Zibeline n°28 avril 2010
Zibeline n°28 avril 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°28 de avril 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7,2 Mo

  • Dans ce numéro : les femmes dans la culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 14 - 15  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
14 15
14 THÉÂTRE LA CRIÉE LES BERNARDINES MARTIGUES Cycle oriental Marcel Bozonnet a eu la bonne idée de faire renaître sur scène un cycle de la littérature orientale arabe médiévale, transmis oralement jusqu’au XX e siècle, et qui retrace la vie -fort romancée- du Sultan qui défit les Francs à Antioche. Baïbars est l’équivalent du cycle arthurien, version musulmane : les infidèles sont les chrétiens, mais les héros ressemblent aux personnages des gestes médiévales européennes. Il y est question de formation, de révélation, d’aventures, Tutti frutti guili guili Quel soulagement de savoir qu’il existe une brigade d’intervention pour la « liberté d’idiotie artistique » (sic) toujours prête à réveiller le mineur qui sommeille, à tordre le cou au bon goût, à s’emparer des territoires désertés par l’utile et le raisonnable. Ainsi la Compagnie L’Art de Vivre -beau programme toujours en chantiern’a pas sa pareille pour offrir régulièrement sa livraison de petits plaisirs (certains trop menus pour qu’on y goûte), d’incongruités (souvent stimulantes mais pas toujours) ou de bizarreries rêveuses. L’éternelle jeunesse provoque parfois une légère lassitude, même dans les sourires les plus connivents, crispation chassée instantanément cette saison par la fraîcheur indéniable de cette « Grande Comestible », titre dont l’autorité botanique laisse prévoir l’efficacité ironique de cette revue culinaire qui ne ressemble qu’à elle : ça ne rime à rien, le Elisabeth Carecchio de parcours, d’obstacles surtout à la pureté intérieure. Cela ressemble à un roman de Chrétien de Troyes, sauf qu’ils y sont plus propres (vive le hammam !) et qu’il y fait moins froid. Les vertus théologales (foi, charité, espérance) semblent guider le destin des personnages, élus de Dieu ! Si le sultan Baïbars n’est au départ qu’un mamelouk malade, il est né d’un roi, saint ermite de surcroît : en lui se rejoignent la pureté de Galaad et le destin politique du Roi Arthur. Il n’en est pas de même de son double inversé Otman, voyou voleur et assassin du Caire : son bras armé, exécuteur des basses œuvres, est incarné ici par un jeune acteur aux yeux de biche, bondissant, feu follet dansant… La mise en scène de Marcel Bozonnet est un enchantement : simple, l’histoire s’inscrit dans un cercle d’où partent les personnages, comme extraits du récit de la rythme est sans cesse à prendre, on y porte des têtes de chou et des tranches de foie en sautoir, ça tremblote et ça grelotte style « petit cirque fauché » et ça vous en impose en musique ! Rien ne vaut le décousu et le mal rabouté, la dextérité des fragiles pour laisser passer la lumière et l’émotion par les interstices ; ils osent tout ces artistes-là, et d’abord piocher à pleines mains dans les fonds de buffet : les « haricots verts » de Bourvil s’accommodent aux « boutons de rose » de Verlaine ; le quadrille des Homards (ah... les Huit Scaroles et leur pays des Merveilles !) valse avec le Rap de la chips violette ; Dolce Patatina épluche son âme avant la rupture de communication entre Bris de Mots et… tout à l’avenant ! Ô miracle, le charme opère comme il se doit envers et contre toute résistance ! MARIE-JO DHO Qui a peur de Germaine Tillion ? C’est bien de théâtre qu’il s’agit et de représentation encore : foin du documentaire et que nul n’entre ici s’il n’a le désir d’être dupé un peu ! La rencontre de Xavier Marchand avec cette femme d’exception aurait pu tourner à l’exercice d’admiration figé, mais par chance notre metteur en scène aime à raconter des histoires ; micro en main et bien plantée sur ses deux jambes Camille Granville emprunte les mots de la grande ethnologue, à la fois objet et sujet comme il se doit, sans chercher à l’incarner au-delà d’une robe-blouse rayée emblématique. Épaulée, sinon bousculée par un meneur de jeu, conférencier turbulent et discrètement burlesque (Pascal Omhovère porteur de la dimension malicieuse de l’œuvre) assistée de trois « compagnes » polyvalentes et multiformes, l’évocation suit son long cours en trois volets aux partis pris scéniques distincts. « Germaine dans les Aurès » vue d’un labo du Musée de l’Homme (?), façon Tintin chez les Chaouis, avec ses figurines découpées et projetées comme des peintures rupestres en mouvement, ses transparents