Zibeline n°27 mars 2010
Zibeline n°27 mars 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°27 de mars 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : théâtre... de la démocratisation culturelle.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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68 HISTOIRE HAÏTI Pourquoi écrire sur Haïti ? Depuis le 12 janvier dernier, nous sommes abreuvés d’images de la catastrophe qui a jeté par terre Portau-Prince. Des dizaines, voire des centaines de milliers de morts. La planète s’est mobilisée. Mais que vaut ce déferlement médiatique ? On s’émeut à bon droit du sort des familles plongées dans les atrocités et la mort. On comprend l’émoi pour les près de 60 000 haïtiens sur le territoire national. Et comment ne pas être solidaire quand on saisit l’ampleur des dégâts et l’immensité de l’effort de reconstruction à fournir ? Pour autant, ce préalable solidaire, indispensable condition de fraternité et de citoyenneté dans un monde devenu global, nécessite de la distanciation. On vient de voir le Président de la République (une première post-coloniale) se rendre sur l’île et faire, en compagnie de son homologue, Préval, une tournée des théâtres du drame. Dans sa grâce, la France a remis ses dettes à la petite république et s’est engagée à lui fournir une aide. Il est donc si loin le temps où la France entreprenait des charters pour raccompagner les indésirables clandestins dans leur République écroulée ? Les premières images de l’AFP sur le drame étaient sorties du téléphone portable d’une jeune haïtienne éprouvée, certes, mais loin d’appartenir au commun de la misère étalée dans Un peu d’histoire ! Pourtant quelques éléments tangibles peuvent expliciter les images et les prises de position. Si la fatalité sismique existe, l’état de la société haïtienne est le reflet d’une lente construction. Mieux la comprendre est un préalable indispensable pour reconstruire ! La fin de la colonisation D’abord, il faut comprendre que cette population bigarrée qui compose l’île est le reflet d’un passé colonial expansionniste. Première étape dans la conquête espagnole, les îles Caraïbes ont d’abord vu l’extermination des populations indigènes (ici les Tainos) qui y vivaient d’une agriculture prospère. Comme dans l’ensemble américain, elles laissèrent la place aux populations venues d’Afrique plus capables de répondre aux besoins de l’économie de prédation (mines d’or) et de plantation, basée sur le travail forcé, au service des métropoles. L’histoire d’Haïti et de la France commence vraiment avec Louis XIV, qui se fit céder par l’Espagne la moitié de l’île d’Hispaniola -auparavant il s’agissait de flibustiers, boucaniers et pirates installés dans l’île de la Tortue, puis sur la Grande Terre. Les manufactures françaises écoulent leurs produits tandis que sont exportés, sous un régime d’Exclusif -seul le commerce avec la métropole est toléré-, les les rues. Et que dire des inquiétudes qui se firent jour sur la présence américaine canalisant l’arrivée des secours et susceptible de supplanter l’influence française dans la zone ? Show émotionnel La situation haïtienne est bien un drame, mais il est mis en scène dans un gigantesque show télévisuel où tout ce qui compte dans le monde des média tient sa place. Il faut amener chacun à regarder et écouter Haïti, pour faire exister cet Autre, là-bas, au milieu de Caraïbes plus souvent pensées paradis terrestres qu’abysses infernales. Cette irruption de la focale médiatique construit un monde éventuel, une version, un objet commercialisable qui répond aux critères sensationnels de mobilisation affective. On ne voit pas les Haïtiens, on contemple, à distance, des reflets affligés de nous-mêmes. On admire la sophistication des équipements dépêchés qui sauveront -heureusementquelques personnes, quantité dérisoire eu égard au nombre de morts. On nous montre un ministre déchargeant son sac de riz quand des milliers souffrent de famine. On éclabousse de dérisoire un peuple qui croupit depuis longtemps dans la mort lente du produits tropicaux qui parviennent jusqu’en Europe. Un système d’échange inégal se met en place. Il conditionne une organisation sociale fondée sur un concept racial qui sépare les Blancs, les esclaves Noirs et les Mulâtres, qui sont libres. Dans les troubles de la Révolution Française et des revendications d’indépendances coloniales, les Noirs qui s’étaient soustraits aux horreurs de la minorité coloniale (le marronnage) se révoltent. Toussaint Louverture conduit son peuple à la liberté (la France abolit l’esclavage dans ses colonies en 1794). C’est l’occasion aussi de chasser les colons et de s’emparer de leurs terres. En 1801, l’île d’Hispaniola (Française depuis 1795) devient une République. Mais les planteurs (Joséphine de Beauharnais en est) et les colons chassés font pression sur le pouvoir. Napoléon -il a rétabli l’esclavage- expédie 34 000 soldats pour reprendre possession de l’île. Mais Jean-Jacques Dessalines bat les troupes impériales, proclame l’indépendance, officiellement en 1804, et devient empereur de l’île. Liberté, inégalités Bientôt deux aristocraties composées d’une part des anciens esclaves et d’autre part des libres et mulâtres s’opposent dans une guerre civile. Le général Boyer réussit à mettre fin au conflit et à unir les parties. Mais à sa mort, en 1843, la partie espagnole, à l’Est, fait sécession : la République Dominicaine était née. Quant à Haïti, elle dut acheter à la France, en guise de dédommagement, sa reconnaissance officielle (1838). La société haïtienne échappée du mode esclavagiste plonge alors dans l’inégalité. Les aristocraties qui sont parvenues à préserver leur pouvoir malgré les troubles et l’apparition d’une petite propriété indépendante, s’allient avec sous-développement et de l’indifférence. C’est à une véritable expiation collective qu’ainsi l’on prend part. Ces décombres procèdent de l’inéluctable nature ! Battons donc notre coulpe, confessons notre petitesse et notre ignorance pour exprimer, comme dans une procession médiévale, notre repentir salvateur. Ira-t-on jusqu’à expier publiquement nos fautes en espérant qu’un monde post-apocalyptique, définitivement meilleur, surgisse ? Toussaint Louverture The British Library - Heritage-Images Bill Clinton àPort-au-Prince, le 18 janvier 2010 U.S. Air Force-Master Sgt. Jeremy Lock une bourgeoisie commerciale fraichement constituée. Elle est en grande partie issue d’étrangers établis en se mariant avec des haïtiennes. Mais le commerce, principale source de richesse des élites, empêche le développement d’industries capables de fournir les produits élémentaires. La concession de vastes espaces forestiers ou miniers et l’exportation de leurs produits parachèvent le mécanisme : la spirale du sous-développement s’enclenche ! Les classes dirigeantes s’emparent de l’État et détournent ses richesses à leur profit par la corruption, la fraude et la prévarication. Cette situation entraîne les révoltes et le départ vers la ville des paysans appauvris et maltraités. La dernière commotion, 1911-1915, provoque le débarquement des « marines » américains et la mise sous contrôle de l’île. Le voisin Yankee, déjà maître des finances, étend son impérialisme. Même s’il repart en 1934, Haïti devient une pièce de son arrière cour. Comme les autres pays d’Amérique Latine, exploitation économique et pouvoir autoritaire deviendront la règle pendant la Guerre Froide. Aujourd’hui encore, des Duvalier à Préval, rien ne se passe dans l’Île sans que l’Amérique y consente. RENÉ DIAZ
13.19.20.25.26 MARS 2010 GRAND FINAL m10'. 2 44 31 51- vïlle-mertïgees.ir



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