Zibeline n°28 avril 2010
Zibeline n°28 avril 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°28 de avril 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7,2 Mo

  • Dans ce numéro : les femmes dans la culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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54 LIVRES ART La fosse aux lions « L’éclat strident des instruments trop proches déchire en lambeaux agressifs et coupés les uns des autres l’orage symphonique déchaîné. » Ces mots d’Elie Faure illustrent la symbolique sonore de la première guerre mondiale, longtemps ignorée quant à son volet musical. Pourtant véritable portail culturel du XX e siècle, elle décèle bien des secrets levés par le côté novateur de l’ouvrage collectif La Grande Guerre des musiciens paru aux éditions Symétrie. Sous la direction de S. Audoin-Rouzeau, E. Buch, M. Chimènes et G. Durosoir, les quinze contributions s’attachent à décrypter et expliciter un univers sonore qui reste très peu connu. Les marches militaires, le nouvel environnement sonore incroyablement « bruyant » du front, les instruments des soldats, les chansonniers, les concerts, le patriotisme, La ligne verte Visionnaire mais tellement réaliste, l’architecte belge Luc Schuiten se prête au jeu d’un monde de demain imaginaire et naturel. Dessinateur de talent, le bruxellois évoque des villes de son pays à travers différentes perspectives futuristes et évolutives, prônant une relation nouvelle entre l’homme et son environnement naturel. Les jardins verticaux comme « un moyen de cicatriser les blessures infligées au tissu urbain », les ornithoplanes à ailes battantes (engin aérien à énergie solaire), la cité des habitarbres… l’utopie verte foisonne et découle librement d’un coup de crayon soigné proche de l’univers de la BD. Des transports à la capitale belge dans cent ans en passant par la ville onirique Lotus City, Schuiten rêve tout haut de formes d’organismes vivants comme matériaux de l’alternative esthétique des compositeurs face au désastre ; l’intérêt musicologique majeur de cette publication comble un vide avec pertinence et légitimité tant tout reste à faire dans ce domaine. Centré sur la France, cette étude ne délaisse pas pour autant la dimension internationale, notamment du côté britannique. La musique du champ de bataille comme celle plus déridée des pratiques musicales à l’arrière trouve enfin un écho à l’égal de ce champ musicologique précieux, jusque là quasiment inexploré. FRÉDÉRIC ISOLETTA La Grande Guerre des musiciens Editions Symétrie, 45 euros construction, offrant comme ne suite logique aux racines de l’art nouveau… Vegetal City publié aux Editions Mardaga fourmille d’intérêt sur un sujet majeur, véritable préoccupation architecturale et urbanistique. Présenté en français, anglais et néerlandais, ce beau livre se lit et se regarde avec attention et délectation, laissant le champ libre à l’imaginaire foisonnant d’un archi-créateur hors norme. FRÉDÉRIC ISOLETTA Vegetal City Luc Schuiten Ed Mardaga, 29 euros Arpentons notre territoire ! Ni guide de voyage, ni encyclopédie, ni livre de classe ; plutôt un carnet de notes, un recueil, un album ? Un peu tout cela à la fois : Mémoires de paysages de Véronique Barrau nous promène dans la nature, par les sentiers, sur les sommets, au bord des précipices ou dans les étoiles ; 74 sujets classés par ordre alphabétique, de arcs-en-ciel à volcans en passant par estuaires, glaciers, soleil, tremblements de terre… Chaque sujet est développé sur deux pages : à gauche, dans le cercle d’un vieil objectif d’appareil photos, une photo-couleur du sujet, la définition du dictionnaire, l’évocation de légendes liées au phénomène, des dictons, l’évocation de certaines croyances ou superstitions ; à droite, un montage à partir de vieilles photos, de notes manuscrites au crayon, d’extraits de presse du début du XX e siècle. Le tout créant une atmosphère Comme un roman Après Armstrong, Chet Baker, Billie Holiday, Miles Davis ou Sinatra, l’écrivain, ex-journaliste de France Musique (Le jazz est un roman) Alain Gerber trace le portrait romancé du guitariste Django Reinhardt. De son vrai nom Jean-Baptiste Reinhardt, ce gitan, symbolisant avec Stéphane Grappelli le jazz français, né en Belgique en 1910 et mort en 1953 à Fontainebleau, créa le premier ensemble de jazz français n’utilisant que des instruments à cordes (trois guitares, une contrebasse et un violon) : le Quintette du Hot Club de France. « Un jour, sans le faire exprès, un Gadjo découvrit l’Amérique, Maintenant, c’est l’Amérique qui s’apprête à découvrir Django. » un peu surannée, soulignée par la jaquette du livre qui reproduit un vieil appareil à soufflets, comme ceux qui ont permis de conserver la mémoire des paysages et des phénomènes naturels. Les paysages ont changé au cours de l’histoire humaine, tant à cause de l’érosion naturelle que des activités des hommes. Nos ancêtres craignaient les montagnes, les océans et les forêts, adoraient le soleil. Pour survivre ils ont vaincu leurs peurs, puis ont façonné le paysage : son histoire est la nôtre. CHRIS BOURGUE Mémoires de paysages Véronique Barreau éd. Plume de carotte, 35 euros C’est autour de son voyage aux États-Unis durant l’hiver 1946-47 que se focalise le récit, bourré de références et alimenté par l’imaginaire poétique de l’auteur. À lire comme on écoute un chorus de ballade : ses phrasés, son swing… JACQUES FRESCHEL Insensiblement (Django) Alain Gerber Éditions Fayard 19 euros n Grande. Gucrrc des musiciens I ii.,ci7silalemuenl Dj.i Igo)
