Zibeline n°23 octobre 2009
Zibeline n°23 octobre 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°23 de octobre 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : la paix en Méditerranée.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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68 LIVRES LITTÉRATURE Un mal qui répand la terreur… Le second roman historique de Nicole Cheverney s’attache à l’un des thèmes phare de la littérature consacrée à Marseille, la grande peste de 1720. Chacun a en tête la sinistre silhouette du Grand Saint- Antoine avec sa cargaison de tissus d’Orient et dans ses cales, le lourd secret d’une épidémie qui allait faucher plus de cinquante mille victimes. Nous retrouvons dans ce roman les acteurs réels du drame, le capitaine Chataud, les échevins de la ville, Estelle, Moustiers… le peintre Serre, la belle figure de monseigneur Belzunce, les médecins, les petites gens, les « corbeaux », ces forçats réquisitionnés pour charger les morts sur des charrettes avant de les jeter dans de larges fosses communes… Les petites gens comme les grands sont ici mis en scène, les attitudes nobles et lâches aussi, dans une fresque peinte avec talent. Remarquablement documentée, l’auteure livre un tableau riche et pittoresque des étapes du fléau, la danse du cheval blême, autre nom de la peste. Les passages obligés de la description de la peste sont écrits dans un style flamboyant, avec une magnifique ampleur. Mais il est dommage que certains personnages soient abandonnés en cours de route… Ainsi on laisse Chataud dans une auberge pour suivre le bon docteur Bénézet Monédières, on ignore ce qu’il advient aux échevins, à monseigneur Belzunce, et le feu d’artifice qui nous emportait s’achève sur une histoire simple, la destinée sacrifiée d’une jeune servante, dans un monde à la Maupassant. Si bien que malgré toutes les indéniables qualités de ce roman au souffle parfois puissant, nous restons au final sur notre faim. MARYVONNE COLOMBANI La danse du cheval blême Nicole Cheverney Éd Cheminements, 20 euros Avenirs radiés N’oublions pas que l’amertume est d’abord une saveur et ne rime pas forcément avec aigreur ! Et remercions vivement les éditions Agone pour la remise en circulation de la Dictature du Chagrin et autres écrits amers. Parus entre 1945 et 1953, ces textes courts, denses, destinés le plus souvent à des journaux suédois, nous rappellent fort à propos que l’existentialisme n’a pas été une simple crispation de la conscience parisienne, et que le présent peut durer toujours. Lorsque Stig Dagerman, dans une prose ferme, impressionnante de simplicité (ranimée avec justesse par la sobre traduction de Philippe Bouquet) se livre à une démystification méthodique du monde de l’après-guerre, tout s’éclaire sous son regard incisif et rempli d’amour pour l‘humanité. Qu’il disserte de front sur la responsabilité de l’écrivain (« faire saisir à l’individu le sens de sa liberté »), qu’il dénonce les fauxsemblants de la commémoration ou les artifices de ce qui deviendra « guerre froide », ou qu’il mette en scène finement dans ses Coups de gueule à la Swift ou à la Kafka l’absurde des mœurs du temps (L’assassinat de la contrebasse ou La liberté des chiens danois), l’auteur ne perd jamais de vue que les idéaux trahis font mal au ventre tout autant que la disette. Cet anarchosyndicaliste délicat n’est-il justement pas à l’origine du titre le plus singulier de la littérature du XX e siècle : Notre besoin de consolation est impossible à rassasier ? L’homme tragique, broyé par l’Histoire collective, pourra alors trouver sa dignité à avouer simplement : « Le froid est vif et j’ai le cœur transi. » MARIE-JO DHO ST i C DAG'ERMA ti La Dictature du Chagrin Stig Dagerman Traduit par P hilippe Bouquet Nouvelle édition augmentée Ed Agone, 17 euros Envolées nippones Minaé Mizumura écrit en japonais. Élevée aux Étatsunis, à Long Island, elle entretient avec l’oncle Sam des relations ambiguës qui l’amènent à enseigner souvent en Amérique, y passant de longues saisons universitaires tout en rêvant d’un Japon authentique qu’elle sait irréel. Mais son propos est toujours celui de la langue. Ce qui peut paraître étonnant, car Tarō retrace en six cents pages une saga construite à la manière des Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë : les familles Shigemitsu et Saegusa, nobles et parvenus, figurent les Linton et les Earnshaw de la version britannique. Le canard boiteux, enfant adopté promis à la domesticité qui saura extraire toute la haine de son corps pour brûler le destin s’appelait Heathcliff. Chez Mizumura il se nomme Tarō Azuma et n’est pas tout à fait Japonais... D’ailleurs la société japonaise d’aujourd’hui paraît bien insignifiante en regard de ce bâtard surhumain qui passera son existence entre félicité suprême et douleur d’aimer. Car si la trame originale de l’histoire est respectée en grande partie, le contexte -le Japon au sortir de la deuxième guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui- bouleverse la donne. Grâce à la traduction que l’on imagine au plus près de cette langue si étrangère, Mizumura entraîne les lecteurs français dans un monde extraordinaire, où l’on sent à chaque seconde le double poids de l’idéologie et de la codification. Plus fort que les conventions de son époque, le formidable Tarō a vraiment existé. Et le début de l’ouvrage contribue à nous ancrer dans la réalité quotidienne des migrants japonais aux États-Unis d’après-guerre. Un univers où les nippons émaillent leurs discours et leurs gestes d’attitudes américaines tandis qu’une jeune fille nommée Minaé Mizumura s’efforce de construire, en japonais, un monde parfait... EDOUARD BARTHELEMY izu mwra ✓2r8, Li.111, {5151.111 Tarō, un vrai roman Minaé Mizumura traduit par Sophie Rèfle Ed le Seuil, 24 euros Minae Mizumura sera présente à Aix pour la Fête du livre des Écritures Croisées à partir du 15 oct
