Zibeline n°21 août 2009
Zibeline n°21 août 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°21 de août 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 4,6 Mo

  • Dans ce numéro : la culture est-elle rentable ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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04 POLITIQUE CULTURELLE CULTURE, TOURISME, ÉCONOMIE La culture est-elle À l’heure où Marseille s’agite (voir encadré) et où les festivals battent leur plein, la question de la rentabilité de la culture mérite d’être posée. Avec circonspection, et certainement pas uniquement en termes économiques : ce que la vie culturelle « rapporte » aux hommes n’est pas quantifiable en euros ! Question euros cependant, on se demandera donc -en évitant soigneusement le voyeurisme revanchard du « combien ça coûte » - comment les collectivités territoriales investissent dans la culture, ce que la vie culturelle rapporte à la région, et comment les entreprises y investissent… Une dimension de civilisation Alain Hayot, Vice-Président de la Région PACA et délégué à la culture et à la recherche, situe et définit la politique culturelle de la Région par rapport aux autres subventionneurs. Par rapport à ses choix, mais surtout à ses finalités… Zibeline : La Région est aujourd’hui un élément important de l’économie de la culture. Comment cela se traduit-il ? Alain Hayot : Nous participons au financement des équipements culturels. Par exemple, la relocalisation du Fonds Régional d’Art Contemporain à la Joliette (un équipement de 5000 m²) où nous investissons lourdement, à parité avec l’État. Nous sommes co-financeurs pour le MUCEM, pour le futur pôle Théâtral du Var, à la Fabrique à Avignon… Nous avons financé le théâtre Durance à Château- Arnoux, le Grand Théâtre de Provence et le Centre Chorégraphique d’Angelin Preljocaj à Aix … En terme d’investissements nous jouons un rôle essentiel au niveau local, aux côtés des autres collectivités bien sûr. Mais les fonds de la Région se destinent également à d’autres emplois que l’équipement… En effet. Les financements du Conseil Régional sont majoritairement dépensés en fonctionnement, c’est-à-dire pour la production, la diffusion, la création ou la circulation des œuvres. Nous apportons des aides annuelles aux grands pôles culturels comme le théâtre des Salins à Martigues, la Passerelle à Gap ou le théâtre du Merlan à Marseille… Nous aidons d’autres scènes permanentes comme cellest, F'- -'+.. dc. { f oi ; [+fl 1,r,yro arr y1"1 r+I..4 64. 1 S.e ! 1 +. 06o'L+.1.(10613 d’Avignon, le Gymnase ou le Toursky. Nous labellisons un peu plus d’une quinzaine de lieux pour les musiques actuelles et nous aidons les secteurs de l’art visuel, de l’art contemporain ou de l’édition. À côté de ces aides récurrentes nous en offrons d’autres, exceptionnelles. Elles concernent particulièrement le cinéma mais aussi la musique, la danse, le théâtre. Elles permettent de révéler des créateurs ou de faire aboutir des créations. Au total, quel poids économique représentent ces investissements ? D’abord, insistons : nous agissons avec les autres collectivités territoriales. Ensemble nous finançons 80% du spectacle vivant. Autrement dit, sans nous, il n’y aurait plus de politique publique en matière culturelle. Il n’y aurait même plus de culture du tout, hors de cercles élitistes très restreints. À proprement parler, la Région, pour la partie culture stricte, consacre entre 55 et 60 millions d’Euros. Il faudrait y ajouter des financements dans d’autres chapitres budgétaires, ce qui porterait le total à plus de 70 millions d’euros, c’est à dire 4 à 5% du budget de la région. Dans cet ensemble, les aides en fonctionnement -ce qui revient directement aux artistesreprésentent environ les 2/3 de l’argent dépensé ; elles sont donc très largement majoritaires ! Ces investissements reflètent-ils vos ambitions politiques ? Ce qui détermine notre action ne se résout pas en terme économique. Bien sûr le secteur concerne des dizaines de milliers d’emplois, permanents, intermittents ou temporaires. C’est aussi des économies urbaines entières, comme à Arles où les deux plus grandes entreprises privées sont Harmonia Mundi (musique) et Actes Sud (édition). À Avignon comme à Aix, terres de festivals, la culture à une présence considérable. Cela s’est d’ailleurs bien vu lors de la grève des intermittents du spectacle en 2003 où l’économie de ces villes a été mise à mal. Mais avant tout, la région investit pour des raisons politiques et éthiques : c’est une dimension de civilisation qui nous préoccupe. Nous voulons participer à la diffusion de l’éducation, de valeurs de liberté, de fraternité, de tolérance, de reconnaissance de l’autre. Nous voulons donner les moyens à nos concitoyens d’être des citoyens justement, instruits et informés. Pour cela les pratiques culturelles doivent être ouvertes à tous ! En dehors des collectivités territoriales, d’autres acteurs devraient jouer un rôle dans ce domaine. Qu’en est-il ? Le mécénat privé représente une part très minoritaire : les grandes entreprises ne jouent pas véritablement un rôle actif et citoyen ! Elles se contentent de sponsoriser de grands événements lorsque cela participe de la construction de leur image comme pour le festival de Cannes ou pour celui d’Aix. D’autre part, si l’on considère l’échelle nationale, la dépense publique en faveur de la culture est de près de 7 milliards d’euros dont seulement 3 milliards sont financés par l’État (c’est moins de 1% de son budget), le reste est assumé par les collectivités territoriales. L’État se défile ? Dans la tradition de ce pays, l’État a toujours eu une présence forte. C’est ce qui fait l’exceptionnalité française. Nous nous
