Zibeline n°24 novembre 2009
Zibeline n°24 novembre 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°24 de novembre 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 6,7 Mo

  • Dans ce numéro : naissance du théâtre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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72 HISTOIRE FABRIQUE SCOLAIRE DE L’HISTOIRE B. ÉTIENNE Roman National ? L’histoire a une histoire, bien sûr ! Mais la particularité de cet ouvrage est de s’attacher à l’histoire scolaire. Dépendante de sa grande sœur universitaire, celle-ci est de deuxième main. Pourtant, dans un pays où tous les citoyens passent par les bancs de l’école, elle a une diffusion et un impact bien plus importants que son aînée ! Eugene Delacroix, 1830. La Liberte guidant le peuple, huile sur toile, 260 x 325 cm, Musee du Louvre, Paris Or, et c’est l’objet de ce livre, elle possède une logique bien à elle, inscrite directement dans les volontés du politique. Elle est l’histoire formatrice du peuple, celle du « roman national ». Sous la direction de Laurence de Cock et d’Emmanuelle Picard, un ensemble d’auteurs se sont attelés à l’étude de sa « fabrication ». Le livre s’ouvre par une préface de Suzanne Citron, parrainage significatif car il s’agit d’une des personnalités les plus dynamiques de l’étude de l’institution scolaire. Elle montre que les sujets et la façon d’enseigner ont permis de construire un véritable « mythe national ». Utilisant la chronologie comme un appui pour convaincre les élèves du destin inéluctable de la France, les tenants de l’institution ont écarté tous les contenus nuisibles à la croyance en l’homogénéité de la nation, en particulier dans l’enseignement du fait colonial. Quant à l’enseignement magistral, il faisait infuser ces vérités à l’intérieur de son public. Elle rappelle aussi les prises de positions de Nicolas Sarkozy et de son maître à écrire, Henri Guaino, contre la « pensée 68 » et les repentances du discours. Tous deux se rangent du côté d’une histoire conservatrice, faussement identitaire, où la célébration du patrimoine permet d’insister, à l’intérieur de l’espace public, sur les continuités et non sur les conflits. Construction d’un creuset national Dans l’avant-propos, les deux directrices de l’ouvrage explicitent leurs intentions. Parce que les lois mémorielles (voir ci-dessous) ont bouleversé les pratiques historiennes, il fallait faire le point sur les ressorts de l’histoire à l’école. Celle-ci doit-elle, et peut-elle, avoir pour finalité la réalisation du creuset français, destiné à intégrer le citoyen anonyme au destin de la nation ? Par ses choix et sa mise en forme des événements, elle est une écriture mémorielle : elle crée l’image qu’une société veut laisser d’elle-même. Elle est le résultat d’une construction, d’une fabrique où différents acteurs interviennent, de l’éditeur de manuel à l’Inspecteur général, du ministre à l’enseignant. Cette édification d’une histoire nationalo-patriotique s’affirme avec la III e République qui magnifie les grands hommes et les grands événements et qui élabore une vision romancée du passé, un « roman national » ! Mais, constatent-elles, l’irruption des mémoires piétinées des catégories de population définies comme mineures, la demande de reconnaissance de communautés issues de l’aventure coloniale ont mis à mal une vision progressiste et lénifiante du passé : la nation ne marche pas de pair avec l’effet de civilisation qu’elle revendique. La belle fable enseignée à l’école ne peut plus faire illusion et l’histoire consensuelle construite autour de la patrimonialisation ne peut plus satisfaire les exigences de ceux qui attendent une version plus juste et plus précise de leur propre histoire. Réintroduire le doute Pour parvenir à comprendre la « fabrique