Zibeline n°21 août 2009
Zibeline n°21 août 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°21 de août 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 4,6 Mo

  • Dans ce numéro : la culture est-elle rentable ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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22 FESTIVALS AVIGNON IN Filiation dans un pays en guerre Tabarnak ! Quelle aventure théâtrale et humaine ! Dans une symbiose parfaite, les 23 comédiens de la trilogie intentée par Wajdi Mouawad ont répandu leur art, devant un public aussi attentif qu’ému par cette nuit magique, ce rêve de théâtre. Du crépuscule à l’aube, les trois premières parties de la tétralogie Le Sang des promesses, cycle de l’exil et des origines, ont résonné dans une Cour d’Honneur aux allures de camp de réfugiés. Wajdi Mouawad, photographe de l’âme et de la mémoire, à l’écriture terriblement vivante, nous renvoie à notre propre filiation auréolée de fils invisibles, secrets et profonds. Dans Littoral, réécrit pour la circonstance, le fils voulant raccompagner la sépulture de son père jusqu’à sa terre natale embarquera à sa suite, comme dans un rêve de cinéma, ses « prophètes ». Personnage noyé par la réalité, Wilfried à l’issue de son périple s’affranchira de son enfance. « Je ne sais même pas si je rêve, je ne sais même pas si je dors, je capote un peu, là » dira le fils à son père. Le public ne vacillera jamais, fidèle jusqu’à la standing ovation du petit matin, pour acclamer ces raconteurs d’histoires. Occupants d’un plateau protéiforme dans une composition visuelle toujours contrôlée, instantanée, très picturale. Incendies, en écho à Littoral, est l’histoire de jumeaux qui voyagent pour trouver les fondements sur lesquels se sont édifiées leurs existences. « L’enfance est un couteau planté dans la gorge, on ne le retire pas si facilement » : l’héritage de leur mère, muette suite à une promesse, permettra aux enfants légataires de redessiner leur généalogie. Construite sur des flash-back, cette tragédie de l’amour impossible vient à bout du silence : le retour des enfants au pays natal figera l’addition monstrueuse. « Il faut casser le fil » : Œdipe s’en chargera en fracassant le destin de ces enfants en quête de leurs origines, dans le Liban en guerre où fut violée leur mère. Forêts (à une heure hautement caféinée !) raconte la Le texte de Flavius Josèphe, la Guerre des juifs, fit l’objet en 1976 d’une (longue) préface de Pierre Vidal Naquet absolument fondamentale : Du bon usage de la trahison s’attache à cet Hébreu antique passé chez les Romains, et décrivant de l’autre côté, en historien qui pleure pourtant les malheurs de son peuple, la chute de Gamala, le massacre de Jérusalem et la destruction du Temple, puis le suicide collectif des Sicaires à Massada. À travers cet homme Juif capable de critiquer son peuple, ses divisions, ses extrémismes et ses sectes, Pierre Vidal- Naquet établissait des parallèles entre l’histoire antique et le « conflit » israëlo-palestinien. Il y aurait donc un « bon usage » de la trahison, qui impliquerait une fidélité à ses idées, aux circonstances et non à son peuple. Même si le cœur pleure, comme le disait déjà Joseph Ben Matthias, devenu Flavius Josèphe. C’est dire combien monter ce texte est signifiant pour Amos Gitaï. Puis de le jouer à Epidaure, Barcelone colère et le poids du secret, dans un bouillon de références aux mythes fondateurs et littéraires. Une fresque de promesses, de filiation, de don de soi et de la mécanique de l’histoire, à la narration découpée entre la mythologie, les deux guerres et le présent. Une enquête où la jeune Loup, avatar d’Antigone, née du sacrifice de sa mère, accouchera de son passé et déchiffrera les traces de sa destinée. « Ma mémoire est une forêt dont on a abattu les arbres ». En recollant les morceaux de ce puzzle éparpillé, en réveillant six générations de femmes au cœur de forêts traversées par un secret, elle trouvera sa place dans le monde. Véritable élan de vie et hymne d’amour, Forêts laisse le public au petit matin en