Zibeline n°21 août 2009
Zibeline n°21 août 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°21 de août 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 4,6 Mo

  • Dans ce numéro : la culture est-elle rentable ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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20 FESTIVALS AVIGNON OFF Les fantômes d’Ubu Patrick Sims, spécialiste d’Alfred Jarry, a créé en 2007 L’Armature de l’Absolu, avec les Buchinger’s Boot Marionnettes (voir Zib 7). Cet « antiéloge sur la tombe d’Alfred Jarry » est à la croisée de l’univers de Tim Burton, David Lynch ou encore de Brian de Palma, époque Phantom of the paradise. Exploitant la thématique scatologique et les symboles phalliques inhérents à l’œuvre de Jarry, et toutes les autres obsessions de l’auteur : bâton-à-phynance, bicyclette, tics, absinthe, revolver, ogres malfaisants… Et la mort très envahissante, sous couvert sarcastique. « On est libre de voir en monsieur Têtes de bois ill La loi du silence Cet Hamelin de Juan Mayorga est une claque ! Ça démarre par une berceuse innocente, qui très vite assoit le spectateur dans une formidable démonstration de la force du langage. Il s’agit d’une enquête sur un sujet difficile à aborder, surtout pour des Belges : la pédophilie. Dans ce théâtre du réel, les acteurs, excellents, officient sur un plateau aux fausses allures de neutralité « Hamelin œuvre sans scénographie, au spectateur d’inventer ses décors, lumières et costumes. » Justement la pièce est très cinématographique, avec un arbitre qui fait claquer le silence dès que ça dérange.ei Ubu toutes les aspirations que l’on veut », balancera le monstre accouchant d’un squelette, flanqué de ses sbires, sorte d’alien à la voix de Dark Vador. Un Ubu en pleine science fiction, sur le fil des Buchinger’s, accompagné par une bande son, prépondérante, organique, accaparante. Et par la perfection de ces inquiétantes marionnettes, faites d’os, de bois, de métaux, d’animaux, d’une inventivité virevoltante… Des marionnettes bien loin de la tradition du théâtre de Guignol, dans lequel s’inscrivait la trilogie ubuesque, au début du XX e siècle. Sur leur com’on peut lire « les Royales Marionnettes, la compagnie qui se la pète… ! ». Pourtant, c’est tout en finesse que les deux acteurs/manipulateurs amènent le public à leur vision très personnelle des Croisades. Ils revisitent le mythe du chevalier Godefroy de Bouillon, héros belge et blond, qui refusa le titre de premier roi chrétien de Jérusalem. Didier Balsaux, auteuracteur-constructeur de marionnettes, s’attache, au-delà de la réalité historique, à aborder la question sociologique des guerres. Massacres, terreur, pillages, violence… quel prix continuons nous à payer, après la légende ? Les marionnettes de bois sont superbement sculptées et sortent de tout côté d’un décor protéiforme pas si simpliste. Le personnage Tchantché (notre guignol) se trouve être le héros populaire de l’histoire, qui abandonne au bon moment le massacre. « Elle a Daniel Locus Namurimage - Marianne Grimont Petit bémol : sous chapiteau, la scène en castelet à la machinerie flamboyante n’atteint pas le regard des spectateurs en haut de gradin… et les enfants de moins de 13 ans n’y comprendront pas grand chose. DELPHINE MICHELANGELI L’Armature de l’Absolu par le Buchinger’s Boot Marionnettes est joué à Villeneuve en scène du 5 au 24 juillet (relâches les 6, 13 et 20) à 20h45 04 90 26 07 40 - www.villeneuve-en-scene.fr bon dos la guerre ! » retiendra-t-on de ce petit traité pacifiste. « On ne tue pas sa conscience » pourrait être la morale de cette histoire, ni pour tout petits, ni plus vraiment pour adultes, mais qui apporte un vrai message de tolérance. Et aura sans doute le mérite, malgré une manipulation assez classique, de provoquer un dialogue en famille. Ça sert à ça le théâtre aussi, non ? DE.M. La légende merveilleuse de Godefroy de