Zibeline n°27 mars 2010
Zibeline n°27 mars 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°27 de mars 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : théâtre... de la démocratisation culturelle.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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22 DANSE LES HIVERNALES Quelques retours sur un festival manifestement pertinent… Un mythe en liberté Daddy, I’ve seen this piece 6 times before and I still don’t know why they’re hurting each other, est le titre improbable de la pièce mythique de la chorégraphe sudafricaine Robyn Orlin. Figure incontournable de la danse contemporaine, elle a accepté de reprendre pour les Hivernales ce trésor d’inventivité, d’ironie et d’intelligence engagée. En une heure, les interprètes, dont la grandiose Nelisiwe Xaba, ont pointé les difficultés de cohabitation au sein d’un pays broyé par les paradoxes. Face à un public totalement investi et réchauffé -dérouté aussi, habitué qu’il est pour une part aux conventions du ballet classique-, le spectacle questionne la place du spectateur européen face à cette danse d’Afrique. Grâce à un vrai travail d’adaptation (le surtitrage est très habile et la cité papale bien revisitée) et une mise en perspective sagace de la société post-apartheid face à nos questionnements français (la burqa et d’identité nationale sont joliment épinglés). Un manifeste entre art et politique, sous couvert d’humour grinçant mais juste. DE.M. Daddy… s’est joué à l’Opéra-Théâtre le samedi 13 février Par le bon bout Aborder le problème du voile musulman, intégral ou non, est délicat. Signe d’oppression pour toute femme qui n’a pas honte d’être un corps, il est devenu un symbole de résistance pour certaines musulmanes occidentales victimes du racisme ambiant, dans une société qui se dit laïque mais affiche partout des symboles chrétiens. Le combat contre le foulard, puis la burqa, attise un rejet prompt à resurgir. Nous avons besoin de la parole des musulmanes, de culture plutôt que de foi, pour prendre le problème par le bon bout. Wassyla Tamzali (voir p 62) ou Héla Fattoumi dans Manta nous rappellent à l’ordre du bon sens. Les Sourates 24 et 33 qui défilent sur les murs enjoignent les hommes à couvrir le visage des femmes, et à leur interdire les gestes susceptibles de dévoiler leur corps. Ce qui est inacceptable, quelle qu’en soit Eric Boudet l’exégèse et la traduction. Ces versets oppriment et nient l’existence de cette femme qui est là sur scène, et ne peut montrer son être que par l’incroyable reproche de son regard. Par des images d’une crudité extrême, Héla Fattoumi fait apparaître l’humiliante répression, charnelle, abjecte, d’une femme entièrement voilée qui se soumet à l’acte sexuel, viol répété de son être impassible. Puis les convulsions, tressautements affirment que ce corps vit sous la mante, quand il apparaît par transparence, violemment éclairé. La conclusion qui la dévoile et la voit enfin danser, être, chanter librement, souligne l’urgence de combattre cette absurde oppression. A.F. Manta a été dansé les 13 et 14 fév au théâtre des Hivernales Sérieux ? Tout ceci (n’)est (pas) vrai est une pièce que Thierry Baë avait conçue en 2003, mais qu’il a entièrement retravaillée. Elle était drôle, elle est devenue hilarante. Le chorégraphe mutin y joue à faire semblant, non en parodiant mais en pastichant. La « danse de santé » de son arrière-grand-oncle, qu’il aurait retrouvée dans la boîte à souvenir de sa mère, est exécutée avec beaucoup de talent par un quatuor de danseurs pince sans rire, et très doué. Le paramonde snob de la danse contemporaine y est gentiment mouliné à e Eric Boudet Laurent Philippe travers ses tics : conférences, publications, vénération d’idoles improbables, références invérifiables, collection de noms inconnus présentés comme des célébrités incontournables, paroles enflées en cascade… Ça pourrait être un peu réac si ce n’était pas si tendre, et si drôle ! A.F. Tout ceci (n’)est (pas) vrai a été dansé le 14 fév à Villeneuve-les-Avignon À bas la plastique noire Nelisiwe Xaba, magnifique danseuse au corps étonnant, vous envoie vos clichés à la gueule comme pas deux. Elle se masque, se déguise en lapin, en sac, disparaît sous une toile qu’elle gonfle en ballon, derrière un écran qui ne laisse voir que son ombre, déformée par des appendices, seins, fesses qui la déforment et jouent avec l’idée d’un corps noir plantureux qu’elle n’a pas. Son corps virtuose s’attache à danser avec des objets pauvres qui la contraignent, escabeau, feuille de plastique, pointe (une seule), talon aiguille (un seul). Elle vous regarde droit, puis s’enferme dans un sac. Refusant de se conformer à une identité attendue, refusant d’établir un contact avec vous, hors la dérision de votre propre regard. Gonflé ! A.F. They look at me and that’s all they think et Plasticization ont été dansés les 14 et 15 fev aux Pénitents blancs Plasticization Photolosa
