Zibeline n°21 août 2009
Zibeline n°21 août 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°21 de août 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 4,6 Mo

  • Dans ce numéro : la culture est-elle rentable ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 24 - 25  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
24 25
24 FESTIVALS Sur le fil tendu Remonter sur scène à 52 ans, après 15 années d’absence physique, pour l’unique solo de sa carrière, est une entreprise surprenante. Y dire pour la première fois un texte est plus singulier encore... En fait Preljocaj s’est toujours méfié de la solitude. En dansant le Funambule il n’est pas seul en scène : il y est avec Genêt, et Abdallah son funambule, qu’il incarne tour à tour. Il conserve devant lui des écrans, loin de l’introspection impudique vers laquelle le solo plonge souvent. Le texte est un rempart sublime, qui permet cependant d’entrevoir le chorégraphe par analogie. Parce que la lettre d’amour de Genêt à Abdallah dédouble la figure de l’artiste : Angelin n’est ni cet auteur qui contemple, ni ce jeune corps triomphant qui danse sur son fil. Il est au mitan des deux, et projette sur ses interprètes, ici lui-même, son amour de la Grâce, comme un Narcisse vieillissant qui ne reconnaît plus sa créature dans les miroirs. Ce non-dit se révèle peu à peu émouvant. Malgré toutes les phrases de Genêt, son désir et ses souffrances n’apparaissent que peu dans cette œuvre : au moment de dire les mots d’amour homosexuel le danseur se tait, laisse place à sa voix off, se cache derrière des pans de tissu tombé. En revanche peu à peu Preljocaj exhibe son propre corps. Qui danse encore, très vite, très sec, très précis, mais raide forcément, blanchi, amaigri. Et lorsqu’il grimpe sans ciller vers les cintres sur sa barre tel un capitaine affrontant le vent, on est épaté qu’il puisse « encore » contempler ce vide, et regarder le public pour la première fois… Éclats de danse Sur le plateau de l’Été danse des hivernales à Avignon, Hassan Razak (Onstap), Denis Plassard (Cie Propos) et Ambra Senatore ont offert un condensé de la danse actuelle. Trois formes (duo, groupe, solo) pourtant traversées par une même constante : le step ou percussion corporelle comme composante de leur vocabulaire. À plus ou moins forte dose selon leur écriture. Onstap en a fait sa marque de fabrique, Hassan Razak et Mourad Bouhlali ont su combiner dans Parce qu’on va pas lâcher cet esthétisme du geste et la précision du rythme avec le slam et le théâtre. Une ouverture source de richesse qui permet à la pièce de s’appuyer sur une dramaturgie, quitte à essuyer quelques revers comme l’essoufflement du rythme et une narration encore chaotique. « Comment peut-on faire de la musique en se tapant dessus ? » On les regarde simplement jouer de leur corps comme ils jouent d’une batterie et réussir, avec une économie de moyens, à ferrer l’émotion par leur énergie et leur présence généreuse. De l’énergie et de la générosité, les cinq danseurs et les trois musiciens réunis sur le ring par Denis Plassard n’en manquent pas non plus ! Les candidats de DéBataille s’affrontent à armes égales pour relever seize défis qui les laissent terrassés, malgré leurs acrobaties et leurs fourberies, tout cela avec une extrême élégance et une égale courtoisie. Dans l’arène, ils rivalisent de virtuosité, de dextérité, d’ingéniosité pour remporter la coupe, usant de la prouesse hip LES HIVERNALES MONTPELLIERDANSE m Ambra Senatore, Maglie Giorgio Sottile funambule enfin, tout près du péril extrême. À la fin on sait qu’il a murmuré quelque chose de luimême. En parlant un instant albanais, en disant un texte pour lui fondateur, sa fascination du geste, de la santé, de l’argent, du spectacle… et cette douleur d’attendre chaque jour que le moment de l’exhibition revienne. On sait que le sang, le couteau, les déchirures, l’or et le sable, les pages que la scénographe déploie comme b Un funambule, Angelin Preljocaj JC Carbonne des linges immaculés, tout cet attirail baroque emprunté à Genêt nous a emmené vers un endroit étrange. Qui n’est plus tout à fait le lieu du texte, mais ressemble sans doute à l’origine d’un désir : celui de danser… AGNÈS FRESCHEL Le Funambule a été créé lors de Montpellierdanse du 22 au 24 juin hop comme du pas de deux, de l’équilibre circassien, de la musicalité du step et des mouvements cinématographiques. Fasciné par les danses traditionnelles et les battle hip hop notamment, Denis Plassard a entraîné son « équipe de joueurs endurcis » dans un mouvement ininterrompu, une danse électrique, convulsive où les corps sont livrés à des enchaînements et des combinaisons périlleuses. Pas un temps mort pour s’apitoyer sur soi-même et risquer de perdre ! Même quand la compétition est rude, les protagonistes s’opposent à coups de performances en bondissant d’une partie de catch à un duel kung-fu. DéBataille est un show fantaisiste interprété par des danseurs de haute voltige… De performance, il est aussi question avec Ambra Senatore qui, dans Maglie (Mailles) et Merce (Marchandises), œuvre par fines touches acides : décapants dans leur gestuelle et décalés dans leur intention, les deux soli sont d’un genre hybride. Une sorte d’installation chorégraphique et théâtrale en trompe-l’œil qui aurait toute sa place dans un musée d’art contemporain ou une galerie avant-gardiste. Qu’il s’agisse de sa réflexion sur le corps féminin et l’image en mouvement sans cesse transformée ou de sa dénonciation du tout marchand, Ambra Senatore offre une danse espiègle saupoudrée de clins d’œils complices et de poses suggestives. L’interprète de Roberto Castello, Jean-Claude Gallotta et Georges Lavaudant est désormais une auteur dont il faut retenir la signature. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Spectacles présentés dans le cadre de l’Été danse des hivernales Quand les régions s’en mêlent…, jusqu’au 26 juillet, Avignon www.hivernales-avignon.com
D FESTIVAL DE MARSEILLE n FESTIVALS Quelques réminiscences du Festival de Marseille, accompagnées des photos d’Agnès Mellon… Anima Deux robes de voile blanc attachées par les manches, suspendues, se balancent, molles sous la voûte de la chapelle immaculée. Privées de corps elles dansent en cachette, animées de vie comme les objets magiques des contes. Un coup de ventilateur, des jeux de lumières et de son, un presque rein à la limite du décevant… mais audessus, comme un souffle qui effleure votre oreille un instant… A.F. 100% polyester de Chritian Rizzo s’est tenu dans la Chapelle de la Vieille Charité du 17 juin au 11 juillet Agnes Mellon Psyché Six filles et trois garçons enfermés dans une chambre claire. Là encore les images sont violentes, mais énigmatiques aussi. Moins rock, moins trash, moins attendues : la violence est psychique, c’est celle de l’enfermement mental, et de la claustration physique dans un puits sans issue. Tous se projettent contre les murs, tendus vers les vasistas de lumière, grimpant sur les plâtres, frappant les carrelages froids et le sol dur aussi comme la pierre… On ne sait trop ce que ces corps vivent mais ils nous touchent, souvent. Parce que la violence que les femmes subissent est 25 affranchie de regards masculins complaisants et semble intime, vécue. Parce que certains moments sont époustouflants de force, et d’invention chorégraphique. Parce que les attendus catégoriels sont dépassés, et que ces corps sur pointes, acrobates, athlétiques, hystériques, masqués ou lascifs -rarement- semblent animés d’une violence furieuse et familière. Féminine ? A.F. La Chambre blanche de Ginette Laurin a été dansé les 21 et 22 juin au Ballet National de Marseille Agnes Mellon Gothique n Le courant gothique n’est pas uniquement une mode adolescente et dépressive qui consiste à se mettre les cheveux en pétard et à se peindre les ongles en noir : il y a bientôt deux siècles de jeunes Romantiques, souvent nostalgiques de l’aristocratie révolue, adoptaient la tenue l’humeur sombres, et revendiquaient l’amour du décati, des couloirs humides, des drogues, des passages secrets peuplés de spectres et de revenants… En situant le deuxième volet de son Evelyne au Palais Longchamp, dans son aile humide et somptuaire consacrée aux Beaux-Arts romantiques, Chritophe Haleb tapait donc juste. En le peuplant de créatures gothiques contemporaines, et en adoptant un « dress code » noir, il semblait opérer un rapprochement bienvenu entre une mode contemporaine, et son ancêtre. Las le propos s’arrêta là. La soirée fut aussi décousue que les costumes en pièces, mosaïque d’images inachevées et de moments jamais écrits, ni dansés, ni performés même. Et qui entraînaient un public formé pour l’essentiel de professionnels dans des jeux collectifs à la limite du club med. Dommage ! A.F. Evelyne House of Shame n°2 a été créé au Palais des Beaux-Arts les 23 et 24 juin Agnes Mellon Esthétique de la combinatoire Le Tangram découpe les carrés en sept éléments qui peuvent se décliner en une multitude de combinaisons géométriques... Aurélien Bory, scientifique de formation, a pensé à ce jeu chinois lorsqu’il a rencontré les acrobates de l’Opéra de Pékin. Et a imaginé un jeu de construction géant à leur mesure. Acteurs polyvalents, capables de prouesses extraordinaires, ils grimpent entre deux parois lisses comme un rien. Ils chantent aussi, sont musiciens, se jouent des situations avec humour. La réussite du spectacle repose sur eux, et sur la scénographie subtile. Tout est très pur, dès la première image dans une douce lumière jaune, la silhouette en contre-jour d’une joueuse d’erhu, violon à deux cordes. Puis des glissements furtifs permettent les déplacements d’autres corps qui surgissent, occupent peu à peu l’espace dont l’éclairage s’intensifie. Rythmés er architecturés par la musique de Raphaël Wisson et les lumières de Tristan Baudoin, plusieurs tableaux se succèdent, les personnages se meuvent, impassibles, dans un univers déshumanisé, tout en déplaçant les pièces du puzzle... jusqu’au moment où le carré se recompose, debout. CHRIS BOURGUE Les 7 planches de la ruse a été joué les 25 et 26 juin au Parc Chanot 0



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :