Zibeline n°21 août 2009
Zibeline n°21 août 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°21 de août 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 4,6 Mo

  • Dans ce numéro : la culture est-elle rentable ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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48 LIVRES LITTÉRATURE Pourquoi le narrateur, Sam-Elie Mekies, fils d’un rapatrié juif pied noir, devenu patron « de gauche » dans la restauration collective, n’a-t-il plus qu’une heure à vivre ? « Dans mon milieu je passais même pour un gauchiste. Attention ! C’était entre nous, on disait gauchiste comme on aurait dit coquin ou cochon. Quand on avait affaire à un vrai gauchiste, un syndicaliste ou un gars dans le genre, on se refilait le tuyau dans toutes les PME du département et le type, il avait plus qu’à déménager ou à devenir chômeur longue durée non réinsérable. » Pourquoi son seul désir est-il de revoir une dernière fois sa femme, Aude, disparue ? Que doit-il se faire pardonner par Léon, un de ses employés, qui affirmait croire en l’humanité ? Pourquoi s’est-il réfugié quelque temps chez Tonton Maurice, qui avait lutté pour l’Algérie française et qui vote pour Le Pen ? Thriller coranique Barouk Salamé, au nom qui fleure nettement le pseudonyme -impression que la postface confirme-, indique que l’idée de son roman lui est venue parce qu’il voulait « tout comprendre, tout savoir de la genèse de ces deux religions, et de leur étrange complicité. » Voici donc, après Le nom de la rose, une nouvelle histoire de manuscrit qui tue : Le testament syriaque, thriller historico-théologique dont l’intrigue se noue autour d’un manuscrit ancien qui contiendrait le testament de Mahomet !, et dont la divulgation mettrait en évidence l’origine chrétienne de l’islam, et en question pas mal de croyances ! Pour le récupérer, certains sont prêts à tout. Paul Mesure, le journaliste qui l’a rapporté de Tombouctou en espérant le vendre à bon prix, va rapidement s’en apercevoir… Les amateurs d’émotions fortes et de rebondissements seront gâtés. L’ouvrage s’ouvre sur une scène de Hotel Argentina « We are all prisoners her/Of our own device/Welcome to the Hotel California/Such a lovely place » … Lorsqu’on referme le roman tout récemment traduit de l’Argentine Claudia Pineiro, on se surprend à fredonner l’air célèbre des Eagles. Certes, ce ne sont ni les drogues, ni les USA qui sont évoqués dans Les Veuves du jeudi ; mais les lieux ressemblent fort à un paradis artificiel, dont le récit s’attachera à révéler fissures et relents mortifères. Los Altos de la Cascada, épicentre de l’histoire : une résidence privée haut de gamme en périphérie de Buenos Aires, loin de l’agitation et de la pollution urbaines, isolée du reste du monde et fière de l’être. À Los Altos, pour entrer comme pour sortir, il faut montrer patte blanche : même l’employée de maison à qui ses patrons viennent d’offrir un pannetone pour Noël doit présenter un mot signé d’eux au gardien si elle veut retourner chez elle sans ennuis ! À Los Altos, on joue au tennis et au golf, on monte à cheval. Les enfants étudient dans le même collège privé. Les femmes font du jardinage, suivent des cours de peinture et organi- Un polar à dévorer sent des ventes de charité. À Los Altos, on est entre soi, parmi les nantis d’un pays qui, en cet automne 2001, file à la catastrophe. À partir de l’accident inaugural, qui donne au titre toute sa dimension ironico-tragique, le roman repose sur un flashback pris en charge par diverses voix féminines, celles des « veuves ». À leur tête Virginia, l’une des rares qui travaillent. Directrice d’une agence immobilière spécialisée dans la vente des maisons de ce country, elle est au cœur des lieux, qu’elle connaît comme personne. Le récit progresse alors selon un mode miromanesque façon Desperate Housewives à l’argentine, mi-documentaire tendance Maisons et Jardins, qui porte en lui tous les ingrédients du drame ; une narration d’une grande intelligence, toute en ironie. La chronique caustique d’un univers d’apparences se double d’un suspense dont la clé ne sera livrée qu’à la toute fin. Claudia Pineiro signe, à travers cette fable, un pamphlet percutant contre les