Zibeline n°21 août 2009
Zibeline n°21 août 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°21 de août 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 4,6 Mo

  • Dans ce numéro : la culture est-elle rentable ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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30 raTu)T, I, MUSIQUE CONCERTSntltutJ Chung sauve Verdi ! Si La Traviata, jouée en ouverture des Chorégies d’Orange le 11 juillet, n’a pas sombré sur la scène du Théâtre antique, c’est en partie grâce à la maestria de Myung-Whun Chung à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Radio-France… autant qu’au courage, au métier déployés par Patrizia Ciofi, peu en voix ce soir-là, mais qui réussit à conserver à son personnage de « dévoyée » toute son expression dramatique. Dès les premiers pianissini de cordes Chung irradie, plonge les milliers de spectateurs massés sur les gradins dans une ambiance de tendresse et de rêve. Tout au long de l’ouvrage, il conduira sa la cohorte, par cœur, avec précision, puissance et une présence confondantes : c’est une véritable « force qui va » ! Malheureusement, on sent rapidement chez la Ciofi quelque blancheur dans le timbre, cotonneux dans le bas-médium. Du coup l’aigu manque fâcheusement d’éclat dans les morceaux de bravoure. Elle tient la scène grâce à sa science du bel canto, la souplesse des phrasés et sa maîtrise scénique. À ses côtés Vittorio Grigolo campe un excellent Alfredo, ténor jeune et dynamique, au chant souple, quand le paternel du baryton Marzio Giossi, si honnête soit-il, reste scéniquement un peu figé. L’habile mise en scène de Frédéric Bélier–Garcia expose d’emblée l’alpha et l’oméga de l’œuvre : du bal initial au lit funéraire. Par des jeux de plateaux roulants, il souligne sa dualité, alterne en tuilage les scènes de foule festives (une parade « gothique » chez Flora absolument somptueuse) et l’intimité de la chambre où Violetta finit, abandonnée du monde. JACQUES FRESCHEL Les Chorégies d’Orange jusqu’au 4 aout 04 90 34 24 24 www.choregies.asso.fr La Traviata Philippe Gromelle Double gravité Compositeur libanais né en 1967, Zad Moultaka appartient à cette génération d’enfants ayant vécu la guerre. Cette précision pourrait s’avérer anecdotique si elle n’expliquait pas la question fondamentale posée par le compositeur dans sa pièce intitulée L’Autre rive : « Et si j’étais né de l’autre côté ? » La frontière, barrière symbolique qui clôt deux espaces antagonistes marqués par ce regard intransmuable qui voit en l’autre la personnification de la violence et de la haine, sert de clef de voûte à l’édification de cette pièce. Les deux cloîtres contigus de la Chartreuse de Villeneuvelez-Avignon, accueillant chacun une partie du public, ont figuré, lors de la création, les deux pôles de ces rives imaginaires. À la mobilité des chanteurs de Musicatreize s’évaporant d’une salle à l’autre, répondait la fixité des deux groupes instrumentaux : guitare-percussion, cymbalumpercussion. À l’entracte le public, acteur à part entière, était invité à changer de rive. Tel un chiasme, l’œuvre, construite autour de 12 poèmes, tentait l’expérience d’un temps à double directionnalité. Aux sonorités cristallines du cymbalum et des métallophones dans un temps très ductile, mémoire de la culture orientale de Moultaka, répondaient les sonorités plus dures et plus âpres de l’autre ensemble. Le chœur, dirigé par Roland Hayrabédian, opacifiait l’ensemble en alternant de multiples techniques de chant (parlé, chanté, Zad Moultaka Catherine Peillon sifflé…). Musique anti-dyonisiaque par excellence la pièce s’éteignit doucement dans la pénombre. L’auditoire sous l’emprise de cette œuvre aux sonorités subtiles, à la noirceur éclatante, s’éparpilla dans le cloître dans un no man’s land de gravité, ruminant en silence la question initialement posée : « Et si j’étais né de l’autre côté ? » CHRISTOPHE FLOQUET L’Autre Rive a été créée les 8 et 10 juillet lors du Festival d’Avignon
