Zibeline n°26 février 2010
Zibeline n°26 février 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°26 de février 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 8,2 Mo

  • Dans ce numéro : Marseille investit pour l'année 2013.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 52 - 53  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
52 53
52 LIVRES LITTÉRATURE Avec vents et marées Le sixième roman d’Olivier Adam plonge à nouveau le lecteur plus que consentant dans son univers si particulier de bleus à l’âme, de cieux d’orage et de familles à la dérive. Le titre déjà propose tout un programme de rafales glacées, d’averses acérées, métaphores des adversités de la vie. Depuis que sa femme Sarah a disparu, l’existence de Paul Andersen est ainsi, soumise à des vents contraires, auxquels il tente de résister. En quittant la banlieue parisienne pour retrouver Saint-Malo, sa ville natale : « ici j’allais pouvoir recoller les morceaux et reprendre pied, nous arracher les enfants et moi à cette douleur poisseuse qui nous clouait au sol depuis des mois » ; en s’occupant de Clément et Manon, à moins que ce soit eux qui ne s’occupent de lui, « il y avait si longtemps qu’elle et son frère me tenaient debout » ; en rouvrant les yeux sur le monde et les gens alentour. Histoire d’être prêt au réveil… À fleur de peau et d’émotion, ce roman parle d’amour, de souffrance, de deuil, et d’espoir malgré tout. La langue concrète et lyrique d’Adam emporte dans sa houle. La mer, le ciel, leurs variations et leurs intermittences sont au cœur du récit, comme des miroirs de l’âme humaine, comme des points d’ancrage aussi, où trouver un équilibre, même instable. Ce que reflète la phrase finale, symbolique : « … bientôt la pluie allait s’abattre sur les maisons au coude à coude, frottées les unes aux autres, serrées en retrait de la mer, poussées à l’eau par le pays tout entier, suspendues juste au-dessus, en lisière, marginales et fragiles, menacées mais debout. » À lire à grandes goulées, comme on prend un bol d’air du large. FRED ROBERT T’as voulu voir Ostende… Il règne une ambiance à la Brel dans le dernier paru de la collection Collatéral, une collection qui fait voyager en images et en mots. Cette fois, cap sur le bout de l’est, c’est ce qu’Ostende veut dire, et bonjour plat pays, nuages et nostalgie, même si ce sont les paroles d’une chanson de Caussimon qui sont mises en exergue. Les photographies de Cyrille Derouineau égrènent au fil des pages la mélancolie désuète et suave d’une ville où le vide semble roi : plages presque désertes, bancs vides face à la mer, parasols solitaires ou transats renversés, néons nocturnes qui brillent pour qui ? Juste parfois quelques touristes plus tout jeunes qui se hâtent sous la pluie, quelques oiseaux et bateaux en partance aussi. À contempler ces vues, on se sent vraiment au bout, d’un lieu, d’une époque. Dans ce no man’s land de la morte saison, ciel bas et mer de plomb, six auteurs de romans noirs se sont glissés à l’aise. Entre les photos ils ont tissé leurs mots. Six nouvelles, qui parlent d’amours perdues et de passés glorieux, de vieux en goguette ou en désarroi, de contrats, de trafics et de passages en fraude. Marcus Malte, Didier Daeninckx, Jean-Bernard Pouy, Marc Villard, Michel Quint et Jean-Hugues Oppel offrent au lecteur des textes inédits, que les images semblent leur avoir inspirés. Et on navigue avec eux, jusqu’à se noyer dans ce bout du monde où rôdent fantômes et malfrats. FRED ROBERT Ostende au bout de l’est éd Le bec en l’air, Collatéral, 19,50 euros Cyrille Derouineau et Marcus Malte présenteront le livre à la librairie Histoire de l’œil le 22 janvier à 19h00, dans le cadre des Itinérances littéraires de l’association Libraires du Sud. L’épopée du chaos L’homme et l’enfant marchent vers le Sud, anonymes. Dans un monde post-apocalyptique, on ne sait quand, où certains choisissent de se supprimer pour ne pas dépérir, tandis que d’autres sombrent dans l’anthropophagie. L’homme a fait son choix. Celui de la survie coûte que coûte. La sienne, et celle de son fils. Sans nuire à autrui. Malgré le pire. Malgré le voyage dantesque. Malgré le froid, la faim, les multiples périls qui les guettent au hasard du chemin sur une terre anéantie. On suit page après page ces deux âmes meurtries, dernières traces d’humanité, avec l’espérance désespérée que la vie reprenne ses droits, que tout recommence… ou qu’une mort fulgurante les achève au plus vite. Ce livre, c’est l’insoutenable mis en mots. Avec des silences, des soupirs, de brefs échanges transis. Dans une poésie de l’effroi qui dit l’amour filial infini et se teinte de religiosité. Visage émacié, silhouette fantomatique, l’enfant héritier du feu devient l’incarnation de l’espoir. Dans un parallèle troublant, l’auteur a dédié cet ouvrage à son fils, comme pour lui transmettre l’étincelle dans un monde déliquescent. En 2007, McCarthy a reçu le prix Pulitzer pour cette œuvre saisissante, tout récemment adaptée au cinéma par J. Hillcoat. Si on peut se passer d’aller voir le film, on n’aurait aucune excuse à ne pas plonger dans la prose sombre et magnifique du grand romancier américain : La route vient de paraître en poche. MARION CORDIER La Route Cormac Mc Carthy coll. Points, 6,80 euros Des vents contraires Olivier Adam éd de l’Olivier, 20 euros nw.. «. Ostende au bout de rest Marcus Make Jean.Hugues Opel Jean-6ernacd Duty Mich tat 3J MainVillard DidieaO max Cyrille De meau Cormac McCarthy La route Prix Pulitzer 200 ;
