Zibeline n°24 novembre 2009
Zibeline n°24 novembre 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°24 de novembre 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 6,7 Mo

  • Dans ce numéro : naissance du théâtre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 12 - 13  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
12 13
12 ÉVÉNEMENT RENCONTRE AVEC RENAUD MARIE LEBLANC Les élèves d’Etudes Théâtrales de la classe d’Hypokhâgne du lycée Thiers ont rencontré Renaud Marie Leblanc en septembre, avant qu’il ne commence ses répétitions de Phèdre. Il leur a ouvert son monde avec un dynamisme entraînant La tragédie classique aujourd’hui Les étudiants : Jean-Louis Barrault a écrit : Phèdre c’est « une véritable bibliothèque composée de témoignages, de dissertations, de critiques, de louanges, de jugements, d’opinions… » Renaud Marie Leblanc : La masse de ce qui a été écrit sur Racine est une chose à laquelle on se confronte forcément. Cela rajoute une réelle difficulté, il faut éviter de se laisser paralyser. Phèdre reste une pièce, et nous faisons du théâtre. Il faut passer de la théorie à la pratique : la réflexion peut être aussi l’ennemi du « faire ». Cependant on ne part pas monter Racine la fleur au fusil ! J’ai beaucoup lu, des vies de Racine, des livres sur la tragédie, Barthes, bien sûr, Francesco Orlando, philosophe italien qui fait une lecture freudienne de Phèdre, mais aussi des éditions scolaires ou un blog sur la querelle entre critique psychanalytique et critique structuraliste… Toute cette masse donne l’impression d’un texte mythique, au-delà du théâtre. Mais après, on entre dans les énigmes et on les résout avec des moyens techniques. L’acteur est là, il interroge, demande ce qu’il fait à tel endroit, et me ramène à des choses concrètes. On ne peut pas faire du théâtre sans un peu d’inconscience, sans oublier ce qui nous paralyserait. Vous commencez à répéter la semaine prochaine. Comment travaillez-vous avec les acteurs ? Je n’ai qu’un texte annoté, je n’écris plus mot à mot la mise en scène. En revanche, j’ai travaillé avec le scénographe et le créateur lumières. Les acteurs ont besoin d’un espace déterminé pour travailler. Ce n’est pas pareil s’il y a un mur ou pas de mur, une chaise ou pas de chaise. L’espace dessine la contrainte de l’acteur. Pour le reste, je me sens libre de ce qui va advenir en répétition. Les acteurs vont faire vivre l’espace autant que je l’ai imaginé de l’intérieur. Parfois, l’acteur me fait entendre quelque chose du texte auquel je n’avais pas pensé ; j’entends précisément ce que la lecture ne m’avait pas permis de percevoir. En somme, pendant les répétitions, il faut laisser advenir. Avez-vous fait des coupes dans le texte ? Non, on joue l’intégralité du texte. Je ne coupe jamais au préalable, cela n’a pas de sens, ce n’est que lors des répétitions que je m’aperçois des difficultés que peuvent présenter certains endroits résistants, opaques. Quel est votre parti pris de traitement du vers ? Quelle importance donnez-vous à sa musicalité particulière ? On parle beaucoup de la musicalité de l’alexandrin, mais pour moi toute parole proférée est musicale, la prose tout autant que les vers. Il faut se demander comment est ressentie la versification aujourd’hui. Est-ce que Racine en vers, ça marche toujours ? Si le théâtre n’est beau que littérairement, laissons-le dormir dans les bibliothèques théâtrales. Mettre en scène c’est entrer dans un processus de traduction. On dit que Racine faisait d’abord le plan de ses tragédies, qu’il les rédigeait en prose puis en vers. En somme les vers de Racine seraient déjà une traduction de sa prose. Lorsqu’il faut choisir entre le son et le sens, entre l’alexandrin et son contenu sémantique… … je choisis le sens, évidemment. Le vers c’est du musée. L’important c’est raconter l’histoire et traverser ce qui habite les personnages. Le moule du vers est un moule imposé. Je suis contre la pause systématique à l’hémistiche, pour l’enjambement… mais intransigeant sur la prononciation de toutes les syllabes et sur la question du e muet. Pas de couac ! On s’empare de l’alexandrin racinien pour le faire sonner non pour le détruire. Mais ce qu’on joue ce sont les affects. Alors pourquoi Racine ? Il y a bien d’autres Phèdre plus contemporaines… Racine m’intéresse parce qu’il résiste, qu’il présente des problèmes formels de réalisation. L’Amour de Phèdre de Sarah Kane serait d’un accès plus facile, l’aspect contemporain, « trash » de la pièce est intéressant, mais je veux savoir pourquoi la pièce de Racine résiste. Comment envisagez-vous de traiter les personnages plus secondaires, autres que Phèdre et Hippolyte ? Je ne crois pas que Phèdre-Hippolyte soit le couple essentiel. S’il fallait trancher, je dirais que Thésée est plus important qu’Hippolyte, mais tous les personnages n’existent que par rapport aux autres. Même Panope a un rôle qui compte, celui d’être la messagère du destin. Quant à Oenone, son rôle est énorme. Pour moi elle n’est pas noire. Oenone fait le mal en voulant le bien -c’est fréquent ! Chaque personnage atteint un paroxysme mental et physique, aux prises avec une pulsion première et immédiate. Racine y avoue son goût pour la violence, le sentiment d’une perdition mentale et physique née du besoin de posséder l’autre, et soi-même au travers. Ainsi, mettre en scène Racine après Lars Nøren s’inscrit dans une continuité. C’est vrai que je retrouve dans Phèdre la soudaineté et la violence des rapports humains chez Nøren. C’est cette modernité qui me touche. ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LES ÉLÈVES D’ÉTUDES THÉÂTRALES D’HYPOKHÂGNE DU LYCÉE THIERS, ENCADRÉ PAR LEUR PROFESSEUR ANNE-MARIE BONNABEL Phèdre de Racine Le Sémaphore, Port-de-Bouc Le 27 nov 04 42 06 39 09 www.theatre-semaphore-portdebouc.com La Criée du 9 au 19 déc 04 91 54 70 54 www.theatre-lacriee.com Œuvre incontournable dans l’histoire du théâtre français, Phèdre de Racine dépeint son amour démesurément passionné et incestueux pour Hippolyte, fils de son époux Thésée. La pièce connaît ces dernières années un certain essoufflement : peu de Phèdre depuis la mise en scène de Patrice Chéreau en 2003. Le metteur en scène Renaud Marie Leblanc, dont la compagnie Didascalies and Co est installée à Marseille, a relevé le défi de faire aujourd’hui du théâtre avec une pièce trop souvent perçue comme un monument littéraire du passé. À nous d’apprécier cette tragédie à la confluence d’un classicisme rigide et d’une modernité pétillante. À l’image de son metteur en scène ! MELINA Phèdre résonne comme une œuvre imposante, un classique, un intouchable, un mythe. Cela pourrait en effrayer plus d’un ; pourtant, Renaud Marie Leblanc s’y attelle avec audace : après avoir réalisé sa première mise en scène avec Mélite de Corneille et monté beaucoup de théâtre contemporain, il a choisi ce grand classique. Contradiction ? Certainement pas. Rapprocher les textes du spectateur du XXI e siècle est un défi au cœur de son expérience, qui l’a conduit à mettre en scène Corneille comme Noëlle Renaude. Le XVII e siècle n’est pas si loin nous rappelle Renaud Marie Leblanc, et si Phèdre semblait délaissée ces dernières années par les metteurs en scène, la voilà ressuscitée. MARIE « Ce qui m’y a fait venir, c’est que plus personne ne s’y colle » : voici comment il explique son désir de monter Phèdre. C’est faire preuve de courage que de s’atteler à ce chef-d’œuvre que Jacques Morel qualifiait de « monument tragique exemplaire », tant de fois expliqué, commenté, analysé, interprété, décrypté. Renaud Marie Leblanc parviendra-t-il à poser sur cette tragédie un regard neuf et à nous guider dans des tréfonds encore insondés de l’amour furieux de Phèdre ? JULIE
BIENNALE DE LA MÉMOIRE POPULAIRE Humaine, trop humaine ! Renaud Marie Leblanc revient au répertoire classique en mesurant son talent à la dernière pièce antique de Racine, et à un mythe théâtral : Phèdre, reine solaire et monstre amoureux du fils de son époux, Thésée Enfermée dans le cadre blanc d’un décor rendu aux dimensions d’une chambre d’asile plutôt que d’une cité antique, et incarnée avec énergie par Roxanne Borgna, Phèdre décline les signes de sa folie amoureuse (éblouissements, remords, haine avec une grande hache, jalousie…), autour de laquelle tous gravitent, tantôt pour surenchérir, tantôt pour la mettre à distance. La mise en scène écarte ainsi les options politiques, morales ou métaphysiques de la pièce pour se concentrer sur la vitalité de ce désir cru, d’une humanité presque dure. Si cette approche élude l’impersonnalité écrasante des dieux, qui fait la démesure et la contradiction interne des personnages tragiques, elle évite également le pathétique sentimental ou hystérique des approches psychologisantes. En effet l’interprétation déjoue les attentes en explorant tous les registres, y compris celui de l’humour. La frénésie d’une Phèdre rajeunie par ses transgressions, la colère aveugle d’un Thésée au soir de sa vie comme de son mythe, l’innocence orgueilleuse du jeune Hippolyte, s’incorporent dans la langue à la fois familière et étrangère de l’alexandrin, et l’expression brutale de la passion est comme contenue par une esthétique télégénique, aux couleurs électriques, à la fois aseptisée et outrancière. Ainsi la tension propre au théâtre classique, qui enfermait les excès de la passion dans une forme policée et conventionnelle, se renouvelle-t-elle de façon tout à fait surprenante et paradoxale : dans les couleurs chromo de notre propre modernité ! AUDE FANLO Au théâtre des Treize Vents, Montpellier, jusqu’au 21 novembre (04 67 99 25 00), puis à la Criée et au Sémaphore, à Port-de-Bouc ÉVÉNEMENT 13 Marc Ginot Mémoire en partage Naufrage Clorinde Durand La Seyne-sur-Mer, figure emblématique de l’histoire industrielle de la région comme La Ciotat, Port-de- Bouc et d’autres, s’est imposée d’elle-même comme lieu d’accueil de la 1 re Biennale régionale de la mémoire populaire, Rien n’est jamais pareil. Contrairement à la tonalité nostalgique de l’affiche, cette manifestation initiée