Zibeline n°23 octobre 2009
Zibeline n°23 octobre 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°23 de octobre 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : la paix en Méditerranée.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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76 PATRIMOINE GASTON CASTEL I Bienvenue chez Castel L’architecte Gaston Castel et son œuvre sont enfin l’objet de coups de projecteurs par l’intermédiaire de deux expositions dans la ville où il a tant œuvré : Marseille. Deux rétrospectives complémentaires visibles aux Archives Départementales des Bouches-du-Rhône et au Musée d’Histoire de Marseille Même si vous ne pouvez pas mettre un nom dessus vous connaissez forcément bon nombre d’édifices construits par Castel à Marseille. L’annexe du palais de justice où la ligne droite et les formes géométriques tranchent avec son voisin du siècle précédent, la somptueuse maison agence de l’architecte sur les hauteurs du cours Franklin Roosevelt à l’oriel (ou bow window), qui demeure toujours si surprenante… Pour la petite histoire, la vie de Gaston Castel et par conséquent son œuvre architecturale n’ont tenu qu’à un fil au début de la première guerre mondiale, et il s’en est fallu de très peu pour que nous n’entendions jamais parler du grand constructeur qu’il a été. Laissé pour mort sur un champ de bataille dans la Meuse en 1914, il connaitra la captivité et sera grand blessé de guerre, perdant un œil et gardant à vie une impressionnante cicatrice sur le visage. L’autre guerre lui a par ailleurs laissé un goût amer, puisqu’il fut ensuite destitué de sa fonction d’architecte en chef du département sous le gouvernement de Vichy… Cacher et héberger des résistants n’était certes pas le meilleur paravent pour cet homme plongé dans les grands conflits, ce qui a sans nul doute joué dans le rapport particulier qu’il a entretenu toute sa vie avec les monuments commémoratifs. Le Monument à la Paix est des plus célèbres, rappelant le tragique évènement du double assassinat d’Alexandre 1er de Yougoslavie et de Louis Barthou ayant eu lieu sur la Canebière. L’imposant Pax qui se trouve à l’angle de la rue de Rome à la préfecture ne sera pas entendu, et sera témoin quelques années plus tard de la grande guerre. L’autre grand ouvrage est dédié aux morts de l’armée d’Orient, également connu de tous les marseillais mais aussi des navigateurs puisqu’il se trouve sur la Corniche. Ce qui n’est pas écrit sur les plaques mais que nous pouvons découvrir à l’exposition des Archives Départementales est l’emplacement et la forme originelle voulue à l’époque par l’architecte (1922). Et si le projet avait abouti, un grandiose mémorial serait perché au sommet du fort Saint-Nicolas surplombant le vieux port ! Intitulée Gaston Castel les territoires de l’architecte, cette exposition s’attache à narrer une vie consacrée à l’architecture mais aussi à l’urbanisme. Documents d’archives, écrits théoriques, plans, dessins et vidéo…, le parcours de l’architecte qui a marqué de son empreinte le territoire du sud-est de la France dans la première moitié du XX e siècle est détaillé dans ses moindres méandres. De la prison des Baumettes aux établissements scolaires comme les lycées Marseilleveyre et Cézanne en passant par les immeubles HBM (habitation bon marché) et l’opéra municipal, la rétrospective se veut fluide et agréable à parcourir. Pour les jeunes, un jeu ludique et instructif permet de découvrir les façades d’ouvrages représentatifs. On découvre alors avec intérêt que Castel était un élève extrêmement doué pour le dessin, produisant des toiles soignées de ses futures constructions. Son passage aux Beaux-Arts, remarquablement détaillé dans l’exposition, permet de comprendre sa singularité. Artistes associés C’est sur les bancs de cette grande école que des liens forts ont été noués avec bon nombre d’artistes qui l’accompagneront toute sa vie. L’exposition Gaston Castel et les artistes, architecture et décors à Marseille de 1919 à 1945 présentée au Musée d’Histoire dévoile l’extraordinaire richesse de l’entourage de « l’ami des artistes », et le concours qu’ils lui ont apporté. La reconstruction de l’Opéra après le grand incendie de 1919 qui n’a laissé debout que les murs maîtres est caractéristique de ce foisonnement esthétique : un impressionnant collectif d’artistes s’est réuni Projet pour la cite des expositions, 1956 Alain Lassus. Monument a la gloire des armees d’Orient sur la Corniche a Marseille 1927 autour de l’architecte. Les peintres Carrera, Julien, De Groux, les sculpteurs Sartorio, Bourdelle, Eichaker, pour ne citer qu’eux, ont participé à une véritable entreprise débouchant sur le joyau art déco que l’on connaît, si typique de l’entre deux guerres. Les documents dévoilés, comprenant peintures, maquettes ou coupures de journaux, se révèlent d’une grande acuité et permettent de se saisir des clefs nécessaires à la compréhension d’œuvres collectives. Outre le fidèle Sartorio qui amena le maître vers son Brésil natal pour y édifier un énième monument commémoratif (pour l’indépendance du pays), le sculpteur Botinelly faisait également partie de la garde rapprochée de celui qui portait une attention toute particulière aux décorations de ses bâtiments. Le parcours de l’exposition dévoile aussi quelques raretés tels des portraits de l’artiste brossés par des peintres n’ayant pas passé la postérité comme Fernand Bourgeois. Ami et voisin, le célèbre Marcel Pagnol ne s’était pas trompé en louant considérablement les talents de l’architecte borgne. Empreint d’un certain néoclassicisme monumental mais perméable aux nouveaux courants de son temps comme l’art déco ou le modernisme, Gaston Castel trouve enfin sa place à Marseille grâce à ces deux belles expositions, et au catalogue des Archives édité par les éditions Parenthèses (voir p 69). FREDERIC ISOLETTA Gaston Castel les territoires de l’architecte Archives départementales, Marseille jusqu’au 19 déc www.archives13.fr Architecture et décors à Marseille de 1919 à 1945 Gaston Castel et les artistes Musée d’Histoire, Centre Bourse jusqu’au 2 janv www.marseille.fr
