Zibeline n°26 février 2010
Zibeline n°26 février 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°26 de février 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 8,2 Mo

  • Dans ce numéro : Marseille investit pour l'année 2013.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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62 ÉDUCATION LA RÉFORME DES LYCÉES Un des volets de la réforme des lycées concerne en fait tout l’enseignement secondaire, et tend à diminuer le pouvoir décisionnaire des professeurs, des personnels, des parents et des élèves. Historique En 1983 la loi de décentralisation a eu pour effet une démocratisation des collèges et lycées : elle les constituait comme EPLE (Établissement Public Local d’Enseignement) dotés de Conseils d’Administration. Depuis, tous les personnels des établissements se trouvent représentés en son sein, ainsi que les parents et les élèves, pour décider des principales orientations de la vie des établissements secondaires. Seuls évidemment les programmes et les horaires ne sont pas sujets à délibération mais décidés nationalement, et ceci au principe de l’égalité républicaine. Le chef d’établissement, qui est en quelque sorte l’exécutif du CA, est dans l’immense majorité des cas un professeur qui a passé un concours de chef d’établissement ; il est donc un collègue pour les autres professeurs. Sauf dans le cas, fréquent dans les faits, d’une forme de servitude volontaire (constitutif de la nature humaine, ou d’un endoctrinement depuis l’enfance sur le besoin d’un chef ?), il n’y a aucun lien de subordination entre le chef d’établissement et les autres professeurs, et sa voix au CA compte comme celles des autres, parents, élèves, professeurs. Seule la « notation administrative » lui autorise un mandat d’évaluation : cette note annuelle qu’il attribue aux enseignants est seulement administrative, et compte pour 40% dans sa notation, son avancement et donc sa rémunération, les autres 60% étant attribués par les Inspecteurs Pédagogiques qui évaluent l’enseignement. D’un autre côté le chef d’établissement, proviseur de lycée ou principal de collège, est le représentant de l’État : il est sous la tutelle du recteur, nommé par le Ministère de l’Éducation Nationale, et si le CA vote deux fois contre l’avis du chef d’établissement c’est le recteur qui tranche -dans la majorité des cas en sa faveur. Lamiseaupas ducorps enseignant Réforme du lycée et instauration des conseils pédagogiques : de l’autogestion à l’autocratie, et de l’élève au client Agnès Mellon Mais dans l’ensemble la décentralisation a permis l’organisation de la démocratie des établissements, et le pouvoir du chef d’établissement n’est que du fait de ce que lui abandonnent ou lui reconnaissent les professeurs : elle n’est pas de droit. Reprise en main Une brèche inquiétante est cependant introduite en 1985 avec la création de la Dotation Horaire Globale : l’établissement n’a plus à gérer des postes de professeurs mais des volumes horaires ; c’est un premier coin qui a été enfoncé en vue d’assouplir la contrainte de la gestion d’un effectif de professeurs. Il a permis de supprimer des postes, et ces dernières années ont vu massivment des précaires assurer des heures d’enseignement, et ceci du fait de la pénurie de professeurs titulaires (recrutés sur concours nationaux). En 2005, la loi Fillon instaure le Conseil Pédagogique qui vise à supplanter le Conseil d’administration ; ce conseil pédagogique se voit attribuer des compétences qui étaient jusqu’alors décidées nationalement en vertu de l’égalité d’enseignement sur tout le territoire : le CP peut modifier et répartir des volumes horaires à discrétion des établissements, décider des options et évaluer des activités pédagogiques. De plus ce conseil est composé de membres nommés par le chef d’établissement, et non plus élus par leurs collègues.
