Zibeline n°20 juillet 2009
Zibeline n°20 juillet 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°20 de juillet 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 10,6 Mo

  • Dans ce numéro : les festivals débutent... les saisons s'annoncent.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 66 - 67  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
66 67
66 PHILOSOPHIE/CINÉMA RENCONTRE AVEC KEN LOACH LIVRE Looking for Ken En travaillant avec le producteur Tony Garnett, il réalise que l’image a un pouvoir politique et social, et dans la lignée de John Grierson et du « Free Cinema », il ancre ses premières fictions dans le réel : c’est en 1966 qu’il se fait connaître du public anglais avec Cathy Come Home, programmé sur BBC/TV où il aborde le retrait de la garde des enfants à des parents devenus SDF à cause du chômage, sujet qu’il reprendra trente ans plus tard dans Lady Bird. Pour se sentir libre, il crée Kestrel Films, en 1969, avec Tony Garnett, au moment où il réalise son superbe film Kes (qui ressort en salle actuellement), en collaboration avec Barry Hines, l’auteur du roman A Kestrel for a knave. Nul ne peut oublier les scènes du jeune Billy Casper dressant son faucon et son désespoir quand le rapace est tué. Hors d’Angleterre C’est grâce à sa sélection à la Quinzaine des réalisateurs et à la Semaine de la Critique que Ken Loach acquiert une réputation internationale. Family Life, dénonçant la répression au sein de l’institution psychiatrique, bouleverse le public en 1972. Mais la période étant difficile pour le cinéma anglais, Ken Loach travaille surtout pour la télévision. Avec Black Jack, prix de La Critique en 1978, il nous emmène dans l’Angleterre du dix-huitième siècle, puis revient à la période Thatcher en 1981 avec Look and Smiles, sorte de suite à Kes qui met en scène un adolescent à la recherche de son premier emploi. Le A.G Il est des réalisateurs dont on ne veut rater aucun film parce qu’on sait qu’on va y retrouver des thèmes qui nous sont chers… Et si d’aucuns disent que le propos est simpliste, en cette période dure, heureusement qu’il y a Ken Loach pour nous rappeler que la solidarité existe et qu’il faut résister ! Kenneth Loach est né en 1936 dans une famille ouvrière, et il ne l’a jamais oublié… film dérange, et pour Ken Loach commence la traversée du désert. Seule sa reconnaissance internationale lui permet de réaliser, en 1986, Fatherland et Hidden Agenda, Prix du Jury à Cannes en 1990 mais attaqué comme propagande pro IRA. À partir de 1991, financés par des productions européennes, sortent successivement Riff Raff, Raining Stones et Lady Bird qui traitent des nouveaux pauvres, films primés à Cannes ou à Berlin. En 1995, il traite de la guerre d’Espagne dans Land and Freedom et de la révolution sandiniste en campant une jeune militante au Nicaragua, Carla’s Song, première collaboration avec Paul Laverty avec qui Ken Loach ne va plus cesser de travailler. Suivent en 1998, My Name is Joe qui vaut un prix d’interprétation mérité à Peter Mullan, -qui a réalisé, en 2002, The Magdalene Sisters. En 2000 c’est Bread and Roses qui évoque la lutte des travailleurs immigrés pauvres dans le domaine de l’entretien à Los Angeles, puis The Navigators, qui traite des conséquences de la privatisation des chemins de fer britanniques. Sweet Sixteen, en 2002, nous plonge dans la violence de la drogue, et Just a Kiss raconte une histoire d’amour difficile entre les membres de deux communautés. Enfin, en 2006, Ken Loach triomphe à Cannes avec Le Vent Se Lève -Palme d’or-, film qui aborde le conflit irlandais à travers l’histoire de deux frères. Et dès son film suivant, Ken Loach change la donne… 2008, It’s a free world. Le cinéaste nous plonge dans le monde du travail précaire, en ne centrant plus son récit du côté des exploités mais du point de vue de l’exploiteur, semblant changer sa caméra d’épaule… pour mieux ajuster son tir politique, toujours aussi virulent dans la dénonciation. Un cinéma humain À quoi reconnaît-on donc un film de Ken Loach ? Le mot qui vient à l’esprit est RESPECT : respect du sujet, respect des personnages, des faits, respect de l’intelligence des spectateurs. Et respect des acteurs, professionnels et non professionnels, qui ont souvent déjà une expérience du public, d’ailleurs. Ses comédiens ne connaissent que la trame de l’histoire qu’il tourne dans l’ordre, avec une équipe légère, le plus souvent avec une longue focale, comme le confie le chef opérateur Barry Ackroyd : « La caméra est fixe. Elle est placée à hauteur des yeux, en focale plutôt longue. Comme si vous étiez debout, dans l’encadrement de la porte, à espionner ce qui se passe dans la pièce. Ça c’est