout ça pour dire qu’il fallait une suite à notre beau d’il y deux mois et que c’est pas fini j’y reviendrai sûrement Il est toujours très commode de s’arrêter lors d’une explication philosophique à Kant comme nous le fîmes puisque le bonhomme pensait avoir répondu à tout ; il avait même dans La critique de la raison pure résolu les trois grandes questions existentielles : que sont l’âme, dieu, le monde ? Alors le beau, pensez, fastoche ! C’est juste un sentiment tout à fait légitime que l’on éprouve. Légitime car ce sentiment serait quasi objectif. En disant « c’est beau » j’ai l’espoir et la prétention que tous les hommes s’accordent avec moi. Kant faisait donc l’exploit d’arracher l’idée de beau justement à son idéalité - l’harmonie, la perfection des proportions, etc, d’une norme quoi, antique et classique- tout en la sauvant du relativisme. Démonter l’idée reçue que tous les goûts sont dans la nature et que des goûts et des couleurs on ne discute pas, fallait le faire, chapeau. Il faut donc rendre grâce au philosophe de ce tour de force théorique, qui n’est Le Beau, suite ou fin ? pas si dépassé que ça. Rien n’est en effet plus agaçant que quelqu’un qui ne trouve pas comme moi ce Caravage beau : depuis que j’ai lu Kant, je ne réponds plus à cet insensé et insensible à Caravage « chacun ses goûts » mais « tu n’y comprends rien ». Ça soulage (du verbe soulager, n’y voyez aucune allusion à Pierre, qui prend un s). Alors que fait-on après Kant… ? Pas simple puisqu’il a tout dit ! Ne faisons pas traîner ce suspens insupportable et ramenons tout de même le grand chinois de Königsberg à ses aberrations. Déjà, constatons que le philosophe n’aurait jamais pu apprécier le martyre de saint Matthieu, d’abord parce que les musées n’existaient pas encore et surtout parce que ce monsieur ne sortait jamais de son bled prussien. Gustave Courbet, La femme dans les vagues, 1868, Metropitan Museum of art Et les œuvres, mon cher Kant ? Ce n’est pas pour l’anecdote que je raconte ça. En fait Kant n’avait que peu d’intérêt et de goût pour l’art. Quand il parle de musique il s’arrête au chant du rossignol ; pour lui il n’y a en effet rien de plus beau que la beauté naturelle ; elle est l’expression parfaite de la finalité sans fin : on croirait que ce truc à plume a été fait exprès pour chanter et que l’on s’en ravisse. Or il n’en est rien : en bons spinozistes on sait que dieu n’a pas fait le monde pour les yeux (ou plutôt ici les oreilles) et les désirs des hommes. Est donc beau ce qui semble n’avoir point été fait exprès, ce dont on n’aperçoit pas la cause productrice. Cela peut valoir pour une œuvre, dont le génie résiderait dans sa part mystérieuse ; mais encore plus dans une chose naturelle, qui est faite au hasard. Voilà le premier gros défaut du père Kant. Et pas le moindre, puisqu’on le raille souvent à ce sujet ; ceci dit ça fait 206 ans qu’il s’en balance, d’avoir trop aimé les petits oiseaux. La deuxième défaillance de la théorie esthétique de Kant est plus philosophique, et donc pardonnable. En voulant tout à la fois éviter l’écueil du rationalisme de l’idée de beau (le beau c’est comme ça et pas autrement), de son subjectivisme et encore plus son sensualisme (chacun ses goûts), Kant délaisse l’œuvre ; on le comprend car il n’en connaît guère. Sa théorie du beau se concentre en fait sur le sujet qui fait l’expérience du beau, sur les sentiments à partager que cette expérience procure. Est ignoré le contenu formel, matériel et spirituel de l’œuvre. Et ce n’est pas passé inaperçu pour le grand Hegel qui n’a rien épargné à Kant ! Esprit vs Nature, victoire par KO Les œuvres d’Hegel fourmillent d’uppercut et de divers crochets du droit (plutôt du gauche) à ce qu’il est convenu d’appeler certaines niaiseries kantiennes. Le rossignol est la plus célèbre. Dans son Esthétique il règle donc comme il faut son compte à la prétendue supériorité des productions de la nature sur ceux de l’art : « D’après l’opinion courante, la beauté créée par l’art serait bien au-dessous du beau naturel, et le plus grand mérite de l’art consisterait se rapprocher, dans ses créations, du beau naturel. …] Mais nous croyons pouvoir affirmer, à l’encontre de cette manière de voir, que le beau artistique est supérieur au beau naturel, parce qu’il est un produit de l’esprit. […] La plus mauvaise idée qui traverse l’esprit d’un homme est meilleure et plus élevée que la plus grande production de la nature et cela justement parce qu’elle participe de l’esprit et que le spirituel est supérieur au naturel. » Point n’est besoin d’en rajouter ; si quand même : on saura par la suite, grâce à Oscar Wilde, que notre
