Zibeline n°23 octobre 2009
Zibeline n°23 octobre 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°23 de octobre 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : la paix en Méditerranée.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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72 PHILOSOPHIE HEGEL C’est bien connu : on peut tout justifier en philosophie ! Le mot, péjorativement, peut désigner une rhétorique qui s’arrange ou s’amuse de la vérité. Alors on trouvera bien de quoi justifier une double page sur Hegel et la phénoménologie de l’esprit ? En alignant Hegel, Marx, crise du capitalisme ? Peut-être… Pour me venger de ma rédac chef qui le mois dernier, sous prétexte de rentrée culturelle chargée, a sucré les pages philo ? Sans doute ! Disons aussi qu’il y avait de la jalousie dans l’air. Après la double page sur La critique de la raison pure dans Zibeline l’an dernier, il convenait d’accorder un droit de réponse au principal contradicteur de Kant. On est un journal honnête et on ne veut d’ennui avec personne ! Petit Hegel Obscure clarté Lire la Phénoménologie est une entreprise périlleuse ; c’est certainement le bouquin le plus obscur de l’histoire de la philosophie. Paradoxal quand on sait qu’Hegel a voulu proposer un vocabulaire simple et vivant pour, dans une véritable dramaturgie, montrer le parcours et le drame de l’esprit à la rencontre du monde. C’est tellement complexe que certains philosophes analytiques anglo-saxons s’amusent à citer des passages de ce livre pour pointer l’inanité de la philosophie de l’histoire allemande. Ou française d’ailleurs. Et que les Allemands allaient chercher dans la traduction française pour y comprendre quelque chose ! Mais l’obscurité de ce livre n’est pas un élitisme : il vient de sa profondeur, et surtout de son rôle inaugural dans l’entreprise phénoménologique. Alors essayons d’en parcourir arbitrairement quelques idées. Vive le paraître D’abord la phénoménologie quésako ? Cela vient du grec phaïnestaï, briller, être visible. C’est une entreprise philosophique qui va s’intéresser à l’objet tel qu’il apparaît à l’esprit ; entreprise polémique puisqu’il ne s’agit plus de dire, comme avec Platon et Descartes, que ce qui apparaît est faux. Car une chose peut apparaître de manière contradictoire à l’esprit : ce bourgeon qui le lendemain est fleur, cette bougie qui sera fondue ; la philosophie classique constate ces contradictions : ce qui apparaît n’est pas ce qui est. On soumet ainsi le monde visible ou sensible au monde Don Juan, mes de Philippe torreton Pascal Gely agence Bernard des idées ou intelligibles. La phénoménologie c’est la succession des moments selon lesquels les objets n’apparaissent pas de la même manière et se trouvent contestés ; c’est une aventure d’idées dont le chemin produit un concept, une définition. C’est aussi le parcours de l’esprit dans tout ce qu’il vit : la perception sensible, la vie organique, la conscience de soi, le plaisir, la liberté, l’État, la religion, etc… Rien que ça ! Continuons sur le connu. Hegel est célèbre pour être le philosophe de la dialectique désignée formellement par la trilogie thèse-antithèse-synthèse et vulgarisée dans les méthodologies de dissertations par le oui-nonmerde !, ou oui-non-pourquoi pas pour les tièdes. Alors c’est quoi la dialectique ? Elle résume bien la philosophie de Hegel et notamment la phénoménologie de l’esprit, en désignant un processus par lequel toute chose se constitue. Car une chose n’est pas ; l’être désigne l’immobilité et surtout la méconnaissance des processus de constitution de ce qui est. Certes on peut dire que toute chose est en devenir. Mais une fois qu’on a dit ça, on en a trop dit ou pas assez. Pas assez car c’est oublier de dire qu’une chose est ce qu’elle a été et ce qu’elle sera. Alors la dialectique c’est montrer qu’une chose se constitue par son dépassement perpétuel, par les moments contradictoires qu’elle rencontre et par le monde dans lequel elle se distingue. Bon ok, soyons clair ; commençons par le plus simple : il serait bête de dire que ce bourgeon est un bourgeon. Pour bien le connaître, l’expliquer et le comprendre il
73 en trois points faut rappeler qu’il est dans son propre dépassement, à savoir en fleur, qui elle-même est dans son dépassement en fruit, qui lui-même est dans son dépassement -pourquoi pas si on recrache bien le noyau- un arbre. Facile le bourgeon on vous l’avait dit ! T’as pas autre chose ? - si si… tiens, la montagne. Rien de plus minéral qu’une montagne ; disons qu’en tant qu’être on ne peut faire plus massif, indépassable ou antidialectique. Mais si ! Elle ne peut s’expliquer que par l’histoire qui l’a faite, les différentes ères géologiques durant lesquelles elle s’est constituée, les érosions qui l’ont creusée, les vallées dont elle est faite, les autres montagnes qui l’entourent, auxquelles on peut la comparer et la distinguer etc… Conscience malheureuse On comprend encore mieux cette méthode dialectique dès que l’on passe à l’homme qui est tout aussi une histoire et un devenir. Dire qu’un homme est ce qu’il est c’est faire œuvre de paresse quant à la compréhension de ce qui a fait ce qu’il est. Et puis rajoute Hegel : « une chose n’est donc vivante que pour autant qu’elle renferme une contradiction et possède la force de l’embrasser et de la soutenir. » Que c’est beau dans le texte ! Bon, je ne sais pas si ça vous aura éclairci ; sinon, j’ai encore droit à plusieurs coups puisque la dialectique hégélienne est un vaste tout, et peut s’éclairer par les différents moments du parcours de la phénoménologie de l’esprit. Car ce parcours c’est celui de la conscience. La conscience, dans cette nouvelle philosophie qu’Hegel appelle phénoménologie, est avant tout un acte, un acte d’outrepasser le donné, de pousser au-delà de ce qu’Hegel désigne sous le terme célèbre d’Aufhebung ; dépassement qui explique le mouvement dialectique. Comme le dira plus tard Sartre, « être pour la conscience c’est être sous le mode d’être ce qu’elle n’est pas. » La conscience est prise dans un devenir qui est plus fort et plus prégnant que l’être stable, mais ce devenir la rend étrangère à elle-même. C’est certes cette enfance dans laquelle je ne me reconnais plus puisque lointaine et non autonome, mais aussi cet instant d’hier où j’étais un autre. Autre, car ce que j’ai vécu depuis m’a altéré ; j’ai rencontré d’autres choses, personnes, instants, perceptions ; tout ceci, que je le veuille ou pas, m’a changé. Et c’est par ces altérations qu’on se constitue. Mais ces altérations prennent le mode de la confrontation, car je ne peux être qu’en étant reconnu comme tel. C’est une étape du développement vital, l’éclosion de l’homme dans l’animal dans un dépassement nommé désir. Hegel nous raconte ce dépassement en nous plaçant à l’origine presque mythique où un vivant, devenu humain, s’extrait du cycle de la reproduction, de l’instinct. L’homme rompt avec le manque et c’est l’envolée du désir. Cette éclosion s’achève dans la phénoménologie sur une allégorie devenue célèbre : la dialectique du maître et de l’esclave, sorte d’archéologie de la conscience de soi, entre mythe et roman initiatique. Très complexe d’en parler, mais essayons. Dialectique du dominé Don Giovanni de Joseph Losey Pour passer de l’individuation de la vie organique à la conscience de moi je dois prouver à l’autre, en face de moi, que je suis conscience. Or le propre de la conscience c’est de n’être attachée à aucune existence déterminée et surtout de le montrer. Quoi de plus radical alors pour signifier ce détachement qu’exhiber qu’on n’est pas attaché à la vie ! La reconnaissance de soi passe alors par la mise en jeu de sa propre vie. C’est là que nous en arrivons -à grand renfort de schématismes- à la dialectique du maître et de l’esclave. Dialectique car il y a apparemment contradiction : dans cette lutte mythique entre le maître et le valet, c’est le maître qui n’a pas peur de la mort, car il n’en a pas conscience, aveuglé qu’il est par son prestige de la domination. Et dans cet exercice de la domination, la dialectique montre que paradoxalement c’est l’esclave qui remporte la lutte. Pourquoi ? D’abord parce que c’est toujours le dominé qui fait preuve de plus de clairvoyance et d’intelligence –subissant une situation il doit la réfléchir, contrairement au dominant. Ensuite parce que l’essentialité de la vie n’apparaît pas des deux côtés du conflit : seul le faible thématise la mort et sent qu’il peut mourir. Enfin, parce qu’il y a un processus formateur dans le travail : le maître jouisseur immédiat, ne le connait pas et en dépend. La relation Maître/Esclave est donc dialectique puisque, par-delà l’apparence du moment de la domination, c’est en fait l’esclave qui est supérieur. Ce que Marx comprendra au terme d’une dialectique faisant du prolétaire celui qui domine réellement les moyens de production, tandis que le maître bourgeois n’est plus qu’un parasite devenu inutile. Paradoxe de la dialectique : c’est celui qui est aliéné qui est le plus libre. Encore faut-il s’entendre sur ce terme : on ne peut véritablement être, être libre, qu’en allant vers ce qu’on n’est pas, qu’en se déterminant vers ce qui est étranger. Intervient alors la fameuse critique de la belle âme. Le pire nous attend dès que l’on agit, rien ne s’accomplit comme nous l’avions voulu. La belle âme montre une attitude cherchant refuge dans la volonté et se détourne de toute entreprise effective, de l’engagement. Hegel, remettant en cause cette attitude, critique sévèrement Kant qui ne considérait la liberté que dans le domaine de la volonté, des bonnes intentions, et non de l’engagement. Philosophe de la liberté, Hegel est donc bien un philosophe politique : la liberté s’éprouve en s’engageant dans une cause radicale puisque c’est dans le dépassement dialectique du réel que l’homme pourra enfin dire qu’il est. REGIS VLACHOS À lire, avant ou après la Phénoménologie… Et pour parler d’autre chose… Les discussions socratiques continuent à Marseille. Animées entre autres par Marc Rosmini. Après celle du mercredi 7 octobre, les artistes sont-ils au-dessus des lois (à partir de la vidéo on n’est pas des gobis !), courez à celle du mercredi 9 déc à 18h30 : Sommes-nous tous des artistes ?. Ce sera aux Pas perdus, 10 rue sainte Victorine. C’est très vivant, c’est une philosophie qui va vers tous les publics et s’empare de tous les objets. R.V. 04 91 91 27 55 www.fracpaca.org..[:k, W:r.iu Uile ICICCIgflt 1.2] f]]] Del ôs : dc ia r}h1lr7Rf}ph IP Une intrigue criminelle de philosophie Lire la Phénoménologie de l’Esprit de Hegel Jean-Clet Martin Éd La découverte, coll. Les Empêcheurs de penser en rond, 21 euros



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