Éclate de manière évidente non plus le risque, mais la réalité d’une prise en main des programmes et des professeurs, mis sous l’autorité du chef d’établissement : outre la disparition des parents et des élèves de l’instance décisionnaire, celui-ci peut nommer au conseil les professeurs qui seront en accord avec ses choix. Nombre de chefs d’établissement réalistes n’avaient pas demandé un tel pouvoir ! En 2005 la mobilisation de la communauté scolaire contre un tel conseil fut massive et le référendum aidant, il n’y a pas eu de décret d’application à cet article de la loi. Coup de grâce ? C’est Luc Chatel, à qui revient aujourd’hui la responsabilité d’une loi sur la Réforme des lycées, qui réintroduit ce conseil pédagogique passé aux oubliettes ; le 10 décembre le Conseil Supérieur de l’Éducation, qui a un avis consultatif, a voté pour. Qu’est-ce que le CSE ? Il est composé de membres de la communauté éducative mais aussi de représentants de différents corps de la société, y compris le patronat : les organisations syndicales majoritaires de l’éducation ont voté contre (FSU, SNES, FO, CGT, UNEF, SUD, SNALC). Ce vote positif est dû à son approbation par trois syndicats (UNSA, SGEN, Ligue de l’enseignement) actuellement dans une stratégie de réorganisation réformiste et d’isolement des autres syndicats, qui représentent pourtant 80% des personnels ; elle est due aussi à l’abstention des fédérations de parents d’élèves qui, sans doute, ne se rendent pas compte que c’est ce Conseil Pédagogique qui va devenir décisionnaire, et qu’il les exclut de fait. Application Le ministre a décidé d’aller vite et de publier le décret instituant les conseils pédagogiques au Journal Officiel fin janvier : à la rentrée 2010 les Établissements Publics Locaux d’État vivront à l’heure des Conseils Pédagogiques. Une autre manière d’enseigner et d’être enseigné sera à l’œuvre, et signera la fin de l’égalité des chances. En effet les membres du conseil pédagogique sont nommés par le chef d’établissement. Qu’on y concède « sous proposition des équipes éducatives », comme l’a exigé le SGEN, n’y change pas grand-chose. De fait le Conseil Pédagogique pourra moduler très fortement le service des enseignants puisque c’est presque un tiers de la Dotation Horaire Globale, c’est-à-dire du volume horaire total d’enseignement de l’établissement qui pourra être décidé par ses soins. L’enseignement obligatoire des classes de secondes par exemple passe de 28h30 à 23h30 : les 5h restantes sont à discrétion de ce conseil, qui pourra décider de les attribuer à telle ou telle matière, à de l’aide individualisée, à tel ou tel enseignant. Rien ne garantit que cette attribution se fasse dans le seul intérêt de l’élève, et non pour arranger telle ou telle nécessité de service -préserver le poste d’un collègue, supprimer un enseignement technologique qui coûte cher, une option rare ou inutile (les arts ? la philo ?), ou même répondre aux exigences immédiates du marché de l’emploi, qui ne raisonne pas en termes éducatifs. Et le Conseil d’Administration que devient-il ? Il se prononce sur les propositions du Conseil pédagogique ; cette instance démocratique est donc dessaisie de l’organisation essentielle de la vie de l’établissement et n’est plus force de proposition. Si le CA vote contre deux fois, l’avis du chef d’établissement l’emporte. On passe, de fait, de la démocratie à l’autocratie. Le fond de l’affaire Sous quel prétexte ? L’idée qui est défendue est celle de la réussite des élèves par leur adaptation au marché du travail : local, connaissant la réalité des élèves, le Conseil Pédagogique serait plus apte à décider de leurs besoins particuliers. Cette idée remet cependant en cause l’égalité des élèves sur le territoire et d’un établissement. En fait, cette réforme permet surtout la mise en concurrence des établissements scolaires, qui seront évalués en fonction de leur performance comme des entreprises. Or l’école ne peut fonctionner suivant les règles de la rentabilité : bonne gestion ne signifie pas libéralisation et l’éducation, comme la culture, doit se targuer d’être une exception. Car la réforme permet également l’alignement de l’Éducation Nationale aux prescriptions de l’OCDE, visant à faire de l’éducation un marché comme un autre : l’offre d’éducation pourra alors être assurée par des prestataires privés, comme la téléphonie, le train, les petits pois, les voitures, les centrales nucléaires… Comme la réforme de santé d’Obama, l’idée d’une offre d’éducation pour tous n’est pas un archaïsme communiste. L’éducation, la culture, la santé, la recherche ne doivent pas devenir des marchés libres, et les élèves ne sont pas des clients. RÉGIS VLACHOS Des voitures en libre-service disponibles près de chez vous, 24h/24, 7j/7. samedi lIh ! 1'. Réservez une voiture par internet ou par téléphone... Embarquez dans le véhicule grâce à votre carte d'accès... Rouiez A chaque besoin un véhicule adapté : citadine, berline, monospace, utilitaire... Vous ne payez que ce que vous roulez. 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