Zibeline n°21 août 2009
Zibeline n°21 août 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°21 de août 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 4,6 Mo

  • Dans ce numéro : la culture est-elle rentable ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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06 POLITIQUE CULTURELLE CULTURE, TOURISME, ÉCONOMIE A L’été, le tourisme et la culture Ne pas relier offre culturelle estivale et économie du tourisme a son avantage, et ses inconvénients… Fondamentalement, cette position préserve la culture d’une soumission à des intérêts d’abord économiques, et permet à la création d’exister. Il est évident que Picasso Cezanne attire plus de touristes que l’expo des Mutants de Seconde nature, et les Voix du Gaou davantage que la musique classique dans les Hautes-Alpes. Soumettre la culture à des impératifs de rentabilité serait dangereux parce que cela unifierait et appauvrirait rapidement l’offre culturelle : l’office du tourisme de Marseille propose depuis le 4 juillet un circuit Plus Belle la Vie, qui visite les lieux véritables qui inspirent ce feuilleton d’une qualité plus que discutable… Relire le patrimoine d’une ville à travers son imagerie télévisuelle est certes rentable, mais pour le moins paradoxal ! Cependant refuser de voir que ce que la vie culturelle estivale rapporte en termes économiques à la région entretient l’idée que la culture est un luxe… et que les gens sérieux investissent et soutiennent l’automobile en crise, pas le secteur culturel et ses intermittents fainéants. Tourisme culturel Pourtant, selon les chiffres communiqués par le Comité Régional du Tourisme, 500 000 touristes sont attirés par l’offre culturelle en saison estivale, et viennent dans la région pour son patrimoine ou sa culture dite vivante. La consommation de cette catégorie de touristes en cours de séjour est estimée à 200 millions d’euros : des dépenses d’hébergement, en particulier dans l’hôtellerie et la restauration, mais aussi des dépenses d’activités, de visites, d’achats… Et le tourisme culturel est en progression constante. Il n’est pas égal sur le territoire : la plupart des touristes balnéaires citent le soleil et la plage comme leur première motivation à venir dans la région. Mais ils ne négligent pas les « activités » associées : le sport, les fêtes, les concerts de plein air, voire les visites patrimoniales. Dans les Alpes, le patrimoine naturel -les Gorges du Verdon, les Ecrins- et les musées comme le Musée de la préhistoire font partie de l’itinéraire habituel des touristes, indissociables de leurs activités de loisir. Et puis il y a les villes comme Arles, Avignon, Vaison… qui vivent tout l’été grâce à leur formidable patrimoine architectural, et à leurs festivals qui les animent. Il est donc difficile d’estimer ce que les investissements culturels dans le patrimoine ou les festivals de la région rapportent. D’autant que ces chiffres sur le tourisme culturel ne prennent pas en compte les dépenses du secteur culturel lui-même (hébergement des artistes, fabrication des décors et outils de communication, salaires des professionnels de la culture…), ni les dépenses des habitants de la région (30% des festivaliers d’Avignon viennent de moins de 100 kms, et ne dorment pas sur place). Mais on peut en revanche, parce que les indicateurs sont certains et vérifiés, mesurer l’impact économique global du secteur touristique. Économie du tourisme La France est un pays touristique, le secteur représentant 6,3% du PIB national, 1,8 million d’emplois directs ou indirects, la première destination des touristes étrangers :'L.4,14scrA4rtr, Vaison Danses, Vaison la Romaine Caroline Boyer (82 millions d’arrivées annuelles !). Et aussi des Français, 85% des touristes étant « domestiques ». Quant à la Région Paca, elle est la deuxième destination touristique pour les étrangers, nettement après l’Île de France. Mais elle est la première région touristique française, avec plus de 35 millions de touristes par an (soit 7 fois sa population), 100 millions de nuitées vendues en deux mois d’été… et jusqu’à 2,6 millions de touristes présents à la pointe du mois d’août. Ainsi le tourisme Notre Région de Festivals représente jusqu’à 15% du PIB du Var (4,9% dans les BdR, mais 2 milliards d’euros tout de même…) et les perspectives sont plutôt bonnes. En effet les Français, en contexte de crise économique, devraient