Zibeline n°27 mars 2010
Zibeline n°27 mars 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°27 de mars 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : théâtre... de la démocratisation culturelle.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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04 I POLITIQUE CULTURELLE LE THÉÂTRE POPULAIRE Les Amis du Théâtre Populaire d’Aix fêtent en ce moment leurs cinquante ans, qui coïncident avec ceux du Ministère de la Culture. Occasion idéale pour réfléchir, débattre, mettre en spectacles et en voix la question du public. Mais même le débat réunissant le 30 janvier des acteurs importants de la vie culturelle ne parvint jamais à poser les bases communes d’une réflexion. Faute de s’entendre sur les termes, et les objectifs Si le Théâtre Populaire de Jean Vilar avait pour but de fabriquer un public proportionnellement représentatif de toutes les classes sociales et de tous les âges de la population vivant en France, force est de constater que cette utopie est un échec. Les constats dressés tous les dix ans (1973, 1981, 1989, 1997 et 2008) par le Ministère sur les Pratiques culturelles des Français disent clairement que le théâtre ne nous concerne pas tous. Jamais vu ! On ne peut qu’être atterrés par les 42% de Français qui n’ont jamais vu un spectacle de théâtre professionnel. Mais il faut les rapporter aux 71% de personnes qui n’ont jamais assisté à un concert de rock, réputé plus populaire. Seul le cirque (22%) ou les arts de la rue (38%) sont plus fréquentés que le théâtre. Hors du champ du spectacle dit vivant, 23% des Français « seulement » ne sont jamais allés dans un musée d’art ou de civilisation, mais ils sont 61% à n’avoir jamais fréquenté une galerie d’art. On peut donc regretter que le théâtre ne concerne pas chacun, comme à l’origine à Athènes, mais il est moins attaché à contenter exclusivement un public bourgeois qu’avant Vilar. En cela, son Théâtre Populaire, et le Ministère de la Culture, sont des réussites. Culture bourgeoise ? En effet, si l’on s’attache à définir les pratiques culturelles des différentes classes sociales, le théâtre est relativement démocratique. Certes les cadres et professions intellectuelles sont 4 fois plus nombreux que les ouvriers et employés (ceux qui y vont le font en outre 2,5 fois plus souvent au cours d’une année) ; mais ils sont aussi 10 fois plus nombreux à avoir lu au moins un livre au cours de l’année, et lisent en moyenne 4 fois plus de livres. Or on ne reproche pas aux bibliothèques, presque gratuites, décentralisées, de ne pas être démocratiques. Photographie de Ito Josué De la démocratisation culturelle Plus inquiétant : l’écart entre les classes sociales qui lisent se creuse depuis 1989, alors que la fréquentation des théâtres a tendance à augmenter depuis 20 ans, et ceci dans toutes les classes sociales, y compris les employés. Cet échec de la démocratisation du théâtre est donc tout relatif : rapporté à l’idéal qui a prévalu lors de la création du Ministère de la Culture, il est évident. Mais l’augmentation et la diversification des publics sont tout à fait notables, et quantifiées. Le théâtre résiste, s’impose, beaucoup mieux que le livre par exemple, dans une société à médias multiples où les classes populaires lisent de moins en moins, et sont de plus en plus pauvres et asocialisées. Éduquer… Que peuvent donc les professionnels du théâtre face à leur demi-réussite ? Ils font déjà, sur le terrain, un travail souvent remarquable, en expliquant, en ouvrant des ateliers de pratique, en s’occupant de médiation. Car ce n’est pas simplement en abaissant le prix des places comme Vilar le prônait, ou en instaurant la gratuité au musée comme l’a suggéré Nicolas Sarkozy, que les classes populaires y viendront en masse. Il s’agit bien sûr d’ouvrir les portes autrement. Il faut se poser la question de ce qui empêche les gens d’y entrer, en repensant les liens entre éducation et culture. Vilar se trompait sans doute, et Malraux après lui, en assignant à l’Art seul des vertus de révélation : pour eux l’école devait éduquer, et les œuvres provoquer un éblouissement. Vision de l’art entachée d’une religiosité très dix-neuvième, et d’une piètre