Zibeline n°23 octobre 2009
Zibeline n°23 octobre 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°23 de octobre 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : la paix en Méditerranée.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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14 THÉÂTRE ACTORAL Pas après pas dans la ville... o De ces deux semaines de vagabondages à éclipses à Montévidéo et ailleurs en compagnie des invités d’Actoral numéro 8, subsiste une étonnante impression de douceur, d’équilibre - de confort ? Avec Christophe Fiat, par exemple, jouer c’est pas gagner : droit dans ses bottes, le reste égaré (on connaît l’animal), notre homme à Montévidéo lit avec la distance calculée du dandy fragile qui se met à nu -et ô miracle de la scansion improbable, de la césure volante, de l’accentuation arbitraire- nous entraîne de Cosima-Diana à Francis Ford Coppola, de la petite musique du lac de Côme à la chevauchée éructante du lieutenant US avant l’Apocalypse ; on a beau être sur la défensive (on sait tous que Wagner rime avec hélicoptère) ça marche tout seul... on y est. Même chose lorsque les Bernardines convient à la rencontre avec le Crabe Rouge de Julien Mabiala Missila : c’est le Congo qui fait voler en éclat la langue du drame et rit de se voir si drôle en ce miroir ; la tragédie du Beach est rejouée par Bibiche, la commedia dell’Africa possède désormais le juge en toge au même titre que le chef de guerre ou le fonctionnaire zélé. L’énergie de l’écriture obtient la grâce des maladresses de jeu, en fait une façon « sans façons » d’occuper le plateau que l’on qualifierait volontiers de « civile » si le terme n’était pas pris pour d’autres combats ! Au Merlan, c’est à une traversée des apparences que nous avons été invités et avant tout, dans une passionnante conférence initiatique de Raphaël Navarro, à liquider nos vieilles illusions ; la magie nouvelle est là ; le sommeil de la raison engendre ses monstres et le jeune Etienne Saglio, dans son grand manteau noir, sorti tout droit d’un film des frères Quay, fait vaciller délicieusement les perceptions du spectateur qui, frôlé par le noir et les ailes du rêve, a un peu de mal à sortir de son fauteuil. Retour à Montévidéo : de la jeunesse encore dans le duo-tandem-binôme de Mylène et Renée, Lauzon et Gagnon, québécoise et québécoise, allant vers - venant d’où, s’interpellant, se traversant du regard et des mots, juste là où il faut (coucou la vidéo) ; joli numéro de sororalité sans chichis : potes-poètes, c’est bien ça ! De l‘amitié y en a aussi plein le court métrage de Valérie Mréjen projeté aux Variétés French Courvoisier : délicatesse, sobriété de la situation, force et élégance de ce plan-séquence de 14 minutes qui brosse en creux et en fous-rires le portrait de l’acteur Edouard Levé absent pour cause de suicide. C’est à croire que les gens méchants sont en voie de disparition ! Non que Diable... À Montévidéo la puissante Viviane De Muynck, figure permanente de la Need Company de Jan Lauwers, dans sa magistrale leçon de théâtre autour de la Lettre à une Actrice de Jean Marie Piemme nous ramène au fil ténu de la ruse et du trou noir, du déséquilibre et de la rupture de ton ; son corps massif tangue, flotte sur John Coltrane puis, enfilant ses hauts talons (souffrance commentée) pour s’asseoir à la table de lecture, elle n’a de cesse d’accompagner, de doubler sa lecture d’une respectueuse « désobéissance » au texte... Intelligence et incarnation d’une écriture vivante ! Autre incarnation, celle de Tanguy Viel lisant son Paris Brest : une lecture plate, sans effet, qui durant une heure donnait de larges extraits de ce flot de conscience largement transcendé par la mise en paroles. Un moment magique, qui donne envie de retourner encore au livre. À la Friche encore d’autres formes ; celle programmé par Marseille Objectif Danse : un solo d’Olga Mesa, fragile, déroutant, une mise à nu d’une femme qui se cherche et remue une souffrance qui s’échappe d’elle par de petits cris, gémissements, gestes incontrôlables. De reptations furtives en gestes Crabe rouge Baudouin Mouanda aveugles elle danse, sensible, avec presque rien. Juste après, dans la petite salle BF, Rodolphe Blanchet livre un autre combat. Débordant de mots celui-là, de rage incontenue, de malheurs et de barbaries qui surgissent en flots. C’est la parole brûlante de Raharimanana, mise en plateau par Thierry Bédard, avec juste un micro sur pied, et un musicien qui scande de ses répétitions circulaires une parole faite elle aussi de cycles. La langue fortement déformée, comme créolisée artificiellement, est parfois difficile à saisir dans ses nuances… mais pas la violence de l’abandon, de l’injustice, de la révolte qui anime Za. Ce sont les Excuses et Dires préliminaires de Za, sorte de prolégomène au récit Za publié aux éditions Philippe Rey. L’histoire d’un père à moitié fou qui cherche le corps de son fils disparu (existe-t-il ?) sur une terre pleine d’ordures industrielles, et sans vie. Apocalyptique… MARIE-JO DHO, AGNÈS FRESCHEL, FRED ROBERT Excuses et dires liminaires de Za Pierrot Men
