Zibeline n°28 avril 2010
Zibeline n°28 avril 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°28 de avril 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7,2 Mo

  • Dans ce numéro : les femmes dans la culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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12 THÉÂTRE THÉÂTRE ET LITTÉRATURE Du livre au jeu Le théâtre est-il de la littérature ? Sûrement, mais pas toujours et jamais uniquement… Plusieurs lectures et mises en scène de textes non dramatiques permettaient ce mois-ci de mesurer l’espace éthéré entre l’écrit et la scène Trois fois l’exil Sonia Chiambretto dit de son metteur en scène (il est le premier à avoir monté ses textes, plutôt poétiques que dramatiques) qu’il écrit l’espace comme elle écrit les mots : avec la même précision, le même attachement au rythme. Hubert Colas possède une autre qualité : il s’attache à ses acteurs avec la méticulosité d’un musicien face à son instrument, et fait de chaque représentation une cérémonie exceptionnelle. « Attention, on va vous dire quelque chose », semblent nous promettre ces corps avant de commencer. Puis cela arrive, et l’on est prêt, comme avant de plonger. Chto s’articule en trois monologues d’exilés. Chaque partie repose sur la performance d’un acteur isolé dans une boîte, avec sa parole. Précise effectivement comme d’une partition, l’exécution du texte est capitale : elle l’épuise, le dévoile à mort, à cri, jusqu’à la désintégration de la parole, son rabaissement à la répétition ultime du même mot, son extinction. C’est franchement beau lorsque l’acteur comme un violon virtuose transcende les notes -Manuel Vallade en légionnaire autiste, Claire Delaporte en adolescente Tchéchène approchent d’une perfection interprétative dont seule Dominique Frot, exceptionnel Stradivarius, serait capable dans ses bons jours. Mais à La Criée, comme souvent, elle a pataugé dans son texte… Qu’importe, cette trilogie est un vrai voyage vers des exils internes. Reste pourtant un sentiment de trop peu. Dû aux textes ? Peut-être. Littéraire en tout cas. Hubert Colas tire de ces mots mis en pages tout ce qu’on peut en donner à voir/entendre. Et ils sont forts, coups de poings émotionnels à l’endroit où la société souffre. R. Aujard La frustration vient d’abord de la construction, banale : les textes contemporains ont l’habitude de cette succession de chapitres, pas chronologiques, instants livrés au lecteur comme des bris de miroir qu’il doit réassembler pour retrouver l’image, le visage, dedans. L’inverse d’un texte dramatique, dans sa progression. L’inverse aussi dans son mode d’énonciation monologique : le soliloque est devenu un attendu du texte de théâtre, de plus en plus long au fil de l’histoire littéraire, puis constituant une pièce depuis Beckett. Mais là il n’est pas question d’entrer dans une psychologie, dans une analyse, ni de raconter ce qui s’est passé, mais de livrer quelque chose qui serait entre l’émotion brute, et le témoignage du réel tel quel. Or le réalisme en prise directe est un leurre, la conscience n’est pas un appareil enregistreur, et le fait de mettre des mots sur une émotion la détache déjà de ce qu’elle est. Vouloir l’atteindre par l’écriture semble une entreprise vaine : au fond des consciences il n’y a pas de mots. Que du fond. Pas plus d’enfer que de ciel. Les acteurs jouent donc à approcher cette chose vide, entre l’incarnation psychologique, et la neutralité du rendu objectif. Il y a là peut-être là une impasse de l’écriture contemporaine. Mais cette impasse, au moins, est littéraire. AGNÈS FRESCHEL Solaire et lumineux Camus Université du Sud Toulon-Var, amphi 400. Charles Berling, entouré de sept étudiants en projet tuteuré de l’UFR lettres et sciences humaines, s’apprête à lire des extraits de textes d’Albert Camus. L’auteur est un, 14 ARSEIILE Ping-pong À la table de lecture, cinq ados en jean, baskets et sac à dos réussissent l’exploit de théâtraliser le texte de Sonia Chiambretto (voir Zib 27), Zone éducation prioritaire, sans toutefois l’interpréter. Ni