La voix de l’homme Géniale et abondante, l’œuvre vocale du compositeur Francis Poulenc, membre du Groupe des six, est l’objet d’une publication sous forme d’actes de colloque (Université de Saint-Etienne) aux Editions Symétrie. Sous la coordination d’Alban Ramaut, quinze chercheurs en musicologie et en littérature questionnent le foisonnant corpus choral et mélodique de celui qui a tissé tant de liens avec les hommes de lettres et mis en musique nombre de textes des poètes et écrivains de son temps. Tout amoureux de la musique appréciera à sa juste valeur l’ouvrage, mais il faut néanmoins souligner la pertinence de la mise en regard des vers d’Eluard, Cocteau ou Max Jacob. La genèse et la réception de l’œuvre, le rapport de l’homme à la voix et à l’interprète, la sensibilité visuelle de l’artiste aux éditions originales illustrées par Matisse ou Dufy et la mémoire auditive que conservait le compositeur de la voix d’Apollinaire et de la diction d’Eluard sont autant d’études passionnantes et instructives. Francis Poulenc et la voix – texte et contexte offre outre son érudition une formidable et peu fréquente transversalité pluridisciplinaire, clef indispensable à la compréhension des opus de l’ardent défenseur de l’art français. FREDERIC ISOLETTA Francis Poulenc et la voix coordination Alban Ramaut Éd. Symétrie, 28 euros P11191E6.5 Ptt et Li voix'9 LIVRES 69 Rendez-vous chez Castel ! À l’heure où les marseillais redécouvrent (voir p 76) l’architecte Gaston Castel, acteur majeur de la cité phocéenne et de ses environs au XX e siècle, les Éditions Parenthèses associées aux Archives Départementales des B-d-R ont la bonne idée de publier un ouvrage collectif retraçant la longue histoire d’une agence qui a perduré sur trois générations. Sous la direction d’Isabelle Chiavassa et François Gasnault, cette somme exhaustive regroupe études, projets, catalogue, écrits, archives et illustrations de grande qualité de celui qui fut le professeur d’un certain Fernand Pouillon. De l’entre deux guerres à la reconstruction de la ville, l’auteur d’édifices majeurs comme le Monument aux morts de l’armée d’Orient ou l’Opéra municipal (après l’incendie de 1919) est montré sous toutes ses facettes et elles sont nombreuses. Tendances art déco, moderniste, monumentale voire utopiste, les préoccupations de l’architecte en chef du département étaient aussi urbanistes. Dressant un panorama instructif sur les constructions marseillaises depuis 1880, l’imposant volume Les Castel, une agence d’architecture au XX e siècle fait revivre une agence aux annales passionnantes. Toujours à la mode à l’image de l’Arbois actuellement en rénovation, l’histoire du Marseille des temps modernes se déguste chez Castel. F.I. Les Castel - une agence d’architecture au XX e siècle Éd Parenthèses/Archives Départementales, 44 euros LIS CAST EL UNS AGENCE D'ARCHITTLCIU AU XXESECLE Souffle épique Dans la petite ville côtière Desperance, située dans le Golfe de Carpentarie, au nord est de l’Australie, aborigènes (le « vrai peuple ») et blancs (« les habitants d’Uptown ») vivent côte à côte, sans trop se mélanger. Les premiers savent comment respecter la loi ancestrale, celle du lieu, rendent hommage aux esprits créateurs, respectueux qu’ils sont de leur terre. Car c’est bien d’elle dont il est question tout au long de ce roman épique ; une terre vivante qui subit les caprices du temps, qui modèle ses habitants et les force à composer, une terre dont on ressent et entend le souffle à chaque page. Sur cette terre, les blancs ont implanté une mine, synonyme d’exclusion pour les aborigènes qui ont juste le droit d’y travailler et de l’accepter. Pourtant certains se révoltent, et vont tout faire pour l’éradiquer. À commencer par Will Phantom, l’un des nombreux personnages hauts en couleurs qui guident le lecteur pas à pas dans cette aventure, fils de Norm, vieil aborigène, « pêcheur d’entre les pêcheurs » et plus grand connaisseur de la mer ; on croise aussi Mozzie Fishman, qui perpétue les cérémonies ancestrales à sa façon, Joseph Midnight, ennemi juré de Norm, et sa fille Hope, aimée de Will et mère de son fils Bala… Tous s’affrontent, s’aiment, se jaugent au gré des événements. Roman déroutant et tourbillonnant, pour lequel son auteure, Alexis Wright, qui a consacré sa vie à la cause aborigène, a reçu en 2007 le plus grand prix australien (le Miles Franklin Award) décerné pour la 1 re fois à un auteur Aborigène… DOMINIQUE MARÇON Carpentarie Alexis Wright Ed Actes Sud, 23,90 euros



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