Zibeline n°27 mars 2010
Zibeline n°27 mars 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°27 de mars 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : théâtre... de la démocratisation culturelle.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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26 CINÉMA Le goût est dans toutes les natures Jamais Cour n’a eu tant de belles personnes et d’hommes admirablement bien faits En 2004 Abdellatif Kechiche réalisait L’Esquive, une fiction réussie qui posait la question de la langue à partir de jeunes collégiens de la banlieue parisienne mettant en scène Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux. En 2009 le superbe documentaire de Régis Sauder, Nous, princesses de Clèves, suit le travail d’élèves du Lycée Diderot à Marseille qui se sont « attaqués » au roman de Madame de Lafayette. Celui-là même dont Nicolas Sarkozy disait qu’il devait disparaître des programmes. Projeté au cinéma Variétés, le 28 janvier devant une salle comble, en présence de toute l’équipe, le film a reçu un accueil enthousiaste, à juste titre. Au départ du projet, une affiche : « Le cinéma vous tente, venez participer à la réalisation d’un film autour du roman La Antoine Héberlé est venu au cinéma par la photo de montagne, et aussi par l’envie de faire des documentaires d’aventure, tout comme ses héros d’adolescence, Paul-Emile Victor et Haroun Tazieff. Au lycée des profs lui ont fait découvrir le cinéma allemand des années 70, lui montrant ainsi qu’on peut s’exprimer au travers des images. Il fait donc l’Ecole Louis Lumière à Paris et commence par être assistant du chef opérateur Thierry Arbogast* sur un film d’escalade, puis sur des courts métrages. En 1993 il travaille sur un premier long métrage, O fim do mundo de João Mário Grilo, sélectionné à Un Certain Regard à Cannes, suivi de Les Gens normaux n’ont rien d’exceptionnel de Laurence Ferreira Barbosa. Chef opérateur ou directeur de la photo ? « Autrefois, le matériel étant plus lourd, le chef op, responsable de l’image, travaillait avec un cadreur et des assistants. Aujourd’hui, le directeur de la photo s’occupe aussi bien de la lumière que du cadre. » Il aime travailler avec des réalisateurs différents dans leur façon de concevoir le tournage. « Certains accordent plus d’importance au jeu des comédiens, d’autres au cadre. Certains sont plus directifs, d’autres laissent plus d’autonomie au directeur photo. Les films dont NOUS, PRINCESSES DE CLÈVES PORTRAIT D’A. HÉBERLÉ o Nous, princesses de clèves Princesse de Clèves. » Une trentaine de lycéens répondent à l’appel, une vingtaine d’entre eux suivront pendant un an un atelier animé par deux enseignantes, Emmanuelle Bonthoux, Anne Tesson et le réalisateur, Régis Sauder, s’appropriant le texte, la langue, les personnages. Les conventions familiales et sociales qui étouffent la Princesse évoquent chez certaines des jeunes filles les situations qu’elles vivent ; certains garçons s’identifient au Prince de Clèves, d’autres à Nemours... Régis Sauder a su s’approcher d’eux au plus près et ils lui ont fait assez confiance pour parler avec une grande sincérité, d’eux-mêmes, de NOM : Antoine Héberlé Profession : directeur de la photographie leurs amours, de leur quotidien, très intimement parfois, de leurs craintes et de leurs espoirs. Et ces portraits sont aussi beaux que ceux qu’ils découvrent au Louvre lors d’un voyage à Paris. Si la séquence avec Jean-Marc Chatelain, conservateur à la Réserve des livres rares de la Bibliothèque nationale de France, est un moment délicieux du film où semble se rejouer la tradition des salons, celle de l’oral blanc du bac français met très mal à l’aise : comment je suis le plus fier sont ceux qui ont un univers pictural fort : on est alors poussé plus loin dans le travail. » Par exemple Laetitia Masson avec qui il a tourné cinq longs métrages ou Alain Guiraudie avec qui il a eu une longue collaboration. Parfois, réalisateur et directeur photo se confrontent parce que leur vision est différente ; cela a été le cas par exemple avec Hani Abou Assad sur Paradise Now. « Mais cela a été très positif ! » Les réalisateurs qu’il admire ? Fellini qui lui a fait découvrir le cinéma et les formes singulières, Bergman Nous, princesses de clèves Signes particuliers : n’aime pas tourner pour ne rien dire ! Nous, princesses de clèves une élève qui a su comprendre et parler la langue du XVII e peut-elle proférer de telles erreurs littéraires devant une enseignante qui n’en croit pas ses oreilles ? Car Nous, Princesses de Clèves dit tout le miracle de ces projets culturels dont la disparition au sein de l’école a déjà commencé. Insuffisants à tout résoudre, mais irremplaçables ouvertures éducatives dans les établissements difficiles comme le Lycée Diderot. Dans les autres aussi. Souhaitons au film, après son passage sur France Ô, de trouver un distributeur afin que jeunes et moins jeunes puissent voir que tout le monde a soif de culture, qu’on peut demander à tous (même à la guichetière !) ce qu’ils pensent de la Princesse de Clèves. Et que dans toutes les Cours on peut voir de belles personnes… ANNIE GAVA et son maître, Tarkovski, sans oublier Guy Maddin, « un réalisateur canadien de Winnipeg qui a un univers très fort et travaille beaucoup avec la lumière. » En France, Antoine Héberlé aimerait travailler avec Jacques Audiard, « metteur en scène au- dessus du lot », mais il n’a pas encore osé le lui dire. Il affectionne particulièrement le documentaire, mais, très sensible à l’humain, il aime aussi les acteurs. « Je suis le premier spectateur de l’image ; quand il y a une vraie émotion, je le sens. » Il a adoré filmer, par exemple, Sandrine Kiberlain, Valeria Bruni Tedeschi, Carmen Maura, Jean-Paul Roussillon ou Denis Podalydes. « Quand un acteur se sent X-D.R. mal, c’est vers l’opérateur qu’il se tourne pour créer une complicité. On est là pour l’aider, le rassurer. » Trotte dans la tête d’Antoine Héberlé l’idée de réaliser lui-même un film. Mais il a d’autres projets immédiats : d’abord terminer le film de Yasmine Reza, Chicas, puis… ANNIE GAVA * Récompensé trois fois du César de la meilleure photo pour Bon Voyage et Le Hussard sur le toit de Rappeneau, et pour Le Cinquième Elément de Besson.
Manosque a le zèle à l’œil o Des amateurs nombreux « à l’œil zélé » sont venus du 2 au 7 février au théâtre Jean le bleu et au cinéma le Lido pour découvrir la programmation concoctée par Pascal Privet. Pour rencontrer l’autre et l’ailleurs, bien loin du débat sur une quelconque identité nationale, du grand nord de Markku Lehmuskallio et Anastasia Lapsui à l’Afrique du Sud de Michael Raeburn, de la Marseille de Gheerbrant à la Chine de Xiaolu Guo. Manosque, une fois de plus, est devenue comme l’écrivait Jean Rouch, « une étape essentielle du tour du monde. » Sur la Highway, à 2000 km de Moscou, on sait qu’on est au Kazakhstan, autant dire nulle part ailleurs que dans le sable pulvérulent, la boue séchée refendue par un serpent clair, les herbes étiques que le vent, plus léger qu’on pourrait le craindre, caresse plus qu’il n‘arrache, et le soleil, toujours. Une famille complète y fait la route. Pour une audience de pacotille et pourtant bienveillante, elle déploie aux arrêts son cirque de ficelle et de tessons de verre. Le fils aîné, minuscule et noueux comme son géniteur, martyrise sa mâchoire avec des poids insensés ; la dernière des cinq petits, morveuse et rêveuse, esquisse une ronde enfantine les pieds nus sur du verre brisé, sans dommage, jamais. Car tous ne sont l’un pour l’autre que tendresse rude et sévérité feinte, des gens dont la vie est rythmée par le démarrage à la manivelle et toujours hypothétique de leur bus de fortune, cabane roulante bruyante et brinquebalante. Ils recueillent un aiglon trop faible pour voler qui les adopte aussitôt, ils ne connaissent pas le sens du mot « déchet ». Ils ne vont nulle part, mais ils y vont ensemble, sans autre musique que de vagues roulements de caisse claire, et même pas surpris par une caméra qui les accompagne autant