Zibeline n°24 novembre 2009
Zibeline n°24 novembre 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°24 de novembre 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 6,7 Mo

  • Dans ce numéro : naissance du théâtre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 ÉVÉNEMENT LES RENCONTRES D’AVERROÈS L’AÏD DANS LA CITÉ La Méditerranée vit-elle encore à un âge tragique ? Quelles sont les conditions de l’éclosion du conflit tragique ? A Tragidéicide ! « Les dieux sont morts. Oui, mais ils sont morts de rire en entendant l’un d’eux dire qu’il était le seul. » C’est par un immense éclat de rire que Nietzsche annonce dans Ainsi parlait Zarathoustra la fin de la tragédie. Car la condition de la situation tragique est bien son amoralité. C’est-à-dire qu’elle doit pour exister être déroulée à l’aune d’un regard qui ne porte aucun jugement, qui n’est défenseur d’aucune valeur. S’il y a un dieu assez prétentieux pour se croire le seul, il ne peut supporter le tragique, la vie comme seule puissance créatrice sans rien audessus d’elle pour la doubler. En effet le héros tragique supporte la surabondance existentielle sans se référer ou se délester sur le ciel. Pour que la situation tragique soit possible, les dieux ne doivent pas résoudre les conflits, mais y assister : « Dieu doit quitter la scène, mais rester néanmoins spectateur… le drame tragique est un jeu, un jeu de l’homme et du destin, un jeu dont dieu est le spectateur » (Lukacs, l’âme et les formes). Les dieux doivent voir mais ils ne peuvent ni résoudre le conflit tragique, ni être de force à balayer les arguments, les désirs, les passions et les raisons des humains. La liberté humaine La représentation est donc une des conditions du tragique : une situation aussi terrifiante soit-elle ne peut être tragique qu’à la condition que ceux qui la souffrent la vivent comme une comparution devant un tribunal divin. Mais cette comparution-représentation n’est pas l’unique ingrédient : il faut pouvoir introduire la liberté humaine dans l’ordre du cosmos pour que la tragédie ait lieu. Pour les Grecs l’humain et le divin se côtoient dans un équilibre précaire : il n’y a pas de dieu jaloux qui requiert un amour exclusif. Dans Iphigénie à Aulis le sacrifice est fait pour Artémis ; ce n’est pas une subordination d’amour mais un commerce équitable entre le profane et le sacré qu’Euripide met en scène. Et il suffit d’une simple poignée de terre d’Antigone sur son frère mort pour que soit établi le même commerce avec Hadès frustré qu’on ne lui ait pas livré Polynice. De la même façon, Shakespeare met en scène la longue tragédie des rois d’Angleterre alors que prend fin la crise de la Réforme qui a affirmé l’autorité de la personne morale et la toute-puissance de sa volonté autonome ; c’est de cet équilibre entre la liberté de l’homme et l’autorité religieuse que serait née la tragédie shakespearienne. C’est ce qu’affirmait Camus dans une conférence sur la tragédie. Quant à la tragédie racinienne elle repose sur une réflexion janséniste sur la liberté et la Grâce qui aboutira d’ailleurs, une fois Racine définitivement converti, à son silence littéraire. Le triomphe de Dieu En fait il n’y a eu que deux périodes très resserrées qui ont permis la tragédie : la période Eschyle- Euripide et Shakespeare-Racine pendant lesquelles s’est établie l’alchimie particulière entre le divin et l’humain : « entre les deux 2000 ans de mystère chrétien ». Et c’est ce mystère chrétien qui est en germe dans les solutions socratiques et dialectiques qui mettent un terme au conflit tragique. Pour Nietzsche, dans l’œuvre d’art comme dans la morale bourgeoise et chrétienne, le dionysiaque s’est endormi, au profit d’un apollinisme brillant pour des idées et chimères qui détachent l’homme de la vie. Car avec Socrate entre le mortel et l’immortel la relation n’est plus d’hostilité ni de conflit : le mortel est ce que l’on perçoit, c’est-à-dire la face visible d’une réalité plus vaste, l’intelligible. Plus de relation tragique, insoluble, mais des correspondances : le visible désigne et signifie une autre réalité, il est l’image et comme le mythe de l’intelligible ; à la terreur sacrée de la vérité est substitué l’exercice toujours inachevé de la recherche dialectique. La Mort de Socrate, Jacques-Louis David, 1787, Metropolitan Museum of Art Conclusion rapide Socrate est alors, comme le sera Kant, « le plus grand difforme des estropiés de l’intellect qu’il y ait jamais eu ! » (Si si, il l’a dit : Le crépuscule des idoles, « le problème de Socrate », 8,9 ; « ce qui manque aux Allemands », 7). Et compte tenu des débordements factuels de mon camarade historien dans les pages précédentes je n’ai pas la place suffisante pour m’expliquer de cette évidente conclusion sur Socrate, Kant, Dieu et la liberté humaine, et ses implications actuelles dans le monde méditerranéen. Remarquez, les Rencontres d’Averroès sont là pour ça. Ce qui ne m’empêchera pas de clamer : À bas dieu et le marché, et vive la tragédie ! RÉGIS VLACHOS
