Zibeline n°26 février 2010
Zibeline n°26 février 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°26 de février 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 8,2 Mo

  • Dans ce numéro : Marseille investit pour l'année 2013.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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14 THÉÂTRE Jeux de Mô En son temps, Léonard de Vinci a dessiné avec jubilation l’homme de Vitruve pour donner à voir un monde nouveau déployé dans des battements de bras ; toute disproportion gardée, Alain Béhar nous place au cœur de la matière grisbleu (décor très chic, lumière froide des fastes technologiques du XXI e siècle), rien moins que dans la tête et à hauteur de cerveau d’un dénommé Mô comme moi et toi, figure déclinée en 5 fragments par un quintet d’acteurs incisifs et habiles à croiser les données de l’espace et du temps. Inspirée -quel projet fou ! - par un séjour dans un laboratoire de neurosciences, cette hypothèse-fiction présente sur un plateau l’arborescence aléatoire des états de conscience, le foisonnement des pensées éphémères, la persistance de certaines sensations entre « tropismes » de Nathalie Sarraute et expérience quotidienne de tout un chacun. Les corps et les voix se dédoublent, se déplacent, au sein d’un LES BERNARDINES LA CRIÉE VITEZei Couleur locale dispositif virtuose qu’Alain Béhar nomme « les machines » comme au Grand Siècle : écrans vidéo qui enregistrent et amplifient la fragmentation, portent des mots ou les avalent ; bande son qui double la profération des acteurs équipés d’oreillettes VF ou renvoie en léger différé la « respiration » de la salle, raclements de gorge et grincements de sièges. La délocalisation des sources sonores, l’éclatement du regard (qui, quoi regarder et pourquoi, en l’absence d’histoire et de personnage) provoque un certain vertige de la perception et au mieux une fascination de l’instant. Ce qui est exercice de l’intelligence pour l’auteur-metteur en scène au plus près de ses problématiques de création, devient paradoxalement doux plaisir des sens pour le spectateur un peu flottant... entre hyperstimulation esthétique (c’est bô) et interrogation molle (ça va où ?). MÔ DHÔ « Tout ce que je raconte est vrai » déclare Serge Valletti à propos de Pourquoi j’ai jeté ma grand-mère dans le Vieux- Port. Quoique l’histoire de sa fameuse grand-mère italienne, prénommée Dolores (sic !) et surnommée Dolo, celle d’Alexandre et d’Alice, ses parents, et celles de tous les autres, cousins, voisins… abonde en épisodes « extraordinaires », il semble bien que Valletti dise la vérité, et que le geste fondateur de ce texte, celui de jeter la grand-mère, ou plutôt les cendres de la grand-mère, à l’entrée du Vieux-Port, face à « cette ville qu’elle avait tant aimée », ait effectivement eu lieu. Mais, après tout, est-ce si important de le savoir ? On plonge toujours avec délice dans le flot vallettien, riche en formules irrésistibles, en rebondissements improbables et en portraits nature. L’œuvre, romanesque à l’origine, a régulièrement été mise en scène depuis 1995. Dans cette nouvelle version, Gilbert Rouvière opte visiblement pour le chromo : vue de la Bonne Mère en fond de scène, éclairages changeants aux couleurs cartes postales, piaulements de gabians… Un chromo décalé certes : une coque de noix flotte sur une sorte de pataugeoire, censée représenter le Vieux-Port, et l’acteur- narrateur Lionnel Astier en fait des tonnes, en costume, chemise et lunettes noirs mais chaussé de bottes en plastique. Tout cela est voulu, n’empêche que c’est un brin lourd. Est-il judicieux de forcer sur la couleur locale, même ironique, pour monter Valletti ? Pas sûr. On y perd un peu de la subtilité et des variations de registres qui font la saveur de ce texte d’amour et de