Zibeline n°24 novembre 2009
Zibeline n°24 novembre 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°24 de novembre 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 6,7 Mo

  • Dans ce numéro : naissance du théâtre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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70 PHILOSOPHIE ENTRETIEN AVEC SPYROS THÉODOROU Le cycle organisé par Échange et diffusion des savoirs reprend à l’Hôtel du département. Avec cette année pour thématique les crises, et neuf conférences de philosophes, historiens, juristes physiciens, économistes et sociologues… Rencontre avec Spyros Théodorou, organisateur de ces cycles depuis 2001, qui nous explique son projet et les raisons particulières du choix de ce thème cette année Zibeline : Quelle est la fonction d’échange et diffusion des savoirs ? Spyros Théodorou : C’est de proposer des conférences de haut niveau, justement parce qu’on s’adresse au grand public ; comme il n’y a pas de pré-acquis supposé chez nos auditeurs, on n’a pas le droit de faire trop d’erreurs, ce qui ne veut pas dire que l’on n’en fasse pas, évidemment. Je constate, avec mon expérience maintenant, que cette idée de mettre en situation d’apprendre et de savoir touche des populations que l’on arrive mal à concerner avec le théâtre, ou les autres pratiques culturelles, quand elles visent à atteindre des publics très larges. Il y a un seuil « sociologique » de 5 à 10% d’une population que l’on a beaucoup de mal à dépasser en général avec l’art en en France ; seuil dont on s’affranchit très largement, je crois, dans l’activité d’Échange et diffusion des savoirs. Mais, bon, quand à l’origine en 2001, j’ai eu cette idée et que je l’ai proposée aux institutions, je dois dire que j’ai trouvé le Conseil général très courageux d’accepter ce projet puisqu’il n’y avait pas de critère de comparaison ; on aurait pu se retrouver avec une salle de 4 personnes comme de 60. En plus je n’avais pas caché mon ambition : c’était d’une grande prétention parce que cela reposait finalement simplement sur quelques volontés, l’accord des institutions… et puis il y avait les invités : j’étais en relation avec deux ou trois personnes, mais à l’origine Théodorou à Marseille personne ne connaissait ! Les enjeux étaient donc aussi généraux que ça : mettre à la disposition du grand public un savoir de bonne qualité ? On vit de plus en plus dans un monde politique, culturel, esthétique qui, en particulier par les média et la publicité, abrutit les gens de manière efficace, techniquement valide. C’est-à-dire que cela produit des résultats ! Donc je me suis dit qu’il fallait des espaces, ici ou ailleurs, où on prend a priori les gens qui viennent non pas pour des imbéciles mais pour des gens intelligents ; c’est un pari à la fois philosophique et politique, et je crois que ça marche. À partir du moment où l’on se sent accueilli et traité comme un titulaire d’intelligence, on le devient. Mais comment définir scientifiquement et philosophiquement cette expression « prendre pour des imbéciles » ? Non pas pour châtier le langage, mais pour la préciser. Moi j’emploie souvent le terme d’aliénation, sans doute parce je manque de vocabulaire… Si vous empruntez ce terme à Castoriadis je pense qu’il emploie plus souvent le terme d’hétéronomie qui est pour moi un terme beaucoup plus riche. Et puis il s’oppose plus précisément à l’autonomie. Dans ma technologie ce que je peux apporter comme autonomie, et là je suis avec prétention dans la philosophie politique, c’est l’autonomie intellectuelle. Par rapport aux concepts d’aliénation et d’hétéronomie il y a une notion qui me travaille beaucoup c’est la notion d’emprise, dont j’avais fait le titre de la saison dernière. Je ne sais pas où ça va me mener, mais il y effectivement une emprise de la puissance économico-technique, qui au départ s’est Spyros Theodorou X-D.R. Dans les interstices, hors de l’emprise
appuyée sur nos vies de producteurs ; c’est-à-dire que vous allez bosser tous les matins et puis vous avez l’emprise qui vous tombe dessus parce que pendant huit ou dix heures vous êtes soumis au chef d’atelier, au patron ; et puis ensuite il y a le formatage des mass médias et en particulier du media télévisuel ; et là c’est le deuxième pas d’une emprise qui n’est plus sur le temps aliéné, sur le temps de soumission ; c’est une emprise sur le temps dit libre ; c’est-à-dire que les zones de liberté se rétrécissent. Cette emprise s’est étendue dans l’intérieur privé, dans la vie, la pensée et le désir ; et puis s’est propagée ensuite dans l’espace public. Par exemple on peut penser que ça peut être un pur plaisir d’accompagner sa petite fille à l’école le matin, et bien ça devient un lieu de confrontation et d’évitation des affiches pour chaussures, et du kiosque à journaux avec ses affiches de porno soft. L’espace public comme l’espace privé subissent une emprise. Et cette notion d’emprise est ce contre quoi j’ai voulu lutter. Évidemment il ne s’agit pas de défendre la société d’avant et son abrutissement au travail… Bien sûr qu’on ne défend pas ça ; j’ai connu ces gens qui s’abrutissaient au travail ; les parents de mon meilleur ami gardaient des vaches dans le Berry à 13 ans ; je les ai connus physiquement ; c’est mon père pauvre et autodidacte qui m’a fait ; mais on défend la possibilité que ces gens-là ont eu, et qu’ils ont pu donner et transmettre à leurs enfants, la possibilité d’interstices. Avant on avait la possibilité d’interstice, de respiration. La puissance du média n’était pas installée ; il y avait celle du capitalisme sur le travail mais elle ne savait pas –encore- manier les interstices. Maintenant la puissance est devenue beaucoup moins cruelle, mais elle est devenue permanente. Et je prétends que des lieux et des chantiers comme on en fait ici sont des lieux d’interstices. Et la plus belle des métaphores que m’adressent les gens en sortant c’est : « vous nous faites respirer », « vous nous donnez de l’air », « de l’oxygène » ; métaphore de la respiration très étonnante ! C’est une prétention de la philosophie qui, comme le dit Castoriadis, « est une incarnation de notre liberté » ; mais aussi à la fois une modestie. Car on ne va pas faire la révolution, là tout de suite, mais on va ouvrir des espaces pour que des milliers de personnes aient des interstices de pensée, de liberté où ils pourront développer une pensée critique. Entre le monde d’avant et le nôtre quelle différence ? Et bien moi qui ai connu les deux je peux dire qu’on est passé d’un capitalisme de besoin, c’est-à-dire on va beaucoup travailler et on va satisfaire nos besoins, de maisons, de chaussures, à un capitalisme de désir. Vous voyez toute la perversité de l’emprise puisque le besoin est satisfaisable, et le désir ne l’est pas. Venons-en à la programmation de cette année. Vous avez choisi le concept de crise. Pourquoi ? Parce qu’on nous prend, là encore, pour des imbéciles. Les mêmes qui ont adoré, qui nous ont imposé le Veau d’or, tout à coup ont découvert qu’il était en crise. Leurs idoles ont fait flop avec des conséquences économiques et sociales terribles. Et toute la presse internationale s’est mise à nous expliquer ce que c’était la crise, quand elle est arrivée, comment, etc., et cela de la part des mêmes qui ont glorifié pendant une vingtaine d’années toutes les causes de la crise. C’est-à-dire qu’à nouveau on nous a fabriqué un concept de crise « ad hoc », pour continuer à penser « comme il faut », malgré l’évidence. Et on nous a pris pour des imbéciles en nous proposant un concept explicatif total, c’est-à-dire quelque chose qui se rapproche d’un totalitarisme : un concept qui prétend gouverner la totalité de ce qu’on peut comprendre de la crise actuelle… Alors je me suis dit on va le dépiauter ce concept, il a d’autres explications, d’autres objets, il y a d’autres moyens de l’utiliser. J’ai donc voulu dire qu’il est plurivoque, qu’il ne se décline pas de la même façon dans les domaines de pensée divers. Vous dites que c’est un concept plurivoque ; mais quand même c’est une crise du capitalisme qu’on cherche à nous masquer ? C’est simple, non ? Évidemment que c’est une crise du