spectacle, ni performance, la lecture mise en scène par Hubert Colas donne à entendre la mélodie du texte. Pourtant la partition écrite était ardue, avec solo et chœur, indications visuelles, digressions, et le sujet digne d’un reportage télé. L’auteur, en intruse, fait pénétrer le lecteur au sein d’un lycée marseillais claquemuré derrière ses hauts murs et ses caméras de surveillance. Hubert Colas, en habile meneur de jeu, nous encercle une fois de plus en piégeant ses interprètes qu’il filme en direct et en plans serrés : projetées sur trois écrans en arrière-plan, les images ne laissent rien passer de leurs expressions, même fugitives. Leurs vieux compagnon de route, depuis qu’il a lu L’étranger sur les bancs d’une école toulonnaise, et jusqu’à sa mise en scène de Caligula qu’il interprétait. Charles Berling nage en eaux claires dans cette lecture classique ni théâtralisée, ni mise en espace. Il va même jusqu’à réconforter les étudiants morts de trouille « On s’en fout si on est maladroit. Soyez maladroits ! » Et de ponctuer la lecture de L’envers et l’endroit, La chute, L’homme révolté ou Le discours de la peste à ses administrés de souvenirs personnels et de commentaires éclairés sur « cet homme génial qui avait compris la condition humaine ». C’est qu’il semble connaître sur le bout des Chto Nicolas Marie propos disloqués, leur langage réinventé s’en trouvent plus vifs encore. Dans cette lecture à cinq voix qui modulent les monologues alternatifs, détachent les syllabes, décalent le sens des mots dans un flux et reflux lancinant ou saccadé, la tension est palpable et les rires fusent. Car la réalité rattrape toujours le récit (l’excursion à Menton pour la fête des citrons est désopilante), et la désinvolture des ados fait passer la pilule. Hubert Colas ponctue la session de « vrais » coups de sifflets, sonnettes et alarmes qui rythment la vie ordinaire d’une journée ordinaire dans un lycée ordinaire. Drôle et barbare à la fois. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI La lecture et la Trilogie Chto se sont déroulés du 24 au 28 février à La Criée à l’occasion de Une carte d’identités, Hubert Colas/Sonia Chiambretto doigts ses écrits et ses poèmes de jeunesse comme ses romans et sa correspondance : il est intarissable sur l’homme, l’écrivain, les contextes historiques, ses engagements et ses relations avec le théâtre. Dans ce cheminement éclairé à la source de l’œuvre de Camus, on pardonnera volontiers à Charles Berling son léger cabotinage : sa lecture est fervente ! MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Lecture proposée à l’Université du Sud Toulon-Var à La Garde le 9 mars à l’occasion du 50 e anniversaire de la mort d’Albert Camus
13 À livre ouvert o Adapter le long roman de Nancy Huston sur scène est une entreprise qui peut sembler folle. Elle l’est. Comme on s’attaque à l’Everest ou à une transatlantique inédite, la compagnie Parnas s’est mise à la tâche, avec le talent qu’on lui connaît. Le résultat est enthousiasmant. Voilà que se déploie devant les yeux des spectateurs les mots de l’écrivaine, et que les personnages s’incarnent, comme sortis des pages, et que cela s’anime, comme font les mots lus dans l’imaginaire… L’étonnant, quand un texte romanesque est mis en scène, est qu’on en perd toujours la saveur narrative : les jeux de temps, de point de vue, le statut particulier du dialogue, des descriptions, tout cela s’arase, comme s’efface le moment intime où les mots lus laissent place à des paysages, des visages, des voix même, imaginaires, composées aussi d’un peu de vous-mêmes. Ici la gageure était double : le roman, composé de quatre monologues qui remontent le temps -de 2003 à 1942- joue de non-dits : de jeunes enfants, qui ne comprennent pas tout ce qui (leur) arrive, en sont narrateurs, et révèlent donc une foule d’événements, de sentiments, dont ils n’ont qu’une conscience floue, et que le lecteur comprend. Comment rendre cela sur scène ? Catherine Marnas, avec un respect admiratif pour le texte, a découvert un art pour rendre compte