injustices sociales et l’hypocrisie de son pays. Lucide, mais pas désespéré. FRED ROBERT C’est en lisant Omnivore, le deuxième roman de Samuel Zaoui que vous aurez les réponses à toutes ces questions et à d’autres peut-être. Dans ce premier polar, l’auteur aborde frontalement les problèmes qui se posent aujourd’hui : les rapports patrons/ouvriers en particulier : « J’étais un patron de gauche, tous mes employés me tutoyaient, certains mangeaient à la maison, certaines secrétaires sortaient avec mes nièces et si je couchais parfois avec l’une d’entre elles, c’était jamais au nom d’un quelconque droit de cuissage. » Mais aussi les questions de pureté ou de compromis(sions) politiques, de financement des partis, des fausses factures et bien d’autres problèmes de société. Un monologue qui se lit d’une traite, un roman qu’on ne lâche que fini ! ANNIE GAVA carnage et de nombreuses autres suivent tout au long de ce récit peuplé de sbires redoutables aux ordres de réseaux islamistes pakistanais ou algériens. Cadavres, incendies, séquestrations, les péripéties violentes se succèdent à un rythme endiablé. L’intérêt de ce thriller tient cependant surtout à l’épaisseur de certains personnages, du commissaire Sarfaty en particulier. Ce quinquagénaire juif passionné de culture orientale, docteur en sciences des religions, est une vraie trouvaille romanesque et une bien séduisante incarnation de la culture et de la tolérance. À travers son enquête et au détour de ses conversations, le lecteur apprend beaucoup sur l’islam archaïque et sur certains textes du Coran, ce qui n’est pas la moindre des qualités de ce roman qui se dévore à toute allure, mais dont les enseignements font longtemps écho. FRED ROBERT 1)I 1 Lo ?. Iltit`ti 1111 Iy IIf9J L resra menr 3y1 idqUtLes Veuves du jeudi Claudia Pineiro Actes Sud, 23 euros Omnivore Samuel Zaoui Editions de l’Aube, 17 euros Le testament syriaque Barouk Salamé éd. Rivages/Thriller, 21,50 euros
Zappez pas la ZIP Après les ZUP, ZAC et autres ZEP, voici la ZIP, Zone d’Intérêt Poétique ! À Barjols, en 2009, les éditions Plaine Page ont étendu le réseau de la ZIP à de nouveaux partenaires, afin de rendre accessible et de partager la poésie contemporaine dans tous ses états. Le temps d’un week-end de juin, on a pu suivre le fil poétique de l’eau des fontaines et des rivières, pour la seconde édition du festival nomade Les Eauditives. Car la ZIP se plaît à investir l’espace public et la nature en proposant régulièrement des événements artistiques à la croisée des genres. La ZIP Plaine Page est également une maison d’édition active à promouvoir artistes, performeurs et poètes d’aujourd’hui en les publiant au sein d’une de ses 6 collections. Le mois de mai dernier a ainsi vu la naissance de la petite dernière Courts Circuits. Comme son nom l’indique, elle « privilégie la forme brève et incisive », ce que confirment les deux premiers titres publiés. Avec Ticket à conserver, Antoine Simon s’inscrit dans le flux tendu contemporain ; il écrit au dos de facturettes CB ou sur divers reçus, traces de ses déplacements d’homme du XXI e siècle. Ce faisant, comme le précise Pierre Guéry semble avoir fait sienne la formule de Baudelaire ; lui aussi a plongé. « En quel pays étrange es-tu donc descendu, pour mourir à toi-même en baisant sa frontière ? /À quelle vacance insue as-tu voué ton être, à quels pourtours du vide ? » Ces questions inaugurent et scandent le recueil, récit poétique de la descente aux enfers d’une langue étrange, étrangère, qu’il faudra peu à peu entendre et parvenir à incarner. Les textes s’enchaînent, le dernier mot de l’un devenant le titre du suivant, en un fil arachnéen : « Tu tisses ta toile, tirant sur les fils de tes ruines », écrit le poète. Un fil tendu entre un passé d’errances évoqué avec des accents souvent rimbaldiens : « C’était alors la saison du tangage, ivresses artificielles, roulis de ton navire […] ; ultimes plaisirs qui Eric Blanco dans la préface, « au recto, Antoine Simon est en règle avec la société, de consommation. Au verso, quelques centimètres carrés lui restent pour être en règle avec lui-même, avec le monde. » Fragments poétiques sur support mercatique… A. Simon appartient à la lignée de