Zibeline n°25 déc 09/jan 2010
Zibeline n°25 déc 09/jan 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°25 de déc 09/jan 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 4,7 Mo

  • Dans ce numéro : l'album « Own Virago » de Marion Rampal.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 8 - 9  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
8 9
08 rafuf THÉÂTRE LA CRIÉE Ccu lturek Usurpateur, faux-semblants et aliénés La Nuit des rois Agnès Mellon La saison de la Criée a (enfin !) commencé, dans la petite salle, par une énorme frustration : sur les 6000 spectateurs qui avaient réservé leurs places seuls 800 ont pu voir la création de Jean-Louis Benoit ! Report d’autant plus regrettable que cette Nuit des Rois, conçue comme un grand spectacle, allait mal à cette salle exigüe qui nous plongeait le nez dans un décor fait pour être vu à distance. Les comédiens, en revanche, avaient remarquablement adapté leur jeu à une intimité fort peu naturelle à cette grande comédie Shakespearienne : les jeux de doubles, de faux-semblants, de dévoilement et de travestissements s’étaient adaptés à l’échelle… En revanche lorsqu’ils faisaient semblant de jouer du piano les spectateurs, le nez sur le clavier, trouvaient la simulation assez ridicule… et le parlé chanté des comédiens n’était pas très juste : on a vu Jean-Louis Benoit avoir l’oreille plus musicale. Mais il avait la tête ailleurs sans doute, ce que l’on comprend ; de ce naufrage en ses murs il a réussi à sauver, avec les personnages revenus de leur tempête, quelques beaux moments de théâtre : les nobles sont subtils, habités, gracieux, et les valets et ivrognes sont extraordinaires. Jean-Pol Dubois en bas jaune est d’une merveilleuse grandiloquence tremblotante. Quant à Dominique Valadié elle invente un fou patenté, philosophe sophiste du renversement et du syllogisme, absolument inédit… lent et sans malice… étonnant ! Il ne reste plus qu’à exiger TRÈS HAUT que cette Nuitrevienne dans la grande salle pour laquelle elle a été conçue… On ne peut envisager sérieusement une vie culturelle régionale sans notre Centre Dramatique National ! Tyrans Une autre manière de Shakespeare, dans la petite salle toujours… mais conçu pour cela ! Le Macbeth de Heiner Müller mis en scène par Angela Konrad Macbeth Christiane Robin fait la preuve, une fois de plus, que nos (relativement) jeunes metteurs en scène ont du talent, même s’ils n’ont ni lieu ni conventionnement. Macbeth n’échappe pas à l’académisme contemporain des metteurs en scène branchés (la définition serait longue, mais en gros cet académisme repose sur quatre piliers cardinaux dont tous les metteurs en scène de moins de quarante ans usent avec l’illusion d’être ainsi d’avant-garde : du rock très fort en guise de rythme, des micros sur pied, une mise à poil partielle vers les deux tiers du spectacle et de la vidéo, sur écrans multiples). Mais si Angela Konrad use de tous ces moyens ils sont loin de faire l’essentiel de son discours : celui-ci repose sur une vision fine et approfondie des personnages, une très belle approche de la langue de Shakespeare, une compréhension très intime de la dramaturgie de Müller (son Macbeth a du Himmler en lui et son roi Duncan, sanguinaire, est plus proche de la vérité historique). Elle pose, sans appuyer ses effets, son Macbeth dans un contexte de monde dévoyé, qui extermine le peuple, aime la chair et le meurtre. Elle souligne la difficulté d’incarner ces monstres en inventant une belle rupture, drôle, saine, douloureuse, empruntée à Vilar. Elle dynamite le lyrisme de la langue shakespearienne -fondé dans Macbeth sur une fascination du meurtre- non en s’en débarrassant à contretemps, mais en le doublant d’une scansion rythmique à la batterie. Frédéric Poinceau, en Macbeth/Hamlet dépassé par les gestes qu’il commet mais n’assume pas, est très convaincant. Fabrice Michel, en Duncan, puis en Macduff et en psychanalyste, est épatant. Un vrai grand plaisir de théâtre donc, malgré les tics ! Hystérique Le roi de Racine est tout aussi inquiétant, même si la mise en scène de Renaud Marie Leblanc désigne l’hystérique fille de Minos comme mère de tous les maux. On a déjà dit dans Zib’24 tout le