Abracadabrantesque ! Le 3 e Festival d’Orgue de Bouc Bel Air a été clôturé en beauté le 5 juillet par un récital éblouissant d’improvisations de l’organiste Philippe Lefebvre Avant de conter l’immense talent de l’organiste de Notre Dame de Paris dans une mosaïque d’improvisations dont il a le secret, soulignons la qualité de ce jeune festival qui a offert à un public nombreux et enthousiaste trois concerts magnifiques. L’orgue, instrument si particulier mais tellement magique, s’associe volontiers aux cordes et le duo avec violon composé d’Amandine Beyer et de Jan Willem Jansen aux claviers l’a amplement démontré, tant les œuvres de Bach et Couperin furent interprétées avec talent et passion. Yasuko Bouvard, claviériste familière du très complet instrument de Jean Daldosso a pour la seconde soirée croisé les lignes mélodiques avec l’orchestre baroque Les Passions sous la direction et la flûte à bec de Jean-Marc Jorge Cardoso X-D.R. Pour fêter dignement ses 9 ans d’existence, le Festival international de guitare de Lambesc mit à l’honneur la guitariste marseillaise à la renommée internationale Gaëlle Solal et le duo argentin (guitare, accordéon) des frères Florès. Le 30 juin, le cadre verdoyant de château de Valmousse fut témoin d’un grand moment de magie. Au travers d’un programme qui fleurait bon l’Amérique latine -Piazzola, Villa- Lobos-, Gaëlle Solal, avec un jeu sans emphase et une virtuosité contenue, auréola de son talent un public émerveillé ; même les cigales alertes en ce début de soirée se turent devant ce moment de musicalité et de finesse ! Une technique parfaite, mais aussi une réelle puissance d’analyse et d’interprétation. Mis en appétit par cette prestation, Andrieu dans un répertoire original rendu par une grande interprétation. Mais le sommet de ces trois jours de musique fut le florilège d’improvisations donné par Philippe Lefebvre, un des grands maîtres du genre, qui laissa les auditeurs dans un état extatique. Après des variations dédiées à Bach au milieu d’une fantaisie et fugue en sol mineur rondement menée, le maestro laissa éclater son talent à travers divers styles, livrant avec pédagogie des explications bienvenues. Le grégorien dans un style français, et deux incroyables improvisations sur les thèmes des chansons populaires Nous n’irons plus au bois, et À la claire fontaine. Inventivité sans limite, pirouette, technique impeccable, créativité phénoménale... les substantifs ne suffisent pas : rendez-vous est pris l’an prochain ! FRÉDÉRIC ISOLETTA Six cordes, neuf bougies, quatre démonstrations on poursuivit le festin avec l’arrivée de Rudi et Nini Florès, et une heure de promenade dans le Nord Est de l’Argentine et sa musique traditionnelle, le chamamé. Difficile de parler de duo face à une telle osmose et un tel équilibre entre les deux instrumentistes ; osons plutôt le terme de « guitardéon » ! Deux corps et une âme unique tissaient une trame sonore arachnéenne : la musique ne cédant jamais à la tentation de démonstration simplement virtuose… CHRISTOPHE FLOQUET Pas si sèche ! La veille au château (le 29 juin), la reine était dans un plus simple appareil encore. Lumières, perspectives aristocratiques et confortables, arbres, bassins, jets d’eau, scène sobre, Jean-Marc Andrieu Jean-Jacques Ader paravent et orchidées… Madame Butterfly ? Non, une guitare, une simple guitare sèche… Assis, en noir, penché sur son instrument comme une mère sur son enfant, Rafael Fernandez Andujar emporte les spectateurs dans le monde du flamenco, des danses andalouses, du fandango, par un phrasé d’une grande netteté, avec de superbes crescendos rythmiques. Maîtrise, précision… tandis que les cigales exacerbent leurs stridulations au cœur des platanes. Longs rappels dans le soir naissant, pause, tableaux, promenades… Jorge Cardoso, debout sur scène, commence la deuxième partie du concert comme une conférence, ironise, « je parle trop pour jouer moins » !, mais donne à comprendre Gaelle Solal J. A. Serrano 31 l’évolution de la musique espagnole baroque vers la musique latinoaméricaine ; ainsi, ce morceau de 1700, Los Impossibles, qui contient le ferment de la samba, véritable hymne national argentin. Le crissement des grillons accompagne les accents de la guitare, jouée par combien de doigts ? L’on entre dans une orbe de douceur… virtuosité jusque dans les passages qui s’y refusent, évidents de simplicité. Clarté, finesse, élégance… Une folie d’Espagne baroque de François Le Cocq recèle toute les techniques de la musique latine. Rappels nourris auxquels répondent un morceau sublime d’Eduardu Falu puis un « air du Nord ». Pour finir ? On repart dans la nuit, le sentier fleure l’herbe fraîchement coupée… tout empreint encore de la majesté de la reine. M.C.



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