05 rentable ? " "" Le futur batiment du Frac Cyrille Thomas battons pour que cette présence forte subsiste mais nous constatons, au contraire, un désengagement constant depuis plusieurs années. En même temps, il faut se rendre compte de ce que le monde de la culture a évolué. La création a évolué ! La pratique artistique s’est élargie et on assiste à une appropriation grandissante des œuvres par les populations. Il y a eu un glissement : les choses ne se passent plus au niveau central mais au niveau des territoires. Les collectivités doivent donc être présentes à côté de l’État. Elles doivent agir en complémentarité avec lui. La culture n’est plus une affaire parisienne, elle n’est plus l’affaire d’une élite. Désormais elle concerne de larges territoires et notre action vise à lui faire atteindre les espaces les plus décentrés, les plus isolés, les plus populaires. Les identités locales remplaceraient-elles la culture nationale ? À mon sens, il n’y a pas d’opposition entre culture nationale et culture régionale. Nous voyons aujourd’hui, au niveau local, une création artistique qui est l’expression de la diversité des identités, du métissage et de la multiplicité des groupes de population. Ce sont des phénomènes nouveaux qui ne peuvent pas être traités uniquement dans un cadre centralisé. Il n’y a pas une mais des cultures ! De ce fait, une politique publique est indispensable car la marchandisation, liée au triomphe des intérêts privés, est totalement réductrice de ces expressions multiples, donc incompatible avec la diversité des identités culturelles. En finançant la culture, les collectivités territoriales garantissent une certaine cohésion sociale. L’argent public ne doit pas servir à la valorisation des entreprises. Et face à la mondialisation ? La mondialisation culturelle est une très bonne chose car elle permet des circulations inimaginables auparavant. Mais les conditions actuelles ne permettent ni la libre circulation des hommes et des œuvres, ni celle des expressions artistiques. Il faudrait pour y parvenir que les États assument pleinement leur rôle. Il en va ainsi de l’Europe qui, acteur essentiel, s’avère déficiente ! Son budget culture est inférieur à celui de notre région. Et, sauf pour le cinéma, sa présence est négligeable. Nous voudrions d’ailleurs l’inciter à faire plus et mieux. Pourquoi pas un Erasmus de la culture capable de faire circuler les œuvres et les personnes ? Mais l’Europe est constituée de régions qui, souvent, sont en concurrence. N’est ce pas une faiblesse ? Nous ne voulons pas mettre les territoires en concurrence. Au contraire, nous œuvrons pour des initiatives interrégionales. Nous produisons des compagnies chorégraphiques de Rhône-Alpes, de Languedoc Roussillon, d’Italie. Nous le faisons dans la coopération et non dans la concurrence. Nous aidons les festivals que nous soutenons (Avignon, Aix, Cannes) à s’engager dans des partenariats avec les autres grands festivals européens. Nous participons à des initiatives communes avec des métropoles comme Athènes, Avignon, Barcelone, sur des projets de théâtre ou de musique. Nous jugeons ces collaborations indispensables. L’action de la Région veut donc construire un rapport nouveau entre les citoyens et la culture ? On a longtemps conçu la création comme relevant de l’artiste au sens étroit du terme. La créativité, l’expression est en fait beaucoup plus large. Il existe des formes d’appropriation de la création, de l’art et de la production artistique qui sont beaucoup plus partagées qu’avant. C’est le cas du Rap où l’accès à la culture des jeunes des banlieues se fait à partir de l’appropriation musicale, de l’appropriation des mots, dans un cadre non maîtrisé par les circuits traditionnels. On assiste là plus à des phénomènes d’appropriation qu’à des phénomènes d’accession. Cela change, par conséquent, l’approche que l’on doit avoir des méthodes d’enseignement artistique ou d’aide à la création, secteurs où la région est partie prenante aux côtés de l’Education nationale ou de la DRAC. Parleriez-vous, à propos de l’action culturelle de la Région, de la promotion d’une culture citoyenne ? La culture est un outil de la formation de l’individu et du citoyen. L’art, la connaissance permettent au citoyen de s’approprier le monde qui est autour de lui, cela lui permet d’exister socialement et de trouver sa place. Nous voulons construire une société non marquée par l’argent mais par l’émancipation humaine et les intérêts de l’être humain ! ENTRETIEN RÉALISÉ PAR RENÉ DIAZ Baisse générale ou temps mort ? Le 29 juin le Conseil Municipal de Marseille a voté une baisse générale de 15% de ses subventions aux associations culturelles sur l’exercice en cours -gel ponctuel et qui devrait être entièrement rattrapé en septembre d’après Monsieur Hermann, adjoint à la culture. On l’espère, avec confiance, tant la conviction et la volonté de Monsieur Hermannsemblent affirmées. Il reste regrettable que les compagnies et lieux subventionnés par la Ville de Marseille doivent attendre leurs subventions 2009 en faisant des crédits onéreux… et on espère que ce rattrapage au coup par coup ne laissera pas quelques victimes circonstancielles sur le carreau ! A.F. AdhéreZ àZibeline ! 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