Zibeline n°25 déc 09/jan 2010
Zibeline n°25 déc 09/jan 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°25 de déc 09/jan 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 4,7 Mo

  • Dans ce numéro : l'album « Own Virago » de Marion Rampal.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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50 LIVRES LITTÉRATURE Loin du paradis L’atmosphère du dernier roman d’Andrew Sean Greer, qu’il est venu présenter à Marseille dans le cadre des Belles Etrangères, rappelle celle du film de Todd Haynes. Réalisé en 2003, celui-ci relate le drame de Cathy (Julianne Moore), mère et femme au foyer exemplaire qui voit sa vie et son mariage exploser ; une mise en scène à la Douglas Sirk, sur fond d’homosexualité et de racisme. Dans le roman, c’est à la même Amérique des années 50 que la narratrice Pearlie fait remonter le début de cette histoire d’un mariage ; la même Amérique corsetée dans ses préjugés (ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Buzz, celui par qui le scandale pourrait arriver, dirige une entreprise de sous-vêtements, gaines et corsets à tous les étages) ; la même Amérique qui exécute les époux Rosenberg et envoie des gamins mourir en Corée. Donc, c’est l’histoire de Pearlie et de son bel époux Holland, de leur petit garçon handicapé et de leur existence paisible… Jusqu’au jour où elle découvre « quelqu’un qui avait emprunté par pure sorcellerie les traits de [mon] mari ». Rassurez-vous, rien à voir avec Écrire et faire l’amour La vérité sur Marie clôt la trilogie inaugurée avec Faire l’amour (2002) et poursuivie dans Fuir (2005). Jean- Philippe Toussaint achève brillamment le cycle de sa passion pour Marie, avec descente aux enfers et résurrection. Faire l’amour donc, ou plutôt le refaire avec elle, et révéler « la vérité sur » cette femme fantasque, désordonnée et suprêmement attirante, que le narrateur n’a cessé d’aimer et sur laquelle il déclare tout savoir. Tel est le projet de l’homme amoureux ; tel est également celui de l’écrivain. La vérité sur Marie se présente comme un triptyque. Deux volets latéraux, l’un situé à Paris l’autre sur l’île d’Elbe, retracent, avec le mélange d’humour décalé et de recherche stylistique propres à Toussaint, l’événement tragique qui a permis aux deux protagonistes de se retrouver, à savoir la mort subite, dans l’appartement de Marie, de Jean-Christophe de G., un riche et élégant éleveur de chevaux de course rencontré à Tokyo. Au centre, enchâssée dans le récit des retrouvailles, l’aventure de Marie avec cet homme, et surtout une scène dans la zone de fret de l’aéroport Marseille et son double Il y a d’autres Marseille de par le monde… et si vous vous jetez éperdus dans la consultation d’un atlas, vous vérifierez, ô stupeur, que la cité phocéenne n’est pas unique (Petit détail orthographique, celle qui se situe en Illinois porte un s en finale) ! Bruno Leydet s’est emparé de cette ville américaine, en a fait un miroir, multipliant les échos, à la manière de ces écrits du XVIII e qui s’amusaient à brouiller les codes pour avancer critiques et caricatures. Un régal de lecture, style rapide, serré qui tient de Lodge ou d’Alison Lurie, et un jeu permanent pour le lecteur qui reconnaît par transparence sa propre ville. En Illinois, c’est l’MO, le Marseille Olympus, équipe de foot féminine, qui passionne la population ; la série à la mode se nomme « Wonderful life » ; on va au Sun Market faire ses un quelconque ouvrage de fantasy… Mais c’est tout de même une histoire de revenant que Pearlie retrace. Car lorsque Buzz Drumer se présente à sa porte, le passé entre avec lui ; un passé tu, une histoire sombre et aussi la révélation de la liaison amoureuse des 2 hommes. Pearlie pourrait s’effacer, abandonner la partie. Mais Pearlie n’est pas Cathy. Cette jeune femme noire ne renonce jamais. De même qu’elle a su qu’elle le voulait au premier regard, et qu’elle l’a eu, de même elle va lutter pour comprendre