Zibeline n°24 novembre 2009
Zibeline n°24 novembre 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°24 de novembre 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 6,7 Mo

  • Dans ce numéro : naissance du théâtre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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08 ÉVÉNEMENT LES RENCONTRES D’AVERROÈS Les Rencontres d’Averroès se placent cette année sous le signe de avec l’espace méditerranéen ? Retour sur son origine Naissance du théâtre La Méditerranée est un espace de civilisation ancien où les conflits ont de la mémoire et les vieilles haines semblent indépassables, enferrées dans des répétitions sans issue. Est-ce la proximité, liée aux mouvements des peuples, dans un horizon aux ressources recherchées, qui rend les rancœurs si profondes, qui les poursuit sans relâche dans la vengeance, la « vendetta » ? La nécessité de resserrer le groupe en rejetant l’autre explique que la fusion des peuples est un processus long, hésitant entre soumission et égalité. Le bassin oriental de la Méditerranée est constitué d’Empires qui ne cessent de s’affronter. Mais insistons sur le drame fratricide que présente, dans le domaine de l’épopée et de l’imaginaire, l’Iliade. Le partage de la parole Ce conflit fait le constat d’une rivalité haineuse, d’outrances qui hérissent le monde divin, et, finalement, d’un ensauvagement lié autant à la folie des hommes qu’à la fureur des dieux. Il permet d’entrer dans une autre dimension du tragique : sa représentation. Rapporter les exploits et les malheurs, voilà bien un moyen de prévenir des excès ! À travers les productions intellectuelles, les Grecs comme les autres peuples traçaient les contours de leur civilisation mais aussi de leur univers politique. Mais ils firent alors ce qu’aucun autre peuple n’avait fait : ils inventèrent le théâtre pour mettre en scène toutes ces productions. En cette fin de VI e siècle, la société grecque était parcourue de tensions sociales très fortes entre paysans et riches propriétaires. Après la Monarchie, l’Aristocratie incapable de s’autoréguler confia cette tâche à la tyrannie. L’essai ne fut pas concluant : la réforme du système politique déboucha alors sur un nouveau système, à Athènes : la démocratie. Elle introduisit un changement fondamental : le partage de la parole entre toutes les classes sociales s’exprima au tribunal, à l’Assemblée et au théâtre. Aller au théâtre devint indispensable pour participer à la vie sociale et politique. Quant à la tragédie, elle replaça au premier plan les difficultés de l’homme grec à vivre les contradictions de son présent. L’invention d’un genre Tragédie signifie « le chant du bouc » et renvoie à Dionysos. Ce nouveau genre se constitue progressivement à partir du dithyrambe, chant en l’honneur de ce dieu, étranger à la Grèce, sans doute venu d’Asie, symbole de l’excès, de la nature sauvage. Entouré de son cortège de Bacchantes, il entraine la troupe dans une fête marquée du sceau de l’ivresse, de la débauche et de la danse. Pour se soustraire aux excès de la transe destructrice on célébra un culte : le rite aboutissait à une régulation du sacré. Le dithyrambe honora le dieu par le chant choral et la danse. Il serait né à Corinthe au VII e siècle. La forme évolua. Progressivement, le chef de chœur, le coryphée, se serait lancé dans des improvisations, devenant le premier acteur (le protagoniste). C’est Thespis qui aurait ainsi inventé la tragédie. Avec le temps la structure des pièces s’établit : une entrée du chœur en chantant (un récitatif) accompagné d’un aulète (joueur d’aulos, une sorte de hautbois) ; ensuite une alternance d’intervention des acteurs (trois au maximum) et du chœur qui, guidé par son chef, le coryphée, entame des chants lyriques. Des variantes interviennent : prologue d’ouverture, dialogues lyriques entre le chœur et les personnages. Les acteurs sont des hommes