estime envers les enseignants, incapables d’éveiller la sensibilité des élèves. Combien d’artistes racontent pourtant comment un enseignant leur a ouvert les yeux ! … sans moyens ! Or aujourd’hui l’Éducation Nationale se voit privée des moyens qu’elle consacrait à l’activité artistique pour tous : on y prône un enseignement en histoire des arts détaché de toute pratique, les moyens consacrés à l’action culturelle sont diminués. Seuls demeurent des enseignements de spécialité, donc optionnels, qui ne seront choisis que par quelques-uns, sans doute ceuxlà même qui vont déjà au théâtre… Quant aux associations de spectateurs comme les ATP, elles sont fort peu aidées. Des initiatives formidables comme les Fauteuils voyageurs, ou l’association culturelle de l’École Centrale (voir p 64), travaillent sur cet élargissement du public, tandis que la plupart des Comités d’Entreprise y ont renoncé, proposant aux salariés au mieux du divertissement, au pire du populisme… Ces moyens de démocratisation ayant disparu, comment y remédier ? Changer les œuvres ? La tentation, et le danger, est de vouloir adapter les œuvres à la demande. C’est à cet égard que le débat organisé le 30 janvier a été intéressant. Les œuvres actuelles sont-elles soumises à des impératifs de démocratisation qui les dénaturent ? Marie Raymond, responsable du pôle théâtre à CultureFrance, souligna la prépondérance du cirque et de la danse dans les spectacles promus par le Ministère des Affaires Étrangères, constat partagé par Fabien Jannelle, directeur de l’Office National de Diffusion Artistique. « Le théâtre de texte diminue d’année en année au profit du nouveau cirque, des formes familiales, intergénérationnelles, décloisonnées. Il y en a de très bonnes, comme il y a de très mauvais spectacles de textes. Mais c’est un fait : le spectacle de théâtre diminue car, même s’il remplit les salles, il attire moins les programmateurs. » Marie Raymond précisa alors « l’héritage de Vilar se confronte à la marchandisation de la culture, le théâtre d’action est attaqué, il a aujourd’hui des ennemis à l’intérieur du monde de la culture. » Christian Schiarretti, directeur actuel du Théâtre National Populaire, défendit l’importance de la langue, de l’intelligence des œuvres, du répertoire, affirmant qu’un metteur en scène n’est qu’un passeur. Puis il s’attaqua avec véhémence (et brio) aux programmations actuelles des théâtres et des grands festivals « dirigés par d’ex-étudiants d’HEC » qui « habillent leur Restauration des costumes de la rupture », « confondent dramaturgie d’avant-garde avec amplification des voix et vidéo » et « taxent de ringard tout ce qu’ils ne comprennent pas. » Guerres intestines Pourquoi cette violence entre gens de théâtre ? Concrètement, les artistes eux-mêmes ont tendance à endosser la responsabilité de ces 42% qui ne vont pas au théâtre
ou 61% dans les galeries ; or ce n’est pas a priori l’accessibilité de leurs œuvres qui est en cause, tout comme ce n’est pas la faute à Voltaire si on lui préfère J. K. Rowling, ou l’absence de livre. Les désaccords esthétiques -qui sont nécessaires à l’éclosion d’œuvres diverses, et fructueux en termes de création- dégénèrent actuellement en combats personnels qui interdisent de rationnaliser. De repenser l’accès à la culture en termes de désaliénation. Pas forcément marxiste, mais si la Ferme et le foot constituent des faits « culturels » majeurs, il faut bien à un moment se demander comment on peut lutter contre. Par diverses voies. C’est paradoxalement François Brouat, Directeur Régional des Affaires Culturelles, qui souligna que « la démocratisation théâtrale a bel et bien réussi, grâce au travail des artistes, des collectivités, des ATP aussi… » Catherine Marnas, metteur en scène associée à la Scène Nationale de Gap depuis 14 ans, parla de présence sur le long terme, de fidélisation, de rendez-vous. « Les choses se bâtissent », approuva François Brouat. Elle parla aussi de son travail avec des amateurs, de sa foi en un lent cheminement, progressif, en « rhizomes, non pyramidal, par des réseaux qui se contaminent. » Du fait d’aller plus loin, malgré les obstacles. Après cela la salle prit la parole, en particulier Catherine Dasté. Qui dit