bien qu’on pense de cette Phèdre, intelligente, épurée comme son classicisme, reposant sur une vraie lecture du texte, et des comédiens inspirés. Enfermant ses personnages dans un univers blanc, capitonné, psychiatrique, il laisse le spectateur goûter à la sublime rigidité de la langue racinienne, et à la profondeur de la psyché tragique. Des forces obscures, mauvaises comme l’inconscient, rigides comme son surmoi, s’attachent à détruire la femme hystérique possédée par son désir, jouet de sa jouissance, nue et comme violée par son propre meurtre. Le Roi quant à lui revient des enfers, maudit, détruit, s’acharne, refuse de croire son fils éploré, tandis que le jeune Prince s’enorgueillit d’être sans affect, et avoue son amour comme on confesse un crime (tiens un alexandrin). Tous sont pervers, jusqu’à Aricie amoureuse du fils de son tortionnaire, jusqu’aux serviteurs qui les poussent au parjure. Car les humains n’y sont que les jouets de dieux injustes, que Renaud Marie Leblanc traduit en forces intérieures agissantes, manipulateurs furi-ieux de leurs psychés malades. Décidément les metteurs en scène de la région ont du talent ! AGNES FRESCHEL La Nuit des Rois a été créé à la Criée du 20 au 29 nov., Macbeth a été joué du 2 au 6 déc., Phèdre est jouée jusqu’au 19 déc. 04 91 54 70 54 www.theatre-lacriee.com Phèdre Marc Ginot
TOURSKY BERNARDINES MARTIGUES THÉÂTRE 09 Contre la Tyrannie La version de Lorenzaccio d’Antoine Bourseiller, réduite à 1h40, garde toute la puissance de la pièce : l’intrigue, certes resserrée, s’articule essentiellement sur l’idéal républicain de Lorenzo de Médicis, et la vanité de son crime, puisque le nouveau Duc ne vaudra pas mieux qu’Alexandre. Manque sans doute à ce choix la dimension du caractère sourdement passionné et désespéré à la fois, romantique de fait, du personnage principal. La comédie qu’il joue est en revanche bien orchestrée : dans ce décor minimal toute la mise en scène repose sur le pari de l’illusion théâtrale, ombre et lumière permettent entrées et sorties, danse dynamique où chaque nouvelle scène prend son élan aux sources de ce qui précède. La troupe rassemblée ici est jeune et talentueuse. Invention, rapidité, sens des ressorts comiques aussi, le texte est joué avec intelligence, jusque dans les nuances. Ces jeunes comédiens savent faire partager leur fraîcheur et leur plaisir du texte au public venu nombreux (la salle est toujours comble). Quelques moments mimés, la mort de Lorenzaccio et le rire diabolique de Côme de Médicis qui sous un discours lénifiant cache un caractère aussi fourbe que son prédécesseur, permettent de rendre sensible le pessimisme de la pièce. Les choix musicaux sont judicieux, ainsi l’Ave Verum sur le meurtre de Lorenzo, victime expiatoire. Les 11 et 12 déc étaient données au Toursky les 43 et 44 e représentations de cette mise en scène : le Toursky, en accueillant dans une salle pleine ce spectacle qui a tourné sur les plus grandes scènes belges, et récemment au Théâtre National de Nice, fait une fois de plus la démonstration que sa programmation n’a rien de piteux… MARYVONNE COLOMBANI Lorenzaccio a été joué les 11 et 12 déc au Toursky 11 1 II Il'ti'. Nancy Touranche Compassion Pan Sok Tant que ce texte tourne sur les scènes il faut aller le voir, et le programmer encore. On sait que Guy Cassiers a du talent : ses mises en scènes programmées aux Salins ou à Avignon opèrent une synthèse remarquable entre un théâtre visuel et technologique très contemporain, et un amour du texte et du jeu qui se perd souvent chez les adeptes de la vidéo et des voix amplifiées. Chez Cassiers pas de déperdition, l’adoption des processus d’enregistrements n’entraîne pas l’abandon du verbe. Il y a cependant dans Rouge Décanté quelque chose de plus grand encore que dans ses autres mises en scène : le texte de Jeroen Brouwers remue en nous les sentiments les plus profonds d’empathie, de douleur pour la plaie de l’autre, de réelle compassion. Sentiment rare, et qui vient peu à peu : Dirk Roof-thooft, acteur prodigieux, le maintient longtemps à distance en effaçant sa voix, et en se blottissant derrière des écrans, des dégoûts, des pilules. Sans qu’il devienne sympathique donc, la