Zibeline n°22 septembre 2009
Zibeline n°22 septembre 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°22 de septembre 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 10,5 Mo

  • Dans ce numéro : retour sur le Festival d'Aix.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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14 FESTIVALS LA ROQUE AIX Des nouvelles de l’Olympe Le roi des instruments a, pour la 29 e année, soulevé les âmes Nikolaï Lugansky et l’Ensemble orchestral de Paris, dirigé par Lawrence Foster, ont proposé le 26 juillet un concert très romantique L’Ouverture Les Hébrides (Grotte de Fingal), de Mendelssohn, démarrait le programme : évocation de l’Ecosse, mer calme et déchaînée… Les cordes répondent aux bois dans deux thèmes très marqués d’où se détache le basson, avant le déferlement de l’océan emmené par le chef. Puis le 4 e concerto de Beethoven : l’héritier de la grande École russe Lugansky fut tour à tour brillant et sensible ; jeu clair et détaché, très mozartien du premier mouvement, puis habité dans l’Andante con moto, respirant avec l’orchestre, ses fins de phrases comme des appels au chef pour reprendre le dialogue : magique. Le Rondo vivace, virtuose, amenait un triomphe mérité et des rappels chaleureux. Le bis (Carnaval de Schumann) donnait toute sa signification au mot romantisme : délicatesse et passion. Pour conclure, la deuxième symphonie, composée à 18 ans par Schubert. La o direction souple, énergique, jubilatoire de Lawrence Foster, chef d’un âge respectable qui semble tout jeune dans son exubérance, laisse apparaître le passionné d’ouvrages lyriques. Le pupitre des cordes est superbe et les vents apportent leurs couleurs très expressives dans l’Andante constitué de cinq variations. Un triomphe pour ce magnifique orchestre de Paris. Offrant dans un bis généreux des danses de Bartok aux couleurs modales, populaires et dissonantes comme un final vibrant. Puis David Fray le 1er août, dans une démonstration sensible puis virtuose David Fray rend d’abord hommage à Schubert. Un piano Bechstein est son complice. L’Allegretto en ut mineur, pièce de forme ternaire, fait alterner les passages populaires et ténébreux, légers et violents. David Fray, le regard qui s’évade en des communions solaires, semble habité par cet univers. Le Klavierstück n°2 en mi bémol majeur est un refrain d’allure champêtre, mélodie proche d’un Lied entourant deux couplets, l’un tragique, l’autre plus tourmenté. Lyrisme et mélancolie légère apportent un raffinement sans démonstration. Les Six Moments Musicaux sont la continuation de cette douce rêverie. Comme les pièces Nicolai Lugansky et Lawrence Foster Xavier Antoinet David Fray Xavier Antoinet Une carte blanche à Katia et Marielle Labèque pour une nuit des sens et des sons, le 27 juillet courtes très romantiques de Chopin, Schumann, Brahms, ces œuvres permettent de passer d’un Scherzo obsédant et répétitif à un Andante poignant, de guirlandes de doubles croches effleurées par le pianiste à des motifs harmoniques, rappelant un choral (Moment n°Six). En Bis, le célèbre Impromptu n°2 de Schubert et les Scènes d’enfants de Schumanncomme une ultime révérence : lyrisme contenu, chant permanent et fragile. Deuxième partie : la Partita pour clavier n°6 de Bach permet à David Fray de montrer tout son talent et sa science de la musique baroque. La musique de Bach est libre : pas d’indications de nuance, de tempo, c’est au musicien d’en comprendre l’architecture générale, ce que réalise le pianiste avec une belle finesse de toucher et une maîtrise de tous les éléments techniques (ornements, trilles, gammes, arpèges). La Toccata, suivie d’une fugue, contraste avec les syncopes et triples croches de la Courante vertigineuse, l’Air joyeux en basse continue et la Sarabande plus tragique sont une parenthèse avant la Gigue finale, fugue à trois voix, jouée avec insolence où s’affirment des septièmes diminuées très expressives coupées de silences. Le cercle fragile de la sensibilité schubertienne et l’univers harmonique et contrapunctique de Bach sont des paris aussi osés. Un beau moment musical ne vaut-il le plaisir de la virtuosité ? Marielle et Katia Labeque Xavier Antoinet Les sœurs, en blanc et noir, ont enthousiasmé le public par leur prodigieuse technique et une sensibilité incroyable. Une première partie consacrée à Debussy, Schubert et Stravinsky. En Blanc et Noir de Debussy, composé pour deux pianos pendant la