Zibeline n°22 septembre 2009
Zibeline n°22 septembre 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°22 de septembre 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 10,5 Mo

  • Dans ce numéro : retour sur le Festival d'Aix.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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rafufri 08 ` FESTIVALS AVIGNON IN c41Nre1 Cité des Papes, des idées et du monde À tort ou à raison chacun y attend des signes de santé ou de défaillance d’une profession en particulier et de l’art dramatique en général, alors même que les directeurs du Festival assument des choix esthétiques subjectifs, en accord avec l’artiste invité, et ne cherchent pas à construire un panorama exhaustif du théâtre mondial contemporain. Si l’on prend le Festival d’Avignon pour ce qu’il est, non pas le poumon du monde mais le plus beau des rendez-vous de théâtre… on ne peut que se réjouir de ce parti nouveau qu’il met en oeuvre, et qui consiste à ouvrir les cœurs de tous aux blessures du monde. Jamais la guerre n’a été aussi présente au Festival. Les guerres anciennes, antiques, la seconde guerre mondiale, mais aussi les guerres civiles, le Liban, et les guerres économiques dont le Gabon ou Madagascar sont toujours les victimes. Ces paroles-là, la danse/témoignage de Rachid Ouramdane, mais aussi la révolte tendre de Delbono, le récit personnel et historique de Niangouna, les gifles assénées par Raharimanana, la plongée dans les méandres mentaux du légionnaire Des témoins ordinaires Agnes Mellon Beau bilan, mauvais bilan… le Festival d’Avignon apparaît toujours comme le baromètre du climat théâtral international… el de Sonia Chiambretto, le roman photo paradoxal de Lina Saneh et Rabin Mroué (voir p 50) remuent profondément les spectateurs, et balayent les critères esthétiques d’un théâtre-art qui, depuis trop longtemps, s’attache à l’expression individuelle et néglige le politique. L’historien Gérard Noiriel, lors d’une séance du Théâtre des idées, expliqua lumineusement comment le théâtre s’est coupé des sciences sociales et comment, désintéressé du politique de peur d’être jugé « sociocul », il reproduit actuellement les scissions sociologiques dans ses salles (voir chronique p 72). Il n’est pas le seul : le lendemain, l’auteur de Storytelling, Christian Salmon, rappela combien le récit, la fable, est une arme dangereuse de propagande et d’appropriation de l’histoire. Que le théâtre bâtisse des contrefeux et se rapproche des sciences sociales et de l’histoire contemporaine paraît donc urgent… Visiblement beaucoup l’ont fait ! Peu importent alors les tics formels récurrents - surutilisation de la vidéo, omniprésence des pieds de micros, du rock et des watts, de l’hystérie. Dans le détail ? Peu importent les maladresses de Ciels, dernier volet de la tétralogie de Mouwad fondé sur une surenchère de péripéties et de révélations qui rendaient le tout un brin ridicule, haletant comme le Da Vinci Code, mais tout aussi vain. Peu importent aussi les enflures d’un autre type dont a fait preuve Warlikowski, metteur en scène sans doute génial mais qui n’a pu se décider à couper un peu dans la masse de textes qu’il avait retenu pour son (A)pollonia, ni à laisser de l’espace à ses acteurs statufiés par la mobilité incessante de la scénographie… Le surgissement de ce discours politique laissa par ailleurs la place à des perles formelles isolées : la quête de l’objet poétique au théâtre, menée par Claude Régy ; la plongée dans le conflit dramatique primordial, opéré par Joël Jouanneau qui, refusant tous les artifices de la représentation contemporaine (amplification, bande son ou vidéo) ou antique (simplicité des décors costumes et accessoires), proposa un objet théâtral pur, mais ennuyeux ; la mise en œuvre ironique d’une distanciation baroque et foutraque, qu’opéra Hubert Colas (voir Zib 21)… Encore une fois durant un mois de théâtre la parole, la critique, le bonheur et le lien étaient partout. Le théâtre visiblement utile, vital. Reste à espérer que l’aventure se poursuive malgré la crise du secteur, les baisses de subventions, la fin du second mandat des directeurs en 2011… Et rappelons que le théâtre n’est pas qu’à Avignon : des saisons variées et riches s’annoncent partout malgré un contexte difficile ; le théâtre se fait aussi ailleurs ! AGNES FRESCHEL Avignon en chiffres 23 jours de Festival, 21 lieux 42 spectacles dont 31 créations 275 représentations 125000 billets payants délivrés, soit 94% des places vendues 13000 billets pour les manifestations à entrée libre (Expositions, Théâtres des Idées, lectures) 2600 spectateurs pour les Territoires cinématographiques (voir p.50) 33 metteurs en scène, chorégraphes et plasticiens dont 4 femmes Mensuel gratuit paraissant le deuxième jeudi du mois Edité à 25 000 exemplaires Edité par Zibeline SARL 76 avenue de la Panouse n°11 13009 Marseille Dépôt légal : janvier 2008 Directrice de publication Agnès Freschel Imprimé par Rotimpress 17181 Aiguaviva (Esp.) photo couverture Agnès Mellon Conception maquette Max Minniti Rédactrice en chef Agnès Freschel agnes.freschel@wanadoo.fr 06 09 08 30 34 Secrétaire de rédaction Dominique Marçon journal.zibeline@gmail.com 06 23 00 65 42 Éducation Chris Bourgue chris.bourgue@wanadoo.fr 06 03 58 65 96 Arts Visuels Claude Lorin claudelorin@wanadoo.fr 06 25 54 42 22 Livres Fred Robert fred.robert.zibeline@free.fr 06 82 84 88 94 Musique et disques Jacques Freschel jacques.freschel@wanadoo.fr 06 20 42 40 57 Frédéric Isoletta f_izo@yahoo.fr 06 03 99 40 07 X-Ray x-ray@neuf.fr 06 29 07 76 39 Cinéma Annie Gava annie.gava@laposte.net 06 86 94 70 44 Philosophie Régis Vlachos regis.vlachos@free.fr Sciences et techniques Yves Berchadsky berch@free.fr Histoire et patrimoine René Diaz renediaz@free.fr Polyvolantes Delphine Michelangeli d.michelangeli@free.fr 06 65 79 81 10 Maryvonne Colombani mycolombani@yahoo.fr 06 62 10 15 75 Marie Godfrin-Guidicelli m-g-g@wanadoo.fr 06 64 97 51 56 Marie-Jo Dhô dho.ramon@wanadoo.fr Maquettiste Philippe Perotti philippe.zibeline@gmail.com 06 19 62 03 61 Ont également participé à ce numéro : Emilien Moreau, Dan Warzy, Yves Bergé, Marie-Noëlle Vigreux, Emma Viry, Sandra Raguenet, Christine Rey Photographe : Agnès Mellon 095 095 61 70 Directrice commerciale Véronique Linais vlinais@yahoo.fr 06 63 70 64 18 LA RÉGIE Jean-Michel Florand 04 42 49 97 60 06 22 17 07 56
De vos gorges poignardées Thierry Bédard ne pouvait s’en tenir à l’échec de sa première collaboration avec Raharimanana -doucement censurée par le ministère des affaires étrangères, qui avait annulé la tournée de 47, spectacle sur les massacres perpétrés par l’État Français à Madagascar. Il a demandé à l’auteur malgache d’écrire à nouveau pour lui. Mais cette fois lui a posé une question précise : comment voit-on l’Occident lorsqu’on habite un pays qui meurt de faim, et a subi depuis toujours l’oppression des blancs ? Car c’est de cela dont il est question : l’esclavage, puis la colonisation, puis l’exploitation économique et la destruction écologique. Toutes les morts imposées à un peuple, par un autre, qui va bien. Le spectacle est rude. On peut s’accrocher à ses imperfections formelles pour ne pas y adhérer, pour ne pas le prendre en pleine poire ; on peut aussi le contester lorsqu’il dérive, gravement, parlant de « l’extermination » perpétrée par les « Juifs » sur les Palestiniens, la double confusion terminologique assimilant tout Juif à Israël, et leur sale guerre et oppression à un génocide en règle, ce qu’elle n’est pas. Mais hors cette dérive il faut bien admettre que le Cauchemar du Gecko fait trembler d’effroi. Parce qu’on nous dissimule au quotidien l’abominable domination La croix de ma mère ! Angelo est le petit frère italien de Ruy Blas version total despote en prose ; ce drame savoureux qui dénonce oppression politique et tyrannie domestique a rencontré un vif succès en son temps (1835), une fois essuyées les batailles d’enjambements et d’escaliers