Zibeline n°22 septembre 2009
Zibeline n°22 septembre 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°22 de septembre 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 10,5 Mo

  • Dans ce numéro : retour sur le Festival d'Aix.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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16 FESTIVALS ORANGE AIX Vérisme cathartique Les opéras de Mascagni et Leoncavallo ont plongé les Chorégies dans la violence d’une Sicile et d’une Calabre figées par le code sanglant de l’honneur La mort de Turiddu doit laver l’adultère le jour de Pâques (Cavalleria Rusticana 1890). Jean-Claude Auvray, metteur en scène, étale un immense chapelet et un Christ en croix devant l’église ; tons monochromes des costumes (noirs-gris) à peine rehaussés par les blancs chemisiers des femmes : ambiance âpre pour cette tragédie paysanne, aux chœurs puissants et homogènes. La distribution est excellente : Béatrice Uria Monzon débute dans Santuzza : voix magnifique, engagement impressionnant en cette douleur de femme trahie. Roberto Alagna, Turiddu, est rayonnant, sensible et vaillant. Alfio est servi par la voix somptueuse de Seng-Hyoun Ko, acteur remarquable. Anne-Catherine Gillet (Lola) possède un joli timbre de soprano frivole et Stefania Toczyska, mezzo dramatique, est parfaite en mère déchirée. Georges Prêtre a 85 ans ? Quel lyrisme ! Superbe Orchestre National de France. L’Intermezzo, comme parenthèse précédant le drame, est un moment de b grâce. Le meurtre de Turiddu et le crescendo final sont un sommet expressif : le salut est triomphal. On enchaine sur le deuxième opéra… Les meurtres de Nedda et de son amant ont lieu le jour de l’Assomption. Pagliacci (1892) et ses saltimbanques, sont transposés vers des années 50 aux couleurs vives. On retrouve en Tonio l’insolent baryton Seng- Hyoun Ko : il jouera avec aisance aussi bien le clown bossu repoussé par Nedda que le délateur monstrueux qui amène le meurtre du mari bafoué. Alagna, mari jovial de Nedda puis clown humilié, est déchirant dans l’air de bravoure, Ridi Pagliaccio. Il rit dans ce miroir qui lui renvoie sa propre tragédie. Inva Mula, élégante, aérienne, incarne Nedda et Colombine avec brio ; son duo émouvant avec Silvio révèle la belle voix pleine de charme de Stéphane Degout. Puis les aigus ensoleillés de Florian Laconi dans la chanson d’Arlequin sont un repos avant le drame… Qui s’achève. Le mistral est de plus en plus violent mais un vent de folie enthousiaste souffle aussi sur les gradins. Le public est debout pour la deuxième fois, et acclame ce qui reste essentiel à l’opéra : les Voix. YVES BERGÉ Cavalleria Rusticana Photo Grand Angle Orange D’échos en envols Le 24 août le public se pressait aux portes du Grand Théâtre. Bonheur des retrouvailles, un air de soleil pour renouer avec la salle qui marque désormais le paysage musical. Honneur à la jeunesse, l’Orchestre Français des Jeunes, sous la direction enthousiaste et inspirée de Kwamé Ryan, ouvre le bal de al l’année. Le programme en deux parties va à rebrousse temps et présente d’abord des œuvres de musiciens contemporains, puis joue la 7 e de Beethoven. L’écoute en est transformée ! Kwamé Ryan dans sa présentation donne à entendre les échos qui servent de lien aux différentes œuvres, et Orchestre français des jeunes Agnès Mellon laisse aux spectateurs le soin d’en deviner d’autres. La musique de Beethoven est alors entendue d’une manière nouvelle. On tend l’oreille aux échos, aux rythmes qui animent l’œuvre, à l’utilisation des différents pupitres… énigmes livrées aux auditeurs !!! Quelle belle pièce contemporaine ! Quel