maniaques et ensablés, ses plaques sensibles manipulées avec une précision jubilatoire, comble et amuse le spectateur avide de savoir ! « Germaine à Ravensbrück » c’est tout autre chose, hommage à la fantaisie, à l’intelligence et au théâtre par la simplicité des moyens : formidable énergie des trois actrices qui littéralement raniment l’opérette bricolée au fond du carton, poésie et force HervéKielwasser l'Art de Vivre o narratrice (sublime !). Les passages du récit au jeu sont d’une grande fluidité, comme dans la dramaturgie arabe, née des pratiques des conteurs. Chant, danse, décors, couleurs, tout est juste, oriental -un peu d’arabe parfois colore le Français de sa belle musique-, familier, enchanteur, pendant près de trois heures. Édulcoré aussi : la version scénique évite la plupart des allusions scatologiques « rabelaisiennes » (Baïbars dans le conte souffre de dysenterie) et, surtout, élimine la violence sexuelle d’Otman, toujours prêt avec ses mamelouks à sodomiser les Chrétiens. En cela aussi, la geste d’Alep ressemble comme une sœur à la littérature médiévale chrétienne… AGNÈS FRESCHEL Baïbars a été joué à la Criée du 3 au 7 mars La Grande Comestible conçu par Yves Fravega et Pit Goedert a été présenté aux Bernardines du 25 février au 6 mars des statuettes de plâtre, émotion et admiration. Et puis la Guerre d’Algérie et le poids des archives ; le triomphe de l’écran géant : le plateau se vide ; les acteurs se font tout petits ; Camille/Germaine raconte la rencontre avec Ali la Pointe et Yacef Saadi assise sur un petit banc ; l’Histoire Moderne interdit-elle la mise en scène ? Pourquoi cet effacement devant des documents connus, déjà soumis à l’analyse, qui témoignent d’un Réel qui limite un peu le projet ? Les contes d’ici-bas ont besoin d’imaginaire et d’un brin de spectaculaire… MARIE-JO DHO Il était une fois Germaine Tillion, conçu par Xavier Marchand et Sharmila Naudou d’après les écrits de Germaine Tillion, a été donné à La Criée du 12 au 21 mars À noter les 26 et 27 mars, Théâtre des Salins, Martigues 04 42 49 02 00 www.theatre-des-salins.fr
GYPTIS THÉÂTRE DU TÊTARD THÉÂTRE 15 Le babil éternel de ces acteurs infinis me plaît On avait testé la rencontre Talleyrand/Fouché, Flaubert/Sand, Raimu/Pagnol, Voltaire/Rousseau, et voici que s’annonçait un Pascal/Descartes transformé en bataille familiale et générationnelle, aves les Mesguich père et fils… On redoutait le pire, qui est largement évité. Certes Pascal, janséniste mais avant tout ami des mondains, n’était pas cet illuminé acariâtre, ni Descartes tout à fait ce Modem conciliant : mais forcer le trait est sans doute nécessaire pour pimenter l’échange. L’Entretien de M. Descartes avec M. Pascal le jeune est en fait un peu l’Acte II du Souper : on prend des extraits d’œuvres célèbres (le Conte à rebours Marivaux situait parfois ses fables sur des îles isolées du monde : c’était pour mieux parler de ses contemporains. De même Michel Dossetto place les personnages de sa dernière comédie dans une station spatiale éloignée de la Terre, au cours d’une mission interminable… À bord, trois hommes, archétypes de la société d’aujourd’hui. Deux quarantenaires : un commandant désabusé qui noie sa solitude dans la dive bouteille, un médecin, looser attachant, qui vit la tête dans les Étoiles… de cinéma ! Et un jeune ambitieux, antipathique, hyper sportif et borné. Chacun dans sa prison, ces trois « naufragés » survivent avec la douleur des souvenirs terrestres et l’angoisse d’un vertige, le silence éternel de ces espaces infinis, la terre sur la tête d’un côté, et la révélation dans le poêle ou la mort de la fille dans l’autre) on les arrange en dialogues, et on comble les trous en inventant une progression dramaturgique ! La recette est éprouvée mais… d’une part ici elle est assez bien exécutée, les extraits d’œuvres construisant une progression réelle ; d’autre part les pensées et les mots de ces deux philosophes, qui avaient aussi un amour démesuré de la langue (surtout Pascal !), sont passionnantes, même ainsi à l’état de concentré simplificateur. Les Mesguich emplissent l’air de leurs voix enflées à la improbable retour. Ils se supportent difficilement, la situation se dégrade… jusqu’à l’arrivée d’un quatrième spationaute qui s’avère être une jeune femme de 25 ans. Elle agit comme un catalyseur révélant à chacun sa vraie nature… jusqu’au « Deus ex machina », coup de théâtre final. Station Etoile est une comédie à rebondissements bien ficelée, servie par des dialogues drôles qui font mouche, portée par un quatuor d’acteurs formidables et une mise en scène