Bouillon est jouée par les Royales Marionnettes au Festival Villeneuve en Scène, du 5 au 24 juillet (relâche les 13 et 20 juillet) à 19h30 04 90 26 07 40 - villeneuve-en-scene.fr Hamelin et son joueur de flûte un est conte relatif au fonctionnement sociétal, le sombre mythe du « dératiseur » qui entraîne les enfants de la ville dans son sillage. Qui l’incarne ici ? Les médias, l’institution, la famille, la misère, le notable, la psychologue, l’éducation, la rumeur, le juge… Les certitudes tombent les unes après les autres. Qui manipule qui ? L’ambiguïté de chaque personnage révèle la difficulté du sujet. Et si le récit de l’enfant n’était qu’une affabulation ? La parole de l’enfant serait mesurable pour les professionnels grâce à des « critères de crédibilité ». Le monde des enfants a-t-il donc forcément à voir avec imaginaire ? L’œuvre parle des impossibilités du langage, de la défiance envers l’aveu d’un enfant, d’une famille au bord du gouffre, rentre dans une spirale effroyable. D’adultes qui se renvoient la faute, par incapacité à assumer leurs faiblesses. Le dernier silence tombe comme un couperet. La vérité n’est plus à faire. DE.M. Hamelin, par la Cie Rideau de Bruxelles, est joué du 8 au 28 juillet (relâche le 20), à 20h, au Théâtre des Doms 04 90 14 07 99 – www.lesdoms.be Mafalda de Camara Double « Je » Big shoot, le dernier crime d’un bourreau qui se la joue artiste, une mise à mort orchestrée au peigne fin. Un jeu du cirque médiatique, jeune comme l’Amérique -face à une Europe plongée dans un capharnaüm de souvenirs et une Afrique tellement vieille qu’elle est tombée en enfance. Cette pathétique rencontre de la poussière et de son écroulement est écrite par l’auteur dramatique africain Koffi Kwahulé. Une écriture musicale, obsédante, brûlante et saccadée comme un rythme enfiévré de jazz. À l’origine du projet, Denis Lavant, magistral, interprète les deux personnages que tout sépare, le maître et l’esclave, le bourreau et la victime, le mal et l’innocence. Dans un décor minimaliste, l’acteur dévore littéralement la scène du Chêne Noir. Il danse, il aboie, s’amuse sans répit. Il vit complètement cette partition ciselée au couteau. Qui pouvait réussir le pari de ce duo à une voix, de cette schizophrénie aux allures de Charlie Chaplin, si ce n’est lui ? Il jongle d’un personnage à l’autre, avec une énergie parfois si véloce que le spectateur en est… dérouté. Un stradivarius qui nous met K.O. par son double chant incessant. « Les gens en face… ils attendent que je les caresse dans le bon sens du poil ? ». Le grand silence final résonne comme un grand shoot de comédie. DE.M. Big Shoot est joué au Théâtre du Chêne Noir du 7 au 29 juillet à 11h (relâche le 13 et le 20) 04 90 86 58 11 – www.chenenoir.fr
Poursuivre Avignon Le plus beau festival de théâtre du monde bat son plein… vous trouverez dans ces pages notre avis sur les premiers spectacles, et quelques pistes pour les jours qui viennent… Wajdi Mouawad tout d’abord, l’artiste associé : après sa Trilogie (voir p 22) sa création, Ciels (du 18 au 29 juillet), qui met en scène le rapport des pères à leurs fils, quatrième volet de ce cycle sur la transmission (aveugle), conçu en chiasme. Pour accompagner la découverte de cet auteur, un petit livre édité chez P.O.L. par et pour le Festival d’Avignon. Voyage est une mosaïque de textes et d’entretiens, très éclairants. Sur la notion de théâtre populaire, sur l’ancrage dans l’histoire du Liban, sur l’importance d’une vision subjective. Et ce fameux « retour du récit » au théâtre. (comme si le théâtre contemporain avait voulu rompre avec une écriture narrative, quand c’est avec les conventions dramatiques qu’il a pris ses distances 1) La fin du festival s’annonce passionnante, avec le retour de Warlikowski pour un montage de textes autour d’(A)pollonia (jusqu’au 19), qui emprunte à la littérature dramatique grecque (Euripide et Eschyle) et