première guerre mondiale, reproduit des citations de poètes français dans des changements de climat et de couleurs surprenants : un éblouissant dernier scherzo. La Fantaisie en fa min de Schubert pour piano à quatre mains fut une belle respiration : le thème en écriture pointée, joué par Katia, comme suspendue au souffle pianissimo de l’accompagnement de Marielle, puis les guirlandes de l’Allegro vivace égrenées avec un toucher magique… La première partie s’acheva diaboliquement avec le concerto pour deux pianos de Stravinsky : une densité sonore, une fête de la couleur et du rythme. En bis La Campanella de Liszt atteignit des sommets d’exubérance vertigineuse. La deuxième partie, hommage à Ravel, fut tout aussi éblouissante. Katia et Marielle, basques, étaient dans leur jardin. Elles effleurent le piano (un féerique Jardin Féerique de Ma Mère l’Oye) mais savent se jeter à corps perdus dans la folie des rythmes ravéliens (Malagueña de la Rhapsodie Espagnole). Le Bolero festif et communicatif, enfin, avec des amis percussionnistes basques, l’ostinato rythmique passant des bois, aux peaux, aux percussions corporelles et à la chalaparta, quelques planches de bois : « ce n’est pas un instrument, c’est juste une musique » concluait le jeune interprète Paxkal Indo. Enfin la carte blanche permit d’associer la sœur catalane Mayté Martin, chanteuse flamenca : programme exclusivement hispanique, populaire (Zorongo ou tango) et savant (Berceuse de Manuel de Falla, Granados, Rodrigo) ainsi que la découverte de compositeurs peu connus, Amargós, Montón, une apothéose plus intime. Les belles inflexions de la chanteuse (ornements, chromatismes, art du cante jondo, chant profond d’Andalousie) semblaient parfois se perdre dans l’immensité du lieu au terme d’une soirée qui demeura pourtant exceptionnelle ! YVES BERGÉ o
15 à La Roque… Lugansky encore, le 2 août… C’est avec la suite bergamasque, première œuvre marquante de Debussy aux accents verlainiens, qu’il ouvre la soirée au parc du Château de Florans. D’entrée, le ton est donné : clarté, sobriété, richesse de la palette sonore… Lugansky semble improviser une suite d’arabesques pour nous plonger dans le climat lunaire et fantastique du Clair de Lune. De la tendresse, puis l’angoisse du glas des basses… Le dialogue entre les deux mains symbolisant les deux personnages de ce colloque sentimental naît, s’anime et s’apaise. Chopin ensuite, avec la 3 e sonate en si mineur op. 58. Quatre mouvements pour convaincre du toucher de ce grand pianiste qui nous émeut dans le largo par 0 les accents graves et pudiques de la main gauche, la profondeur des accords et la fluidité des deux mains mêlant Martha Argerich et Nelson Freire le 5 août Nicolai Lugansky X-D.R Quel privilège de pouvoir écouter et voir les deux monstres du piano qui forment désormais un duo consacré ! Ces deux personnalités si marquées parviennent généreusement à mettre en sourdine leur aura personnelle pour servir la musique et atteindre la perfection d’ensemble. Le concert démarre avec les Variations sur un thème de Haydn de Brahms. Dès la troisième l’unisson est là, on ne distingue plus lequel des deux pianos joue le chant qui coule au son persistant des cigales. Des cascades de notes dévalent avec fougue avant le retour au choral du début, détourné de son caractère initial pour se faire endiablé. Après cette entrée en matière, les deux maîtres du piano s’attaquent à la dernière œuvre de Rachmaninov, les Danses symphoniques, initialement intitulées Danses fantastiques, transcrites pour deux pianos. Un début sauvage, presque agressif, aux attaques incisives particulièrement martelées d’une danse macabre, laisse soudain la place à la magie sonore d’un chant venu d’outre-tombe que les cigales du parc elles-mêmes, frappées de mutisme, reconnurent comme divin. Chacun est suspendu à une mélodie qui ne passe même plus par le biais d’un instrument. Dans le deuxième mouvement au tempo de valse incertaine, l’hésitation parfaite des deux musiciens nous emporte tout en nous laissant régulièrement sur le bord de la piste. Le final, brillant, jubilatoire, staccato, relance la danse macabre du début : cette fois, ce n’est plus un piano que l’on entend, mais 3 ou 4, tout un orchestre. Après l’entracte, les deux interprètes nous font découvrir une œuvre moins connue, le Concertino pour deux pianos de Chostakovitch, avant de jouer à quatre mains le Grand rondo en la majeur de Schubert dans lequel