par la Région Paca s’est tournée vers l’avenir à travers la présence d’une jeune génération de plasticiens, photographes et vidéastes. Paradoxal ? Justement non, car La Seynesur-Mer doit aujourd’hui relever de nouveaux défis liés aux mutations industrielles et socio-économiques, et porte de nombreux projets culturels : Maison du patrimoine, Maison de l’image, Musée d’histoire des chantiers… Pour écrire La Seyne autrement, entre mémoire et à venir, la biennale a proposé un concentré d’arts visuels disséminé dans des bâtiments ancien et contemporain que les Seynois ont (re)découvert à l’occasion : Bourse du travail, ancienne Criée aux légumes, Dojo théâtre, centre Nelson Mandela à Berthe, théâtre Apollinaire, médiathèque du Clos Saint-Louis, école des Beaux-arts, Parc de la Navale… Un parcours de quinze jours (beaucoup trop court !) qui « restituait une société en acte et une mémoire collective ». La mémoire des associations de quartiers qui ont installé leur patrimoine sonore et visuel dans des boutiques restaurées par la Ville et des habitants qui ont prêté photographies personnelles et textes. Celle du photographe Seynois Jean Reverdito et du journaliste Jacques Windenberger, dont le travail à La Seyne-sur-Mer, Toulon, La Ciotat s’est affiché sur les grilles du Parc de la Navale. Celle encore des documentaristes qui ont témoigné de la fermeture des chantiers, en pleine rénovation urbaine, et exploité parfois les rushs des magazines télé : il fut un temps où Thalassa et Sagacités se préoccupaient des activités du port… Tous ont fait de ce patrimoine collectif, la mémoire, matière à réflexion contemporaine -sociologique, plastique ou politique- avec pour socle commun le travail et ses corollaires : la fracture sociale, la reconversion, les liens entre sphère familiale et sphère professionnelle, le bureau et son lot d’objets symboliques. Des thèmes récurrents dans les travaux de Suzanne Hetzel et Ian Simms, David Mozziconacci, Serge Le Squer, Alain Bernardini, France Dubois, Clorinde Durand, Serge Lhermitte… MARIE GODFRIN-GUIDICELLI La 1 re Biennale régionale de la mémoire populaire, Rien n’est jamais pareil, s’est déroulée du 10 au 25 oct



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 1Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 2-3Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 4-5Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 6-7Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 8-9Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 10-11Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 12-13Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 14-15Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 16-17Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 18-19Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 20-21Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 22-23Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 24-25Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 26-27Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 28-29Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 30-31Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 32-33Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 34-35Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 36-37Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 38-39Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 40-41Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 42-43Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 44-45Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 46-47Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 48-49Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 50-51Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 52-53Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 54-55Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 56-57Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 58-59Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 60-61Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 62-63Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 64-65Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 66-67Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 68-69Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 70-71Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 72-73Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 74-75Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 76-77Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 78-79Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 80-81Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 82-83Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 84-85Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 86-87Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 88-89Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 90-91Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 92-93Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 94-95Zibeline numéro 24 novembre 2009 Page 96