le principe des films de Ken Loach : sur le tournage, on peut se sentir parfois presque trop proche du sujet. Si la scène devient violente ou émouvante, on aurait envie de ne plus être là ! » L’éclairage est réaliste, les images sans effets plastiques, et les mouvements de caméra discrets. La langue est celle des personnages qu’il campe et renvoie à leur histoire, avec laquelle ils ont souvent besoin de rompre. Tout cela renforce le coté documentaire de ses films. Ken Loach ne cherche pas à idéaliser ses personnages mais veut affirmer la capacité des individus à briser leurs chaînes, à assumer leurs rêves. Quitte à se servir d’une icône comme dans son dernier film, Looking for Eric, sur une idée d’Eric Cantona qui l’a produit et dont certains aphorismes vont certainement devenir des répliques cultes ! Un film qui n’est sûrement pas le meilleur mais qui a réussi à « mettre un sourire sur les visages. » C’est ce que voulait Ken Loach, et le but est atteint. Engagement Depuis son premier film de cinéma, Poor Cow, en 1968, Ken Loach est resté fidèle à ses engagements sociaux, politiques et cinématographiques : faire entendre la voix des opprimés, dénoncer le système, ne pas tricher, fabriquer, mais privilégier l’authenticité. Si certains lui reprochent d’être manichéen, qu’ils aillent (re)voir Kes, un film rempli de poésie. Celle du réel. ANNIE GAVA
67 Qu’est ce qu’un cinéma du réel ? Comment l’art tient-il un discours social, ou politique ? Et la psychanalyse ? Nous nous sommes déjà posé la question à propos de théâtre. La venue de Ken Loach à Marseille la réactive en d’autres termes. Tout comme la publication Poubelle égarée au bord d’une autoroute, qui ancre la pratique analytique dans le champ de la souffrance sociale… Cinéma et vérité Ken Loach était invité par le NPA et la librairie Païdos à l’espace Julien samedi 16 mai. Le cadre était militant et on y allait pas voir Canto ! L’après-midi consistait en la diffusion de Wich side are you on ? film réalisé en pleine grève des mineurs et censuré en son temps, suivi d’un débat passionnant Comme nous en parlions pour le théâtre (Zib’18), le cinéma politique est souvent dénigré comme militant : en prenant parti, en s’engageant ouvertement il renoncerait à toute forme de liberté créatrice. Mais chez Ken Loach le mot « politique » est riche de sens. Ses films sont marquants parce qu’ils montrent le réel, insupportable ; celui que le pouvoir a besoin d’occulter. Or il n’est pas d’acte plus politique que de montrer les rapports de force qui sous tendent la réalité communément admise. Un concept, une idée, « le moindre éclat de vérité est sous condition politique » disait Foucault ; qui rajoutait par ailleurs qu’il définissait la philosophie comme la « politique de la vérité. » En ce sens, le cinéma de Ken Loach est constamment philosophique. Historiques ou d’actualité, ces films montrent un monde construit sur le dos de A.G millions d’hommes et de femmes qui souffrent, qui se sont battus et qu’on oublie. Parlons des faits justement, et quittons l’abstraction. Le film se nomme Wich side are you on ? De quel côté es-tu ? Il est comme une élucidation cinématographique de l’idée de vérité : il y a toujours au moins deux manières de voir les choses, des perspectives incontournables. Le problème est-il de savoir qui a raison ? La vraie question n’est pas celle-là, mais celle bien nietzschéenne de « qui parle ? » Une vérité n’étant jamais neutre, il faut choisir son camp. Et ce camp, dans le cas de la grande grève de l’Europe occidentale, celle des mineurs en 1984, Ken Loach le choisit ; celui des grévistes, de leur famille, de leur combat. Les images sont bouleversantes : des chants dans les pubs, de la lutte désespérée muée en joie collective du combat, des discours de ces femmes à des tribunes improvisées pour rappeler à Margaret Thatcher ce qu’être un homme et une femme veut dire… et bien sûr les violences policières inouïes déployées, celles qui surviennent dès que des hommes et des femmes prennent en main leur destin. Quand, pendant le débat avec la salle, on lui demande s’il est révolutionnaire, Ken Loach feint de dégager en touche : « Un réalisateur en route pour le festival le plus glamour du monde et qui se déclare révolutionnaire s’aventure sur un terrain dangereux. Mais il est clair que le changement dont nous avons besoin s’est toujours appelé révolutionnaire ». RÉGIS VLACHOS Psychanalyse du corps politique Poutorile dwrec Fill bard crud,. autornuh,. Le corps est politique, on le sait là encore depuis Foucault. Il est inscrit dans la trame infiniment serrée des réseaux panoptiques de notre société ; c’est-à-dire des réseaux du contrôle, de la surveillance, du