Zibeline n°23 octobre 2009
Zibeline n°23 octobre 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°23 de octobre 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : la paix en Méditerranée.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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66 LIVRES LITTÉRATURE Le roman d’un Noir Pour son éditeur Myriapode, Naître ou ne pas naître Noir de Victor Kathémo est un roman « à la lisière de l’essai qui donne à réfléchir sur la condition d’un Noir dans le monde contemporain. » Mais sa construction est trop autobiographique et factuelle pour l’inscrire dans une tradition romanesque, et pas assez théorique pour prétendre à l’essai. Du coup, le lecteur nage en eaux troubles. Au départ il y a un nom, Victor Kathémo Neïlungu Bilemba, qui pose le cadre généalogique du narrateur et les liens sacrés qui en découlent depuis son arrière-arrière-arrière grand-père Bilemba, « chef coutumier et guerrier hors pair. » Et une région d’Afrique : les Grands lacs. Puis pêle-mêle sont évoqués la foi, Dieu et les dogmes religieux à travers, notamment, l’arrivée « des missionnaires catholiques pour convertir les populations locales de croyance animiste. » Mais aussi l’abolition de l’esclavage par la France et la déception de ne pas voir l’Afrique en faire autant : « Les indépendances y sont célébrées en grande pompe, et cependant l’esclavage y demeure un sujet tabou, un kyste purulent que l’on n’a pas envie d’effleurer. (…) L’Afrique se sent-elle complice de son passé douloureux ? » En guise de réponse, Victor Kathéma en appelle une fois encore à son ancêtre Neïlungu comme force de témoignage. Cahin-caha l’histoire se développe depuis sa terre, le Rwanda, jusqu’à l’Europe et son corollaire, la modernité et les origines. Zigzaguant entre récit familial, rappels géopolitiques et bribes d’analyses généralistes, Naître ou ne pas naître Noir ne parvient pas à entrer dans le romanesque, tout en étouffant de métaphores et d’images. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Naître ou ne pas naître Noir Victor Kathémo Édition Myriapode, 17 euros Brèves de taxi Où peut bien nous conduire Khaled Al Khamissi à bord des taxis du Caire ? Dans un dédale de ruelles surpeuplées certes, au cœur d’interminables embouteillages, dans la chaleur étouffante de la capitale, mais certainement plus loin encore. Pour son premier livre, Khaled Al Khamissi a mis à profit ses innombrables déplacements pour consigner, d’avril 2005 à mars 2006, au moment où le président Hosni Moubarak sollicitait un cinquième mandat, quelquesunes de ses conversations avec les chauffeurs de taxi. Par petites touches cocasses, lucides, il brosse le portrait de la société égyptienne à la manière d’un peintre impressionniste, traquant les mauvaises humeurs, les situations absurdes et le désenchantement d’un peuple. Avec une infinie tendresse, toujours. Taxi est un tableau social, économique et politique mené comme une enquête de terrain, à la fois haletante et brouillonne car l’auteur ne peut se défaire de son métier de journaliste et réalisateur. Aussi, bien qu’il Il y a des auteurs dont on attend le roman suivant avec la fébrilité des retrouvailles prochaines. Véronique Ovaldé fait partie de ces écrivains-là, ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre à chaque nouvel opus. Ce que je sais de Vera Candida ne fait pas exception. Dans cette histoire de famille, de départ et de retour sur une île tropicale des antipodes, à mi-chemin entre roman d’apprentissage et réalisme magique à la sud américaine, on retrouve les motifs récurrents d’une œuvre romanesque originale. Secrets de famille, deuils et morts, couple et passion, femmes abandonnées, salauds et justiciers… à première vue rien de très nouveau. Sauf qu’Ovaldé traite ces thèmes archi rebattus, par elle et d’autres, avec un sens du récit et un goût pour la langue dont on se délecte. Qui est ce « je » du titre initial ? D’emblée, on veut savoir qui parle et qui est cette énigmatique Vera alimente ses cinquante-huit brèves de digressions, d’anecdotes personnelles ou de situations fictives, les dialogues paraissent-ils souvent factices, trop « écrits » pour être spontanés. Taxi, prétexte littéraire habile, tend un miroir à un peuple préoccupé par la corruption, la politique, l’exil, les femmes, l’insécurité, la pollution, l’enseignement et « la course au pain », ses deux priorités… Une fois les portes refermées sur les banquettes usées de vieux taxis chaotiques, on a la sensation d’être passé trop vite d’un taxi à l’autre, sans vraiment croiser le regard du chauffeur. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Taxi Khaled Al Khamissi Traduit de l’arabe (Égypte) par Hussein Emara et Moïna Fauchier Delavigne Actes Sud, 18,80 euros Le retour de la femme jaguar Candida. Et puis, il y a les sous-titres qui rythment le livre en distillant humour et poésie, comme le font aussi les nombreuses parenthèses (Ah, l’explication du mot « chet set » !), les images inattendues, les ruptures de ton et de registre. Il y a encore les lieux, ancrés dans le réel et pourtant mythiques, comme le sont les personnages, souvent affublés de drôles de noms. Insolites et solitaires, fragiles mais déterminés, sortes de survivants, ils revendiquent sans faillir le droit à l’amour dans un monde de brutes et de mort… Véronique Ovaldé a décidément le talent de créer des univers dans lesquels on a plaisir à entrer. Et à revenir. FRED ROBERT Ce que je sais de Vera Candida Véronique Ovaldé éditions de l’Olivier, 19 euros