Femmes malades Dans un de ses romans précédents, Le mandarin miraculeux, Asli Erdogan évoquait la solitude d’une jeune femme à l’œil malade, son histoire d’amour et la perte de l’être aimé, dans les rues de Genève. C’est le même thème qu’elle traite dans Une Visite surgie du passé, la nouvelle centrale, la plus longue de son recueil Les Oiseaux de bois. Un homme a écrit du « seul endroit de Genève qui rappelle Istanbul », passant sur « le pont de bois fragile » du souvenir pour tenter de retrouver le passé, « l’autre rive du fleuve ». Un an auparavant, il parcourait avec Elle les quartiers d’Istanbul, « femme fatiguée mais attirante. » Elle, un être étrange jusqu’à la folie, pareille à un guerrier apache. La folie, la solitude, le temps qui passe imperturbable, l’étrange et les marges, la mort qui « comme les tramways, arrive à l’heure, ni plus tôt, ni plus tard » sont les thèmes que l’on retrouve dans les quatre autres nouvelles du recueil, écrites entre 1996 et 2007. Nouvelles qui, au-delà de la proximité de leurs thèmes déploient une langue riche de sensations et d’odeurs. « Odeur de la guerre contre la faim qui recommence chaque matin, du travail vendu à vil prix, des canalisations crevées, odeur de la misère. » Les portraits de femmes malades, qui souffrent dans leur chair et leur tête, des « femmes qui supportent le silence et gardent secrets leurs tragédies, leurs deuils, leurs humiliations, en espérant donner ainsi un sens à leurs souffrances » nous rappellent que l’écrivaine a connu les coups et la prison. Ancrées dans la Turquie d’aujourd’hui, ces nouvelles touchent à l’universel, interrogeant sans relâche la question existentielle de la liberté. ANNIE GAVA Les Oiseaux de bois Asli Erdogan Actes Sud, 16 euros « Un goût de fenaison et de regain » « New York est une ville qu’il est très difficile de quitter » … Une mise en garde qu’Hans van den Broek dédaigne, tout à sa bonne fortune d’aller s’y installer avec sa femme pour y travailler. De cette vie à New York on aura les impressions, les réflexions de ce « héros » désabusé sur une époque qui ne l’est pas moins, sur une tranche de sa vie chaotique. Car ce sont les mois qui suivent les attentats du 11 septembre que décrit le narrateur, mêlant sa propre histoire à celle d’une ville qui cherche à se reconstruire : Hans se retrouve seul -son mariage s’est effondré avec les tours et sa femme, traumatisée, rentre en Angleterre avec leur jeune fils-, et va errer jusqu’à sa rencontre avec Chuck, immigré comme lui, son double impossible, son contraire exact : flambeur, ambitieux, hâbleur. Une passion commune va les réunir, le cricket, grand sport colonial par excellence qui se joue à New York depuis cent cinquante ans. Amitié chaotique qui va lui permettre de pénétrer l’univers de la population Poil à la métaphore Cumali, jeune Turc dominé par son père commerçant, revient du service militaire. Le barbier va le convaincre de se laisser pousser la moustache. Celle-ci, superbe, va peu à peu prendre toute la place et agir comme un masque gratifiant derrière lequel l’homme trouve une identité, et perd son être… Le roman de Tahsin Yücel vous saisit immédiatement dans son monde : alerte, ironique, il est écrit avec toute la légèreté des contes philosophiques. Les personnages sont croqués en deux coups de pinceau, les situations sont drôles, ancrées discrètement dans une Turquie villageoise suffisamment marquée pour qu’on s’y attache, et suffisamment vague pour qu’on y trouve de l’universel. Cet homme, en s’identifiant à sa moustache, va perdre son rire, son amour, son désir, et finalement sa personne. Phallus illusoire, sans valeur, elle s’avèrera indépassable pourtant, tant Cumali multiethnique de New York, les rêves de grandeur de Chuck (la création d’un grand stade de cricket pourrait faire progresser la civilisation américaine croit-il) et ses activités douteuses par ailleurs se heurtant au mal-être de Hans. Il finira par quitter New York, et rentrera en Angleterre où il apprendra la mort violente de son ami… Ce n’est pas le premier livre de Joseph O’Neill (trois ont déjà été publiée aux États-Unis), mais le premier traduit en français. Et une belle découverte. Dans Netherland, ce jeune auteur Irlandais installé aux États- Unis dresse un portrait dense et mélancolique de l’Amérique contemporaine, dans lequel, sensiblement, gracieusement, se mêlent l’intime et l’Histoire. DO.M Netherland Joseph O’Neill Ed. De l’Olivier, 22 euros derrière elle a désappris à exister. Mais si la fable est limpide le sujet s’avère assez rapidement trop mince : la moustache, allégorie floue, fait penser bien sûr au Nez de Gogol, et par moments, plus graves, à la Métamorphose kafkaïenne ; on sent bien ce que cet homme perd à se confondre avec son appendice, et combien cette société a besoin de symboles visibles comme la moustache au milieu de la figure. Cela suffit-il à faire un roman ? Si le début et la fin sont passionnants, le milieu flotte un poil… AGNES FRESCHEL La Moustache Tahsin Yücel Ed. Actes Sud, 19 euros Netherland 53



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :