Zibeline n°20 juillet 2009
Zibeline n°20 juillet 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°20 de juillet 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 10,6 Mo

  • Dans ce numéro : les festivals débutent... les saisons s'annoncent.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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36 THÉÂTRE LA CRIÉE LE LENCHE Les Rois sont nains Assis fesses serrées et coudes au corps dans le grand hangar de campagne du théâtre NoNo, de quoi rêve le spectateur du Roi Lear, prêt à la traversée de l’œuvre la plus noire, la plus débridée et la plus désespérante de Shakespeare ? Au moins que le vent de la démesure, sinon le Diable, l’emporte loin de son siège étroit vers des rivages de terreur et de tendresse... Le dispositif scénique semble à même de tenir le pari : un grand rectangle aux bords relevés comme une feuille blanche posée là (belle idée du scénographe Gérard Didier) un peu tordue sous l’effet de l’humidité, fond de vaisseau wagnérien échoué entre quatre colonnes métalliques, qui contraint les acteurs à un rétablissement d’équilibre permanent et à une sortie de scène vers le haut... Hélas, hormis la sidérante nuit « pluie et vent sur la lande » qui apporte son lot d’émotions de théâtre, ce Roi Lear mis en scène et joué par Jean-Claude Falla le souffle court : voix forcées, costumes de l’éternelle fable, jeu légèrement flottant comme une barbe mal ajustée (celle du vieillard est pourtant magnifique, un poil KarlMarx, un poil Victor Hugo...). Le recyclage du présent cher au drame Le Roi Lear Marc Ginot shakespearien se fait en potache dans le texte, « il est en master mais la fac est en grève... » ; un brin étriqué... Plus convaincant est le Richard III, donné en alternance dans le même décor et par la même équipe. La pièce, à même de susciter de complices allers retours entre une actualité politique française et la prise du pouvoir du monstre mythique, ne donne pourtant pas lieu à des analogies faciles, qui seraient abusives. Richard l’estropié séduit sa belle, crache ses défis au ciel, ordonne des meurtres d’enfants sans chercher à fasciner : en mentant sans états d’âme (en a-t-il ?), et en suscitant sans vergogne la pitié naturelle que l’on éprouve envers les disgraciés. À aucun moment le comédien ne tentera de sauver son personnage qui est odieux, dégoûtant, laid, répugnant, abject. Le Mal à l’état pur, comme sans doute l’avait conçu Shakespeare, sans rien de romantique… Interprétation qui donne du souffle à la pièce, qui en manque pourtant faute de consistance des autres personnages : les femmes hurlent leurs anathèmes rauques sans convaincre ; les hommes de main tranchent les gorges, et les naïfs meurent sans susciter de catharsis. La vidéo projetée et la musique parfois font vibrer les cœurs, surtout lorsque la catastrophe s’accélère, et que dans les derniers actes Richard fait Roi trouve le rythme de sa fuite en avant… Les trois heures passent, ponctuées d’éclairs aveuglants, entre deux couloirs où l’on s’ennuie… MARIE-JO DHO ET AGNÈS FRESCHEL Le Roi Lear a été joué en alternance avec Richard III au Théâtre NoNo du 13 au 17 mai, dans le cadre de la programmation hors les murs de la Criée a a Richard III Marc Ginot Un canapé inconfortable Le Canapé X-D.R. Autour d’un canapé, un vieux couple déballe ses déboires conjugaux devant un jeune couple amoureux. C’est l’heure des révélations, et personne n’en sortira indemne. Ni les comédiens Christina Gaya, Gilles Guerin, Gilbert Lerda et Atsama Lafosse, qui jouent à jouer un vaudeville et « essaient d’interpréter leur personnage avec application », ni le public qui oscille entre rires et exaspération. Car si Ronald Bonan a écrit « un vaudeville contemporain qui interroge l’art de la représentation et se joue des codes et des apparences », le fil de son histoire est mince et l’issue convenue. Même le canapé rouge carmin (Carmen ?), cinquième héros de ce soap-théâtre est malmené ! La mise en scène de Jean-Michel Bayard ne booste pas la partie : les comédiens ont du mal à trouver leur espace de jeu, à coups de portes qui claquent et de bruitages inutiles. Ils ponctuent leurs gestes de « bip », « pschitt », « clap », « dring » qui tapent sur les nerfs passées les dix premières minutes. Ce canapé fait déborder les rancœurs et surgir les déconvenues : au centre de la pièce, il « n’est pas seulement la pièce à conviction témoignant obstinément d’une faute commise, explique l’auteur, il est aussi le symbole de l’expression d’une vérité cachée aux personnages eux-mêmes. » Sauf que, de ce grand déballage de vérités rebattues, on ressort épuisé par l’impression de déjà vécu, dans un cabinet de psy, sur un autre canapé… MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Le Canapé (Cie Zumaï) a été créé le 19 mai au Théâtre de Lenche a a