scolaire » quatre grands thèmes sont choisis. Le premier s’attarde sur le cadre réglementaire : la fixation des programmes est évidemment un enjeu primordial et l’on voit Georges Pompidou, président, les infléchir dans un sens conservateur. La prééminence du temps présent est dangereuse car elle contrevient à l’étude du passé comme moyen de distanciation du vécu des élèves. Le deuxième thème s’intéresse aux acteurs oubliés et maltraités de l’histoire, qu’ils s’agissent des poilus de 14, dont l’histoire, écrite par d’autres, témoigne mal de leurs sentiments, ou celle des colonisés qui disparaissent derrière les représentations françaises du monde colonial. Le troisième thème s’occupe des enjeux mémoriels et des difficultés à construire, par une histoire partagée, un bien commun à toutes les composantes de la société. Le dernier thème passe au crible la construction du « roman national » au travers de l’étude de la Révolution Française et de celui d’une autre histoire nationale, celle de la Suisse. Au fond, pour parvenir à un compromis satisfaisant dans l’enseignement de ces histoires plurielles, il faudrait privilégier le débat et la conflictualité des interprétations. Gageure difficile à réaliser sans une re-visitation des programmes, sans une volonté d’insister sur le doute et le débat. Gageure dans une institution qui non seulement fait descendre la science universitaire vers les élèves, mais qui veille à ce que l’autorité administrative soit bien assise sur les enseignants, alors même qu’une grande partie de leurs directions critiques s’appuient sur un savoir académique ! RENÉ DIAZ I.:.l ! 2F..iCF DF. COCK P. ? 57.1,1N17ELLE P'.C:IRD I.A FAFiRI()i.iE 5CcO1,A[RI ? DE L'H15rC1IRr f : 11511MW La Fabrique scolaire de l’histoire Laurence de Cock, Emmanuelle Picard éd Agone 2009, 16 euros Le concept de lois mémorielles désigne les lois Gayssot (1990, interdisant le négationnisme) et Taubira (2001 : « Les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent »), ainsi que la loi sur la reconnaissance du génocide arménien (2001) et celle sur l’existence des « aspects positifs » de la colonisation. Celle-ci prescrivait en 2005 : « Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ». Cet alinéa a été abrogé par le Conseil constitutionnel en 2006, mais l’article 1 subsiste : « La Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’œuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d’Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française. »
Bruno Étienne, un lien entre orient et occident Le 4 mars, à Aix-en-Provence, disparaissait Bruno Étienne. Pour qui fréquente les rivages méditerranéens voilà une grande perte ! Figure emblématique du dialogue entre les deux rives, il a tissé, autour de sa personnalité et de ses travaux, des liens porteurs d’un avenir meilleur. Surtout, il a été le défenseur des minorités et avant tout de celles de la religion, un combat mené avec engagement et discernement. Il permit ainsi un autre regard sur les déclassés des périphéries urbaines, montrant que leur présence n’était pas un corps étranger, mais bien une composante de la nation française. Né en 1937 en Isère, il atterrit, à la suite des obligations de son père militaire, au lycée Thiers où il fait ses études avant de rejoindre la faculté d’Aix-en-Provence. Le reste de sa formation éclaire -ou réfléchit, c’est selon- ses engagements futurs. Il fréquente l’institut des langues à Tunis, y apprend l’arabe avant de revenir à Aix, à l’Institut d’Etudes Politiques. À Alger, au Caire, à Casablanca, Bruno Etienne trouve de quoi nourrir sa réflexion sur l’islam et la religion. Son analyse de L’Islam radical permet une meilleure compréhension du monde musulman et de ses aspects politicosociaux. De même, ses Abd El-Kader révèlent les dimensions de cette