De chair et d’Haleb La charge érotique de la danse de Christophe Haleb est une constante. Mutine et libertine dans Evelyne House Of Shame, fluide et glamour-rock dans son nouvel opus Liquide. Où il convoque tous ses démons : effeuillage des corps féminins, postures lascives, déhanchements suggestifs, costumes lacérés, musique saturée, techno danse déjantée, texte volcanique autour du « Virtusex » … Tout ça pour parler de l’amour, « un élément liquide qui file entre les doigts » et espérer que le plaisir arrive ! Christophe Haleb revisite le classique portrait de groupe pictural avec une légèreté ironique, et dessine une sorte d’Eden sans queue ni tête où les humains comme les singes forniquent à tout va sous l’effet de plantes psychotropes. On se perd un peu dans le discours - Dieu, le sexe, Disneyland y figurent en première place-, on s’arrose de sperme, de mousse et de jus d’orange, mais on rit beaucoup aussi de cette partouze illusoire. M.G.-G. Liquide a été présenté en avant-première le 18 février au Théâtre de Cavaillon avant sa création au Festival de Marseille 2010C. Weiner La belle endormie Un silence recueilli enveloppe Le Grand Oral de la danseuse aveugle de Régine Chopinot. Depuis qu’elle est descendue du ring (son fameux K.O.K de 1988), la danseuse-chorégraphe tend vers une danse plus intimiste, introspective. Et renoue avec une certaine idée de la représentation non frontale : ici allongée sous les voûtes, son souffle lent et ses gestes imperceptibles se font plus aériens encore. Soudain vulnérable, son corps tout entier oscille, dessine un mouvement dans l’espace, ébauche un déplacement. Dans une sorte de rituel, Régine Chopinot, debout, libère son kimono orange qui laisse entrevoir une salopette, détache une longue mèche de cheveu sur son visage. Ainsi masquée, devenue aveugle, elle déambule à pas hésitants, s’arc-boute, se tend, ondule, se cabre une dernière fois avant de s’éclipser. Loin du tumulte extérieur, elle nous offre une parenthèse salutaire, éloge de la lenteur. M.G.-G. Le Grand Oral de la danseuse aveugle a été donné les 18, 19 et 20 février à la Maison Jean Vilar LE MERLAN DRAGUIGNAN DANSE 23 Force 10 sur Draguignan ! Le festival Les Vents du Levant fait souffler sur Théâtres en Dracénie les rythmes et les sonorités de la Méditerranée, au plus près des corps En ouverture le 2 mars, la célèbre Compañía Nacional de Danza d’Espagne et ses deux non moins célèbres chorégraphes, Nacho Duato et Tony Fabre, présente trois pièces dont Gnawa inspirée par les musiciens marocains aux origines africaines (les gnawas) et conçue sur un montage sonore chatoyant. Autre temps fort le 23 mars avec Nacera Belaza et sa soeur Dalila réunies dans Le Cri, pièce présentée cet été au Festival d’Avignon et pour laquelle elles ont reçu le Prix de la révélation chorégraphique 2008. Un duo puissant comme le tableau de Munch, marqué par une danse qui touche « autant à l’ascèse qu’au plaisir, à la spiritualité qu’à une forme pudique de sensualité ». La soirée se poursuivra avec le chorégraphe irakien Muhanad Rasheed (Cie Iraqis Bodies) et son Crying of my Mother qui met en jeu trois hommes de religions différentes emportés par la colère et leur désaccord… Les Vents du Levant, c’est aussi Jean-Claude Gallotta et sa nouvelle version d’Ulysse, Mourad Merzouki et son nouvel opus Agwa-Correira, Rachid Ouramdane (Loin) et Blanca Li avec Le Jardin des délices créé cet hiver à l’Opéra de Toulon. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Les Vents du Levant du 2 mars au 3 avril Théâtres en Dracénie, Draguignan 04 94 50 59 59 www.theatresendracenie.com Le cri Agathe Poupeney Cap vers l’ailleurs Entre deux escales à Abidjan (Eva Doumbia en janvier), en Italie (Virgilio Sieni fin mars) et en Belgique (Needcompany en avril), le théâtre du Merlan met le cap vers le Burkina Faso et le Brésil. Il invite la compagnie Salia nï Seydou autour de deux programmes révélateurs de son univers. Deux facettes du travail mené conjointement par les deux chorégraphes-interprètes Seydou Boro et Salia Sanou, également directeurs artistiques de la Termitière, premier Centre de développement chorégraphique d’Afrique inauguré en 2006 à Ouagadougou. L’une, Poussières de sang, est une pièce chorégraphique créée en 2008 pour 7 danseurs, 1 chanteuse et 4 musiciens, « exposé cru et implacable des violences humaines » ; l’autre, Dambë et Concert d’un homme décousu, combine deux solos plus introspectifs et intimes. Toutes sont empreintes d’une musicalité profonde, celle des corps et des voix, d’une interaction permanente entre la musique Fèbre Dominik Fricker et la danse. Dans Poussières de sang, la chanteuse et danseuse Djata tient le rôle de choryphée ; dans Dambë, la présence complice et charnelle de Maaté Keïta fait écho à la danse puissante et sensuelle de Salia Sanou tandis que dans Concert d’un homme décousu, l’énergie du quintet de musiciens libère et dénoue la gestuelle de Seydou Boro. Autre continent, autre danse avec la compagnie brésilienne Membros qui intègre à sa démarche chorégraphique autour du hip hop une dimension politique et contestataire. Sa réflexion sur les débats sociaux, le corps, l’individu et son environnement avait déjà interpellé le théâtre du Merlan en 2005 qui présente aujourd’hui l’intégralité de sa trilogie sur la violence (RaioX, Febre et Medo) et programme en centre ville la pièce de rue Flores, « féminine et épineuse, comme une rose sur l’asphalte… ». D’Afrique de l’Ouest ou d’Amérique du Sud, ces œuvres créent des ponts avec l’Europe, font acte de résistance à l’heure où les débats sur l’identité nationale diffusent une odeur nauséeuse… MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Cie Salia nï Seydou (Burkina Faso) le 27 février 20h30 et 28 février 18h pour Poussières de sang et les 11 et 12 mai pour Dambë et Concert d’un homme décousu Cie Membros (Brésil) du 2 au 12 mars pour la trilogie Raio X/Febre/Medo, ainsi que Flores (à 19h le 2 mars en centre ville, les 3 et 10 mars au Merlan) 04 91 11 19 20 www.merlan.org



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