Zibeline n°24 novembre 2009
Zibeline n°24 novembre 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°24 de novembre 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 6,7 Mo

  • Dans ce numéro : naissance du théâtre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 66 - 67  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
66 67
66 LIVRES LITTÉRATURE Mémoires d’un traître Dédié à « mes fantômes », le 3 e roman de Philippe Grimbert apparaît comme une confession à laquelle se livre le narrateur Loup, qu’on ne peut manquer d’assimiler à l’auteur lui-même, tant son parcours ressemble à celui qu’a dû suivre Grimbert pour devenir le psychanalyste que l’on sait. Autobiographie déguisée ? Autofiction ? Peu importe au fond. Ce qui compte en revanche, c’est que ce récit d’apprentissage, bien qu’il se lise d’une traite (et peutêtre à cause de cette facilité de lecture) n’accroche ni ne touche vraiment. Ce retour sur une amitié d’enfance qu’on croyait « à la vie à la mort » et qui finira par la chute de l’autre aurait pu être émouvant ; sauf qu’ici les passages obligés du genre, bagarres avec la bande adverse, jeux, émotions intellectuelles partagées… ressemblent à de pieux exercices de style ; comme le Blessures secrètes En épigraphe Laurent Mauvignier cite Jean Genet : « Tout homme sait la rejoindre, au point de devenir cette blessure elle-même, une sorte de cœur secret et douloureux. » Ces secrètes blessures le romancier s’emploie à les atteindre, sondant par cercles concentriques de plus en plus serrés la mémoire de quelques-uns des hommes qui ont été appelés en Algérie, en sont revenus avec « la nostalgie de quelque chose perdu là-bas » et n’ont jamais pu parler de ce qui hante encore leurs nuits 40 ans plus tard. L’intrigue se déroule sur moins de 24h, en 4 parties, Après midi, Soir, Nuit et Matin. Et comme dans une tragédie racinienne, il y a une crise, puis des récits qui disent la mort sans la montrer. Car ce que ce roman relate, c’est le retour brutal d’un refoulé tragique. Il aura suffi de presque rien, d’un geste mal interprété lors d’une fête de famille, pour que Bernard, devenu la loque que tout le bourg surnomme Feu-de-Bois, « pète les plombs ». Alors, pour Rabut, son cousin, narrateur intermittent du récit, commence une longue nuit au cours de laquelle surtout il revivra « leurs sont également les pages consacrées à Nine, la « seconde maman » du narrateur, que celui-ci traite, fort peu originalement, avec désinvolture et ingratitude. Seule échappe à la mièvrerie Gaby, la vieille amie flambeuse et noctambule, mais c’est sans doute en raison de sa personnalité irréductible. La posture du narrateur en félon multirécidiviste, puisqu’il aura failli à sa parole avec les trois fantômes qu’il fait revivre ici, ressemble à de la complaisance ; on sent comme un plaisir à se flageller. Mais n’est pas Jean-Jacques qui veut. Quant aux théories lacaniennes, en particulier celle de « la mauvaise rencontre », on peut comprendre que l’auteur y ait recours. Mais l’usage de la grande psychanalyse n’aboutit pas forcément à de la bonne littérature. FRED ROBERT événements » d’Algérie. Les « images tellement atroces qu’on ne sait pas se les dire à soi-même », en cette nuit décisive, il les affronte, les met en mots, enfin. Mauvignier pousse ses personnages dans leurs retranchements, traque la parole qu’il arrache aux forceps, pour hoqueter l’indicible : « parce que, c’est, de faire ce qu’ils ont fait, je crois pas qu’on peut le dire, qu’on puisse imaginer le dire, c’est tellement loin de tout, faire ça, et pourtant ils ont fait ça, des hommes ont fait ça, sans pitié, sans rien d’humain… » Le récit est âpre, à l’image des appelés qui se demandent « ce que ce serait pour ceux de chez (eux) de vivre le même affront, pour un paysan être privé de ce qui fait sa raison de vivre. » Et la fiction restitue magistralement le désarroi de ces soldats qui ont « renoncé à croire aussi que l’Algérie, c’était la guerre, parce que la guerre se fait avec des gars en face alors que nous, et puis parce que la guerre c’est fait pour être gagné alors que là, et puis parce que la guerre c’est toujours des salauds qui la font à des types bien et que les types bien là il n’y en avait pas, c’était des hommes, c’est tout ». FRED ROBERT L mauvaise d'cllCOri#Ye DES HUMM11l La mauvaise rencontre Philippe Grimbert Grasset, 16 euros Des hommes Laurent Mauvignier Minuit, 17,50 euros Les Éditions Baudelaire de Lyon sont des éditions mixtes à compte d’auteur : celuici paie la maquette aux alentours de 3000 euros, et les éditions se chargent des corrections, de l’impression, la distribution et la promotion du livre. Ce qui souvent leur coûte moins que les 3000 euros investis par l’auteur. Parcours insipide Tout amoureux de l’Ecosse ne peut que commencer avec un plaisir anticipé la lecture de Parcours fantomatique dans les châteaux écossais. De Ludovic Ardoise, d’après la couverture. À moins que ce ne soit de Louis Richepin, selon le service de presse ? Ce n’est que la première imprécision d’une longue série. Même les indications de l’index sont fausses. Plus grave, ce livre contient des impropriétés lexicales et des erreurs historiques. La plus énorme p.14 : l’auteur prétend que Cromwella tenté d’assassiner Bothwell, l’époux de Marie Stuart. Assez surprenant quand on sait que Cromwell est né 12 ans après la mort de Marie Stuart et 21 ans après celle de Bothwell ! Licence poétique ? Mais ni poésie, ni mystère dans ce livre. Pas même un petit frisson de peur. Ce n’est qu’un plat catalogue d’apparitions spectrales, château par château. Pas même une photo ou une carte qui viendraient rompre la monotonie de l’ensemble. Finalement ce livre ne présente aucun intérêt : ni littéraire, ni historique, ni « spirite », ni même touristique. Il est fort improbable que quelqu’un puisse le refermer avec le désir d’aller découvrir l’Ecosse… Et pourtant c’est un si beau pays ! MADELEINE IMBERT Mais les éditions Baudelaire nous envoient régulièrement leurs productions, ce qui prouve qu’ils font leur boulot de promotion contrairement à d’autres maisons de ce type. Cependant, étant donnée la pauvreté globale de la production reçue, c’est le premier livre que nous avons décidé de chroniquer. A.F. PAPCIMTs FApioMArIpuE 11411 LEY zH71TEXü3i inns= Ludmic A}ii71} IH FS Parcours fantomatiques dans les châteaux écossais Ludovic Ardoise Éd. Baudelaire, 13,50 euros
En devenir « Tu deviendras », telle est la devise de l’institut Alderson, petit château dédié à l’éducation d’enfants de familles fortunées, à 10 km de Lausanne. Rentrée 1959, le petit paradis connaît de lourdes difficultés financières, il faut sans doute vendre, un groupe américain se propose, mais sous réserve de « restructuration » … Le petit monde des professeurs s’émeut. Chacun détient un secret, qui, son homosexualité, qui, ses accointances avec le fascisme (la guerre est encore bien présente), qui, sa lâcheté, qui, une passion destructrice pour le jeu, qui, une douleur trop forte, perte d’un fils, d’un mari… Pensées inavouées, inavouables (?), gestes inachevés, silences, tabous, personnages prisonniers de leurs propres contradictions, de leur histoire… Les êtres, acculés à eux-mêmes, se voient contraints de se projeter, d’imaginer leur avenir, et pour cela ils devront aussi assumer ce qu’ils sont. Mémoires Le titre en forme de parabole trouve ses clés dans l’exorde et la péroraison du roman… énigme qui ne cherche pas à perdre le lecteur, mais l’ouvre aux mythes premiers qui rétablissent l’unité de l’espèce humaine, humus commun dans lequel plongent les racines du monde. Dans cet ouvrage, c’est une voix profondément humaine qui se fait entendre, ton du conteur, anecdotes, grande Histoire, familiarité avec les intellectuels majeurs du siècle, écrivains, philosophes, effervescence d’une vie, de la vie… La mémoire individuelle tisse ses fils, les mêle à la trame des grands remuements du XX e siècle. Sans adulation de soi, suivant en cela les règles du pacte autobiographique, la narration s’appuie sur la sincérité, dévoilement d’une âme, des faits, des motivations, même si les actes ne sont pas toujours à la gloire du protagoniste… Le récit nous emporte avec passion, par son style puissant, dépouillé de toute fioriture, dans une superbe Le style d’une grande rigueur classique accorde une palette toute d’épure à ce beau roman polyphonique. Le récit qui suit une chronologie serrée, à peine quatre mois, juxtapose les vies, par la reprise des mêmes journées, vécues par les différents personnages, en chapitres courts, qui par leur brièveté même ajoutent à l’intensité dramatique de ce roman dense, troublant et sensible. Un beau sujet de réflexion sur l’être qui ne cesse, marqué par les nécessités du temps, de devenir. MARYVONNE COLOMBANI Loin des bras Metin Arditi Éd. Actes Sud, 21,90 euros fresque. Le fil du temps se déroule à « sauts et gambades », épousant les digressions, les retours en arrière, les anticipations, que Claude Lanzmannbaptise « digressions herniaires ». Relation avec l’Histoire, mais surtout avec l’écriture, qu’elle soit celle du journaliste, de l’écrivain, du cinéaste, avec l’évocation bouleversante de la lente maturation puis de la quête (qui vaut à elle seule un roman) qui ont permis l’éclosion du film magistral qu’est Shoah. Construction de soi malgré tout ce qui aurait pu détruire, lutte, appétit de la vie, de la connaissance… Ce superbe livre fait partie de ceux qui réconcilient avec l’humanité. M.C. Le lièvre de Patagonie : mémoires Claude LanzmannÉd. Gallimard (NRF), 25 euros LE LIÈVRE DE PATAGONIE Cf 67 Nostalgie de flammes et de sable... Elle : en transit, après une rupture. Lui : surveille l’incendie qu’il a allumé. Lieu : une plage au bord de l’océan. C’est la nuit. D’immenses flammes sélèvent au-dessus de la dune. Elle descend de sa voiture, se précipite. Une maison brûle. Un homme est là, tranquille, assis, il regarde : « C’est ma petite guerre, c’est fini. » Quelques heures vont s’écouler jusqu’à la fin de la nuit. Le temps de la rencontre. C’est surtout lui qui parle, elle pose quelques rares questions. Tout est venu de cet accident quand il avait 10 ans, en 1955 : une jeune fille, Brigitte, s’est noyée sur cette plage, elle lui a parlé juste avant. Jamais il n’a pu oublier. Maintenant sa mère vient de mourir et il efface son passé. Son récit déclenche chaque fois les souvenirs de la narratrice comme si elle mettait ses pas dans les traces des siens. Leurs deux histoires se confondent, s’enlacent : la mort de la mère, la ville de Nantes, Bologne et l’attentat de l’extrême droite en 1980, Sandra pour lui, Giorgio pour elle. Pas de guillemets, mais un dialogue, long flux musical avec des images en noir et blanc qui surgissent de la nuit. Parfois la fiction se mêle à la réalité : habitée par ses lectures de Patrick Modiano, la narratrice s’amusait à donner les noms des personnages de ses romans aux clients de l’hôtel où elle travaillait. Cela s’était révélé comme une évidence pour l’auteure, la narratrice de Sur le sable relisait les romans de Modiano, la nuit, au fond de l’hôtel... Et le lecteur admire l’alchimie de cette écriture. CHRIS BOURGUE Sur le sable Michèle Lesbre éd. Sabine Wespieser, 17 euros 011B4M-4411t414A4



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 1Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 2-3Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 4-5Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 6-7Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 8-9Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 10-11Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 12-13Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 14-15Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 16-17Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 18-19Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 20-21Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 22-23Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 24-25Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 26-27Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 28-29Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 30-31Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 32-33Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 34-35Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 36-37Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 38-39Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 40-41Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 42-43Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 44-45Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 46-47Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 48-49Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 50-51Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 52-53Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 54-55Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 56-57Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 58-59Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 60-61Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 62-63Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 64-65Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 66-67Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 68-69Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 70-71Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 72-73Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 74-75Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 76-77Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 78-79Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 80-81Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 82-83Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 84-85Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 86-87Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 88-89Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 90-91Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 92-93Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 94-95Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 96