ils semblent réinventer la partition qu’ils jouent. Pour terminer en apothéose, ils ont choisi la Valse de Ravel, dont la version pour deux pianos a servi au compositeur pour écrire sa version orchestrée. On assiste à la 0 Martha Argerich Adriano Heitmannleur chant, puis nous emporte littéralement dans le final : aucun effet n’est jamais forcé ; la légèreté des volutes de la main droite, la vélocité inégalée des gammes et des arpèges alternent avec un chant bouillonnant jusqu’à une fin démoniaque à souhait qui soulève un tonnerre d’applaudissements. La deuxième partie du récital fut consacrée à Rachmaninov, avec la partita n°3 pour violon de Bach transcrite pour piano par le Maître, et les Études tableaux op.33 ; huit mouvements où se superposent des climats sonores très différents : passages rythmés et rebondissants, ambiances plus fantasmagoriques, carillons de cloches, arabesques en parfaite symbiose avec le frémissement du vent naissance d’une valse du tréfonds des basses du piano les plus inquiétantes et les plus tragiques jusqu’à la lumière. On est subjugué, happé dans un univers fantasmagorique. Ovationnés par le public, Nelson Freire et Martha Argerich ont encore joué un extrait de Ma mère L’Oye de Ravel, pour renouer avec le classicisme du début de concert, le dernier mouvement particulièrement enlevé de la Sonate pour deux pianos K 381 de Mozart. Zhu Xiao-Mei X-D.R. Zhu Xiao-Mei et Bach le 6 août au Cloître de Silvacane Une longue histoire unit la pianiste chinoise avec Jean-Sébastien Bach. Elle la raconte dans son livre de témoignages paru en 2007 chez Robert Laffont, La rivière et son secret. Alors qu’elle est enfermée sans piano dans un camp pendant la révolution culturelle, au moment même où se dessinait sa carrière, elle trouve la force de survivre grâce au livre I du Clavier bien tempéré qui ne la quitte jamais. « Ce que j’ai vécu fait que mon approche de la musique ne peut pas être intellectuelle. Ce que je cherche, en jouant, c’est à montrer aux gens toutes les beautés d’une œuvre, à les toucher. » Quel lieu plus propice pour une communion avec son public que l’abbaye de Silvacane ? La pianiste joue avec la partition et raconte effectivement son expérience musicale personnelle du clavier : on est loin de la prouesse et de la perfection techniques, plutôt dans le partage d’un lien très intime. Zhu Xiao-Mei tourne les pages du livre pour nous offrir successivement une prière, un choral, une explosion de joie, un moment de paix et de sérénité retrouvées… MARIE-NOËLLE VIGREUX qui se lève à ce moment de la nuit dans le feuillage des grands arbres du parc. Nicolaï Lugansky excelle dans les contrastes, et par sa technique fulgurante ne sert que la musique. Sa main droite court parfois si vite qu’il ne reste plus qu’une impression sonore d’éclair, de météore. Rappelé trois fois, il offre encore au public un prélude de Rachmaninov op 32 en sol # mineur, l’étude de Chopin op 10 n°8 que l’on a rarement entendue ainsi, en demi-teinte et légèreté, pour finir par la Première arabesque. La boucle est bouclée ! Le public le laisse échapper à regret. Saut de siècle Le concert du 2 septembre au Musée Granet, au pied de l’exposition Picasso, unissait par leurs œuvres les trois musiciens de son célèbre tableau : Eric Satie, Igor Stravinsky, Manuel de Falla. Cette musique a presque un siècle et on entendait la langue grâce à la lecture des poèmes d’Eluard, de Prévert, Garcia Lorca, Rafael Alberti, Cocteau, par la belle voix de Jean Claude Nieto… Dans l’air immobile -que seul vient troubler la soufflerie de la climatisation-, un concert d’une finesse exceptionnelle se joue. Timbre clair aux subtils pianissimi, Brigitte Peyré chante avec une intelligence du texte qui lui permet de passer d’une émotion à l’autre en conservant une parfaite justesse. Philippe Azoulay livre une interprétation toute en finesse de Sevillana ou de Fandanguillo, en opérant un détour par le difficile et complexe Maurice Ohana. Laurent Wagschal montrait quant à lui deux facettes de son talent, celui d’interprète et d’accompagnateur. Justesse et virtuosité, mais aussi, une main légère sur les touches pour accompagner les pianissimi de la chanteuse. « Montrez-moi le ciel dans une seule étoile » murmurait Eluard. Ce soir-là, trois étoiles s’étaient posées dans un angle du jardin du musée Granet, pour un concert intimiste et virtuose. MARYVONNE COLOMBANI 0



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