Zibeline n°21 août 2009
Zibeline n°21 août 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°21 de août 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 4,6 Mo

  • Dans ce numéro : la culture est-elle rentable ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 38 - 39  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
38 39
38 CINÉMA FID ENTRETIEN AVEC ARIANE ASCARIDE Cinéma parlant Cette vingtième édition du FID sera la plus belle ! nous a promis Aurélie Filipetti. Si à l’heure où nous mettons sous presse il est trop tôt pour le vérifier, les acrobaties promises par Noémie Behr, la Secrétaire Générale, au Gymnase, ont bien eu lieu lors de la soirée d’ouverture. Des dizaines de spectateurs n’ont pu y accéder qu’au dernier moment ! Tous avaient envie de (re)voir le film de Luc Moullet qui avait également ouvert la Quinzaine des réalisateurs à l’Alhambra, (voir Zib’20), La Terre de la Folie. « Offert au recommencement, offert à la mémoire de l’aube », comme l’a murmuré Jean-Pierre Rehm, présentant avec beaucoup de poésie la photographie de Hiroshi Sugimoto, visuel du FID cette année. Il a également rendu un hommage à Jean-André Fieschi, cinéaste, écrivain et enseignant de cinéma, disparu brutalement au Brésil au moment de son intervention dans un colloque sur Jean Rouch. Il avait réalisé, entre autre, Pasolini l’enragé en 1966. Parler les mots Pasolini, dont on retrouve les Lettres Luthériennes dans le film d’Elise Florenty, Gennariello due volte. C’est le nom que Pasolini donne à un jeune Napolitain de quinze ans, imaginaire, lorsqu’en 1975 il rédige ce « petit traité pédagogique » qui parle de sexualité, de liberté, de l’école, de la télévision et de toutes les dérives de la culture bourgeoise. Il a cinquante trois ans, l’âge qu’aurait aujourd’hui son Gennariello. En le faisant « parler » aux jeunes Napolitains d’aujourd’hui qui occupent leurs lycées, font du foot, dansent, vivent, Elise Florenty fait surgir trois strates de jeunesse, celle de Pasolini, celles des années 1975 et 2009. Les extraits qu’elle a choisis sont superbes, certaines images aussi, parfois. C’est aussi au témoignage que nous permet de réfléchir le film de Vlado Skafar, Nightime with Mojca. Mojca est une animatrice de radio nocturne à qui ses Jeanne Balibar dans Ne change rien de PedroCosta auditeurs confient leur solitude souvent, leurs joies, quelquefois. Ils l’aiment, le lui disent, l’invitent, l’appelant de Slovénie ou de l’étranger ; certains sont des habitués. Le cinéaste a enregistré épisodiquement, durant huit ans, cette émission qui existe depuis 1994. Des images de la vie quotidienne en Slovénie mais qui pourraient être d’ailleurs. Grâce aux cadrages qui se resserrent au fil du film, on s’approche de plus en plus intimement des voix-personnages ponctuées par des écrans noirs. Un documentaire qui met en relief la puissance de la parole. Le parti pris de Dana Ranga dans Oh ! Adam est inverse : c’est à distance de ses personnages qu’elle nous place, en choisissant d’interposer une couche de voix, la sienne, qui « raconte ce que ces femmes lui ont raconté », pour accentuer l’étrangeté de ces veuves qui monologuent sur le travail de deuil, sur la vie, la mort, la religion. Mais ce dispositif, de même que les fondus enchaînés récurrents, ne fonctionne pas toujours… Recevoir l’autre Réfléchir à la place du spectateur étant essentiel pour un documentariste, on peut se sentir gêné par Fièvres PedroCosta A.G d’Ariane Doublet : le Dr Moussa Maman, dans son cabinet médical du village de brousse de Bello Tounga au nord du Bénin, prend à témoin la cinéaste pour lui montrer la négligence de mères africaines par rapport à la santé de leurs enfants. En revanche, on est heureux de voir le Dr Moussa Maman qui soigne en débloquant la parole, en