allant de l’orchestre ! Il avait déjà, en début de programme, fait la démonstration de sa virtuosité, commençant par « l’amuse oreille » (dixit le chef) de Varèse, Tuningup, travail extraordinaire des percussions, belles nappes harmoniques de l’ensemble des instruments, image sonore de la rue, musique concrète avant l’heure, sirène et beaux cuivres, et… la quête de deux mesures et une note de la 7 e ! D’échos en échos on retrouvait aussi dans Le Mandarin Merveilleux, la suite orchestrale de Bartok, des échos du Prélude à l’Après-midi d’un faune et une pâte qui évoquait parfois l’Américain à Paris de Gershwin… Une palette de couleurs d’une singulière variété interprétée avec brio. En présence de Marc-André Dalbavie, le compositeur, qui reçut une véritable ovation, un Concerto pour flûte permit à Benoît Fromager de montrer toutes les facettes de son talent : sur le bruissement sublime des violons, la flûte se transforme en oiseau virtuose. Une soirée exceptionnelle ! MARYVONNE COLOMBANI
Retour sur le Festival d’Aix… Olympe Années folles Plaçons hors catégorie le dernier volet du Ring, événement majeur du circuit musical international initié à Aix par Lissner -somptueusement interprété par Simon Rattle et l’Orchestre Philharmonique de Berlin en début de festival- : la nouvelle production d’Orphée aux Enfers d’Offenbach (co-réalisée avec l’Académie européenne de musique) est la bonne surprise du crû 2009. D’abord c’est (enfin !) un opéra (certes « bouffe ») en français que l’on entend. Le public de l’Archevêché a pu apprécier une jeune et talentueuse troupe d’acteurs-chanteurs et les brillants musiciens de la Camerata Salzburg. Un moment de fraîcheur, enthousiaste, pétillant et bienvenu. L’« Olympe » d’Yves Beaunesne s’étage dans un hôtel particulier parisien des années trente où trône un Jupiter à bretelles, caricature de président U.S, et sa Mozart au tableau ! b cour qui « fout le camp » : Vénus « vamp », Diane chasseresse à la Feydeau (excellente voix de Soula Parassidis !), Minerve en « bourge » à la Valérie Lemercier, Junon hystéro, Mercure échappé du Tour de France manœuvrant sa bicyclette, Cupidon Elisabeth Carecchio La Flûte enchantée est d’une richesse symbolique et musicale inépuisable. On ne le monte pas comme un obscur opus. Bernard Foccroulle l’affiche à Aix, patrie mozartienne de cœur après Salzbourg : c’est un risque ! D’autant qu’en 2009 on n’échappe pas à une interprétation baroque… Autrefois, les voix mozartiennes chantaient aussi Wagner ; aujourd’hui, elles sont fort petites ! C’est l’ex-star des contre-ténors René Jacobs qui dirige l’Akademie für alte Musik… Que la pâte instrumentale manque de chair ! Le style sempiternellement rebondissant fait se dandiner l’orchestre jusque dans les moments exigeant de la majesté, comme ceux qui accompagnent le sage Sarastro, basse trop peu altière. Fuyant toute profondeur, le tactus balancé aplatit les voix, brise des phrasés qui ne demandent qu’à s’envoler. On se souvient de Janowitz chantant « Ach ich fühl es » … Elle ne faisait « rien » en scène, mais son chant d’une pureté accomplie régnait en maître. Toute l’émotion de Pamina, bouleversée par le silence de Tamino, passait par sa voix, son phrasé souple, aérien, ses aigus cristallins… La réussite de cette Zauberflöte musicalement frustrante, tient dans sa mise en scène. William Kentridge imagine un procédé de projections-vidéos qui dessine sur le décor (un théâtre baroque à l’italienne), en phase avec la musique, des arabesques, figures géométriques, effets pointillistes, blanc sur noir, d’une beauté féerique. Les Prêtres sont des caricatures de Jules