Zibeline n°21 août 2009
Zibeline n°21 août 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°21 de août 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 4,6 Mo

  • Dans ce numéro : la culture est-elle rentable ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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40 ARTS VISUELS APT CHÂTEAU D’AVIGNON AVIGNON Fabuleux bestiaire De chambre des songes en chambre des rêves éveillés, car telle est la scénographie imaginée par Pierre Jaccaud à la Fondation Blachère à Apt, Animal Anima dessine un chemin initiatique à travers dix artistes, dix œuvres, dix voix du continent africain qui disent la prégnance de l’animal dans la quête spirituelle. Si l’animal et l’homme, dans les sociétés anciennes, partageaient le même monde, leurs relations sont aujourd’hui tout autre : dompté ou anéanti, l’animal sauvage n’est plus qu’un souvenir… Alors, comment la création contemporaine représentet-elle le monde animalier ? Elle invente des histoires, puise dans les contes de la nuit des temps, imagine des représentations fantasques, symboliques, réalistes, religieuses… avec une permanence : la confrontation de l’homme et de l’animal. Depuis toujours le conte, socle de l’initiation et de l’enseignement, souffle sur les artistes un vent de création bouillonnant qui fait surgir de l’obscurité un bestiaire fabuleux. Il y a là, entre autres figures, un lièvre et une panthère dessinés au stylo à bille et aux crayons de couleurs par le griot Frédéric Bruly Bouabré sur Quel chantier ! Le domaine départemental du Château d’Avignon profite de ses travaux de restauration pour inviter quinze artistes « à signifier cet état de chantier par une série d’installations. » Une idée lumineuse qui évite la fermeture du château, même temporaire, à un public conquis les années précédentes par les expositions Dans ces eaux-là et Ère de repos, et dessine « un parcours qui ménage des échos entre paysage, architecture et expérimentations contemporaines. » Tous les artistes ont intégré dans leurs propositions les codes, les couleurs, les objets et leur usage, les matériaux pour mieux les détourner ou les copier, trouver une nouvelle résonance, décliner le thème de la construction-déconstruction ou évoquer la dureté du labeur. Ainsi la goulotte industrielle, la bétonnière, le mètre étalon, la brouette, les bottes en caoutchouc et les barrières de protection sont-ils passés au filtre de l’imagination d’Etienne Bossut, Christian Robert-Tissot, des formats carte postale, à la simplicité éloquente. Mais aussi l’âne, la chèvre et la hyène qui, par un jeu d’équilibre précaire, disent L’Ingratitude punie dénoncée par Mamady Seidy dans un ensemble sculpté au vocabulaire théâtral. Et tant d’autres encore comme le serpent perfide qui s’exclame « Shutup and die » dans les compositions de soie brodée de Billie Zangewa, version iconoclaste de la Bible avec bulles de BD… Au pays des vaches qui rient, Cheikhou Bâ pose sur le sable toute la richesse du berger Samba, un troupeau de quelque cent cinquante figurines ornées de cornes-bijoux. Seule évocation de l’animal féminin, l’installation d’Amal Kenawy confronte la délicate rêverie d’une silhouette dansante (vidéo) à la violence de l’imagerie médicale (jambes amputées étoilées de papillons). Mais les artistes s’interrogent et dénoncent, aussi. « Qui suis-je ? » lance Soly Cissé dans ses bas-reliefs dessinés, peuplés d’une foultitude d’hommes et d’animaux mêlés et ses peintures d’animaux rugissants. Quant à l’installation lumineuse d’Aimé Impané, commande de la Fondation Blachère, et à la sculpture d’Andries Botha, symboliques et exceptionnelles, elles se demandent pour combien de temps encore survivront le gorille et l’éléphant, ailleurs que dans le conte… Car aussi fabuleux qu’il soit, le bestiaire d’Animal Anima reste « un appel sourd et urgent face au désaveu des hommes de peu de qualité. » MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Wounded Elephant, oeuvre de Andries Botha Jimmy James Animal Anima jusqu’au 11 octobre Fondation Blachère, Apt (83) 04 32 52 06 15 À voir également Le bestiaire de Soly Cissé jusqu’au 29 août L’Atelier-lieu d’art visuel, Apt (83) 04 90 04 37 14 Lilian Bourgeat, Nicolas Durand qui dépassent le matériau et son utilisation stricto sensu pour lui attribuer un sens nouveau. Quand il ne s’agit pas de sublimer l’objet en ouvrage d’art, comme Wilm Delvoye et son Cement Truck, « croisement insolite et à contre-emploi entre une cathédrale et un camion toupie. » Incroyable sculpture-objet en acier corten, aux dimensions impressionnantes, créée par le sculpteur belge en hommage aux bâtisseurs de cathédrales… C’est l’une des rares pièces que le domaine départemental du château Cement Truck de Wim Delvoye Aline Tomei d’Avignon n’ait pas produites car son engagement aux côtés des artistes n’est pas feint : Damien Berthier a construit son échafaudage en bambou et raphia autour du château d’eau et transformé sa Chinoiserie en frêle architecture ; Pierre Malphettes a monté son Pylône en bois tel un guetteur au milieu de nulle part, « à la fois panneau publicitaire et décor qui nous ferait voir son envers. » En équilibriste, Vincent Ganivet a posé d’immenses roues en parpaings face à l’ancienne Station des eaux, parfaite introduction au projet de Tadashi Kawamata qui a imaginé la construction d’un belvédère en bois brut « uniquement conçu pour le plaisir de la contemplation. » Un projet qui deviendra réalité à l’été 2010… MARIE GODFRIN-GUIDICELLI jusqu’au 31 octobre Les Saintes-Maries-de-la-Mer 04 90 97 58 60