capitalisme. Mais ce qu’on essaye de masquer c’est que le capitalisme, je préfère dire la domination, n’est pas qu’un phénomène économique. C’est là où je dis que c’est totalitaire. Mais une crise du capitalisme n’est pas qu’une crise économique, c’est une crise de la représentation du monde, une crise de l’être au monde, des relations internationales, de la domination Nord-Sud. On nous dit que c’est un problème économique et « t’inquiète pas coco, on va l’arranger et dans deux ans ça ira mieux ». Non ce n’est pas un problème économique, c’est un problème de conception du monde, de la société, du pouvoir. Mais en quoi donc vous démarquez-vous de Marx ? Parce que je pense, à tort ou à raison, que l’interprétation de Marx reste profondément économiste. Je respecte énormément Marx mais je reste profondément opposé à Marx dans le sens où je pense que la superstructure c’est l’économie et l’infrastructure c’est l’idéologie. Et là je pense qu’on a une crise de l’infrastructure, c’est-à-dire de l’idéologie, et qu’on essaie de nous la faire passer pour une crise de la superstructure donc de l’économie. Dans mon langage. Et qu’attendez-vous des intervenants ? Personne n’a dit au peuple ce que c’est qu’une crise. Et bien là nous voulons dire simplement au peuple, d’après un physicien, un géographe, un juriste etc., que la crise ça ressemble à ça, et qu’il paraît qu’ils sont dedans. Ces conférences doivent donc leur donner des outils pour qu’ils se pensent de façon critique dans ce qu’on leur dit qu’ils sont, sans nécessairement l’accepter pour vrai. De façon à déshabiller ce concept totalitaire, pour en faire un concept parcellaire. En bref, ce cycle veut lutter contre cette idée qu’avec le totalitarisme du concept de crise il n’y a plus qu’un tout : circulez, y’a rien à voir ! Nous voulons donner à voir, en détail. ENTRETIEN RÉALISÉ PAR RÉGIS VLACHOS Et justement on va voir ! Rendez-vous le 10 décembre à 18h45 dans le bateau bleu du Conseil Général 13 pour la première conférence, qui sera historique : Crise du temps, crise dans le temps par François Hartog, professeur à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), auteur de Régime d’historicité, Présentisme et expériences dans le temps (éd. Seuil). FRANCOIS HARTO-G i : r ri'L- r Mensuel gratuit paraissant le deuxième jeudi du mois Edité à 28 000 exemplaires imprimés sur papier recyclé Edité par Zibeline SARL 76 avenue de la Panouse n°11 13009 Marseille Dépôt légal : janvier 2008 Directrice de publication Agnès Freschel Imprimé par Rotimpress 17181 Aiguaviva (Esp.) photo couverture THIERRY FABRE Agnès Mellon Conception maquette Max Minniti Rédactrice en chef Agnès Freschel agnes.freschel@wanadoo.fr 06 09 08 30 34 Secrétaire de rédaction Dominique Marçon journal.zibeline@gmail.com 06 23 00 65 42 Secrétaire de rédaction Jeunesse Marie Godfrin-Guidicelli m-g-g@wanadoo.fr 06 64 97 51 56 Société Chris Bourgue chris.bourgue@wanadoo.fr 06 03 58 65 96 Arts Visuels Claude Lorin claudelorin@wanadoo.fr 06 25 54 42 22 Livres Fred Robert fred.robert.zibeline@free.fr 06 82 84 88 94 Musique et disques Jacques Freschel jacques.freschel@wanadoo.fr 06 20 42 40 57 Frédéric Isoletta f_izo@yahoo.fr 06 03 99 40 07 X-Ray x-ray@neuf.fr 06 29 07 76 39 Cinéma Annie Gava annie.gava@laposte.net 06 86 94 70 44 Élise Padovani elise.padovani@orange.fr Philosophie Régis Vlachos regis.vlachos@free.fr Sciences et techniques Yves Berchadsky berch@free.fr Histoire et patrimoine René Diaz renediaz@free.fr Polyvolantes Delphine Michelangeli d.michelangeli@free.fr 06 65 79 81 10 Maryvonne Colombani mycolombani@yahoo.fr 06 62 10 15 75 Marie-Jo Dhô dho.ramon@wanadoo.fr Maquettiste Philippe Perotti philippe.zibeline@gmail.com 06 19 62 03 61 Ont également participé à ce numéro : Emilien Moreau, Dan Warzy, Yves Bergé, Susan Bel, Aude Fanlo, Clarisse Guichard, Christine Rey, Pierre-Alain Hoyet, Christophe Floquet Photographe : Agnès Mellon 095 095 61 70 photographeagnesmellon.blogspot.com Directrice commerciale Véronique Linais vlinais@yahoo.fr 06 63 70 64 18



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