son Holland, et le garder, avec ses faiblesses, ses parts d’ombre. Un beau roman, donc. D’amour. De guerre aussi : « non pas une histoire ordinaire de combattants mais de ceux qui ne partirent pas à la guerre. Les lâches et les planqués […] L’histoire de ces hommes-là, et d’une femme à la fenêtre, incapable de faire autre chose qu’observer. […] Ils sont éliminés de l’Histoire, car rien n’est plus corrosif que la honte. […] Mais je signe pour eux ce récit. » La chronique de Pearlie atteint à l’universel. Et au-delà des décors 50 et d’une « histoire de Narita, puis dans l’avion. Toussaint déploie sur quelque 100 pages, c’est-à-dire à peu près la moitié du livre, une fiction rétrospective stupéfiante. Il imagine l’embarquement difficile d’un pur-sang et le retour épique en avion cargo de Marie, de son amant et du cheval. La scène prend des allures d’apocalypse artificielle, totalement reconstruite, entre drame et burlesque, film d’action de série B et tragédie contemporaine. On se souvient alors que Toussaint est aussi réalisateur de films. De fait, il s’en donne à cœur joie, avec jeux de lumières et effets spéciaux, sur un scénario délirant qu’il semble vomir, comme le feront le pur-sang dans l’avion, le narrateur dans la dernière partie. Logorrhée cathartique, souffrance expectorée une fois pour toutes. C’est violent, tellurique, érotique aussi, avec une dominante nocturne, de mort, de tempête, d’incendie. Pourtant, au bout des nuits de chaos renaissent l’amour et une langue à l’épreuve des flammes. Après le Médicis pour Fuir, Jean-Philippe Toussaint courses ; et quand vous saurez que l’ancien maire s’appelait Gastone Pistone… La société marseillaise (de Marseille Illinois bien sûr, quoique l’auteur ait omis le « s » final) est passée au crible. Liaisons, ententes, manipulations, jeux électoraux… jubilatoire ! Il s’agit aussi d’un polar, avec fond de terrorisme intégriste, et police débordée qui s’acharne sur de fausses pistes. La quête de « l’olive nucléaire » est exceptionnelle ! À lire avec délectation ! M.C. Marseille, Illinois Bruno Leydet Ed L’écailler du sud, 8,50 euros de mariage » un peu kitsch, elle parle sans doute aux lecteurs de l’Amérique d’aujourd’hui, qui est loin d’en avoir terminé avec les guerres lointaines et les discriminations. FRED ROBERTndrew Sean Greer L'histoire 2 d'unrnariage L’histoire d’un mariage Andrew Sean Greer éd. de l’Olivier, 21 euros A Éx vient tout juste de recevoir le prix Décembre pour ce beau roman visuel et sensuel. Pas mal quand on sait que cette récompense, qui s’affiche depuis 1989 comme une sorte d’anti Goncourt, a été décernée avant lui à Pierre Michon, Régis Jauffret ou Yannick Haenel… On peut imaginer plus mauvaise compagnie. FRED ROBERT, ! h YERCCE Sikt kLLFilt La vérité sur Marie Jean-Philippe Toussaint éd. de Minuit, 14,50 euros MitivJ-f krukU iR}'i.Cl Mkrseiiic, liirrai
Où l’archéologie du Panier sert l’enquête Le dernier roman de Jean Contrucci, Le vampire de la rue des Pistoles, entraîne une fois de plus ses lecteurs à la suite du sympathique journaliste du Petit Provençal, Raoul Signoret, dans une enquête rondement menée aux rebondissements multiples. Le vieux Marseille sert à la fois de cadre et de clé à cette rocambolesque aventure dominée par le pont transbordeur et hantée par les caves du Panier qui recèlent de bien curieux et antiques secrets. L’intrigue est servie avec une jolie verve ; les bons mots des personnages, leur enthousiasme juvénile, accordent un rythme vif au récit. Mais la légèreté primesautière du ton n’oblitère pas les sombres échos de la gestation de la 1 re guerre mondiale, avec les poèmes distillés dans les mémoires enfantines par les hussards noirs de la république. L’érudition, certes formulée sur le ton de la galéjade, est bien présente, et reconstruit le vieux Marseille, son architecture, ses coutumes, les différentes strates de sa population, d’une plume vivante et enjouée. Un vrai plaisir de lecture ! Sans compter