apnée, plongé dans son inconscient. Entreprise urgente et vaine Carrière Christophe Raynaud de Lage - Festival d'Avignon et Istambul. Même si dans la Carrière de Boulbon le cinéaste israélien est resté cinéaste, le résultat scénique consistant en une sorte d’oratorio qui superpose des voix, fait entendre des récits successifs, un sublime moment de chant, une prestation de Jeanne Moreau bafouillante par a o Le lien entre les spectacles est organique. Limpide et incandescent. Profond et drôle. Sans artifices. Aux entractes, les spectateurs errent dans les méandres du Palais des Papes, touchés par la grâce. À travers l’odyssée de ces personnages en quête d’identité, nous croisons notre propre destinée. Un retour aux sources de l’enfance et de la peur fondamentale et commune : celle de l’abandon maternel. DELPHINE MICHELANGELI Littoral, Incendies, Forêts a été joué dans la Cour d’Honneur du 8 au 12 juillet Agnes Mellon instants, puis subitement émouvante. Mireille Perrier, en mère affamée infanticide, est la seule qui joue un peu son personnage, les autres campant des voix dans un décor d’échafaudages qui avance et recule inutilement. Reste que ce texte est toujours aussi questionnant, et l’entreprise d’Amos Gitaï très courageuse. A.F. La guerre des fils de lumière contre les fils des ténèbres a été créé du 7 au 13 juillet
D’Or et de frontières On constate une fois de plus avec le Livre d’or de Jan ce que l’on sait dans la région depuis plus de 15 ans : Hubert Colas est un grand metteur en scène. Avec un langage scénique maîtrisé, un métier, une inventivité qui ménage ses surprises, un sens du rythme évident, et un don exceptionnel pour la direction d’acteurs. Ce qui d’emblée garde le Livre d’or de Jan des défauts structurels qui règnent sur d’autres scènes : pas une seconde d’ennui durant ces deux heures, pas de flottement non plus, tout étant réglé au millimètre, et pas d’enflure inutile à la recherche d’un paradis épique littéraire. Et puis des moments fabuleux : Thierry Raynaud qui à deux reprises -moins au milieu- est bouleversant de sincérité, d’incarnation distanciée, d’intimité ludique, de drôlerie et de poésie. Des instants hilarants, numéros de clowns prosaïques empêtrés dans des situations cocasses dont ils racontent la drôlerie jusqu’à vous y enfoncer. D’autres scènes naturelles, qui transgressent pourtant tranquillement les frontières entre jeu et confession, acteur et personnage, réel et fiction, récit et représentation. Ceci grâce à la plasticité générale des acteurs, et à un dispositif scénique malin et efficace qui ménage, par des effets de transparence/opacification, deux Fabre est drôle Une entrée public devant les performers qui s’échauffent, avant de monter sur le ring. Puis coup d’envoi de la première orgie, celle de la course frénétique à l’orgasme. « Bienvenue à l’heure du plaisir » pleurniche un homme en plein concours masturbatoire. Comme d’habitude chez Jan Fabre, la provocation est systématique, mais là c’est assez juste et carrément drôle. Emblème du spectacle, le canapé Chesterfield reflète l’abrutissement de masse, accueillant des hommes et femmes capables de subir les pires outrages. Très à l’aise dans la farce, l’outrance burlesque, le pathétique, Jan Fabre critique la tolérance : celle de la banalisation de l’extrême droite, de la pornographie, du terrorisme, du luxe, de l’argent, de la société de consommation. « On pourrait acheter à en crever » bondissent les performers surexcités sur leurs confortables canapés. Lorsque des femmes accouchent, dans la douleur, de produit vaisselle Défaites Description d'un combat Christophe Raynaud de Lage - Festival d'Avignon Depuis une trentaine d’années Maguy Marin traverse, souvent en diagonale et en zigzags, en bonne compagnie toujours, des mondes et des moments, tantôt se drapant, tantôt tranchant dans les mots, les images et les musiques qui sont autant de témoignages de la puissance créatrice de l’homme. Les dernières œuvres sont Le livre d'or de Jan d'Hubert Colas Christophe Raynaud de Lage - Festival d'Avignon D espaces scéniques