pouvoir, réseaux qui interagissent et circonscrivent l’individu dans le champ social. Corps politique aussi que celui des désaffiliés, analysés par Robert Castel dans La question sociale : les grands exclus résistent à leur corps défendant à la gestion classificatoire. Il est certain que le mode de production économique produit des effets pathologiques sur les sujets qui subissent le système. Ainsi la précarité, la délinquance, ne sont pas des symptômes purement sociaux et juridiques, mais des productions du social et de l’économique, et sont consubstantiels à la maladie mentale. Dès lors, la psychanalyse peut être politique lorsqu’elle tient compte des significations psychopathologiques du social, et de l’ultralibéralisme où le sujet est désarrimé des anciens mode de rites intégrateurs : reflux de la famille, du syndicat, du parti ; cet individualisme, que l’on fait passer pour une liberté, à un coût pathologique. Poubelle égarée au bord d’une autoroute est un ouvrage collectif de psychanalystes qui se sont lancé le défi politique du CPCT, Centre Psychanalytique de Consultation et de Traitement. Pour faire bref, il s’agit de consultations gratuites pour les précaires : « les séances tissent un lien tenu à l’autre qui étoffent le lien social et produisent un travail de rebranchement, de nouage au monde. » 16 séances sont offertes à ceux qui sont retenus, qui sont en rupture de lien social et dont la souffrance/jouissance ne peut se dire sur les divans où l’on paye. Les différentes contributions du livre rendent compte de cas, rapides et éclairants. Plus rarement, ils théorisent leur pratique. Quand les psychanalystes sortent de leur cabinet pour se confronter bénévolement aux paroles de la précarité, la psychanalyse investit le réel, la misère en fait. Elle s’éloigne de pratiques analytiques qui tendent à intégrer le sujet souffrant dans une société qui l’exclut, et entend le credo des « poubelles égarées. » « Je vous salis ma rue », disent-ils, s’affirmant en sujets socialement visibles. Défendre leur droit à la psychanalyse est un acte politique. R.V. Poubelle égarée au bord d’une autoroute Que dit aujourd’hui la psychanalyse de la précarité ? Ouvrage collectif d’Hervé Castanet, Pierre Falicon, Sylvie Goumet… Ed Pleins feux, L’impensé contemporain, 20 euros



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 1Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 2-3Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 4-5Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 6-7Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 8-9Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 10-11Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 12-13Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 14-15Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 16-17Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 18-19Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 20-21Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 22-23Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 24-25Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 26-27Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 28-29Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 30-31Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 32-33Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 34-35Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 36-37Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 38-39Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 40-41Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 42-43Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 44-45Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 46-47Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 48-49Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 50-51Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 52-53Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 54-55Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 56-57Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 58-59Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 60-61Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 62-63Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 64-65Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 66-67Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 68-69Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 70-71Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 72-73Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 74-75Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 76-77Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 78-79Zibeline numéro 20 juillet 2009 Page 80