qu’elle les regarde. Highway, un des cinq films présentés de Sergei Dvortsevoy, dépaysant et essentiel comme l’inédit de l’ethnomusicologue Sandrine Loncke, qui filme La danse des Wodaabe, fondement culturel de ces nomades dispersés dans La Région à Clermont o Le Festival International du court métrage de Clermont- Ferrand a tenu du 29 janvier au 6 février sa 32 e édition. « Pour son exigence en matière de critère de sélection qui permet, chaque année, de dévoiler les perles du court métrage parmi tous les films en compétition, et qui le place comme une référence incontournable au niveau européen » il a été nommé « Meilleur Festival International » par la FILMAD, organisation madrilène qui coordonne une vingtaine de festivals. Sur les 6523 reçus, 174 courts métrages ont été retenus, dont 56 en sélection française. Trois films soutenus par la Région y figuraient. Nous avons déjà dit tout le bien que nous pensions des Enfants dans les arbres réalisé par Bania Medjbar (voir Zib’23). En compétition aussi un film de Cristina Ciuffi, Le détour, histoire initiatique d’un jeune homme qui, perdu en montagne, va se retrouver chez un jeune homme et sa sœur. Le film, truffé de symboles lourds -le serpent tentateur, l’étalon, la femme sorcièrene vaut pas vraiment le détour ! Le troisième, présenté dans la sélection Films en région, était le meilleur de son programme : 8 et des poussières, c’est le salaire horaire qui attend Yannsi, par amour pour Morgane, il renonce à « dealer » et se fait embaucher comme trieur de fruits à la chaîne. Filmé avec efficacité et sobriété par Laurent Teyssier, jusqu’alors directeur de la photo, ce premier court MANOSQUE CLERMONT CINÉMA La Danse des Wodaabe de Sandrine Loncke Dónde estáKim Basinger d'Edouard Deluc 27 Shéhérazade, raconte-moi une histoire de Yousry Nasrallah le Sahel nigérien et rituel de cohésion sociale entre les lignages. Juste à la bonne distance, parce qu’elle a pris le temps de laisser se révéler les gens. Mêlés aux documentaires, les fictions, fables, paraboles, mélodrames sur des sujets toujours très politiques, ont conduit à des débats parfois pimentés mais toujours de grande qualité. Yousry Nasrallah a présenté en avant première un Shéhérazade, racontemoi une histoire aux accents almodovaresques, radioscopie de la société égyptienne à travers des récits de femmes. Le film à thèse d’Igaal Niddam, Frères, qui propose la séparation du religieux et du politique, à partir du thème très biblique des frères antagonistes et du constat de la fracture actuelle en Israël entre laïcs et orthodoxes, a divisé la salle. Scénario peu convaincant, plus de discours -orienté, amputé, ont reproché certains- que de cinéma. Tout au contraire, l’exigeant Police, adjectif du Roumain Corneliu Porumboiu, recréant la tension d’une filature policière et celle plus subtile entre la loi morale et la loi écrite, les mots et le monde, immerge dans une société en mutation, et éclaire sans bavardages. L’ambition des Rencontres, ne pas laisser le spectateur tranquille dans son fauteuil, est atteinte. ÉLISE PADOVANI métrage, qui vient d’obtenir le Grand Prix du Jury des courts métrages français au Festival d’Angers, aborde les problèmes des jeunes qui n’ont pas la vie dorée de ceux qui essayent de battre des records en jet-ski. Il faut noter que la Région PACA a également aidé un film roumain très émouvant, Muzica in sange. Alexandru Mavrodineanu brosse un beau portrait de père qui croit dans les capacités musicales de son fils ; mais l’industrie de la musique tzigane est un milieu très difficile… Ce sont d’autres courts métrages qui ont été primés, en particulier un film italien, Blue sofa de Lara Fremder, Giuseppe Baresi et Pippo Delbono en compétition internationale, et Dónde está Kim Basinger ?, film franco-argentin d’Edouard Deluc en compétition française. Mais être sélectionné à Clermont-Ferrand, qui a accueilli cette année près de 140 000 spectateurs, est déjà une reconnaissance ! ANNIE GAVA



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