SAINT-RÉMY-DE-PROVENCE PATRIMOINE 77 Le samedi 19 septembre, la France entière sortait pour les Journées du patrimoine. Routes encombrées, foules qui se pressent à l’entrée des musées, des châteaux, Dévoilement de la plaque recouverte du drapeau de Provence, sang et or. Applaudissements, la foule se rassemble, les personnalités sur l’estrade entre les deux édifices commencent leurs discours. Est-ce la nature du site, le soleil qui caresse les pierres, la douceur de l’après-midi ? les différentes interventions sont intéressantes, et accordent à ces instants une profondeur inattendue. Le coût d’un symbole Le maire de Saint-Rémy, Hervé Chérubini, insiste sur le coût énorme des travaux et l’aide considérable apportée à sa ville qui n’a supporté que 5% des frais, le reste étant pris en charge par l’État (Direction régionale des affaires culturelles) à hauteur de 50%, le Conseil Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur (20%), le Conseil Général des Bouches-du- Rhône (25%), pour une somme de 946 432 euros. Mais l’investissement permet de sauver un véritable symbole. Les Antiques se retrouvent sur les cartes postales, les timbres poste, les logos, et furent chantés par les plus grands poètes de la Provence, de Mistral à René Char. Ils sont les témoins de l’histoire de la région, le ciment qui unit les siècles -l’arc de triomphe n’est-il pas le plus ancien arc de Gaule ? C’est même le premier partenariat public privé 110 caissons à la brosse à dents ! des lieux interdits à toute autre période… Il y avait ce jour-là un évènement exceptionnel aux Antiques de Saint-Rémy-de-Provence, l’inauguration des deux monuments qui ont connu la campagne de restauration la plus importante de leur histoire, puisqu’elle a duré dix mois ! (rires) puisque l’arc est un édifice public, et le mausolée des Jules est privé, cénotaphe d’une famille. Mémoire et ambition méditerranéenne Jean-Noël Guérini se félicite du succès des journées du patrimoine, qui témoignent de l’intérêt de tous pour les « objets de mémoire ». Ces derniers fondent notre identité culturelle et nous enracinent. Ils répondent à notre quête de sens, sont des clés qui s’inscrivent dans notre histoire. C’est pourquoi, il ne faut pas hésiter à y mettre le prix. La nécessité d’entretenir de tels lieux, de contribuer à leur restauration fait partie des priorités du CG qui soutient des dizaines d’opérations chaque année. Une civilisation s’inscrit dans la durée. Le rythme est alors rassurant. Le temps nous encourage à méditer… Michel Vauzelle souligne la fierté d’entretenir et de redonner vie à de tels monuments, qui font partie du patrimoine mondial. En prendre soin, c’est aussi participer au monde, apporter notre contribution, un véritable message éthique autour d’une esthétique. Il y a urgence, il faut restaurer le patrimoine, réfléchir grand, dans une dimension aussi bien intemporelle qu’universelle. Et plus particulièrement, dans la perspective de Les Antiques Service communication - Ville de Saint-Remy-de-Provence Marseille 2013, le patrimoine exceptionnellement riche de notre région constitue un atout de taille. Le Président de la Région en appelle à la bonne volonté du nouveau ministre de la culture, l’engage à poursuivre l’œuvre de ses prédécesseurs, en concluant des conventions pour que les autres sites bénéficient des mêmes aides. Il espère que la culture ne souffrira pas des nouvelles législations, car si la région ne dispose plus de la compétence culturelle, elle ne pourra plus financer les postes qu’elle pourvoyait. De nombreuses activités et de nombreux sites seraient alors abandonnés ! Or, par le biais du patrimoine partagé, un dialogue permanent est établi, un brassage social. L’esprit même de la république est en jeu. C’est autour de la culture que se fonde un peuple. C’est par elle que s’effectue la projection des valeurs républicaines sur le territoire de la République. « Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir ! » Pour finir Michel Vauzelle rappelle que le patrimoine rapporte : plus de 20 millions d’euros annuels sont récoltés par les billetteries des monuments et musées de la région ! Il est triste que l’argument financier, lâché à contrecœur, soit le seul jugé recevable dans ce monde libéral, mais c’est un fait ! L’art de l’artisanat Après les discours la visite : un petit film documentaire retrace les étapes de la restauration, il initie aux secrets de la pulpe de papier humide qui ramollit les croûtes noires et extrait le sel de la pierre, du gommage fin et précis (on se croirait dans un salon d’esthétique !), du nettoyage à la vapeur d’eau, même avec des brosses à dents !, du ceinturage discret, du respect absolu des matériaux, des couleurs. Un travail remarquable effectué par François Botton, architecte en chef des monuments historique, maître d’œuvre, l’entreprise Girard, pour les travaux de maçonnerie et de pierre de taille, l’Atelier Morisse-Marini, en collaboration avec l’atelier Daniel Esmoingt, pour la restauration des sculptures, leL.E.M. pour les analyses de laboratoire. À chacun, les différentes personnalités ont rendu un hommage appuyé. L’on peut se plaire à imaginer les monuments dans 2000 ans, toujours debout, défiant le temps, portant avec eux cette belle leçon d’humanisme d’un beau samedi de fin d’été. Et se demander ce qu’il restera des nôtres ? MARYVONNE COLOMBANI Office du Tourisme 04 90 92 38 52 www.saintremy-de-provence.com/



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