qui communiquent ou séparent, et sert aussi d’écran aux projections. ou de cacahuètes, on est en pleine débandade ! Il n’épargne pas non plus le monde de la mode, de la publicité, de la télé-réalité. « À force d’être tolérant, on finit par supporter tout et n’importe quoi. » La bande son est remarquable, permettant des ruptures rock exceptionnelles. Quelques clichés, car ils sont tous réunis, sont carrément risibles, tel ce Jésus errant sur le plateau avec sa croix, ou cet homme se baladant avec son arme dans les fesses ! On rit devant ce coach qui entraîne ses ouailles à connecter leur centre à leur argent. Nous sommes les zappeurs de ce drôle de reflet d’une société, de son asservissement. Dans un Fuck You final et général, les 11 acteurs offrent une dernière danse jubilatoire et orgasmique. En nous faisant rire devant toutes ces inepties proprement intolérables, Jan Fabre souligne combien nous restons sensibles aux clichés qu’il dénonce… DELPHINE MICHELANGELI 23 Cette écriture de la scène, virtuose et constamment distanciée, prend corps dans un texte écrit pour elle, qui ose la poésie comme l’humour scato, fleure avec le potache puis plonge dans l’intime… Mais contient de l’agaçant aussi, parce qu’on regrette qu’avec un tel talent Hubert Colas garde un côté branché qui l’amène à sacrifier à certains tics actuels : une mise à poil inutile (une autre, dichotomique, est très drôle), un chanteur rock qui ponctue les scènes mais casse le rythme, un éphèbe suicidaire qui traîne sa mélancolie, et dont on ne sait s’il est drôle ou pitoyable… Et surtout, cette quête d’un personnage absent, christique, aimé de tous pour son charisme et son ineffable beauté, fuyant forcément, forcément artiste… Reflet d’un auteur et de sa sphère ? Dans laquelle les femmes et les hommes aiment le même homme, ont tous le même âge, et semblent n’avoir aucune vie familiale, pas de travail, pas d’enfants ni de parents, pas d’histoire ni de fonction sociale ? Branché, mais hors du monde… AGNÈS FRESCHEL Le Livre d’or de Jan a été créé pour le Festival d’Avignon Jusqu’au 18 juillet au Cloître des Carmes Orgie de la tolerance Agnes Mellon Orgie de la Tolérance a été créé pour le Festival d’Avignon Jusqu’au 15 juillet, Cour du Lycée Saint-Joseph noires, à l’antipode de la grâce : Ah ah était un sublime réquisitoire contre le rire aliénant, Umwelt contre la disparition des rêves… Description d’un combat affirme de manière implacable, lente, distillée jusqu’à l’irritation, le pouvoir de destruction de l’homme. Les neuf interprètes travaillent d’abord à évacuer tout mouvement qui pourrait évoquer de près ou de loin la danse ; les déplacements trop bien réglés, sans surprise et ostensiblement prosaïques (soulever une étoffe plus ou moins lourde/aller plus loin/recommencer) rayent de la carte un demisiècle d’incarnation. Seule la langue se meut vraiment, circule à travers l’Iliade sous laquelle coule l’Épopée, de la retraite de Russie à la guerre d’Espagne... Péguy côtoie Von Kleist dans l’exaltation-dénonciation de tous les combats meurtriers. Au feuilleté du discours répond l’effeuillage de la scène ; d’abord doucement vallonnée de vastes tissus bleus (l’ennemi arrive par la mer), elle se laisse dépouiller par la main des glaneurs qui s’en revêtent et dégagent des flaques d’or, des lacs de lumière, eux-mêmes mis à nu jusqu’au rouge de la pourpre et du sang. Des étendards se déploient furtivement et le plateau se vide laissant sur le sable des mannequins prisonniers de leur armure comme de ridicules crustacés échoués au fond de l’océan. Une splendeur visuelle dilatée hélas jusqu’à l’ennui... La méditation canonique, sur les liens de la beauté et de la cruauté, n’ouvre aucune voie... Et que faire du titre emprunté à la fois à une nouvelle de Kafka et à un documentaire de Chris Marker sur le jeune état d’Israël ? Quelle est l’issue du Combat ? MARIE-JO DHO Description d’un combat a été créé pour le Festival d’Avignon Jusqu’au 16 juillet au Gymnase Aubanel En décembre au Merlan, Marseille



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