Quel est ton Démon ? Une épigraphe de Tolstoï, des références précises à son dernier roman Hadji Mourat, Thierry Hesse se situe délibérément dans la lignée de la grande littérature russe, façon Guerre et Paix, même si sa modestie lui fait dire de Démon que ce n’est qu’« un petit roman russe ». De fait, le narrateur Pierre Rotko inscrit dès le prologue son histoire et celle de sa famille dans l’Histoire : « Avant, pendant, après la guerre qui a détruit l’Europe et la moitié du monde il y a environ soixante ans. Cette guerre qui m’a conduit en Tchétchénie… » Ce faisant il entraîne le lecteur à sa suite, de Paris à Grozny et à Stavropol, des années noires de la Shoah par balles aux massacres caucasiens, de Staline à Poutine. Cela cahote dur sur les chemins obscurs de la mémoire des peuples et des individus ; il faut s’accrocher. Mais quel voyage ! On en revient bouleversé, comme réchappé de la tourmente, et sans doute un peu moins ignorant. FRED ROBERT Le tourbillon de la vie La mort. La disparition. Celle d’un chat. Celle d’un homme. Et la vie aussi, qui continue vaille que vaille, pour les humains comme pour les animaux. Pour les « quelques spécimens de notre zoo terrien » que Charles Berberian a mis en vignettes et en pages dans Sacha. D’un roman l’album a l’épaisseur narrative. Multiplicité des points de vue, récits dans le récit, par l’intermédiaire de rêves, de lectures ou de flashbacks, scénario et personnages élaborés, cette histoire se développe en constellation, avec une écriture très contemporaine, allusive, déroutante, concrète pourtant. Le dessin épouse avec bonheur les volutes du récit, proposant une riche palette de registres et de traitement de la page, preuve, s’il en était besoin, des superbes couleurs que peut offrir le noir et blanc ; particulièrement dans les passages oniriques et dans certaines pleines pages. Lucide, cruel souvent, ce Démon Thierry Hesse éd. de l’Olivier, 20 euros roman graphique dont le personnage éponyme, Sacha, meurt dès les premières vignettes, ne cesse de surprendre, d’appuyer là où ça fait mal : la précarité, l’exclusion, les nouveaux pauvres, la solitude dans les grandes villes, le deuil… Mais il le fait comme Berberian dessine, tout en finesse. Avec beaucoup d’humour aussi et un sens aigu de la dérision. On sourit aux duos de l’oiseau philosophe et de son improbable compagnon mi-chien mi-chat, aux aphorismes de comptoir du premier, aux angoisses existentielles de l’autre. Contrepoints ironiques aux humaines tragédies ? FRED ROBERT Sacha Charles Berberian éd. Cornélius, coll. Raoul, 18 euros LITTÉRATURE Mossoul, Conakry, Kurde et les autres C’est à ces « vous, multiples tu » qu’Emmanuel Darley donne la parole dans son roman polyphonique, ironiquement intitulé Le Bonheur. À tous ces gens qui travaillent et vivent « dans cet ici qu’avant [ils nommaient] là-bas ». Qui font « tout comme il faut », quitte à y perdre leur nom et jusqu’au souvenir de leur pays d’origine. Qui sont venus ici, dans ce qu’ils nomment le « pays bonheur ». À quel prix ! Cet ouvrage percutant a un intérêt stylistique évident. Avec ses voix multiples et sa syntaxe minimale, hachée menu comme le flot des migrants et leurs espoirs déçus, chaotique et bancale comme une langue qu’on apprend, le texte s’élabore au plus près de ceux qu’il évoque, dans une oralité finement reconstituée. Darley écrit beaucoup pour le théâtre et cela se sent. Sa construction aussi est remarquable ; organisée en 3 temps, Ici, Chemins et Là-bas, comme une remontée aux sources de l’exil. Ainsi le lecteur suit-il les exodes à rebours, en partant d’une réalité que tout Européen connaît, même s’il ne veut pas toujours la voir. Squatts ou foyers, boulots précaires et sous-payés, mépris, racisme et arrestations, telle est la vie ici de ceux qu’on nomme les « clandés ». Mais pour eux, cette existence, c’est encore du bonheur, après les enfers qu’ils ont traversés. L’enfer des périples clandestins, à pied, dans des camions ou sur des barques de fortune, payés à prix d’or à « messieurs passeurs » et souvent échoués sur les barbelés de pays bien gardés. Et avant cela, l’enfer de là-bas, pavé de misère quotidienne, de guerres et de régimes liberticides. Un voyage bouleversant chez les toujours damnés de la Terre. FRED ROBERT Le Bonheur Emmanuel Darley Actes Sud, 18 euros LIVRES 55 Il y avait eu Le Cimetière Américain en 2003, subtile rencontre entre le fait divers vosgien, l’intime du monde, et la phrase, nécessaire, pourvoyeuse d’émotion intelligente ; premier roman, ô surprise, tout y était déjà. Rentrée 2009, Démon, frôlé par le Goncourt et le Renaudot, poursuit sa route à l’abri des « grosses » récompenses. Le théâtre des opérations s’est élargi ; nous voici face à la conscience et aux mots d’un journaliste, correspondant de guerre, chroniqueur de catastrophes naturelles et familiales, de l’Afrique au Caucase, des années 20 à nos jours. Thierry Hesse embrasse tout et bien étreint, frontalement ; il ne manque malheureusement pas un bouton de guêtre à cette fresque éthico-didactico-romanesque conçue comme un feuilleton serré entre rappels et anticipations. Le lecteur, pris dans l’ivresse du détail, se débat, légèrement suffoquant sous l’autorité de la nomenclature. Respect et chapeau bas devant le travail d’un « honnête homme » du XXI e siècle, mais la banalité du Mal a peut-être besoin d’un tout petit plus de malice pour s’entrapercevoir... MARIE-JO DHÔ



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