ces poètes du quotidien qui, de Desnos à Perec en passant par Prévert, Ponge ou Queneau, subliment le banal et en font la matière poétique par excellence. Le recueil de ces « tickets à conserver » propose pour chaque texte sa version manuscrite sur support d’origine et sa réécriture. Des textes courts qui parlent souvent de poésie, et d’une façon particulière d’être au monde et aux mots car « Les mots c’est comme ça/c’est pas facile à vivre/ça fait toujours des histoires » … Pour Le Cogitomaton, l’avertissement de Jean-François Coadou donne le ton : « Le cogitomaton est à Descartes ce que le photomaton est à Doisneau. » Le recueil se présente comme une succession d’aphorismes, proverbes inventés et maximes, dont la plupart ont été publiés dans les pages du défunt Taktik au cours des années 90. Calembours et dérision dominent dans des flashes généralement inspirés par la politique de ces annéeslà : intégrisme, guerre de Bosnie, mitterrandisme, et te faisaient douleur/Œil vague collé à l’œil du bateau, levant sa paupière baissée-infiniment lointaine-sur une écume vespérale, incandescences d’ocres et de bleus… » et un présent de connaissance, de contemplation où « le poème ferme tes yeux, tu les ouvres en dedans » et où « tu accueilles deux voix » dans une conquête malaisée mais possible de ce qui sera LA langue du poète. En quel PAYS étrange établit un dialogue avec soi, comme une exhortation à vivre, à marcher, à écrire, malgré la mort et « la peur de demain ». Une conversation intime et émouvante que le poète performeur devrait donner à entendre à l’automne prochain. F.R. aussi toutes les affaires du Sud… ça a le même petit air ancien et familier que l’album photo qu’on feuillette pour se souvenir. Sous le cynisme, la nostalgie ? Deux volumes publiés, un à venir, chacun à 10 euros… Longue vie à Courts Circuits ! FRED ROBERT Ticket à conserver Antoine Simon Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau Petites conversations entre amis Dans le dernier numéro de Zibeline, nous annoncions la naissance de la collection Les conversations au soleil. Un premier coffret constitué de 5 petits volumes est donc paru, consacré à 5 personnalités fortes de Marseille. Même si tous n’y vivent plus, chacun garde des liens forts avec sa cité d’origine, y séjourne, y travaille, et parle d’elle avec amour et sans concessions. Car c’est bien de parler qu’il s’agit dans ces « petits livres avec des grands hommes » : « J’avais très envie qu’ils se racontent librement […], de les faire parler pour mieux les connaître, pour mieux les comprendre, et pour mieux les aimer » écrit Agnès Olive dans la préface. Elle a ainsi rencontré des hommes qu’elle aime et qu’elle veut faire mieux apprécier de tous, grâce sa façon naturelle et intimiste de les aborder. Elle les a interviewés longuement dans leurs lieux d’élection : Callelongue pour Blaine, L’Estaque pour Guédiguian, le Cercle des Nageurs pour Traquandi… Cela donne des conversations qui évoquent les années de formation, la famille, les premiers projets, la célébrité et la reconnaissance, l’heure des bilans, les perspectives. Et au fil de chacune, des réflexions sur l’art et sur la politique culturelle, des pistes aussi qui incitent à approfondir, à lire d’autres ouvrages, à aller au musée ou au cinéma : Philippe Caubère donne envie de découvrir André Suarès et son Marsiho et on a déjà hâte de voir L’Armée du crime, le prochain film de Guédiguian. Humour désespéré de Blaine, engagement et fidélité de Guédiguian, exigence perfectionniste de Traquandi, sensibilité et solidarité de Cantona, fougue de Caubère, l’écrit a gardé le ton unique de chacun. À lire au soleil et sans modération, d’autant que ces petits livres se glissent dans n’importe quel sac, à dos, de ville ou de plage… FRED ROBERT Les conversations au soleil Agnès Olive éditions LaBelleBleue -.I 0-.1.40 4.0 49 Le cogitomaton Jean-François Coadou éditions Plaine Page, coll. Courts Circuits. En quel PAYS étrange Pierre Guéry éd. MaelstrÖm compAct, 5 euros Premier coffret : Marseille avec Philippe Caubère, Gérard Traquandi, Julien Blaine, Eric Cantona et Robert Guédiguian. Prix à l’unité : 14,90 euros.



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