41 Autoportrait en pointillé Après Londres, et avant New York et Boston en 2010, la Collection Lambert en Avignon est la seule halte en France de l’exposition Roni Horn aka Roni Horn. Un événement incontournable ! Écoutons battre le cœur de l’œuvre de l’américaine Roni Horn, dont il est donné d’entendre le murmure à la Collection Lambert en Avignon… Artiste rare et discrète, Roni Horn développe depuis trois décennies une œuvre sérielle autour d’une trilogie fondamentale : l’amour marin, l’amour terrien, l’amour céleste à travers des photographies (les Rencontres d’Arles s’en font l’écho), des œuvres sur papier « qui associent des pigments quasi géologiques et des savants découpages », des sculptures monumentales et minimalistes en verre moulé ou en métal poli. Pour cette rétrospective Roni Horn aka Roni Horn (aka = as known as), l’image sans cesse dupliquée d’Isabelle Huppert ponctue le parcours, à la fois fil rouge et signature. La discrétion légendaire de Roni Horn s’expose en une œuvre silencieuse, exigeante, habitée de blancs, de vides, de formes elliptiques, de chiffres et de notes griffonnés sur des cartographies réinventées… Portraits dédoublés, ceux de têtes d’oiseaux sans vie ou de sa jeune nièce adolescente, Le temps suspendu… À deux pas de la Collection Lambert, l’installation éphémère d’Anne et Patrick Poirier, Vertiges/Vestiges, abîmes du temps, illumine l’obscurité de la Chapelle Saint-Charles. Métaphore du temps et de la lumière retrouvée à travers les ténèbres, l’œuvre est le fruit de créateurs qui « refusent les rôles conventionnels de sculpteurs et de peintres [et] endossent ceux interchangeables selon les circonstances, d’archéologues et d’architectes. » Mais ne sont-ils pas tout cela à la fois, Anne et Patrick Poirier qui, depuis plus de quarante ans, aiguisent leur création à l’aune de leur perception du monde ? Un monde fragile, instable, chaotique, en proie aux affres de la vitesse et de l’instantanéité comme seule temporalité possible. Cette idée d’instantanéité des émotions mondialement partagées que dénonce le philosophe Paul Virilio, spécialiste de la vitesse… Monumentale, Vertiges/Vestiges envahit l’espace avec, dans la nef, un sol jonché de miroirs fragmentés sur lequel s’amoncellent pêle-mêle pierres, statues brisées, éléments de fouilles archéologiques, le tout barré d’une échelle en néon vert luminescent. Le regard s’élève à l’infini vers les abîmes du temps inscrits au-dessus de l’autel en lettres rouge tandis que le corps lutte contre la profondeur abyssale quand, par l’effet troublant du miroir, le vertige nous saisit, et la chute est proche. En contrepoint, la vidéo projetée sous le porche dilue le temps à la vitesse de l’eau, envahissante et apaisante : flux et reflux ininterrompu (le temps immatériel), paysages sans fin, images saturées, parfois, en appellent aux vestiges de notre mémoire. Dans cette « pièce de théâtre sans acteur », Anne et Patrick Poirier, témoins du temps et de sa fuite inexorable, nous plongent dans un environnement sonore déstabilisant. Devenu fou, le temps est en émoi et s’affole au rythme de deux métronomes, l’un réglé sur le rythme du cœur d’Anne, l’autre sur celui de Patrick : soudain, au tournis physique du corps happé par le gouffre de la mémoire se superpose la scansion sans fin des sons… C’est le temps de l’ivresse absolue. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Vertiges/Vestiges, abîmes du temps Anne et Patrick Poirier jusqu’au 30 septembre Chapelle Sainte-Anne, Avignon (84) 04 90 16 10 51 Anne et Patrick Poirier exposent aussi à l’Isle-sur-la Sorgue à l’Hotel Campredon - maison René Char jusqu’au 11 octobre. 04 90 38 17 41 You are the Wheather, 1994-95, details de l’installation, 26,7 x 21,6 cm chaque, courtesy de l’artiste paysages lunaires de l’Islande devenue son île d’adoption : tout est marqué du jeu du double identitaire, bien évidemment troublant, qui nécessite que l’on y regarde à deux fois. Car selon Éric Mézil, directeur de la Collection Lambert en Avignon, « cette fonction du double se déploie selon une véritable construction esthétique et conceptuelle. » En apparence limpide comme la surface des lacs islandais, son œuvre induit une confusion des genres fondée principalement sur la question de l’autoportrait, de l’altérité et du regard. Limpide et complexe à la fois ! Nourrie aux sources de la peinture, de la sculpture, de l’architecture et de la poésie qu’elle cite abondamment, empreinte de ses propres ressentis avec la nature, son oeuvre est un vaste dédale. Jamais le dialogue ne se rompt, malgré la sensation étrange d’errement, parfois. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Collection Lambert Avignon (84) jusqu’au 4 octobre Catalogue édité chez Phébus, Paris, 215 pages, 39 euros. 04 90 16 56 20 Rencontres internationales de la photographie, Arles Jusqu’au 23 septembre 04 90 96 76 06 Jardin d'éth P6niche Le Boatel Espace Van-Gogh 25 juin 25 septembre 2009., AlLES



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