au cordeau. À voir jusqu’au 28 mars ! J.F Est-ce que cette pièce sait où elle va ? Autour du manoir retiré de la séduisante lady Muldoon rôde un fou meurtrier. Sous le canapé et les trophées de chasse, déjà un cadavre… Coups de théâtre, coups de tonnerre et coups de feu, cette parodie du huis clos policier où rien ne manque, des rebondissements et coïncidences absurdes aux brumes de Baskerville est en fait une pièce de théâtre que commentent deux critiques ratés : et tandis que le minable suppléant Lunul y voit, dans ses rêves de Philippe Lacombe grandeur, une histoire de chair et de crustacés allégorique de notre humanité, l’infatué Desboulettes, dans ses rêves de rondeurs, se lance dans l’éloge du talent fessier des deux comédiennes, avant que tous deux des laissent prendre dans l’engrenage du scénario. La scénographie est d’autant plus débridée qu’elle est d’une précision redoutable, et les acteurs sont formidables d’outrance contrôlée et chorégraphiée. Quoiqu’en pense l’infatigable Lunul, cette pièce loufoque et survoltée sait finalement très bien où elle va : on se réjouit de l’exercice de style brillant qui parodie la comédie policière et le théâtre de boulevard, des mises en abîmes de mauvais goût, du non-sense délicieusement british de ces Monthy Python en style Tudor, de la caricature assassine, au sens figuré comme au sens propre des critiques, et on ne résiste pas à l’envie d’entrer à notre tour dans ce grand jeu de quilles, de cartes et de massacre, pour participer avec bonne humeur à un grand meurtre carnavalesque ! Un vrai bon moment -peutêtre le dernier… AUDE FANLO Le Véritable Inspecteur Whaff, de Tom Stoppard, mis en scène par Jean-Luc Revol, a été joué au Gyptis du 4 au 6 mars BM Palazon diction parfaite, mais économisent leurs gestes, faisant le pari de miser sur la parole. Ce n’est pas du théâtre, mais c’est fort plaisant… AGNÈS FRESCHEL L’Entretien… a été joué au Gyptis du 11 au 13 mars Station Etoile Jusqu’au 28 mars Théâtre du Têtard, Marseille 04 91 47 39 93 www.letetard.com I-.- CHAQUE. PRI.NTER NERCREOT DU NO'S A PRIM NET, -1. Q(JAT\T.)5ONNE.NT LF 5 51iRt.NR6. MERCRECII 7 AVRIL IRENES ET 11)1 NET Parvis de rop6ra Marseille.. MVO ! IFughi.4611



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 1Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 2-3Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 4-5Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 6-7Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 8-9Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 10-11Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 12-13Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 14-15Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 16-17Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 18-19Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 20-21Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 22-23Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 24-25Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 26-27Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 28-29Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 30-31Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 32-33Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 34-35Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 36-37Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 38-39Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 40-41Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 42-43Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 44-45Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 46-47Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 48-49Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 50-51Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 52-53Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 54-55Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 56-57Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 58-59Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 60-61Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 62-63Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 64-65Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 66-67Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 68-69Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 70-71Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 72-73Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 74-75Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 76-77Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 78-79Zibeline numéro 28 avril 2010 Page 80