faisant surgir les secrets, tour à tour guérisseur et psychanalyste. Heureux aussi de voir le film de PedroCosta, Ne change rien, consacré au travail du chant sur le corps et le visage de Jeanne Balibar, ses cours préparatoires à La Périchole d’Offenbach ou la mise en place, en compagnie de Rodolphe Burger, de son album Paramour. Le noir et blanc de PedroCosta très contrasté, pur, utilise les sources de lumière, soleil, fenêtres pour sublimer le visage de la comédienne chanteuse qu’il a rencontrée… au Jury du FID en 2002. Superbe ! ANNIE GAVA Le FID va sans doute nous proposer encore de bons moments de cinéma ! Nous y reviendrons dans notre numéro de rentrée… Kino-Rouge Lorsque J.-P. Gorin et J.-L. Godardforment le Groupe Dziga Vertov après 68, ils pensent que le cinéma doit être collectif. Le lien avec Dziga Vertov ? le Kino-Pravda (cinéma-vérité), et la volonté de rendre compte de la Révolution. Vent d’Est (1969) nous dit : « Faire un film c’est se poser la question : où en sommes-nous ? Comment réaliser des images justes ? » Car ce cinéma politique ne veut pas se contenter de montrer le peuple qui souffre, il doit décrire le peuple en lutte ! Vent d’Est oppose un cinéma bourgeois à un cinéma révolutionnaire, maculé de peinture rouge. Vladimir et Rosa (1970) représente une tendance plus punk, voire burlesque, du Groupe : avec une bande-son rock’n’roll, le film prend la forme d’un procès de la révolution qui n’est qu’une farce de la justice. Il faut voir Godard, déguisé en flic, avec des lunettes d’aviateur, sortir de sa braguette une matraque ! Tout va bien (1972) est l’histoire d’un couple dans l’agitation d’une usine en grève illimitée. En rouge, sur la porte du bureau du patron : « Il est bon de s’en tenir à la vérité quand bien même elle serait invraisemblable. » C’est en plans fixes, sans contrechamp, que s’expriment les ouvriers révoltés, le délégué CGT qui les traite de « provocateurs », le patron séquestré, une journaliste américaine (Jane Fonda) étiquetée « spécialiste du gauchisme » et son mari, cinéaste militant (Yves Montand), justifiant sa reconversion alimentaire dans la publicité. Déjà la fin ? Un écran parallèle, De Dziga Vertov au groupe Dziga Vertov, qui sonne aujourd’hui comme une leçon d’histoire. MURIEL BENISTY
Entre réel et fictions « L’art n’est jamais un document mais il peut en adopter le style » 1917, Walter Evans Le 2 juillet, un des Jeudis du comptoir organisés par l’Association des Libraires à Marseille, à La Caravelle, a permis une rencontre entre Monique Deregibus, photographe, Jean-Pierre Rehm, Délégué Général du FID Marseille et Rochelle Fack, écrivaine, auteur d’un essai sur Hans-Jürgen Syberberg dont un des films, Hitler, un film d’Allemagne était programmé dans l’écran Les Spectres de l’Histoire. Cette épopée de sept heures, tournée en 1977, est un procès intenté à Hitler, nécessaire travail de deuil, « film exorciste, que le monde n’était pas prêt à recevoir, à la sortie duquel il n’y a eu que peu de retours et qui a été adulé par les Cahiers du cinéma. » Le film mêle acteurs et marionnettes, images d’archives et images d’amateurs, et on en « sort transformé » précise Rochelle Fack. C’est en tant qu’artiste photographe que Monique Deregibus a été invitée à participer au Jury du FID. Spectatrice de films depuis son adolescence et passionnée par le montage, elle interroge la photo de ce point de vue-là. Son ouvrage, I Love You For Ever Hiba, dont le titre est tiré d’une inscription placée au pied de la statue des Martyrs, au cœur de Beyrouth, fait se heurter des images de la capitale libanaise et de Las Vegas, équivalent photographique du montage cinéma. Un échange animé par Pascal Jourdana et diffusé sur Radio Grenouille, en guise d’apéritif littéraire du FID. ANNIE GAVA 39 Nouvelle