de cette entrée progressive et parcellaire dans l’action. Le texte dit est immédiatement incarné, puisque les récits à la première personne le permettent ; puis peu à peu il est illustré par les autres personnages qui passent, le jouent, pas constamment, pas jusqu’au bout, conservant les incises comme autant de distanciations ironiques. Ces personnages proposés derrière le narrateur/protagoniste, puis à ses côtés, construisent des figures jamais intrusives, des possibles de lecture, fluides, justes, arrière-plans comme glissés en surimpression des pages… Les lumières et les décors aussi, discrets, transforment un espace très neutre, tables et chaises blanches, en bosquets sous les arbres, en salon hippie New-Yorkais, en ruelles en pente d’Haïfa, en bagnole familiale… d’un bleu, d’une ombre, d’un rien. Juste avec votre imaginaire, et leur jeu, et quelques couleurs unies et profondes. Une fois de plus les comédiens formidables réussissent des exploits : restituer fidèlement, avec une clarté constante, les longs monologues des enfants, puis toutes ces figures secondaires qui se croisent… Les deux premières parties seulement du roman sont montées, et cela dure trois heures, qui passent comme un enchantement. On rêve de l’intégralité, l’an prochain, en espérant que les programmateurs ne seront pas effrayés par des questions de formatage : les spectateurs à Gap étaient enthousiastes, pris dans le feu, emportés. C’est que le roman de Nancy Huston les tenait en haleine, reposant sur des révélations, des retournements, des attentes, remontant habilement le temps vers l’événement traumatique initial, et parlant des plaies et résiliences du siècle avec un talent rare, et une volonté affirmée de retrouver le plaisir des fables. Un plaisir très féminin semble-t-il : à la séance de signature leur majorité était écrasante. Dans la salle on les entendait dire le plaisir pris à cette lecture, qu’elles Lignes de faille Pierre Grosbois venaient retrouver. Est-ce parce qu’à sa manière de parler du monde Nancy Huston mêle non seulement de l’intime, mais du familial ? des histoires de transmission, de traumatismes reproduits, d’éducation, d’erreurs, de manque d’amour ? est-ce que ces histoires-là n’intéressent plus les hommes, les pères, les fils ? de quels écrits veulent-ils être lecteurs ? En ce monde culturel si masculin (voir p 8) ce roman fleuve parle immédiatement aux spectatrices. Souhaitons vivement aux hommes de s’y laisser prendre… AGNÈS FRESCHEL Lignes de Failles (I) a été créé à la Passerelle, Gap, le 26 fév Lire, vite ! Donner à entendre aujourd’hui le livre de KarlKraus (diatribe contre le nazisme installé mais encore montant dans l’Allemagne de 1933) est nécessaire : il y a tant de textes anodins, nombrilistes, sur nos scènes que ce livre écrit dans une urgence politique qui résonne terriblement avec la nôtre apparaît comme un éclaircissement salutaire. L’autocensure de la presse, la déviation du sens des mots, la violence acceptée de l’État sont autant de signes qu’on retrouve -nettement amoindris- dans notre démocratie bouleversée. Le cri de KarlKraus est poussé sans répit, pure horreur quand il décrit les violences faites JoséLillo X-D.R. aux juifs, et remarquablement analytique quand il s’attache à démonter les mécanismes du totalitarisme avançant. Mais c’est exactement le type de textes -argumentatif, dialectiquement construit, subtil dans ses nuances, faisant appel à la raison plus qu’à l’émotion, et de surcroît relativement monocorde et longqui est difficilement dramatisable. José Lillo y est maladroit, emporté, débitant comme un débutant à toute allure, incarnant sans convaincre KarlKraus dans sa chambre quand sa parole est d’un tribun. La mise en scène écrase d’ennui un texte capital. Tant mieux : les spectateurs à la sortie achètent le livre (éd. Agone), parce qu’au moins il a donné envie d’y entrer un peu mieux… A.F. La Troisième Nuit de Walpurgis a été joué au Théâtre Vitez le 3 mars Retrouvez d’autres lectures en pages Livres



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