être encore plus nombreux à choisir le tourisme « domestique » inter ou intra régional. Depuis quelques années « le littoral vend l’arrière pays » déclarent les professionnels : les touristes consomment moins en hébergement et restauration (ils vont chez des amis et font des pique-nique ou du « tourisme de plein air », entendez du camping). En revanche, ils demandent toujours plus d’activités, de visites de ville, de festivités, d’authenticité aussi des paysages et des commerces. Ils vont visiter des musées et des monuments bien plus facilement que lorsqu’ils sont chez eux… et connaissent souvent mieux le Palais des Papes que les monuments de leur propre région ! Il est donc normal d’investir dans le patrimoine et les festivals, de subventionner les événements culturels… Sans tomber dans le discours du « 1 euro investi = 6 euros de retombées » qui fait peu de cas de la diversité et de la complexité du fait culturel, prendre conscience de l’importance économique de ce secteur permettrait peut-être, enfin, de changer l’image des « cultureux » … AGNÈS FRESCHEL Terre de Festivals, c’est le nom du petit guide précieux édité par la régie culturelle PACA. Vous y trouverez tous les concerts de tous les styles de musique, les spectacles de rue, danse, théâtre... : 323 festivals, 2090 spectacles, 292 communes ! Rien de ce qui concerne le spectacle vivant ne vous sera épargné : où que vous soyez, une soirée agréable vous sera proposée. Il vous suffira de parcourir ce guide tiré à 210000 exemplaires dont le classement astucieux vous permet de trouver les manifestations par ville ou par jour ! Pour sa 30 e édition, en partenariat avec l’École Nationale de Photos d’Arles (ENSP), carte blanche a été donnée à deux jeunes photographes : Marikel Lahana et Caroline Boyer qui ont eu l’an dernier tout le loisir de faire des photos dans les différents lieux de manifestations. Ce sont leurs photos que vous retrouverez au fil des pages, mais aussi à l’exposition Instants d’été à l’Abbaye de Montmajour en compagnie d’autres photographes dont les regards ont su capter les ambiances des festivals des années précédentes. Bons festivals ! CHRIS BOURGUE Terre de festivals (gratuit) est à votre disposition dans 800 lieux et sur le nouveau portail web www.sorties.regionpaca.fr Instants d’été du 7 juillet au 20 septembre à l’Abbaye de Montmajour
07 L’art d’entreprendre ? Pour finir de poser en termes d’économie et de territoire l’activité culturelle de notre région, une commémoration vient à point : celle du centenaire de la naissance de Paul Ricard, célébrée par trois expositions, une réédition et une parution Le mécénat d’entreprise est une solution à laquelle les pouvoirs publics renvoient souvent lorsque les budgets de la culture sont gelés, ou en berne : la tradition française, depuis Louis XIV protecteur des arts penche, efficacement, vers un financement d’État, et défend la fameuse « exception culturelle » qui garantit la création artistique d’une assimilation marchande avec un produit industriel. Mais à l’heure où l’on mesure ce que les événements culturels peuvent apporter à un territoire, en terme d’image et de « visiteurs », et de bonne santé des entreprises, on peut se demander ce que les entreprises donnent à la culture. En mesurant leur part dans les budgets de la culture, mais aussi en interrogeant leurs choix. Le premier constat est que cette part reste très faible dans le financement global de la culture : le regroupement des Mécènes du sud, qui procède souvent à des choix artistiques courageux et pertinents, représente une aide minime dans le budget des compagnies. Rien de comparable avec les pays anglo-saxons, où les entreprises investissent énormément d’argent dans la culture. Même dans un projet comme Marseille Provence Capitale Européenne de la Culture 2013, les entreprises investiront, au mieux, 14% du budget des manifestations (et pas des bâtiments, donc). Puisque Jacques Pfister préside à la fois la Chambre de Commerce (CCIMP) et MPCEC 2013, on aurait pu s’attendre à une plus grande implication du « monde économique ». D’autant que les « retombées » d’un événement culturel de cette ampleur sont énormes pour les entreprises… que les marchés se multiplient avant, et que les entreprises locales gagnent durablement en image et ponctuellement en chiffre d’affaire. Entreprendre vers l’Art L’exemple de Paul Ricard à cet égard est emblématique : il n’était