corde à l’arc d’Ariane On connaît tous Ariane Ascaride, actrice qui a tourné dans une trentaine de films, comédienne qui a joué dans une quinzaine de pièces de théâtre. Elle se lance aujourd’hui dans une nouvelle aventure, la réalisation Zibeline l’a rencontrée alors qu’elle venait de terminer ses deux journées de tournage dans un collège réputé difficile de la banlieue nord de Marseille, le collège Arthur Rimbaud. Zibeline : Qu’est-ce -ce qui vous a poussée à passer derrière la caméra ? Ariane Ascaride : Après l’aventure de l’écriture du scénario du Voyage en Arménie, je me suis demandée si j’étais capable de raconter une histoire. Avec Marie Desplechin, nous avons fait des essais d’écriture mais les projets n’ont pas abouti. Mon agent, Véronique Bouffard, a été contactée par une productrice de la collection Identités (douze fictions de jeunes auteurs ou de nouveaux producteurs et diffusée en deuxième partie de soirée sur France 2,ndlr) et la lecture du synopsis m’a fort intéressée. Avez- vous participé à l’écriture du scénario ? Le scénario a été écrit par Baya Kasmi à partir d’une de ses nouvelles (publiée dans un ouvrage collectif, Mixité(s)/Thierry Magnier Editions,ndlr). J’ai travaillé un peu avec elle mais je n’ai pas écrit les dialogues. C’est l’histoire d’une petite fille algérienne qui veut être française. Et qui, dans sa tête, est plus française que la plupart d’entre nous ! Elle veut devenir Présidente de la République… mais n’a pas de papiers ! Elle va rencontrer une femme d’une trentaine d’années qui ne se reconnaît plus dans son identité et qui va l’aider à grandir, à devenir une femme. Il y a un petit garçon qui traîne en bas de la cité, qui l’embête au début mais qui va devenir son petit amoureux, un Arabe français, lui, avec des papiers. Ariane Ascaride et ses deux jeunes comediens Sofia Lassoued et Adil Amrabt A.G Est-ce que Marseille était prévue dans le scénario ? Non ! Mais pour une première tentative, je voulais tourner dans des lieux qui me sont familiers, dans une lumière que je connais, avec des gens que j’apprécie. Ceux de la « tribu » Guédigian-Ascaride ? Oui ! Ils me font l’honneur de travailler pour moi sur un film à petit budget ; Laurent Lafran au son (plus d’une douzaine de films de Guédigian,ndlr), Pierre Milon à la photo (Le Voyage en Arménie, Lady Jane et L’Armée du crime,ndlr). Je veux traiter le film à travers le regard d’un enfant, comme un conte, avec un éclairage particulier, beaucoup de couleurs au départ, qui vont devenir grises… Les contes ne finissent pas toujours bien ! Votre personnage principal, la petite fille, l’avez-vous trouvée à Marseille ? Non ! Il y a eu un casting très long à Paris, et quand j’ai vu Sofia (Sofia Lassoued) cela a été une évidence : c’était mon personnage. Elle est étonnante ! Elle m’épate ! Elle peut donner beaucoup. Le petit amoureux vient aussi de Paris, Adil Amrabt. Les autres enfants sont de Marseille. Après une semaine de tournage, vos impressions ? Au départ, la peur ! La peur de l’inconnu ! Mais, je suis très aidée par Pierre et Laurent ; la peur s’estompe… Je suis très émue de toute cette solidarité. C’est un vrai travail d’équipe. Quatre semaines de tournage, et après le montage ? Le montage se fera avec Joëlle Van Effenterre, la monteuse de Brodeuses d’Eléonore Faucher (dans lequel Ariane tenait le rôle de Madame Melikian, la brodeuse,ndlr). Le film devrait être terminé pour fin octobre/début novembre… C’est dans une ambiance des plus agréables que s’est terminé cet entretien avec une comédienne, et réalisatrice !, aussi chaleureuse que ses apparitions à l’écran le laissent pressentir… Merci Ariane, et bon travail ! ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ANNIE GAVA



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :