Zibeline n°24 novembre 2009
Zibeline n°24 novembre 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°24 de novembre 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 6,7 Mo

  • Dans ce numéro : naissance du théâtre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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04 POLITIQUE CULTURELLE LES THÉÂTRES DE MARSEILLE Les théâtres marseillais souffrent, se plaignent, nous alarment : de financements, ils ont de plus en plus de mal à assurer les Sonner l’alarme Nous avons hésité avant de publier ces tableaux : la lecture de chiffres, dans l’objectivité qu’elle semble induire, est en fait d’une grande traîtrise. Ces chiffres ne sont significatifs que si on les ramène à des réalités plus globales : ce qu’une société est capable de mettre dans le football, par exemple, et qui n’a aucune commune mesure avec ce qu’elle met dans la culture… Et puis, à l’intérieur même des budgets alloués à la culture, quelques réalités sont importantes à rappeler. Les subventions dans leur contexte La Ville de Marseille aurait certainement plus d’argent à donner à ses théâtres, si elle n’était obligée de prendre en charge totalement, par exemple, son Opéra municipal (18 millions d’euros). Toutes les autres grandes villes (Paris bien sûr, mais aussi Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Montpellier, Toulouse, Nancy, Rouen, Metz, Lille…) ont des opéras financés au moins en partie par l’État et aidés par les Départements et les Régions. Au niveau des équipements la Ville a accumulé tant de retards depuis trente ans qu’elle manque cruellement de plateaux capables d’accueillir de grandes productions : il faut bien Les cinq théâtres Cinq théâtres à Marseille reçoivent plus d’un million d’euros de subvention. Trois sont situés dans les quartiers Nord, deux en centre-ville. Ils réunissent à eux seuls plus de 200000 spectateurs sur les 280000 spectateurs environ qui fréquentent les théâtres marseillais au cours d’une année. Nous reviendrons dans la suite de notre enquête sur les lieux plus petits ou moins généralistes, ainsi que sur les autres théâtres de la région. Dépenses de fonctionnement entendu qu’elle investisse dans la construction, la réhabilitation et la mise aux normes de ses bâtiments culturels qui tombent tous en ruine. Cela coûte extrêmement cher, et la ville est pauvre… Le Département l’est aussi : le Conseil Général 13 consacre une part énorme de son budget à assurer les minima sociaux. Quant à la Région, une part importante de son budget culture est alloué à l’emploi culturel (pour les mêmes raisons économiques) et aux festivals qui animent la vie (économique et culturelle) saisonnière : cela fait le charme estival de la région et la bonne santé économique des industries touristiques locales, mais appauvrit aussi les structures pérennes, et l’offre culturelle pour les habitants. Le rôle de l’État Il faut savoir que sur 100 euros de dépenses publiques en faveur du spectacle vivant, l’État verse en moyenne, nationalement, hors Paris, un peu moins d’un tiers (32%) et les collectivités territoriales un peu plus des deux tiers (68%). Cet équilibre est à peu près respecté à Marseille. Or dans un contexte économique régional particulier, ce tiers s’avère insuffisant. Si la France veut que Marseille soit une Capitale culturelle, il faudrait évidemment faire pour ce territoire un effort particulier. L’État, globalement, investit beaucoup plus à Paris qu’en « Province ». Si notre région n’est pas plus lésée que d’autres, il reste anormal que tous les théâtres nationaux (hors Strasbourg) soient à Paris, et que Paris et l’Île de France reçoivent près de 65% des dépenses de l’État en ce qui concerne le spectacle vivant. Théâtres vertueux Nous voulons donc rappeler en publiant ces chiffres la grande vertu des théâtres marseillais : chacun apporte à cette ville qui se veut Capitale une immense richesse. Le Merlan fait venir des spectacles qu’on ne voyait pas à Marseille avant, et qu’il coproduit largement, le Gyptis n’accueille que des créations qu’il aide à produire, le Toursky draine un public énorme, et tous ont le souci soit d’accompagner les artistes de la région, soit de faire venir le public vers des formes nouvelles tout en éduquant le goût et/ou en démocratisant le répertoire. De plus tous pratiquent des politiques tarifaires basses et militent pour un accès des jeunes et des populations défavorisées à la culture Ministère CR PACA CGI3 Marseille Total La Criée 2 852 000 € 0 € 0 € 1087 000 € 3 939 000 E Le Gymnase 245 000 f 168 000 £ 120 000 € 1 470 000 € 2 003 000 € Le Merlan 558 576 € 160 000 € 125 000 € 1 080 000 E. 1923 576 € Le Taursky 0 € 227 000 € 179 040 € 1 007 000 € 1 413 000 € Le Gyptis 0 E. 260 000 € 130 040 € 639 000 € 1 029 000 € Total 3 655 576 € 815 000 € 554 000 € 5 283 000 € 10 307 576 € Les subventions prises en compte sont votées pour l’année civile 2009. Pour l’heure l’État a « gelé » 50000 euros sur la subvention allouée à la Criée, qu’il n’a pas restitués. Subventions par théâtre Nombre de spectateurs Attention : ces chiffres ne représentent pas la dépense globale des collectivités pour les théâtres marseillais. La ville regorge de théâtres plus petits ou moins généralistes et de compagnies dramatiques subventionnés par les collectivités.
05 acculés par des baisses conséquentes et/ou successives missions qui sont les leurs, et ont peur de l’avenir. -il n’est qu’à regarder le prix des places dans les théâtres parisiens, ou à l’OM, ou au Dôme, pour s’en persuader. Bref, même s’ils n’ont pas le même cahier des charges chacun va au-delà de ses missions imposées : les théâtres marseillais programment beaucoup d’auteurs contemporains, beaucoup de créations, et plutôt plus de femmes qu’ailleurs. Le public populaire y est particulièrement soigné, les scolaires également, et les grosses productions « vues à la télé » sont bannies de toutes ces salles. Le nombre de propositions différentes et de toutes tailles est impressionnant, les places de théâtre vendues à Marseille éloquent (plus de 280000 places tout théâtre confondu), les petites salles font preuve d’un dynamisme fou, les grandes se penchent vers les créateurs à qui elles ont permis d’émerger... Silence, concurrence, vieillissement Pourquoi le malaise et la sensation de délitement sont-ils donc aussi palpables ? Qu’est ce qui, au-delà de la crise économique générale, affecte à ce point la vie théâtrale ? Faut-il qu’un homme, Richard Martin, entre en grève de la faim ? Qu’un autre, Jean-Louis Benoit, soit désemparé au point de parler d’agonie de son théâtre ? Qu’ensemble enfin les directeurs de théâtre écrivent une lettre commune pour dire leurs difficultés économiques ? Le système de subventionnement place constitutivement les directeurs de structures culturelles en situation de dépendance, et donc d’allégeance, vis-àvis des collectivités qui affectent l’argent public. Celles-ci peuvent augmenter ou diminuer, bloquer voire retirer les subventions avec une grande facilité, et une opacité certaine : les chiffres sont publics, mais mal surveillés dans un secteur difficile à appréhender dans sa complexité. Ce même système de subventionnement place les théâtres dans une situation de grave concurrence entre eux : ils connaissent la réalité des enveloppes affectées à leur domaine, et savent que l’augmentation de l’un, dans ce contexte rigide, équivaudra à une diminution de leur part. Le gel des subventions favorise aussi, du moins dans les établissements où les directeurs ne sont pas nommés, un net vieillissement des équipes, et une méfiance envers ceux qui arrivent du dehors : affecter des lignes budgétaires à de nouveaux venus ne pourrait se faire qu’à leur détriment. Tous ces écueils rendent les directeurs méfiants quant à la prise de parole publique sur des sujets économiques. Zibeline tient donc à les remercier particulièrement, tous, d’avoir pris ce risque réel de parler de leurs difficultés économiques : les punitions directes (retrait de subventions) existent dans un secteur qui dépend si directement de la puissance publique. Aujourd’hui, à force de recul, une volonté d’agir ensemble pour construire l’avenir culturel de Marseille sur des bases solides semble à l’œuvre. Marseille 2013 fera un flop si elle n’est pas entendue : il y a urgence à augmenter de façon conséquente, et intelligemment, et en toute connaissance du terrain, et toutes collectivités confondues, et sans népotisme d’amitié ou de clan, les budgets alloués à la culture. AGNES FRESCHEL Spectateurs Productions, créations, coproductions La Criée 63 000# 1 création (production) et 4 coproductions Le Gymnase 39 954 6 coproductions dont 4 créations Le Merlan 15 900 13 créations coproduites Le Toursky 68 00(1 5 coproductions dont 2 créations Le Gyptis 18 000 5 (co)productions dont 2 créations Total 204 454 *Le nombre de spectateurs et de productions sont ceux de la saison 2008/2009, sauf pour la Criée pour laquelle nous avons retenu les chiffres de la saison 2007/2008, la dernière saison, hors les murs, étant peu significative. Attention : Les chiffres des productions, coproductions, créations et coréalisations recouvrent des réalités diverses : produire La Nuit des rois à la Criée n’a forcément pas le même coût que produire Les Caprices de Marianne au Gyptis, et encore moins La Révolte des Fous au Toursky -ce qui ne préjuge pas de la qualité de l’un ou de l’autre. De même coproduire une petite partie d’un spectacle qui tourne partout n’a pas le même sens comptable qu’en être le producteur principal. Les autres modes d’accueil des spectacles programmés sont la coréalisation (participation à certains frais), l’achat d’un spectacle qui tourne déjà ou, rarement, l’accueil à la recette (pourcentage). Ces formules sont nettement moins coûteuses pour les théâtres, voire rentables lorsque les spectacles sont peu chers et « remplissent » bien. Les directeurs parlent Le Toursky Zibeline : Avez-vous subi, ces dernières années, des baisses de subvention ? Richard Martin : L’État a peu à peu retiré toutes ses billes. 60000 euros en tout, un peu moins chaque année, puis 15000 euros, puis plus rien. On vous a reproché d’employer un moyen disproportionné, et de partir à la lutte tout seul. Comment répondez-vous ? Croyez vous vraiment que je fasse une grève de la faim pour 15000 euros ? C’est pour le théâtre en général que je me bats, pour la place du théâtre dans notre vie. Y a-t-il un autre moyen ? Cela fait 40 ans que je me bats pour la culture, que je remplis mon théâtre au-delà de tout ce qu’on avait prédit, mais pour certaines personnes je suis « une épine dans le pied » ! C’est malveillant ! Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent votre programmation ? On me taxe d’éclectisme… je suis un saltimbanque, mes mises en scène touchent à tout, je reçois les expressions artistiques les plus diverses. Mais j’ai aussi reçu ici Heiner Müller, Claude Régy, Tadeus Kantor, Roberto de Simone, la première chorégraphie de Bagouet, Martha Graham. Et oui, aussi Léo Ferré et Moustaki, ce qu’on me reproche. Mais je n’ai pas envie de céder à ces petits barons bonapartistes qui confisquent la culture et devant lesquels il faut ramper ou crever pour avoir une audience. Je vois toutes mes rêveries en grand. Ai-je tort ? Je veux que tout soit possible pour tout le monde. Je donne l’alarme, et c’est glorieux ! Et à ceux qui vous reprochent de ne pas faire de créations, de ne pas accueillir les bonnes compagnies ? Je crie mensonge ! J’ai toujours fait des créations en mon théâtre. Quant aux bonnes compagnies, qui en décide ? Me reproche-t-on d’accueillir Quartiers Nord ? Ils sont en ligne directe avec le théâtre populaire. Je crois vraiment qu’on ne comprend rien à l’art quand on prend la température chez Albanel. Écrivez-le en titre, en gros : LES SALTIMBANQUES N’ONT PAS À CULTIVER L’ALLÉGEANCE ENVERS CEUX QUI LES MÉPRISENT !



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