dérobés chers à l’esthétique romantique ; Christophe Honoré, malicieusement, en fait tout un échafaudage et avec ses coursives et échelles de secours jette ainsi des ponts entre théâtre et cinéma ; Padoue West Side, ombre et lumière, rails de travelling, labyrinthe des tubulures, cathédrale des passions, voix captées et voix perdues : le programme est limpide comme une préface de Hugo ! Plateau commun, jeux mêlés. Et tout se déroule comme il se doit entre main sur le cœur et distance ironique : c’est que le mélo n’est pas une mince affaire ! Les premières scènes font craindre le pire et l’exposition est à la peine ; le texte se dérobe comme les cuisses de la Tisbé, pourtant favorite, sous les assauts maladroits du tyran et les effluves disco d’une fête branchée… et D b Les cauchemars du gecko Agnes Mellon des Blancs sur les Noirs. Qui continue, sous cette autre forme perfide qu’est l’exploitation économique. L’Afrique n’a jamais été aussi exsangue. La voix de notre président à Dakar, lorsqu’elle résonne dans le contexte du spectacle, nous fait rougir d’être blanc. AGNES FRESCHEL puis et puis la gouaille de Clotilde Hesme impose la prostituée au grand cœur et la martyre exaltée ; Marcial Di Fonzo Bo en baggy Yamamoto réussit sa traversée des registres, et dans sa rage de puissant trahi frôle parfois l’ombre de Louis de Funès. Traîtres brandissant des micros sur pied -mais que faire de la perche ? - gestes entravés, tueurs polyglottes et étourdis, proscrit fadasse aimé des femmes, épouse vertueuse et bafouée incarnée par une Emmanuelle Devos justement fragile, poignard et poison… Une mise en scène qui agace les dents, un peu verte, pour un théâtre éternellement juvénile et un Hugo pas trahi (le seul dans cette histoire ! !). MARIE-JO DHO Angelo, tyran de Padoue de Victor Hugo mis en scène par Christophe Honoré a été donné au Théâtre Municipal du 12 au 27 juillet 09 « Salut vieil océan... » d Théâtre et Poésie font parfois bon ménage : bienheureux le Verbe qui trouve sa scène ! En ouvrant au public d’Avignon les voies de la longue et foisonnante Ode Maritime de Fernando Pessoa, le rigoureux Claude Régy repousse et dépasse l’horizon des genres pour créer les conditions d’une parole qui fait se lever la houle qui dort en chacun. Un homme « seul » (le premier mot du poème en portugais, qu’incarne instantanément le corps massif de Jean Quentin Châtelain), au bout d’un ponton d’acier suspendu dans la lumière subtilement changeante, brise le silence, jette en avant son exaltation mouvante ou reflue vers des abîmes plus intimes. Coudes au corps deux heures durant, à peine dessiné dans son halo -et par trois fois seulement les mains se portent à l’ovale de la bouche, conque sacrée ou portevoix, souffle des dieux ou des steamers-, l’acteur profère, halète, mugit, murmure, râle ou hoquette de sa voix multiple, fissurée, parfois à contretemps, pulvérisant la bête notion d’expressivité, se livrant tout entier à cette fête sauvage que n’aurait pas reniée Antonin Artaud. Tout vibre enfin (la première a été annulée par le metteur en scène faute d’un son qui soit « ça » et rien d’autre !), des tubulures flottant dans la demi-brume au spectateur à demi-hypnotisé pour peu qu’il ne refuse ni les outrances ni les divagations lyriques très maîtrisées d’un acteur hors du commun. Depuis le Discours aux animaux de Novarina/Marcon, on connaît bien le frisson d’essentiel que peut donner la rencontre d’un auteur, d’un acteur et d’un metteur en scène ! M.J D. Ode Maritime de Fernando Pessoa a été donné à la Salle Municipale de Montfavet du 9 au 25 juillet Voir également les critiques du Sang des promesses (Wajdi Mouawad), du Livre de Jan (Hubert Colas), de l’Orgie de la Tolérance (Jan Fabre), de Description d’un combat (Maguy Marin) de La Guerre des Juifs (Amos Gitaï) et d’Une fête pour Boris (Denis Marleau) dans notre numéro de juillet ou sur notre site www.journalzibeline.fr. AdhéreZ àZibeline ! 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