que les photos commandées par son père (voir encadré) n’étaient pas des photos de spectateurs, mais de passants. Qu’on avait utilisé le visage de ces gens éblouis, qui « pour la plupart n’avaient jamais poussé la porte d’un théâtre ». Et que regretter l’âge d’or du Théâtre Populaire n’avait pas de sens… Sinon pour faire croire que cet idéal est caduc. Qui y a intérêt ? AGNÈS FRESCHEL Vive le théâtre ! Seconde Nature croise les univers du photographe Ito Josué et du plasticien du mouvement Antoine Schmitt. Deux formes qui font écho à la question du spectateur au cœur de la réflexion des ATP et de Jean Dasté, alors directeur de la Comédie de Saint-Étienne et commanditaire des photographies de spectateurs. L’exposition s’ouvre sur un magnifique portrait de Jean Dasté, se décline ensuite en 60 clichés noir et blanc d’une saisissante beauté : un mur d’images où l’on découvre -étonné- la mixité du public amassé sur les places et sous le chapiteau du cirque Rossi dans les années 1948-1963, leur joie sur leur visage, leur attention dans leur regard, leur gravité troublante. Debout ou assis, tous âges confondus, les plus jeunes sur les épaules de leurs aînés, en couple ou en famille, parfois sous une pluie battante, tous font corps vers ce qu’ils regardent. Visages éclairés de l’intérieur, réunis dans la publication Le théâtre de b 05 ceux qui voient. Plus distanciées, les œuvres d’Antoine Schmitt prennent les spectateurs à rebrousse poil : dans Psychic on les regarde et on les guette, dans Le Grand générique d’un film qui n’a ni titre, ni début, ni fin, le hasard relie des anonymes, sans chronologie ni ordre alphabétique. Et c’est toujours, comme l’écrivait Jean Dasté, « le pouvoir du théâtre qui éveille, qui éclaire et qui rassemble. » On ne saurait mieux dire. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Le spectateur est un autre Ito Josué et Antoine Schmitt jusqu’au 5 mars Seconde Nature, Aix 04 42 26 83 98 www.atpaix.com Pratique du nettoyage D Un petit duo situationniste ouvrait l’anniversaire des ATP d’Aix : brouillon, brouillé par un bruit constant de chaufferie dans la salle de presse de la Cité du Livre… mais tout de même drôle, et questionnant. Parce qu’il y était question d’une femme et d’un homme de ménage, de leurs pratiques et rêves artistiques. De leur désir d’être acteur, danseur, écrivain, photographe, du décalage entre ce rêve et ce qu’ils savaient faire, se trémousser, faire la tortue, pousser le cri de Médée, détourner des fonds pour se faire éditer… Tout en époussetant fermement ils réaffirmaient que le désir d’art est universel, forcément populaire. Mais qu’y atteindre n’est pas évident ! A.F. Service de nettoyage ou le corps social a été présenté les 28 et 29 janvier Service de nettoyage Paolo Santoné MERCREDI 3 MARS er afrt toor r Source des chiffres Pratiques culturelles 2008, DEPS, ministère de la Culture et de la Communication Tragédie populaire Il fut un temps où la cérémonie tragique regroupait femmes, enfants, hommes, esclaves et citoyens. Au V e siècle avant notre ère le théâtre naissant fut immédiatement populaire. Olivier Py, directeur du Théâtre National de Chaillot, tente en décentralisant de petites formes de théâtre antique d’aller chercher ailleurs le public du théâtre. Après quatre dates à Paris, et avant une longue tournée dans de nombreux établissements d’Île de France, son adaptation pour trois comédiens des Suppliantes d’Eschyle (en 1 heure, Olivier Py sait aussi faire court) viendra dans le Pays d’Aix se faire entendre par tous les publics : l’aprèsmidi dans les établissements scolaires (Lycée Cézanne le 2 mars, collège de Fuveau le 3, salle de Peyrolles le 4, Lycée de la Nativité le 5), le soir dans les salles de théâtre (Pavillon Noir le 2, La Roque d’Anthéron le 3, Rousset le 4, le Tholonet le 5). Un événement donc à la portée de tous, avec trois immenses acteurs (Philippe Girard, Mireille Herbstmeyer, Frédéric Giroutru), un texte fondateur, et une vraie démarche de théâtre populaire. Soutenue par la Fondation Rotschild ! A.F. Les Suppliantes du 2 au 5 mars Pays d’Aix 04 42 26 83 98 www.atpaix.com SIRENES I D I NET Parvis de fepéra Marseille F



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