qui, progressivement, sont devenus des professionnels. Ils jouent derrière un masque, percé d’yeux et d’une bouche, qui indique la nature de leur personnage et sont coiffés d’une perruque. Ils portent (depuis Eschyle ?) un costume -un manteau court ou une tunique- et des cothurnes, des sortes de bottines qui les rehaussent. La représentation C’est aux fêtes dionysiaques qu’ont lieu les représentations. Celles-ci se tenaient sur la grande place publique d’Athènes, l’Agora. On dressait des échafaudages pour constituer le théâtre autour d’un espace dans lequel se tenait le chœur. Une estrade permettait à l’acteur de d’être mis en valeur. À la suite d’un effondrement des gradins, on aménagea les pentes de l’Acropole pour organiser un véritable théâtre. Le monument prend alors progressivement sa forme achevée : l’espace quadrangulaire s’arrondit pour former un cercle, l’orchestra. Le chœur entrait par des passages sur les côtés, les parodoï, tandis que la skènè, l’estrade d’origine pour l’acteur, était complétée d’un bâtiment en bois (une façade) et d’une avancée (le proskénion). Les gradins formèrent un demi-cercle parcouru d’allées. Un théâtre civique La cité joue un rôle fondamental dans l’activité théâtrale. La fête des Grandes dionysies correspond au moment où les alliés d’Athènes viennent apporter leur tribut à la cité. Les auteurs, eux, se présentent à un magistrat et lui soumettent leur texte. Ce dernier en choisit trois, ce qui est bel et bien une censure indirecte. Ensuite on désigne un chorège (un citoyen riche) qui, affecté à un auteur, est chargé de financer la représentation : il paye le chœur, les acteurs, les costumes… Les représentations effectuées -en continuité ! -, un jury impartial de citoyens tirés au sort désigne le vainqueur du concours tragique. Les récompenses sont honorifiques et financières. Théâtre de Dionysos sur l’acropole Zsolt Zatrok Dr./stock.Xchng
09 la Tragédie. Née en Grèce, a-t-elle toujours un lien spécifique Puis l’Assemblée se réunit dans le théâtre pour faire le bilan : elle sanctionne ou adoube les magistrats, les juges et les chorèges. Dans cet univers, les dieux ne sont jamais très loin. On n’entame pas une représentation sans un sacrifice pour Dionysos sur l’autel du théâtre. Sa statue, comme la couronne de lierre remise au vainqueur, manifestent sa présence. Les puissances divines sont aussi d’omniprésents sujets dans les représentations. Les auteurs sont nombreux mais trois figures seulement ressortent vraiment de la période classique : Eschyle (526- 456) ; Sophocle (496-406) ; Euripide (484-406). Leurs compositions reprennent les trois grands cycles mythiques : la guerre de Troie et le sort des Atrides (Iphigénie, Oreste, Electre…) ; Thèbes et les Labdacides (Œdipe, le Sphinx, Antigone…) ; Héraclès et sa descendance. Les auteurs évitent l’actualité : Phyrnicos dut payer une très lourde amende pour avoir évoqué la désastreuse prise de Milet par les Perses. Mieux valait traiter indirectement le présent. Un théâtre politique Le théâtre a pu mettre l’accent sur les valeurs démocratiques, mais il souligne surtout au travers des intrigues que le héros ne peut trouver de solution convenable au drame qu’il vit : la solution appartient en fait à la collectivité, à la cité et à ses nouvelles valeurs. D’ailleurs le héros tragique est l’acteur face au chœur qui exprime les sentiments des citoyens. Il n’est pas un archétype imitable mais la manifestation d’un problème. Au plan juridique, il hésite entre la soumission à la cité et celle due aux dieux. La solution au problème n’existe pas pour le héros mais elle apparaît au spectateur : le citoyen peut sortir ainsi d’un vieux monde juridique traditionnel pour se soumettre à la loi de la cité. De ce fait la tragédie est pour le citoyen une école d’apprentissage civique. D’autre part, l’accent mis sur le monde religieux permet de souder la communauté : le héros apparaît comme une victime