nostalgie. FRED ROBERT X-D.R Pourquoi j’ai jeté ma grand-mère dans le Vieux-Port, de Serge Valletti, mes de Gilbert Rouvière, est représenté au petit théâtre de La Criée jusqu’au 6 février Mô a été présenté au Théâtre des Bernardines du 16 au 19 déc. ze"4 " Ri V Mathieu Lorry-Dupuy Au lion au lion ! Keskifondonkla ? Ribouldingue, Croquignol et Filochard embarqués comme malgré eux (ne se départissent guère de leur air ahuri, comme de passage, inlassablement inquiets et agités, prêts à détaler à la première alerte, à saisir la moindre occasion de se remplir la panse) dans les aventures grinçantes de Tartarin de Tarascon... Ou plutôt annexés, satellisés, aimantés à la parole d’un bavard anonyme parfaitement indifférent à leur présence, dont la fonction sans ambiguïté est d’avancer obstinément son récit ! Quatre acteurs donc et un texte loin du théâtre dont on redécouvre les charmes certains (« Son Sahara était planté d’artichauts... »). Daudet sait ménager les effets fin de siècle et Marie Vayssière a l’art de faire rire et pleurer de tout pourvu qu’il y ait des portes battantes à hublot, des perruques excentriques, des barbes mal ajustées et une nappe Soleïado (Tarascon nom de nom !). Étrange projet bien sûr qui traite de tout cela, de l’art de la comédie, du travestissement, de la traversée de la Méditerranée et des apparences, de la désillusion et même du démenti formel : la carte topographique n’est pas le territoire, le lion tué par Tartarin n’est qu’un pauvre bourricot, sa tendre mauresque une chanteuse de lupanar et le chameau à bosse flasque qui traverse la scène n’est qu’un portant à roulettes revêtu de tapis poilus : l’orientalisme est un leurre et l ‘Algérie colonisée une terre de misère ; Croquignol chante comme Johnny et Ribouldingue expire sa version suraiguë de La Chèvre de Monsieur Seguin. On rit bien fort vraiment et franchement, un peu mélancoliques à la fin... un air de Tartarin. Et au fait les Pieds Nickelés... ? MARIE-JO DHÔ Tartarin de Tarascon raconté aux Pieds Nickelés est joué aux Bernardines jusqu’au 24 janv et sera compagnie du Singulier donné au Théâtre Vitez (Aix) le 27 janv. Les Bernardines 04 91 24 30 40 www.theatrebernardines.org Théâtre Vitez 04 42 59 94 37 http://theatrevitez.com/
LA CRIÉE LE MERLAN THÉÂTRE 15 Merci à la Criée et au Merlan d’avoir conçu une programmation aussi intelligente : les quatre pièces de Pippo Delbono se répondent et se complètent, laissant enfin percevoir la variété d’une œuvre, et son unité pourtant, fondée sur une révolte intacte et une empathie confondante. Seule frustration : le peu de places offertes au public… Ecce Pippo Soirée d’ouverture, unique à plus d’un titre. Les Récits de juin, loin d’être un simple standup assis, éclairent magistralement le travail de Pippo Delbono et ont constitué une remarquable introduction aux spectacles suivants. Pippo, sa vie, son œuvre… Ce pourrait être le titre de ces récits égrenés pendant 1h30 : histoires de famille, naissance de la vocation, passion et () maladie, rencontres, avec Pepe, avec Bobo… Delbono revient sur les grands moments de son existence, avec un humour décapant et une rage de vivre communicative. Il montre là, sur un plateau presque vide, comment chacun de ces moments a nourri son humanité, et la création de cette œuvre si atypique, en croisant récits de vie et lecture ou déclamation de textes. Lui qui veut « faire de la vie un théâtre » donne de fait un brillant échantillon d’art dramatique, rappelant que cet art est avant tout celui de l’incarnation. Une voix, un corps, qui se crient, qui se montrent, qui se donnent au spectacle… et auxquels on reste suspendu. FRED ROBERT Récits de Juin a été vu à la Criée le 5 janv Jour de colère Jean-Louis Fernandez À mort, Amorrr… Une chambre de l’esprit, une chambre des rêves. L’ultime