Zibeline n°27 mars 2010
Zibeline n°27 mars 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°27 de mars 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : théâtre... de la démocratisation culturelle.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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58 LIVRES LITTÉRATURE Pleurez mes sœurs algériennes C’est sur cette injonction que Wassyla Tamzali conclut sa Lettre d’Alger aux Européens désabusés. Cette femme en colère est inquiète pour toutes les femmes musulmanes dont elle voit la situation se dégrader irrémédiablement. Et son cri, un cri d’alarme que nous devons entendre. Avant qu’il ne soit trop tard. Pourquoi ce désarroi, de la part d’une féministe pugnace, que les luttes n’ont jamais effrayée ? D’abord parce qu’elle a le sentiment d’être désormais l’« innommée ». Qui est-elle encore ? « Sur ce que je suis, s’abat une chape de plomb, une identité toute faite, emballée dans la religion. Je suis un palimpseste sur lequel les images des femmes cheveux au vent ont été effacées par celles de femmes voilées. » Et puis, parce que tous ceux qui, comme elle, « osent revendiquer une identité dégraissée du pathos religieux et nationaliste » vivent, comme elle, la galère. Car on ne les écoute plus, même en Europe, même au sein des mouvements politiques Piégées Ce 11 février 1963, la poétesse américaine Sylvia Plath -séparée du séduisant Ted Hughes, poète chamanique, mi-fauve mi-braconnier- ouvre les fenêtres de la chambre de ses enfants, colmate leur porte pour les protéger, descend dans la cuisine, pose la tête dans le four et délivre le gaz. Six ans plus tard, Assia Wevill, nouvelle compagne de Ted, se suicide de la même façon entraînant sa fille dans la mort. Pour expliquer le mystère de ces dérives, comprendre les femmes du braconnier, Claude Pujade-Renaud propose un roman biographique complexe révélant les blessures de chacune, héritées de leur lignage germanique ou hébraïque et de leur roman familial respectif. 111 chapitres se succèdent, courts, nerveux, à la première ou troisième personne. À une distance variable, le lecteur, séduit ou agacé, suit la trajectoire de chaque protagoniste. Témoignages, commentaires, bribes de dialogues se mêlent aux récits intimes de proches. C’est sans doute cela le plus préoccupant. Dans cet essai percutant, Wassyla Tamzali montre comment, sous prétexte de laïcité et de multiculturalisme, les pays occidentaux sont en train de « faire le lit des idées des fondamentalistes et [de] devenir le laboratoire de normalisation des thèses identitaires et communautaristes. » Sa thèse, appuyée sur une analyse fine du post-orientalisme rampant et des manœuvres des islamistes modérés, est à méditer. Et sa lutte pour l’égalité entre les sexes et la liberté de conscience, contre l’imposture du voile qui dissimule une morale sexuelle archaïque, à soutenir. Pour rompre enfin, en Europe aussi, avec l’ordre du passé. FRED ROBERT Une femme en colère, lettre d’Alger aux Européens désabusés Wassyla Tamzali éditions Gallimard, 9,50 euros Sylvia et d’Assia comme un chœur accompagnant le drame. La narration faussement linéaire fait ricocher chaque événement, revient sur les obsessions des artistes. Ça saigne, ça grouille, ça galope, ça copule ! Le travail de mise en mots s’opère même si « écrire ne protège pas contre le désespoir. » Coïncidences, correspondances, les destins se plient en accordéon. Phèdre rejoint Médée, un oiseau gazé, les suicidées, le rouge d’une morsure, un serre-tête. Les pièges se referment. L’auteure suit au plus près l’élaboration des œuvres poétiques, nourries de chair et de sang, hantées par un bestiaire imaginaire difficile à dompter et à oublier. ELISE PADOVANI Les femmes du braconnier Claude Pujade-Renaud Éd Actes Sud, 21 euros Dans le labyrinthe de la fiction La couverture d’abord, géométrie en noir et blanc, évoque le labyrinthe. Mais c’est surtout dans le texte qu’on s’égare. L’énigme de Qaf du Brésilien Alberto Mussa est un livre à entrées multiples, que l’auteur prend soin d’expliciter dans l’avertissement. La trame narrative principale, divisée en 28 chapitres comme les 28 lettres de l’alphabet arabe, relate les aventures du poète al-Gatash, héros des temps préislamiques en quête de la solution de l’énigme, et de la belle Layla. Sur cette histoire se greffent détours et paramètres, comme autant d’éléments qui étoffent la matière première, l’enrichissant de mythes revisités, d’anecdotes singulières ou des légendes d’autres poètes héros de cet Age appelé d’Ignorance, et qu’on découvre au contraire fort savant. On peut lire cet étrange roman dans l’ordre ou pas, avancer, revenir sur ses pas, relire, certaines notes y invitent. Car l’histoire d’El Gatash n’est pas l’essentiel. Ce qui compte, c’est le plaisir d’une lecture divagante, qui se construit dans le creux des parenthèses, perd le fil conducteur pour mieux en saisir d’autres. Une lecture qui s’offre et se refuse, comme la belle Layla sous son voile, comme si tout n’était que simulacre. L’auteur le revendique dans son post-scriptum : « être faux est dans l’essence même des choses. » Ainsi cet authentique érudit, fin connaisseur du monde préislamique et traducteur des Poèmes suspendus, s’amuse-t-il à réinventer l’histoire, à réécrire les mythes. Un réjouissant pied de nez à tous les académismes ! FRED ROBERT L’énigme de Qaf Alberto Mussa traduit du portugais (Brésil) par Vincent Gorse éd. Anacharsis,18 euros [ne frime 1.11 iTV bode Pujade- Renaud : cfs:krorn du beaconrtr_. -
Les jeux sont faits Emprunté à la pièce de Shakespeare Le Marchand de Venise, le titre du roman de Pia Petersen, Une livre de chair, est un huis clos étouffant comme il se doit. Collant comme la sueur des personnages englués dans leur misère sociale ou affective, réunis par hasard autour d’une table de jeu dans un appartement miteux de New York. La partie est à quitte ou double ! Et cette « livre de chair » prendra tout son sens à la dernière page du roman, dans un inéluctable bain de sang… Rien ne prédestinait Romain, Hunter, Logan, Porter et Ryan à se rencontrer, sauf que la crise financière de 2008 a anéanti leurs vies et leurs rêves, avec pertes et sans profit. Tous sont au bout du rouleau car le nerf de la guerre, martèle l’auteur, c’est l’argent ! Aux dires des personnages et selon les événements, l’argent est haïssable, enviable, sacré, incontournable, symbole de pouvoir. D’où l’affrontement de deux mondes : celui des riches « qui ont des privilèges » et celui des pauvres (« ceux qui servent »). Une vision manichéenne qui organise la structure même du texte. Construit autour Brut et jaillissant Claudie Gallay s’est lancée dans l’écriture en 2001, parallèlement à son métier de professeure des écoles. En 2009 elle a obtenu le Grand Prix des lectrices de Elle pour son roman Les Déferlantes dont l’adaptation devrait être tournée par Éléonore Faucher. Mon amour ma vie, édité au Rouergue en 2002, vient de paraître en poche chez Actes Sud. Univers déroutant : un campement de gitans sous la bretelle du périph’, quelque part pas loin de la mer. C’est Dan, un garçon d’une dizaine d’années qui parle. Ça commence avec un chat, sacrifié vivant dans du ciment, pour protéger le nouveau campement et ses habitants : le père, la mère, les oncles, gens du cirque. Seules échappées, l’amour de sa guenon née le même jour que Dan, Zaza, l’amie aux yeux bleus, difforme à cause de la polio, et la musique du saxo de l’oncle Jo. Sinon c’est sordide. Le père a un Beretta, il Les grands maux Le catalogue des éditions indépendantes Sulliver est alléchant par son éclectisme : on y trouve des auteurs anciens comme des contemporains, de l’Arioste à Benito Pelegrin, des auteurs à la réputation acquise comme des premiers romans, de Noam Chomsky à Anne Vernet. Le parti pris éditorial séduit aussi par ses exigences éthiques. La collection Littératures actuelles réunit des textes de fiction contemporains, qui font pendant à la critique sociale et politique de cette maison d’édition, consacrée principalement aux sciences humaines. Ainsi, La Fille dévastée de RozennGuilcher est un premier roman qui retrace, en trois étapes d’une passion quasi-christique, enfance-déchéancedélivrance, la vie d’une enfant niée, reniée et martyrisée par sa mère. Le récit entrecroise prose et poèmes dans une langue hachée et lancinante et fait alterner les monologues de la mère et de la fille qui recomposent cette histoire d’abandon, de maltraitance, de dépendance dans la haine et le rejet. de Romain, figure du millionnaire hollywoodien déchu, le roman est écrit comme une spirale qui oppresse le lecteur tout autant que ses personnages. La langue, lancinante, procède par retours sur le passé, répétitions et thèmes récurrents (argent, pouvoir, célébrité, amour). Seules échappatoires, les digressions intimes, les souvenirs et les descriptions topographiques minutieuses de New York et Los Angeles qui permettent une courte respiration. Dans cet enfer noir, le portrait des joueurs se dessine à travers leurs fissures et leurs désamours. Les héros sont fatigués. Ce sont les fils d’Horace McCoy et Tom Wolfe, les cousins germains de Truman Capote, sans son ironie décapante. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Une livre de chair Pia Petersen Actes Sud, collection Un endroit où aller, 22 euros boit, il joue, il perd. La mère refuse de monter sur le trapèze, le chapiteau laisse passer la pluie, l’enfant est livré à lui-même. De page en page l’angoisse croît, l’oncle Jo meurt, le père devient violent et Dan apprend à voler. Jusqu’au drame final. Alors il trouvera le courage d’aller voir la mer. Pour ne jamais en revenir ? La fin reste ouverte… Comme l’histoire, la langue est râpeuse, découpée en phrases jaillissantes, alignées en de nombreux alinéas, de courts chapitres dont les derniers sont des poèmes en prose, coupant comme des silex. On en ressort le souffle court. Sans doute son roman le plus dur. CHRIS BOURGUE Mon amour ma vie Claudie Gallay éd. Babel, 8,50 euros L’Insurrection du verbe être d’André Bonmort, auteur et éditeur, propose de courtes séquences narratives qui retracent les misères de tous les temps, en faisant se succéder les voix d’un « je » anonyme, incarnant tour à tour les victimes de l’histoire, de la jeune maya violée à la catin de toutes les époques, de l’ouvrier exploité à la Terre féconde et dévastée. La composition kaléidoscopique et allégorique est suggestive, mais, à ne rien vouloir oublier, ce passage en revue des maux de l’humanité dégénère parfois en catalogue artificiel. Ces deux œuvres illustrent donc la ligne éditoriale de cette collection qui entend faire résonner « les appels, les plaintes, les révoltes de la part fragile du monde. » Elles témoignent aussi des mérites et écueils de la fiction, lorsqu’elle est inféodée à une intention de principe qui l’aplatit, et des limites du lyrisme de la plainte, registre nécessaire et salutaire, mais difficile à tenir tant la certitude de la grandeur fait courir le risque de l’emphase et de la convention. AUDE FANLO CLAUDIE GALL'V MO\AMOUR IAA VIE La fah : &vast&, 1ii.ri Insurrection du verbe être, André Bonmort Editions Sulliver, 15 euros 59 La Fille Dévastée, RozennGuilcher Editions Sulliver, 15 euros fr.urrtiYiaSrr du voihrrrc ED



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