pas le seul fabriquant de pastis, mais le sien a su gagner le cœur… des premiers estivants ! C’est en 1936, durant les premiers congés payés que le nom de Ricard a d’abord circulé. Puis comme l’homme avait une véritable stratégie de communication, et a vendu son pastis hors de la région, son entreprise n’a fait que croître… Il vendait le soleil, l’eau, la mer… Très vite il a compris qu’il fallait associer à cette image des événements, par le sponsoring ou le mécénat. Événements de toutes sortes d’ailleurs, pourvu qu’ils soient liés à la mer, au sud, à la vitesse : il soutenait les fêtes votives, la course de taureaux, la pétanque avec le concours de la Marseillaise, la voile, en sponsorisant Tabarly puis Colas, le Tour de France, et la course automobile bien sûr avec le circuit du Castellet. Mais il ne négligeait pas les arts, en achetant et exposant un Dali, en créant un festival à Vitrolles puis à Bendor, en produisant des longs métrages avec sa société Protis- Films… La Fondation Ricard aujourd’hui prolonge cette action, et a en 2009 reçu le Prix du Mécénat d’Entreprise pour son action envers les jeunes plasticiens. Entreprise vertueuse ? Au-delà des particularités qui font de « Ricard » une expérience capitaliste intéressante à interroger, on peut se demander ce que le monde culturel peut gagner à se rapprocher du mécénat. Une entreprise, même familiale, même menée par un homme qui, de par son histoire, défend un « capitalisme humain », n’investit dans l’art que lorsque cela lui rapporte : l’intérêt des entreprises n’est pas de chercher à élever les âmes et les esprits, mais de faire des bénéfices ; ce qu’on ne peut leur reprocher, puisque c’est dans leur nature même. Paul Ricard a donc travaillé à fabriquer une image. Il a soutenu le sport et les arts visuels (qui se voient, justement), s’est fait photographier avec son ami Dali, a cultivé l’esprit local inhérent à son produit (« On ne peut se contenter de clamer qu’un produit est bon, disait-il. Il faut lui donner une âme. »), et les images de vitesse et de performance qui sont toujours de bonnes associées. Cela lui a rapporté, son groupe a absorbé Pernod. C’est aujourd’hui la deuxième entreprise mondiale de spiritueux. Mais si ce trajet exemplaire d’un homme parti de rien est une légende en soi, il est emblématique aussi des choix opérés par les entreprises en matière de mécénat : ce sont les retombées en terme d’image qui importent aux mécènes, et non la richesse ou la pertinence de la création… C’est pourquoi Orange investit dans la Voix, Ecureuil dans l’Art contemporain, Dexia dans le Festival d’Avignon, BNP dans les grands festivals de danse… Cela correspond à leur image, à leur spécificité, à leur prestige : un financement d’appoint, Paul Ricard peignant des affiches, Annees 60 Phototheque Ricard S.A. opportuniste, qui ne va pas vers les créations artistiques moins médiatisées, et ne saurait remplacer le financement public. AGNÈS FRESCHEL Phototheque Ricard S.A L’Art d’Entreprendre, exposition au Palais de la Bourse, jusqu’au 28 août, présente le trajet de Paul Ricard et de son entreprise à travers une installation de cartons, affiches, une chronologie, une voiture à ses couleurs, et la projection des films Protis. Jacques Pfister, lors de l’inauguration, a présenté les « valeurs » qu’il a développées, plaçant « l’homme au centre de l’entreprise », sauvant les emplois menacés durant la guerre, intéressant ses employés à hauteur de 15%… Hommage rendu également par Jean Noël Guérini, qui souligna « le rôle sociétal » des entreprises et affirma que « la réussite économique ne s’opère qu’à travers la réussite humaine. » Paul Ricard, le vrai pastis de Marseille, édité chez Jeanne Laffitte, est moins hagiographique. Rédigé par Jean Domenichino, Xavier Daumalin et Jean-Marie Guillon, historiens chercheurs à l’Université de Provence, et reposant sur un travail d’archives personnelles et d’entreprise, il construit un portrait de l’homme et de l’entrepreneur tout en nuances. Vraiment admiratif par endroits, mais ne cachant pas les paradoxes d’un homme qui invente le tourisme populaire et communique à travers la presse communiste, mais s’oppose à l’administration et se montre un brin poujadiste. Qui défend une culture populaire mais aime à fréquenter une élite intellectuelle. Qui promeut la culture scientifique mais incite à boire…



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