LA CRIÉE LES INFORMELLES THÉÂTRE 15 Jouer la Nuit Après bien des atermoiements Jean-Louis Benoit va enfin pouvoir créer son Shakespeare à Marseille… Zibeline : Pourquoi monter Shakespeare ? Jean-Louis Benoit : Citez-moi un metteur en scène qui n’en ait pas envie ! Je ne l’avais plus fait depuis Henry V dans la Cour d’Honneur, et j’avais envie d’y revenir. Par ailleurs je pense que les Centres Dramatiques Nationaux doivent produire de grands spectacles : il faut habiter ces 15 m d’ouverture, et peupler les grandes salles avec de grandes pièces, des distributions nombreuses, des costumes et des décors. Rouvrir notre théâtre avec cette pièce témoigne de cette volonté de ne pas céder à l’amenuisement général des productions théâtrales. Mais pourquoi la Nuit des rois ? C’est une belle comédie, douce amère. Toutes les comédies de Shakespeare sont un peu tristes, mais celle-ci, sa dernière, est la seule qui parle du désir physique. Elle est lumineuse et poétique, à la fois réaliste et onirique, bercée par la mer. J’éprouve à la monter un véritable plaisir littéraire, et au-delà ce thème de la gémellité, de la reconstruction d’une identité brisée, m’émeut particulièrement. Comment cela se traduit-il sur scène ? Le double est idéalisé chez Shakespeare : ils ont « même voix, même visage et même corps », ce qui Jean-Louis Benoit Brigitte Enguerand est impossible à rendre sur une scène… Mais les symétries ne s’arrêtent pas là : Viola et Olivia sont des anagrammes, elles ont toutes les deux perdu leur frère respectif, et leur père, toute la pièce est bâtie avec des doubles, des reflets, des intrigues parallèles qui se croisent… Quels sont vos choix de mise en scène ? Sans le reconstituer j’ai indiqué le XVII e siècle, en particulier pour représenter le travesti qui n’aurait pas de sens dans un costume contemporain. Pour le reste… cette pièce est entièrement aristocratique, il n’y a aucun personnage populaire, ce qui est très rare ! Cela se sent dans la langue versifiée de la pièce, mais on perd cet aspect très littéraire et ambigu du langage en Français. Nous avons essayé de le rendre par le décor, l’idée d’un palais de marbre, mais aussi par un jeu de rideau, un lieu instable, mouvant, lié à la mer. Le naufrage est omniprésent, la mer mystérieuse, là, sans cesse. Comment répétez-vous actuellement ? Les conditions sont épouvantables. J’aime répéter à Marseille, sur le plateau. Là on est exilés à Paris, on sait à peine quand on jouera… Les comédiens se sont préparés pour le 5 novembre, repousser la date d’une création provoque un grand malaise. Mais bon, il faut bien que ces interminables travaux se fassent. Nous jouerons à partir du 17 novembre, jusqu’au 29, ce qui est beaucoup moins que prévu. Puis nous partons en tournée… mais nous espérons vraiment, entre les dates, trouver quelques jours pour revenir à Marseille. Ne pas jouer suffisamment devant le public marseillais serait pour nous une catastrophe… ENTRETIEN RÉALISE PAR AGNÈS FRESCHEL La Nuit des Rois La Criée du 17 au 29 nov 04 91 54 70 54 www.theatre-lacriee.com Equinoxe o Quand Nature et Culture jouent les concepts irréconciliables, même les projets les plus costauds se mettent à douter d’eux-mêmes : le Festival des Informelles s’est installé de nouveau dans les espaces complexes de L’E2C mais il semblerait que les tempêtes de septembre aient eu quelque peu raison de la belle énergie qui préside habituellement à cette manifestation initiée Transquinquennal avec le groupe Toc CAC par le Théâtre des Bernardines. Le public, clairsemé mais pas malheureux d’être là, n’a pas donné le coup de pouce nécessaire à ces travaux d’artistes diversement achevés (dix jours de résidence pour neuf propositions à construire/huit minutes de bonheur dans le petit film des Jacquelin-Darbelley avec les stagiaires de l’école)... et pourtant elle pouvait être belle la Parade avec des spect-acteurs comme le suggérait le dernier film de Tati, icône malicieuse et décalée de ces deux soirées ! À commencer par les performances ambitieuses, fondées sur le déploiement et le lien social, portées par la Cie La Zouze de Christophe Haleb et le Collectif Transquinquennal + TOC de Bruxelles ; chacune dans sa forme (corps et espace en bascule par-dessus tête/litanie-conférence pince sans rire), travaillant sur et à partir de la matière humaine au présent, s’est donc trouvée légèrement en sous régime. Ce qui ne fut pas le cas du Moteur de Fernand Fernandez, pétaradante éructation dadaïque du mot à taire ou à tuer ! Ni de la Vente aux Enchères, littéralement, d’Ambra Senatore très belle et pas chère -qui dit mieux ? - dans ses poses turinoises et trompel’œil ! Et encore moins des Anomalies et Perspectives concoctées par les Endimanchés que certains sont allés voir trois fois pour le plaisir -sinon quoide traverser les murs et de plonger dans les eaux noires du Vieux-Port ! D’autres propositions sont restées en retrait ou peu lisibles, bousculées par les intempéries ; prise de risque assumée avec une élégante sérénité par Mireille Guerre sur sa moto-juke-box. Rendez-vous l’an prochain au solstice d’été ? MARIE-JO DHO L’International Informelles Festival a eu lieu les 18 et 19 septembre à l’Ecole de la Deuxième Chance.



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