Un monde parfait ? La collection Collatéral des éditions manosquines Le bec en l’air nous a habitués au dialogue entre la littérature et la photographie contemporaines. Grâce à elle on a arpenté, en images et en mots, les chemins de Cuba ou d’Alger. Le dernier-né de la collection nous entraîne moins loin et semble a priori moins exotique, puisqu’il se passe pour l’essentiel sur une portion très réduite du boulevard périphérique parisien, aux alentours de La borne SOS 77. C’est pourtant à un véritable voyage qu’Arno Bertina et Ludovic Michaux nous convient, un périple vers le hors-champ des caméras de surveillance du périph’,vers la marge, entre piliers de béton et voies sans issue. 2005. Sur le trajet vers son travail, Ludovic Michaux aperçoit les installations insolites d’un SDF qui « loge » sous le périphérique ; il le rencontre, se lie avec lui, photographie ses compositions. C’est à partir de ces photos et d’autres encore, qui montrent les dispositifs mis en place dans la ville pour empêcher les sans-abri de s’y installer, qu’est né le projet du livre dont Arno Bertina a écrit le texte. Une histoire à deux voix, celle qui vient d’ici, du « milieu des bagnoles (…), avant l’entrée du tunnel… », la voix d’un SDF philosophe et artiste, et l’autre qui parle de là, d’un bureau de surveillance de l’autoroute, la voix d’un nouveau, curieux et pas encore désabusé. La fiction, fortement inspirée d’un réel que les images montrent, ne joue pas la carte du pathos. Elle fait mouche pourtant, car elle questionne ce monde de nantis qui jettent les objets dont ils ne veulent plus, comme ils se débarrassent des marginaux, en les reléguant pour mieux les ignorer. Une livre lucide et humain, à lire, regarder et méditer. FRED ROBERT Symphonie héroïque Œuvre polyphonique en trois mouvements savamment orchestrés, le dernier roman de Marie NDiaye met en scène Trois femmes puissantes. Puissantes, Norah, Fanta, Khady Demba le sont sans doute, fortes en tout cas d’une détermination et d’une fierté chevillées au corps. Ce qui ne les protègera ni des humiliations, ni des blessures, ni de la solitude. Car ces trois récits mettent à jour trois souffrances. Celle de Norah qui revient au pays de son père et découvre la décrépitude et les crimes de celui qui est parti lorsqu’elle était enfant. Celle de Fanta, que les échecs successifs de son mari enferment dans l’exil. Celle enfin de Khady Demba, que sa belle-famille renvoie à la mort de son époux, la condamnant à la misère et à la clandestinité. Face à l’adversité, les trois femmes opposent résistance et dignité. C’est loin d’être le cas des hommes, dont la romancière dresse un tableau peu réjouissant : pères irresponsables et criminels, fils dociles et velléitaires, compagnons peu fiables… Ce roman subtil ne se résume pourtant pas à une manichéenne guerre des sexes. La composition ternaire (et non binaire, justement), outre qu’elle tend des passerelles entre les récits, offre, grâce aux contrepoints qui clôturent chacun d’eux, une ouverture du point de vue, un nouvel éclairage de la fiction grâce auquel celle-ci échappe définitivement à tout discours convenu. Et, summum de la finesse, le texte central est relaté du point de vue du personnage masculin ; Fanta y figure seulement en creux. Dans ce roman, une place de choix est ainsi laissée à la parole de l’homme, pour dire ses faiblesses mais aussi son sursaut vers une dignité reconquise… grâce à l’amour ou à la présence tutélaire d’une de ces femmes puissantes, héroïnes du quotidien qui lui redonnent son éclat. FRED ROBERT 141.1 ! 51:.1T TIMIS F1111,1ES PCNSAMIES 67 La borne SOS 77 texte d’Arno Bertina, photographies de Ludovic Michaux éditions Le bec en l’air, 14,50 euros Trois femmes puissantes Marie NDiaye éd Gallimard, 19 euros Un homme en exil Lorsqu’il était étudiant dans son pays, la Turquie, Sami n’était pas à proprement parler un révolutionnaire. Ses parents, commerçants, gagnaient proprement leur vie et il avait fait des études de cinéma à Istambul. Ni de gauche, ni de droite… Il se retrouve dans le froid de Stockholm avec d’autres étrangers mais il n’est pas, comme les autres, un réfugié politique. La raison de son exil ne sera dévoilée par Sami lui-même que plus tard dans le récit. Récit à deux voix qui alternent et se complètent : celle d’un ami romancier qui a recueilli quelques confidences, celle de Sami lui-même qui rectifie, et mettra du temps à dire sa blessure. Jeux d’écriture et de points de vue qui se prolongent par une adresse directe au lecteur dans l’alternance d’un style écrit et d’une parole plus brute. Peu à peu, grâce à ces confrontations, on comprend ce que sont l’exil et le déracinement, l’immersion dans une langue étrangère et la force de la langue maternelle, qu’on retrouve soudain alors qu’on ne la parle plus depuis 9 ans. C’est ce qui arrive à Sami lorsqu’il se retrouve à l’hôpital avec un ancien ministre turc venu soigner une tumeur au cerveau. Une infirmière lui demande de servir d’interprète. Sami reconnaît en lui le responsable de la mort de celle qu’il aimait. Son passé ressurgit, le désir de vengeance le harcèle. Une réunion a lieu avec les exilés d’Iran, du Maroc, d’Amérique latine, du Japon, d’Espagne. Tous ne sont pas d’accord pour une exécution… Zülfü Livaneli aborde frontalement le problème de la vengeance, de ce que l’on peut oublier voire pardonner, et du temps qui passe et qui change les hommes. Peut-être le véritable exil ? CHRIS BOURGUE F SALMI\BE soLnum Une saison de solitude Zülfü Livaneli traduit du turc par Timour Muhidine éd.Gallimard, 21 euros



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