Zibeline n°24 novembre 2009
Zibeline n°24 novembre 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°24 de novembre 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 6,7 Mo

  • Dans ce numéro : naissance du théâtre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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62 LIVRES ÉCRITURES CROISÉES L’Asie n’existe pas Elle voulait donner envie de les lire : Annie Terrier a réuni à Aix, pour ses Écritures Croisées, 10 écrivains parlant 5 langues différentes, qui ont brossé le portrait kaléidoscopique d’un continent qui serait un vrai roman… Ce roman limpide se raconta pendant quatre journées : on a pu écouter ces écrivains Chinois, Coréens, Vietnamiens, Japonais et Thaïlandais avec l’impression de n’en perdre jamais une miette. Une brochette d’interprètes rapportait tous les propos, mais traduisait également les écrivains asiatiques entre eux, afin qu’ils puissent se répondre en s’écoutant par oreillette. La fluidité était parfaite, et laissait simplement entrevoir que l’Asie littéraire est une construction… même si les propos, une fois le problème de la langue résolu, se révélaient étonnamment proches. Diversité L’expo photo témoigne de la variété des regards. Parfaitement éclairée, sans aucun reflet sur les vitres (quel bonheur !), elle se visite en commençant par le Coréen Gap-Chul Lee qui dans un noir et blanc incroyablement nuancé semble tout occupé à photographier la trace des âmes… Au milieu Luo Dan le Chinois, aux intentions de documentariste, portraitise pourtant des êtres isolés et énigmatiques. À l’autre bout de la Galerie Zola, le Thaïlandais Manit Sriwanichpoom et sa photographie théâtrale : son Pink Man, vêtu d’un costume rose saturé, s’installe avec son caddie rose dans des situations consuméristes d’une ironie mordante –à Bali, au pied des temples, au milieu de gratte-ciel sous proportionnés- ou, par des photos montages, au cœur de la répression d’émeutes étudiantes (1970) dont il souligne la violence et l’horreur. Des photographies aux moyens plastiques et aux registres opposés, mais qui construisent des discours proches, et luttent contre la globalisation en allant respirer des atmosphères moins inauthentiques. Modernité Les mêmes problématiques se retrouvaient lors des débats et rencontres : l’Asie existe-t-elle ? Rien n’est moins sûr affirme Minaé Mizumura. Cette idée de continent est née en Europe… et au Japon elle réveille de vieilles connotations nationalistes. Il n’y a d’ailleurs qu’en Occident qu’on peut trouver des restaurants asiatiques alliant tant de cuisines différentes ! Pourtant, dès que le sujet d’une Asie s’éloigne, des préoccupations communes apparaissent. La plus évidente étant le lien à la littérature occidentale. Xu Xingle reconnaît : « l’Occident a créé une littérature riche, cohérent, forte, originale durant trois siècles. » Il sait que l’eurocentralisme en littérature est regrettable, mais affirme que le danger vient de la mondialisation, qui est « une tendance meurtrière ». Mizumura renchérit : tout écrivain non occidental lutte contre la globalisation, tout en acceptant l’influence de la littérature européenne. Mais les œuvres doivent évoquer le réel, donc les traditions particulières. Or le Japon a oublié son histoire, sa langue classique. « Les Japonais considèrent comme naturel d’écrire en langue moderne, ils pensent que c’est l’expression de leur âme. » Alors que leur histoire est trimillénaire ils n’en connaissent rien, et croient que l’occident leur a permis d’entrer dans la modernité. Le rapport à la traduction s’affirme aussi comme commun : tous sourient à l’allégorie de Kim Young Ha le Coréen, qui explique qu’un livre traduit est comme un enfant né d’un amour de passage : on sait qu’il est le sien mais on ne le connaît pas… Sauf qu’un enfant naturel coûte, alors qu’un livre traduit rapporte ! Puis il en revient à la globalisation, inversant le propos : plus que d’avoir peur d’occidentaliser l’Asie, les Européens devraient se méfier de cette Asianisation en marche, celle qui rend les Chinois, les Coréens, les Japonais, complètement dépendants d’écrans portables et de liens virtuels… La force des femmes Quant aux femmes en littérature… Li Ang (Taïwan) l’affirma d’entrée : s’il y a bien une valeur commune en Extrême-Orient, c’est la séparation des sexes, et la dévalorisation des femmes. L’écrivaine s’inscrit dans la filiation des féministes et refuse l’idée d’une écriture féminine qui s’épancherait, se tournerait vers l’intime… Elle constate cependant que les femmes ont tendance actuellement à privilégier une écriture spontanée, concrète, et laissent encore le champ du politique aux hommes. Thûan (Vietnam), plus jeune, précise que sa génération profite pleinement du combat féministe, mais qu’aujourd’hui il n’est plus au cœur de son écriture, et qu’à son sens la souffrance féminine n’a pas plus de besoin d’expression que la masculine. Pourtant Li Ang répond encore à la remarque d’un spectateur, qui avance que l’écriture féminine est animée d’une énergie lente : « Le Yin n’est pas la féminité. Nous voulons avoir accès à la violence, ne pas être seulement des forces sous-jacentes, exercer cette force au grand jour. Et pour cela, on se demande s’il faudra tuer nos maris ! » Le solo de Carlotta Ikeda la Japonaise témoigna de la même volonté libératrice. En quelques tableaux empruntant au Butô leur lenteur et leur posture, mais non leurs rites, elle traça un autoportrait magistral. Celui d’une femme qui assume sa double influence culturelle, exhibe sa recherche de plaisir solitaire, la perte, l’absence, la violence subie, la nostalgie d’une robe en dentelle, la tentation d’endosser un costume d’homme. Et L’Attente, vide, que la douleur obstinée s’estompe. Portrait universel : décidément l’Asie n’existe pas. AGNES FRESCHEL L’Asie, un vrai roman s’est déroulée à la Cité du Livre (Aix) du 15 au 18 oct. Regards Croisés, l’exposition photographique, se teint à la Galerie Zola jusqu’au 28 nov. a Manit Sriwanichpoom AgenceVu
THÉÂTRE DU PETIT MATIN CRDP LIVRES 63 Sombre Japon Le Théâtre du Petit matin a proposé un voyage littéraire au Japon à travers l’écriture de trois auteurs. Banquettes, tables basses, orchidées et sushis contribuaient à créer l’ambiance. Nicole Yanni accueille son public comme elle le fait avec acharnement depuis 25 ans et ouvre la soirée sur un constat amer : seul un français sur deux lit plus d’un livre par an ! D’où la nécessité de poursuivre les tournées dans les petites bibliothèques du département… Puis Maude Buinoud, Céline Greleau et Geoffrey Coppini commencent à lire plusieurs extraits de trois romans de Haruki Murakami, soulignant la précision incisive de cette écriture qui mélange le quotidien le plus banal à un imaginaire fantastique. Les mots s’animent et prennent corps… Vient la lecture des extraits de Y ko Ogawa, écrivaine née en 62, des textes simples et étranges comme Amour en marge, où la narratrice souffre d’une Les Rencontres culturelles du CRDP ont commencé avec une lecture de Joël Jouanneau en partenariat avec l’OCCE (Coopération à l’École), et le Théâtre Massalia. Des enseignants étaient venus de toute la France pour participer à un stage dans le cadre de THÉÂ, action nationale de l’OCCE pour le développement de l’éducation artistique du théâtre et de la danse, qui s’intéresse à la problématique de l’écriture théâtrale pour le jeune public. Donnée essentielle de ce projet : le partenariat enseignant/artiste. Joël Jouanneau est l’artiste associé de cette année scolaire. Il entre d’emblée dans sa lecture et trouve le rythme de sa voix ample et chaude. Les mots sont accompagnés de gestes sobres de la main gauche, index et majeur tendus comme un V. Très vite il nous entraîne dans les évocations d’une enfance paysanne, à la fois la sienne et pas la sienne, mélangeant le moment de l’écriture et le bruit du clavier, au moment de l’enfance dans la cour de la ferme. Ce texte inédit, Le clavier à l’oreille coupée, appartient à la série des « Tus », textes adressés à la deuxième personne, et tus pendant longtemps. L‘adulte s’y adresse à l’enfant qu’il a été. Autre texte inédit, Pages tournées d’un univers sans livres, sauf ceux de l’école, la revue de cinéma de sa mère, puis Quatre-vingt treize de Victor Hugo donné par son grand-père facteur. Ce o perte auditive et se confronte à un monde qu’elle n’entend et ne comprend plus. Enfin place à l’horreur glacée du très sombre Ry Murakami l’histoire des jumeaux Hashi et Kiku, Les bébés de la consigne automatique, qui finiront parricide et prostitué... Une vision plus gaie de Tokyo, celle de Jacques Roubaud, termina le voyage, rappelant la soirée d’avril passée avec lui en ce lieu… CHRIS BOURGUE Le Kfé littéraire japonais a eu lieu le 16 oct. Le prochain Kfé sur les écritures chinoises aura lieu en janvier. Le Dire des Femmes Famille et Violence du 20 au 22 novembre Ateliers d’écritures à partir de novembre 04 91 48 98 59 www.theatredupetitmatin.free.fr/Joël Jouanneau, une voix rythmée n’est que sorti de l’enfance qu’il a pu se régénérer par la lecture et s’y plonger totalement, « arrêt du temps. Blanc » comme il le dit. Joël Jouanneau parle ensuite du livret d’Opéra qu’il a écrit pour la musique de Jacques Rebotier, L’indien des neiges. Il rythme avec les doigts et psalmodie le prologue, et l’on se dit que ces deux-là étaient faits pour se rencontrer. Dernier texte, Mère et fils présente les retrouvailles d’un fils et sa mère après 7 ans de séparation et l’évocation d’un passé trouble, et le souvenir du « mulot noir », le petit juif caché avec les cochons par des paysans sans scrupules, et qui fut livré à l’occupant. Les noms de Joël Jouanneau Mario del Curto lecture au Theatre du Petit Matin X-D.R. personnages reprennent les noms des lieux de l’enfance de l’auteur, à l’endroit de la poignée de mains entre Pétain et Hitler. La mère et le fils, eux, sont sans nom ; ils finiront par évoquer le père qu’elle croit mort mais qu’il a retrouvé en Patagonie, nom exotique d’un centre d’aliénés... Langue rude, rapeuse, émouvante. Joël Jouanneau évoque pour finir une pièce qu’il a « décidé de ne jamais terminer... » : À l’ouest. CHRIS BOURGUE La lecture a eu lieu au CRDP le 26 octobre Mère et fils et L’enfant cachée dans l’encrier Joël Jouanneau Actes-sud Papiers www.crdp-aix-marseille.fr Prochaines rencontres du CRDP : Le 20 novembre, dans le cadre des Rencontres d’Averroès, deux documentaires sur les 1 ers essais nucléaires en Algérie en 1960 (voir p 9) ; Le 9 décembre Les représentations du corps dans l’art contemporain par Christian Gattinoni, enseignant à l’école nationale de photographie d’Arles (entrée gratuite et ouverte à tous.).



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