aux récits contemporain d’Hanna Krall, Jonathan Littel et Coetze pour interroger l’héroïsme en temps de guerre, le sacrifice des pères… Jouanneau se placera Sous l’œil d’Œdipe, à l’abri (protecteur ?) du mythe familial des Labdacides, famille qui boîte, s’expose, s’aveugle, et transgresse la génération (jusqu’au 26)… On verra aussi deux textes dramatiques : Casimir et Caroline de Von Horvath (du 23 au 29) dans la cour d’Honneur, et Angelo tyran de Padoue de Victor Hugo, à l’Opéra (jusqu’au 27). La danse sublime d’Ouramdane (ne ratez pas Loin, du 26 au 29, ni Des Témoins ordinaires, du 19 au 28), la création de Penser le théâtre Le théâtre des idées se poursuit jusqu’au 26 juillet, au Gymnase du Lycée Saint-Joseph, sur entrée libre, à 15h Le 18 juillet : Quelle poétique et politi-que de la frontière ? avec le philosophe Michel Feher et l’historien Gérard Noiriel. Le 19 juillet : Comment devient-on un héros ? Comment devient-on un bour-reau ? avec la romancière et essayiste Nancy Houston et le philosophe Michel Terestchenko. Le 20 juillet : Quels retours du récit ? avec le dramaturge et metteur en scène, artiste associé du Festival cette année, Wajdi Mouawad et l’écrivain Christian Salmon, auteur de l’essai Story Telling. Le 25 juillet : Qu’est-ce que la pensée méditerranéenne ? avec le sociologue et philosophe Edgar Morin. Le 26 juillet : Les traces de l’histoire avec l’historienne Natalie Zemon-Davis. Les rencontres des quatre premières années (2004- 2007) sont rassemblées dans un ouvrage intitulé Le Théâtre des idées, 50 penseurs pour comprendre le XXI e siècle, publié en 2008 aux éditions Flammarion r (A)pollonia de Krzystof Warlikowski Magdalena Hueckel Delbono, la venue de Marthaler, metteur en scène au style affirmé, musical, surprenant… Et le Théâtre des idées : parce qu’à Avignon on a toujours pensé le théâtre en temps réel… A.F. Festival d’Avignon 04 90 14 14 14 www.festival-avignon.com 1 La question reste posée : y a-t-il jamais eu de récit au théâtre, même au temps d’Eschyle ? Sinon, pourquoi parler de retour ? Si on analyse le phénomène actuel comme un surgissement du récit au théâtre, les conclusions diffèrent : on cesse d’opposer le théâtre de texte (Mouawad, Warlikowsi, Jouanneau) et le théâtre d’image et de sons (Fabre, Delbono, Marthaler) pour constater que tous ensemble refusent l’écriture dramatique, lui préférant l’écriture scénique, ou l’épique… Le Théâtre des idées 50 penseurs pour comprendre le 21e siècle ouvrage dirigé par Nicolas Truong, Flammarion, 22 euros AVIGNON IN FESTIVALS Mutilés en couleurs 21 D La mutilation au théâtre rappelle toujours quelque chose de Beckett. Surtout quand une femme tronc immobile hurle ses ordres… Une fête pour Boris, un des premiers textes de Thomas Bernhard, pullule de références et de palimpsestes. Bâti en trois parties qui vont crescendo -du monologue à peine interrompu à la polyphonie cacophonique-, sa cruauté conserve quelque chose de dévastateur, et de joyeux. Denis Marleau, metteur en scène hyper sensible à la musique de la langue, à ses rythmes et ses couleurs, monte le texte en caricaturant encore ses grimaces : la servante servile est un homme travesti (Guy Pion), le carton à chapeau envahit la moitié de l’espace, les mutilés sont une magnifique machine, marionnettes vidéo qui multiplient le visage de Boris comme autant d’avatars nanifiés… Christiane Pasquier, hallucinante d’hystérie, débite son texte sans reprendre son souffle, au millimètre près, comme une cantatrice exceptionnelle. L’ensemble est d’une beauté plastique sidérante, malgré l’horreur des situations convoquées : comme si tous ces corps infirmes et esprits malades conservaient une indiscutable envie de vivre. Tapageuse et contagieuse, malgré l’effroi. A.F. Une fête pour Boris a été jouée à la Chartreuse du 8 au 15 juillet Une fête pour Boris Agnes Mellon



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