L’essence de la comédie Il y a dans les petites comédies de Molière une sorte de magie brute. Non qu’elles manquent de raffinement : les alexandrins, la subtilités du langage et des caractères, la limpidité de la construction dramatique et la virtuosité des quiproquos les placent très loin du théâtre de tréteau dont elles sont issues. Mais très loin aussi des « grandes » comédies, celles que l’on voit, lit et étudie à tours de bras et de scolarité. La mécanique comique y est plus pure ; étrangère au processus d’identification ou à la comédie psychologique qui feront la tradition classique française, elle repose sur des ressorts plus archaïques et plus cruels : ceux qui nous amènent à rire lorsque quelqu’un dérape, et que l’on retrouvera avec Guignol, Feydeau ou de Funès. La mise en scène de Christian Schiaretti, servie par l’énergie et le talent du TNP de Villeurbanne, fait merveille : un tel projet ne prend sens qu’avec l’esprit de troupe ! Ils sont tous parfaits, et au-delà, inventant quelque chose entre la marionnette et le personnage, entre la caricature et le sentiment, entre la reconstitution et la modernité. Comme ce décor désossé dont la charpente laisse voir un intérieur dévoilé à tous, brouille la séparation de l’hors-jeu et de l’en-jeu, et impose aux personnages des trajets imaginaires. Le Cocu imaginaire va à toute allure, l’Ecole des maris met en place un quiproquo virtuose, et la mise en scène des Précieuses se permet le luxe du comique lent, déclamatoire, hilarant grâce à la loufoque complicité de Mascarille, et des deux excentriques. Peu importe alors que Molière, plus LE GYMNASE DRAGUIGNAN MASSALIA THÉÂTRE 37 o que jamais, ait procédé à des attaques en ordre des femmes libres, des misanthropes rétifs à la mode, du peuple qui jalousait les gentilshommes : sa férocité ici est décapante ! AGNÈS FRESCHEL Les Cinq Comédies de Molière ont été jouées à Draguignan (5 et 6 mai) et au Théâtre du Gymnase (du 26 mai au 6 juin) Christian Ganet Efforts (in)visibles Durant la fête de la Belle de Mai les 23 et 24 mai, le Massalia était là pour faire son cirque de rue. Tant mieux : parmi les hot dogs, le bazar du vide grenier et les jeux d’enfants, les trois propositions avaient de la gueule, et un public inhabituel ; petits, jeunes et habitants mêlés, familles, femmes aux foulards, et même quelques très vieilles personnes, pour qui ils avaient sortis des sièges… Les trois pièces, courtes à souhait (20 minutes chacune), ont rassemblé toute la Friche sous un soleil de plomb. Sur leur Etoile, une architecture ouverte de tubes et de fils, les Colporteurs, funambules subtilement décontractés, ont joué une rencontre amoureuse en accéléré -découverte, poursuite, étreinte puis fuite, violence, séparation et solitudes. En l’air ils dansaient, mine de rien, épatants de force acrobatique, d’équilibre funambulesque, de grâce chorégraphique, d’invention dans les portés, les figures… Talons haut, sur un autre prétexte, était plus drôle, et stupéfiant. Commençant impunément, comme si la minette en tailleur et talons aiguilles était là-dessus par hasard… On en oubliait qu’elle marchait sur un fil, et oblique encore, d’acier ! La performance de Chéri d’Amour laissa également l’assistance bouche bée. Ça commençait gore, avec ou, (2) ii j ; Les etoiles, cie Les Colporteurs Alain Chambaretaud des bras qui se coupent, du sang qui jaillit, rouge, des couteaux enfoncés dans les dos de moudjiks d’opérettes. Certains enfants criaient d’horreur, ce qui n’était sans doute pas le but recherché. Puis les quatre larrons ont fini à vélo. Tous sur l’engin. Magnifiques. Tout près du public, dans des combinaisons acrobatiques époustouflantes, et pédalant toujours, régulièrement, pour ne pas déstabiliser les figures ni sortir du cercle. Les bouches là encore étaient ouvertes, d’admiration, de peur aussi, qu’ils ne tombent. Parce qu’à cette distance l’effort se voit, le tremblement des muscles tendus, les mâchoires crispées, la sueur qui coule. Avec eux on retenait le souffle, on avait presque mal. Et les applaudissements ont retenti longtemps. Comme un soulagement ! AGNÈS FRESCHEL



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