personnalité exceptionnelle, à la fois guerrier, homme d’État, mystique, Franc-maçon… La religion l’intéressait, en tant que promesse d’une bonification de l’être. Agrégé de Sciences Politiques, chercheur au CNRS puis professeur à l’IEP d’Aix, il a fondé en 1985 l’Observatoire du Religieux dont il assumait la direction. Enseignant internationalement reconnu, écrivain prolixe -25 ouvrages-, il participe à l’aventure de La Pensée de Midi, dont il est cofondateur. Homme de débat, homme engagé, il était aussi Franc-maçon. On l’aura deviné, c’est la spiritualité, le goût de l’échange qui l’animaient et non l’aspect « plus fraternel entre soi qu’avec les autres » dans lequel elle tombe parfois, et qu’il a abondamment critiqué. Un homme qui ne laissait pas indifférent, et contribua à la compréhension entre les peuples. RENÉ DIAZ Hommage à Bruno Etienne le 26 nov à 17h à l’Hôtel de Région. Rencontres organisées avec l’association des Amis de Bruno Etienne, l’INA, les Rencontres d’Averroès et la Région PACA. Quelques clés efficientes La revue a décidé de republier, dans un hors-série, les écrits que lui avait confiés son co-fondateur Bruno Etienne. L’initiative est d’abord un hommage, mérité, à une grande figure intellectuelle. Bien sûr les aficionados possèdent déjà ces écrits, mais on aurait tort d’en négliger la lecture : ici leur cohérence, leur logique saute aux yeux. Ce personnage aux multiples facettes, aux hétérogènes préoccupations, apparaît dans son trajet et permet de mesurer le cheminement des idées. On y retrouve ses engagements, ses convictions mais surtout on effectue un bon en arrière salutaire. Prolixe, Bruno Etienne est à l’origine de pensées qui sont devenues des évidences. On redécouvrira avec plaisir leur source et elles pourront nourrir, de nouveau, des réflexions essentielles sur l’islam, sur les questions mémorielles, sur la politique. La 111111111F— dQ mod ; Bruno Etienne -_-. : =-. Sur les chemins de la pensée de midi... revue a, avec raison, choisi de commencer par les racines du personnage. Les propos semblent anciens, édulcorés par la diffusion. Mais à y bien réfléchir, la spécificité de la culture locale reste certainement une clé d’analyse indispensable, un peu oubliée, pour notre société : vue d’en bas, du Sud. R.D. Bruno Etienne, sur les chemins de la pensée de midi… La Pensée de midi, Actes Sud. 10aNs échange tdiffuslon savoirs i:1T5[N 2009.2010 HÔTEL DU DÉPARTEMENT DES BQUCFIES-DU-RHÛNE Conférences A 18h45 à I He,tcl dii départi:nwnt des Rcuichcs-du-Rhimc 52 avenue de Saint-Jusr 13004 Marseille (Métro Saini-Just - Parking Lra[uit} ENTREE LIBRE DANS LA LIMITE DES PLACES DISPONIBLES crises 11 10 décembre.2009 Crise du temps, crise dans Le temps François Ilartog, historien 21 janvier.2010 Sur La prétendue crise de l'Etat Michel Troper, juriste 04f.vrier.201U Faut-il avoir peur du posthumain ? Jean-Michel Besnier, philosophe 04 mars.2010 De la physique des crises â La crise de la physique Jean-Marc Lévy-Leblond, physicien et philosophe 11 mars.2010 Villes en crise, crise des banlieues, crise de L'urbain, s'agit-il de crise ? Thierry Pagtlot., philosophe de]'urbain 25 mars.2010 La décroissance est-elle La solution de la crise ? Serge Latouche, économiste et philosophe 22 avril.2010 Ce n'était pas une crise de plus— Olivier Mangin, philosophe 29 avril.2010 Transformation sociale et transformation de la réflexion sur Le social Robert Castel, sociologue 06 mai.2010 Ordre, crise, changement Marcel Detienne, helléniste & Charles Malamoud, indianiste POUR RECEVOIR LE PROGRAMME Ob-AILLE DE CETTE SAISON (CHANGE ET DIFFUSION DES SAVOIRS 16 rue Beauvau 13001 Marseille Tél. 04 96 11 24 50 Fax. 04 96 11 24 51 contact@ des-savairs.org CONSEIL GENERAL leor wuces o-u huaue



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