expiatoire, le pharmakos, dont l’expulsion permet de retrouver la pureté originelle. Dans l’ensemble, le théâtre est l’aboutissement d’une révolution politique, la démocratie. Dans Antigone de Sophocle deux conceptions de la loi s’affrontent : une transcendante, inflexible -celle du roi- et une privée -celle d’Antigone qui veut ensevelir son frère malgré l’interdit royal. Il y a là, une vraie réflexion sur la responsabilité humaine des actes dans un cadre politique nouveau. C’est parce qu’elles possèdent une dimension politique que la cité sollicite la production des œuvres littéraires. Elle paye même l’entrée pour les plus pauvres (caisse du théorique). Les citoyens, eux, sont profondément impliqués comme choreutes ou chorèges. Ainsi le théâtre Buste de Dionysos, British Museum Jean Savaton tragique pose les problèmes politiques dans un cadre nouveau. Toute tragédie, événement inexorable et paroxystique, impose d’esquisser une issue à la crise, une solution face à un problème apparemment inextricable. Et nécessite, pour s’en extirper, de changer de logique. RENÉ DIAZ Au deuxième temps d’Averroès Le cœur des Rencontres approche ! Les trois tables rondes, qui réunissent chaque année près de 4000 personnes, auront lieu cette année pendant la fête de l’Aïd. Simple coïncidence : rarement les problématiques abordées auront été plus éloignées a priori des mondes musulmans. Moins sociologiques ou religieuses, elles ne sont pas pour autant plus littéraires : les Figures du tragique commenceront par s’interroger sur la Naissance de la Tragédie, à travers l’histoire littéraire, de Sophocle à Racine, et à la lumière de l’opposition nietzschéenne entre apollinien et dionysiaque (le 27 nov de 14h30 à 16h30, avec Barbara Cassin, philosophe et philologue, Vassilis Papavassiliou, metteur en scène, Takis Théodoropoulos, romancier). Plus philosophique encore, la deuxième table ronde s’interrogera sur Dieu et le tragique, et plus précisément comment les trois monothéismes pallient le tragique, réfutent son irrémédiable en y opposant la transcendance (le 28 nov de 10 h à 12h, avec Jean-Christophe Attias, spécialiste de la pensée juive médiévale, Michel Guérin, philosophe, et Mahmoud Hussein, deux philosophes spécialistes du Coran). La troisième table ronde sera historique, et contemporaine : elle s’interrogera sur Les guerres et le terrorisme, se demandant s’ils représentent en Méditerranée une résurgence, une forme nouvelle, une survivance de la tragédie ancienne (le 28 nov de 14h30 à 16h30, avec Stéphane Audoin-Rouzeau, historien de la Premier guerre mondiale, Giulano Da Empoli, sociologue et directeur de la revue italienne Zero, Farhad Khoskhkavar, sociologue spécialiste de l’Iran). Le soir du 28 nov à 20h30, un grand concert, au Dock des suds cette année : dans le cadre de la saison turque en France, Istanbul Sessions est en tournée, et les Rencontres en profitent pour proposer un concert-création avec le trompettiste Erik Truffaz. Son jazz cool mâtiné d’électronique rencontre donc ici la musique kurde et turque du saxophoniste Ilhan Ersahin… Outre ces grands rendez-vous, les rencontres proposent également le 26 nov de 17h à 20h un rendez-vous autour de Bruno Etienne à l’Hôtel de Région (voir p 73). L’exposition photographique de Pierre Bourdieu se poursuit au Mucem jusqu’au 6 déc (voir p 11). Une programmation très intéressante de 42 documentaires est proposée à l’Espaceculture (entrée libre) jusqu’au 28 nov : plusieurs cycles sur les guerres, les générations d’immigrés, les femmes, la Mémoire, la Terre. Proposés conjointement par l’INA et le Centre Méditerranéen de la Communication Audiovisuelle, il donne l’occasion de « penser la méditerranée en images ». Un autre rapport à l’histoire, qui joue avec les archives, des films plus anciens et des créations projetées en exclusivité. A.F. Ilhan Ersahin et Erik Truffaz X-D.R.



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