attente. Pippo Delbono tente avec Questo buio feroce une échappée dans cet entre-deux mystérieux et tant redouté, cet instant où l’on passe de vie à trépas. Sur une scène comme maculée de blanc, des personnages aux corps troublants habitent les instants de cette méditation. Sobre mais pourtant explosif, le décor envoûte tant il accentue tout ce qui s’y joue, tout ce qui s’y trouve, comme ces costumes magnifiquement carnavalesques et felliniens. Avec peu de mots mais beaucoup de douleur et de joie pures, () des formes apparaissent au détour d’un carnaval macabre, d’une crucifixion ou d’une danse. Le spectacle est d’une infinie beauté, d’une force incroyable, il joue sur des contrastes impensables où les contraires définis par notre culture se côtoient dans une merveilleuse disgrâce. Ce qui devrait déranger donne des frissons d’émotion, ce qui devrait effrayer nous ravit et nous apaise. Monsieur Delbono et ses acteurs ont le génie de se donner à aimer au bord du gouffre. CLARISSE GUICHARD Questo buio feroce a été vu au Gymnase les 6 et 7 janv Agnès Mellon L’enfance de l’art : j’enfourche mon balai, à dada-à dada, je pars à la guerre, je les tue tous et au passage, je réinvente le théâtre. État de grâce pour cet opus modeste -à peine 1h10 de tragédietiré du cœur de l’Henri V de Shakespeare par un Pippo Delbono travaillé ici par l’essentiel. Que veulent les rois, même ceux à couronne de galette ? Du divertissement, c’est bien connu et quoi de mieux pour cela que la France avec ses beaux champs de bataille (là flonflons, farandoles, lampions, élégance déliée du pays dont on a toujours une certaine idée) ! Azincourt sinon rien ! Pippo-Enrico (dieu que c’est beau Shakespeare en italien) trépigne, éructe, gros bébé en rangers saisi par la démesure sur les planches usées du théâtre de la guerre : deux acteurs et une petite troupe de figurants inspirés font et défont dans l’ombre et la lumière, le noir des costumes et le blanc de la chair, les arabesques et les figures du combat ; silence, lenteur déployée ou fureur de la musique sacrée installent avec une simplicité qui va droit au cœur le requiem corps mêlés ; cris muets de la bouche convulsée du roi, cavalier-cheval à l’éventail sanglant et macabre géométrie des corps à terre disent le prix à payer pour la victoire. C’est tout. Les morts se relèvent comme au théâtre mais ils sont fatigués... MARIE-JO DHO Enrico V a été joué au Merlan du 9 au 12 janv Agnès Mellon 0 Jusqu’à l’os ti4 La Menzogna, dernière création de Pippo Delbono, est une sorte de quintessence un peu ratée de son théâtre : les temps morts sont interminables, la musique est balancée trop fort de peur que l’émotion s’échappe, les tableaux se succèdent sans dialectique ni rythme interne, simplement apposés. Bien sûr au Gymnase le décor en échafaudage cachait bien des choses, empêtrait le mouvement. Il n’empêche, par moments c’est construit vraiment light, on y compte les corps qui passent, les répétitions. Et puis par moments voilà que ça vous happe, l’effroi, l’émotion, celle si vraie, criante, qui transpire de cette troupe bancale et sublime si profondément humaine, compassionnelle, révoltée. Quelque chose au fond qui n’a rien à voir avec le théâtre mais avec la vie, avec ce que l’on éprouve face à la souffrance, la mort, face à l’immonde aussi, la guerre capitaliste, la décadence des classes dominantes, la domination sexuelle, le voyeurisme, Jérôme Bosch, les corps qui brûlent vifs et se tordent. La mise à nu est là, la vie. Ou l’essence du théâtre peut-être, une Agnès Mellon immense et irrépressible catharsis qui nous permettrait enfin de voir la souffrance du monde et, en pleurant, de l’éteindre. AGNÈS FRESCHEL La Menzogna a été joué au Gymnase du 14 au 17 janv



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