11 Retour sur ses enjeux Le tragique à l’œuvre Comme chaque année les tables rondes sont précédées de manifestations littéraires et artistiques autour de la problématique annuelle Sous le signe d’Averroès a commencé le 31 oct au Centre international de Poésie de Marseille par l’absence du poète palestinien Ghassan Zaqtan, qui s’est vu refuser son visa… Ses Suppléments au passé, recueil traduit de l’arabe édité par Le refuge (éditions du CiPM), furent lus en intégralité par son traducteur Jean-Charles Dépaule et l’on put, grâce à un film projeté, entendre la magnifique langue du poète, si balancée et riche en phonèmes inouïs dans nos langues européennes… La traduction française permet néanmoins d’appréhender cette poésie très imagée, évoquant une enfance, des gestes simples et des êtres disparus : « Seul le jasmin a poursuivi sa montée lucide vers la terrasse du toit ». Et tout le poids d’une emprise qu’on sent là, quand « Un ennemi descend des collines » et que « Du fait qu’il n’est pas « nous » et pas « ici » commence la mort ». Inextricable Invité par le Théâtre des Salins, Robin Renucci est venu lire des fragments de textes sur le tragique, choisis par Thierry Fabre, Michel Guérin, philosophe, et Didier Pralon, philologue, amenés à en débattre par la suite. Au menu, Antigone de Sophocle, Le monde comme volonté et comme représentation de Schopenhauer, Ainsi parlait Zarathoustra et Le gai savoir de Nietzsche, l’Etranger de Camus, Un roi sans divertissement de Giono, Roberto Zucco de Koltès et Le soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face de Mouawad. Des choix judicieux pour essayer de comprendre le tragique, et appréhender sa réalité aujourd’hui. De son origine liée au culte dionysiaque, jusqu’à l’expression du « réel, selon Michel Guérin, qui ne peut s’exprimer par la raison » ou d’un état « du désordre du monde et de l’expression de la contemplation de ce désordre » pour Didier Pralon, le tragique intervient, aujourd’hui encore, sous des formes différentes, « tramé, pour Guérin, dans la texture de la conscience moderne ». S’appuyant sur Hegel pour dire que la situation tragique est insoluble, le philosophe parle du conflit du Proche Orient comme « du tragique par excellence, inextricable ». Pour terminer, Robin Renucci D expliqua son rapport au tragique dans le théâtre : pour lui, « du V e siècle à maintenant, il est toujours question du vivre ensemble et de vivre le monde ». Mais quel monde ? Historique D’autres images d’oppression et de fin d’un monde, au MuCEM. Intéressantes à double titre : parce qu’on y découvre le visage de l’Algérie durant la guerre -de 1958 à 1961, juste avant, juste après ; et parce qu’on y apprend beaucoup des motivations de Pierre Bourdieu, jeune professeur de philosophie envoyé en poste à Alger, et qui s’y transforma en sociologue, jetant là les fondements de son œuvre et de sa vie. La photographie fut pour lui « une façon d’essayer d’affronter le choc d’une réalité écrasante ». De faire œuvre politique sans se laisser aller à l’humanitarisme de ses collègues bienveillants, sans « fausse sollicitude primitiviste ». Si « la sociologie est un sport de combat », titre du portrait de Blida, photo Pierre Bourdieu - Fondation Pierre Bourdieu, Saint Gall, Suisse Pierre Carles, c’est en photographiant l’Algérie que Bourdieu fit ses armes. Les 150 clichés exposés sont d’une force rare. En « photographe de circonstance » et non en esthète, il s’arrête sur du signifiant. Les déplacés de Kabylie parqués dans des baraques parallèles où la cour intérieure, si importante dans ces familles, n’existe plus ; les toits crevés des maisons ; les rues d’Alger où se côtoient femmes voilées et européennes en mini jupes ; les panneaux publicitaires qui incitent à fumer français ; une Madone voilée ; les symboles de l’OAS, ou du GPRA, dessinés sur les murs ; les jeunes éperdus devant les kiosques vendant des comics américains ; partout, les pauvres, la misère, dans les villes, au fond de la casbah ronde et blanche, le long des avenues napoléoniennes, au cœur des villages ; et partout aussi ce regard qui se refuse au face à face, les hommes tournant le dos, les femmes se cachant sous le voile. DOMINIQUE MARÇON ET AGNÈS FRESCHEL Images d’Algérie Pierre Bourdieu, un photographe de circonstance jusqu’au 6 déc MuCEM 04 96 13 80 90 www.rencontresaverroes.net Venez fêter l’Aïd Depuis six éditions la manifestation L’Aïd dans la Cité, organisée par l’Union des Familles Musulmanes, fait un travail remarquable pour ouvrir les cultures musulmanes présentes à Marseille aux autres, dans un contexte non religieux. Sans cérémonie, sans prosélytisme, dans un vrai esprit de fête et de partage, l’UFM invite à venir découvrir les Derviches tourneurs turcs au Gymnase, du cinéma algérien au CRDP ou aux Variétés, de la danse traditionnelle algérienne à L’Espace Julien, ouvre des ateliers de calligraphie… et organise la grande Fête de la Famille et du Partage au Dôme. Ouverte à tous, L’Aïd dans la Cité est une occasion d’affirmer qu’il existe une culture musulmane française : la directrice, Nassera Benmarnia, rêve d’en finir avec l’image du mouton égorgé, pour faire connaître les arts vernaculaires du bassin méditerranéen à tous. Aux 200000 musulmans marseillais Comoriens, Maghébins ou Africains, et aux non musulmans, qui sont les bienvenus ! A.F. L’Aid dans la Cité du 20 au 26 nov 1430/2009 04 91 91 99 35 WWW.UFM13.ORG



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