qu’adjoint au volume, un petit traité, Le Marseille de Raoul Signoret, nous livre photographies renseignements et alléchantes recettes du début du XX e siècle… MARYVONNE COLOMBANI Le vampire de la rue des Pistoles Les nouveaux mystères de Marseille Jean Contrucci Ed Jean Claude Lattès, 16,50 euros 51 Freaks and Chips Dans les limbes n’est pas tout à fait un thriller. Ni vraiment un roman fantastique. Pas plus une fable sociale à l’américaine, voire une fiction « gold metal » hallucinatoire écrite sous speed avec vieux fonds de rock n’roll. Mais Dans les limbes ou plutôt The Resurrectionist -son titre original- est un peu de tout cela. Roman étouffant et cauchemardesque, sa lecture nous projette dans un monde peuplé de bikers ultraviolents, de médecins pervers, d’étranges comateux reclus au cœur d’une terrifiante clinique gothique. À ce décor grisâtre s’ajoute l’écriture en pans alternés d’un récit double : sous nos yeux tremble Sweeney, père pétri de culpabilité au chevet de son fils en sommeil profond ; parallèlement s’égrènent les chapitres de Limbo, la bande dessinée qu’il lit et qui le relie à l’enfant. Les personnages de ce comic sont des monstres de foire que n’aurait pas reniés l’Amérique profonde des romans d’Harry Crews. Pour le reste, on plongerait plutôt au milieu d’une fantasmagorie façon « new worlds » britannique, éclatant les cadres des genres établis. Car c’est bien loin d’un polar traditionnel, entre rêve et réalité, que se pose ici la question suivante : ces deux-là, père et fils, peuvent-il encore communiquer dans le monde des vivants ? Faut-il charcuter le cerveau de l’un ou bien l’autre doit-il s’élancer, shooté à mort, dans le néant des rêves ? Jack O’Connell diffère la solution du dilemme. Et voici sans doute le point faible de cet ouvrage résolument baroque d’un point de vue onirique. Une fois les monstres, les « abominations », la clinique et Géhenna posés, détaillés, que reste-t-il à découvrir ? Que les monstres ne sont pas ceux que l’on croit ? Finalement on aurait préféré aller encore plus loin avec eux. Let’s take the road again... EDOUARD BARTHELEMY Dans les limbes Jack O’Connell Ed Rivages/Thriller, 22 euros Jack O’Connell était accueilli à Marseille les 10 et 12 nov (ABD et Prison des Baumettes) pour deux rencontres organisées dans le cadre des Belles étrangères N o 25 descendre 2009 Les travaillants, un roman de science affliction de Grégoire Courtois aux éditions Presque Lune. 18.50 euros de désespérée errance ! Une époque incertaine dans un futur incertain. La terre ? Des tours dominant des rues improbables ou règnent des « chats » hypothétiques ; humains rejetés des entreprises ou survivants de la chute incessante des suicidés, volontaires ou non, qui ne cessent de tomber des étages, tels des Folon de fin du monde. Des « travaillants » nés d’une « nurserie » franchissent un triste jour la « porte des Hairaches » pour entrer dans le « monde du travail » selon le bon vouloir de l’entreprise toute puissante. Y survivront-ils ? Pourront-ils accéder à un box à l’étage du bureau ? Seront-ils protégés ou défénestrés par la « guilde » sur laquelle la béance libérale les aura déposés ? Nul ne sait. Au fond de toilettes obscures, filmés par leurs collègues de bureau, les pervers s’adonnent à des scarifications sacrificielles. S’il est un lendemain, face à la « nano-cantine », l’objet de l’art déverse ses tripes et rend le dernier soupir tandis que Vera en vomit de jouissance. Les messages télématiques s’échangent, précédés pour en informer le lecteur d’un [chan#9926]. Périodiquement un chapitre, cassé en « Courier New » format [txt] nous fait accéder aux [informations personnalisées] de l’entreprise. Si vous voulez en subir plus, lisez ce roman ou fourrezvous un doigt au fond de la gorge, ou buvez un café salé. Et bonnes défaites de fin damnée. YVES BERCHADSKY Les travaillants Grégoire Courtois Editions Presque Lune



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