douleur de l’enfant qu’il fut, confronté à l’inhumanité des ennemis, puis à la déshumanisation de sa mère, devient palpable. Dans la salle, chez le spectateur assis juste à côté de vous et qui comme vous retient ses larmes parce qu’il a mal pour cet enfant, et pour toutes les victimes des génocides du monde. A.F. Rouge Décanté a été joué aux Salins le 27 nov Si six sœurs Il y a (oui, c’est comme ça) Olga, Macha et Irina ; tous les autres aussi, oui ils y sont tous et c’est très beau, osons le mot. On pourrait s’arrêter là sans trahir l’esprit ou la manière de Iouri Pogrebnitchko maître de jeu du théâtre Okolo de Moscou, fermement posé dans la chapelle des Bernardines : parois métalliques, table et chaises nues, mais rideaux de dentelles et piano droit obligé, poutre de bois que l’on déplace avec respect (survivante d’autres spectacles, pilier d’un temple shinto ou simple Vanité qui nous rappelle à l’ordre de la mort ?) ; un filin tendu sur le devant de la scène scinde le regard en haut et bas, quelques galets blancs limitent l’espace et là-dedans, loin dedans et loin de Moscou, tout est théâtre. Nous sommes dans la remise à calèches Viktor Pouchkin de Stanislavsky (humilité du sanctuaire) et des fantômes bien vifs jouent les Trois sœurs en connaisseurs ! D’ailleurs des sœurs il y en a six pour cause de retour (voir la poutre), mais cela ne trouble en rien la sérénité du déroulement : acteurs lumineux, rayonnants de jeunesse ou d’intériorité, gestes élégants, d’une précision saisissante, les pieds, les mains, les yeux on ne sait plus où regarder, pourtant ils bougent à peine, juste ce qu’il faut pour que tout soit dit ; sous la raideur des redingotes militaires frémit la blancheur des robes ou la fluidité d’un costume qui se prêtera volontiers à la danse ; musicalité de la langue (on ne s’en lasse pas) et musiques éternelles (on pourrait s’en lasser mais la vie est si courte..) accompagnent des surtitres qu’on lâche assez vite ; on connaît la fin... mais non, au milieu des saluts éclate l’âme russe de Charles Aznavour qui met définitivement tout ça en haut -très haut- de l’affiche ! MARIE-JO DHO MERCREDI JANVIER SIRENES Il NET Pargis de l'opéra Marsepile Les Trois Sœurs a été donné aux Bernardines du 10 au 13 déc arpjbiirkr lj j17Y00f y.. - - —:



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 1Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 2-3Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 4-5Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 6-7Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 8-9Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 10-11Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 12-13Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 14-15Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 16-17Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 18-19Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 20-21Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 22-23Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 24-25Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 26-27Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 28-29Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 30-31Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 32-33Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 34-35Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 36-37Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 38-39Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 40-41Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 42-43Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 44-45Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 46-47Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 48-49Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 50-51Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 52-53Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 54-55Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 56-57Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 58-59Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 60-61Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 62-63Zibeline numéro 25 déc 09/jan 2010 Page 64