65 Van Gogh, Souliers de bois. Huile sur toile, Van Gogh Museum d'Amsterdam (Rijksmusem), 32,5 x 40,5 cm, 1889 notion du beau naturel dépend du beau artistique et qu’en fait ce n’est pas l’art qui imite la nature mais l’inverse ; les produits de la nature ne sont beaux qu’en tant que nous avons été préparés par l’art à les juger tels quels : « ce que nous voyons, et comment nous le voyons, dépend des arts qui nous ont influencés… Il n’est personne, aujourd’hui, de vraiment cultivé, pour parler de la beauté d’un coucher de soleil. Les couchers de soleil sont tout à fait passés de mode. Ils appartiennent au temps où Turner était le dernier mot de l’art. » L’art exprime Mais la principale innovation de Hegel est son intérêt au contenu expressif de l’œuvre d’art ; une œuvre en tant qu’expression d’une conscience humaine dit quelque chose de l’esprit de l’homme et plus particulièrement de son époque de production. L’artiste devient l’exécutant (sans le savoir) d’une objectivité collective de l’esprit. Pour Hegel l’œuvre d’art a un contenu de vérité et là réside son intérêt. Ce n’est plus à notre émotion qu’elle doit s’adresser mais à notre intelligence. Et l’humanité peut noter dans son journal : Iéna, 1804, beauté supprimée ! Pas si vite. Même si, bien avant, le laid avait fait son apparition dans le champ du beau classique, notamment avec les nains et les bouffons de Velasquez par exemple, le social va aussi s’y incruster avec la liquidation par Hegel du sentimentalisme en art. Entendons-nous bien : ce qui est fini, c’est la spontanéité du jugement de goût kantien. Avec Hegel le goût doit être éduqué et l’œuvre d’art est un produit de vérité. Alors dans le cours du XIX e siècle les artistes vont concourir à une éducation plus proprement sociale du goût. Ne sera beau que ce qui est vrai. Et voilà Courbet, le socialiste et le communard, comme s’il fallait ça pour peindre enfin une femme dans sa réelle splendeur. Le beau peut ainsi devenir tout simplement l’humain, le simple, jusqu’à cette simple paire de sabots de Van Gogh. N’en est-on point là dans l’art contemporain ? S’y efface encore plus, Hegel, portrait de Schlesinger, 1831 dans la même geste réaliste entamée un siècle plus tôt, la part d’invention de l’artiste au profit de sa part d’intervention sur la matière ou l’industriel afin qu’il y ait art. Et pourquoi beau ? Décidément il y aura nécessité d’un troisième épisode, sur Marcuse et Adorno, pour cerner encore cette beauté qui s’échappe… RÉGIS VLACHOS Pourquoi bavarder est le dernier opus de la collection Pourquoi si bien dirigée par Vladimir Biaggi. Pourquoi ce pourquoi ? Pour discourir sur les causes, et sur la finalité Tu peux toujours causer Pour le coup la belle analyse de Daniel Liotta nous invite au cœur de l’ouvrage à cette réponse si communément langagière, que nous renvoyons souvent à la face de notre interrogateur quand il nous demande pourquoi : parce que, et c’est comme ça ! C’est un peu la réponse au pourquoi du bavardage, une forme de finalité sans fin : nous bavardons pour le plaisir de bavarder. Et ce livre, qui est un livre de philosophie, éclaircit cette mystérieuse réponse redondante : il nous explique ce plaisir sans autre fin que lui-même par l’idée d’énergeia au livre X de l’Éthique à Nicomaque d’Aristote. Il est donc des activités, comme celle de bavarder, dont la réalisation de la fin, tel un jeu, ne signifie pas l’arrêt de l’activité : sa finalité ne se réduit pas à une utilité extérieure et récréative. Philosophie on vous disait, avec son passage obligé : le bavardage est-il du même ordre que la doxa, la fameuse opinion décriée par la tradition philosophique ? Le bavardage ne cherche pas à mimer la raison, à se prendre au sérieux même dans ses prétentions explicatives : quand je dis « la forme de l’eau on la sait quand ça gèle », l’ambition explicative est plombée par un absurde (revendiqué ?). Tout comme cette autre brève « moi j’suis pas difficile j’aime rien ». Mais l’auteur préfère (justement ?) Ionesco à ces brèves pour rappeler que le surréel est à portée de mains dans le bavardage de la vie de tous les jours. On peut ainsi comprendre qu’il est des bavardages qui valent plus que d’autres, l’auteur précisant avec Deleuze qu’il est un danger pire pour la pensée que l’erreur : la soumission au banal. Et là on peut se demander si le sidérant bavardage médiatique, ou universitaire, est banal, ou s’il est autre nom de ce silence qui occulte la réalité du fonctionnement du monde. On vous laisse alors découvrir les belles analyses sur Joyce et Lacan, entre autres, dans cette jolie enquête philosophique, ainsi que les paragraphes conclusifs qui répondent à la question : qui a autorité pour qualifier ce discours de bavardage ? Un perspectivisme de bon aloi est-il la clé de ce qui est bavard ? RÉGIS VLACHOS DanielL,1DTf.A M]L'ROU{1l E1.{V.tIE[Ui33L Pourquoi bavarder ? Daniel Liotta Ed. Aléas, coll Pourquoi ?, 12 euros &c han savoirs tistx 2009. 2410 NüTEL OU DÉPARTEMENT DES 60U[HES-OU-0461JE Conférantes â 18645 dlliuu'l ille 114\iCL4LL1iLLL ïfüsïon 52 aVenue de Sa yit-Just] 30[}4 hSarsei Ile Mi.{rr.SSin -J.i sT - Irking gihruiT ; ENTREE LIBRE DAMS LA LIME DE$ PLACES üISPONI6LE5 22 1vri1.2010 Ce n'était pas une crise de plus... Olivier Mongin, philosophe 29 avril.2010 Transformation sociale et transformation de la réflexion sur le social ITa 1[1t..1-4 C',Ls I u I, yr.l4,:ii*a Ia,1.gLir. y1bv11gon1 ? " Jhyit vr.Nxrrr L1f ; i:l ALtA$ INFOS & PRA6RAXd1E Ultimo.,rt ififfnsiiiY dei Siwirs 16 rue Beiu48u 13001 MirsriLle FM 04 46 11 24 50 Fax. 04 96 11 24 51 CdNSEIL.17W7 GENEf661 eonLiSd@iin-siwirnorg



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