Ferry, hussards d’une 3 e République traçant sur un tableau noir quelque avenir ou règnerait la Raison. Cette idée justifie les nombreuses allusions à la franc-maçonnerie (œil, équerre, colonnes…) dont certains membres tracent également, sur un tableau, à la craie blanche, des symboles qui représentent l’organisation du Temple. De surcroît, la dualité blanc/noir, obscurité/lumière, récurrente dans l’œuvre s’y trouve pleinement soulignée. Mais pourquoi l’esclave et traître Monostatos n’est-il pas noir (une opposition, voulue par Mozart et Schikaneder, à la blanche Pamina qu’il tente de violer) ? Politiquement correct ? JACQUES FRESCHEL Elisabeth Carecchio Du Père et du Fils On ne peut pas dire qu’Olivier Py manque d’idées ! Sa mise en scène d’Idomeneo de Mozart propose une lecture originale fondée sur la doublethématique qui lui est chère, l’ambivalence des sexes et la Trinité chrétienne… Hélas le menu s’avère lourd, en partie à cause des déplacements de décors verticaux sur roulettes, échafaudages qui, en sus d’une volonté de dramatiser le discours musical et de contourner le découpage lassant récit/air de l’opéra seria, empêchent précisément d’y goûter sereinement. L’esthétique grisâtre, métallique, matinée de panneaux de miroirs sous une lumière crûe au néon ne fait pas concorde… Néanmoins, le choix de confier le rôle d’Idamante à un ténor (au lieu d’une mezzo travestie ou d’un contre-ténor) s’avère payant. Le fils d’Idoménée (également ténor) promis au sacrifice par son père (en échange de son salut) sert l’analyse équivoque du rapport père/fils (qui tue qui ?), justifie la référence biblique au sacrifice d’Abraham et à celle du Christ en Croix. Musicalement, les deux voix se mêlent et se confondent. Si YannBeuron (Idamante) D 17 « gavroche », Pluton dandy plus félon que nature… et le passeur John Styx, poivrot à la mémoire courte. Pauline Courtin incarne une Eurydice, soubrette gouailleuse aux aigus sûrs, poupée-jouet d’une farce douce-amère, tandis qu’Orphée (Julien Behr), si peu pressé d’aller chercher sa « moitié » aux Enfers, possède quelque chose d’un félibrige à la Mistral… le tout sous l’objectif voyeuriste d’une « Opinion publique » paparazza avant l’heure. Les dialogues parlés réactualisés font mouche, comme l’air du même nom ou celui des baisers, jusqu’au Cancan final, cocasse et habilement « escamoté » … L’humour et la fantaisie dominent, le tout brillamment dirigé par l’excellent Alain Altinoglu, jeune baguette à suivre ! JACQUES FRESCHEL présente une fatigue vocale qui l’handicape, Richard Croft (Idomeneo) fouille avec subtilité les conflits intérieurs de son personnage. La captive troyenne Ilia incarnée par Sophie Kartäuser est une délicieuse amoureuse, et une habile « politique » à l’assise dramatique renforcée. Et Mireille Delunch (Electre) traverse la scène en ovni tragique, archétype outré au chant coupant comme une lame, qui finit badigeonnée du sang maudit des Atrides. Dans la fosse, Marc Minkowsky en est à son quatrième Idomeneo… ça ne s’entend pas ! Il gesticule, à même la pulsation, mais ça n’avance guère ! L’équilibre de l’orchestre baroque des Musiciens du Louvre reste délicat, cependant l’Andante cantabile d’Ilia, dialoguant avec un quatuor de bois judicieusement surélevé, demeure un moment de grâce ou l’on entend (enfin !) ce qui se passe à l’orchestre. Le raccourci de l’œuvre, imaginé sur le ballet final, autre moment fort, donne les clefs d’une lecture (père & fils jumeaux, Electre androgyne…), qui n’a rien de lisse et ne laisse pas indifférent. JACQUES FRESCHEL Elisabeth Carecchio



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