Zibeline n°19 juin 2009
Zibeline n°19 juin 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°19 de juin 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 5,8 Mo

  • Dans ce numéro : derniers spectacles... premiers festivals.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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72 HISTOIRE/SCIENCES L’ÂGE D’OR DES SCIENCES ARABES Les ABD ont choisi de nous entraîner dans un univers à la fois proche et lointain : L’âge d’or des Sciences Arabes. Le visiteur averti saura reconnaître bien des éléments fondamentaux de nos techniques et nos savoirs. Pour l’autre, plus profane, il s’agira de découvrir combien nous sommes redevables à une civilisation qui incarne trop facilement, aujourd’hui, l’obscurantisme. Exposition didactique Un panneau d’entrée rappelle que la civilisation arabo-musulmane fut un monde éclairé et critique : « il est du devoir de celui qui étudie les ouvrages scientifiques, s’il aspire à connaître la vérité, de se faire l’adversaire de tout de qu’il étudie… mettant (le texte) en question sur tous les aspects imaginables. Il est aussi de son devoir de se mettre lui-même en question. » (ìbn al Haytham, Les doutes de Ptolémée). Partant de cette prémisse, les auteurs de l’exposition veulent mettre en en exergue les réalisations, les améliorations, les constructions scientifiques mais aussi les applications concrètes que le monde doit aux arabes. Il paraît, dès l’origine, que le musulman a aussi pour devoir de s’occuper de sciences. On rappellera, pour mémoire, que Mahomet était loin d’être un berger inculte sans savoir livresque ! L’exposition insiste aussi sur l’importance des savoirs empruntés : Grecs, Romains, Persans ou Indiens sont ainsi mis à contribution pour édifier la science arabe. Loin d’être de vils plagiaires, les arabo-musulmans firent fructifier l’héritage (la période VIII e - X e siècle est le moment de l’assimilation des savoirs) avant que d’en faire des développements souvent majeurs, comme en mathématiques. On notera combien toutes les parties de l’empire sont mises à contribution : Irak, Syrie, Egypte, Maroc, Ouzbékistan, Espagne… En fait, la domination impériale arabe a su intégrer et donner une place aux populations soumises. Les objets La première partie de l’exposition, au rez-de-chaussée, se décompose en deux ensembles. Dans la galerie sont exposés de rares objets, souvent, malheureusement, très postérieurs à la période. On admire la maîtrise de la fabrication de la céramique avec ses pâtes, ses glaçages, ses vernis… Les découvertes scientifiques ont particulièrement aidé à la réalisation de ses objets grâce à la chimie (connaissance des minerais et réactions des substances entre elles) ou au savoir-faire en matière de cuisson. On trouvera aussi des représentions typiques de la décoration comme les formes géométriques infiniment répétées, sorte d’objets fractals, où l’importance de la nature et des lettres résultent d’un refus -progressif d’ailleurs- de la représentation anthropomorphique ou figurative des autorités religieuses. De belles écritoires feront rêver les plumitifs avec leurs qalams et leurs encriers. L’écriture, avec la présentation de corans ou de versets sculptés, rappellera l’importance de l’arabe comme facteur d’unification de l’empire. De nombreuses pièces illustrent un autre domaine d’excellence de la science arabe : la médecine. Aspersoirs, albarelles (sortes de jarres) chaudrons, fioles, flacons à parfums ou à onguents, mortiers et pilons, poids et balances montrent l’importance des recherches liées, là encore, à la chimie mais aussi à l’observation. De même, les procédures de chauffage parviennent à mettre au point la distillation qui permet, grâce aux nombreux produits de l’Empire, de fabriquer aussi bien des potions que des huiles essentielles. Cependant, il faudra se rendre à l’étage pour trouver les explications et l’appareil scientifique qui soustendent toutes ces créations. De nombreuses biographies parsèment, au fil des grandes rubriques, le portrait de savants dont à l’instar de l’antiquité occidentale, les savoirs s’étendent de la philosophie aux mathématiques comme du droit à la médecine. Les sciences « exactes » Le hall central, deuxième ensemble du rez-dechaussée, leur est consacré. Importance des chiffres et de la numération, bien sûr, mais aussi de l’analyse, de l’algèbre et de la géométrie. L’astronomie, plus sérieuse mais moins populaire que l’astrologie -elle aussi présente- tient une place de choix. Le vieux système cosmique de Ptolémée, centré sur la terre, est remis en cause par les savants. L’astrolabe (dont de magnifiques exemplaires sont exposés tandis qu’une vidéo explique le fonctionnement) permet de se repérer dans le temps et l’espace. La religion a joué, ici, un rôle de stimulant puisqu’il s’agissait de déterminer, grâce à ce précieux guide stellaire, le mihrab de la mosquée, qui donne la direction de la Mecque (la Qibla) et les heures adéquates pour pouvoir prier. Des fragments de l’Almageste de Ptolémée rappellent la transmission de la science arabe aux chrétiens. L’exemplaire présenté est le résultat de la volonté du roi Alphonse de Castille. Il fit venir auprès de lui astronomes arabes, juifs et chrétiens pour établir, grâces aux traductions, des tables de coordonnées de planètes. Techniques La géométrie, mère des angles, fut mise à contribution pour dresser des cartes. On pourra d’ailleurs expérimenter, avec des lumières à l’intérieur d’une grosse boite, les systèmes de projections (gnomoniques, stéréographiques ou orthographiques) indispensables pour dresser des cartes ! On remarquera tout de même que les géographes musulmans, incomparables pour la connaissance de la Méditerranée et de ses alentours, n’avaient pas à leur disposition une mappemonde particulièrement fidèle de la réalité. Ce qui ne les empêcha pas de briller par leurs observations humaines ! À l’étage, l’ensemble est ordonné en grandes rubriques des sciences arabes : pharmacopée, médecine, chirurgie, anatomie, chimie, milieu naturel, géographie architecture, optique et mécanique. C’est l’occasion de voir les applications concrètes des trouvailles des savants comme, par Astrolabe planispherique, Inde, 1640-1641 laiton a decor grave et incise Institut du monde arabe
73 Frise au nom du sultan Barquq, Egypte, vers 1930, bois sculpte Institut du monde arabe Ecrire les pratiques exemple, un ingénieux dispositif technique, illustré par une vidéo, expliquant comment pomper de l’eau pour alimenter des canalisations. L’hydraulique est d’ailleurs un apport essentiel du monde arabe aux différentes régions avec lesquelles ils sont en contact. Explorer plus avant ? On regrettera cependant l’importance donnée au panneautage, laissant la portion congrue à la présentation d’objets ! Certes, le caractère très pédagogique est bienvenu dans le cadre d’une bibliothèque et d’un espace grand public. Cependant, on ne pourra oublier que l’exposition est labellisée Marseille 2013, capitale de la culture. Ne peut-on espérer des expositions moins didactiques et plus à même de susciter l’enthousiasme pour celui qui n’est pas désireux de passer l’après-midi plongé dans un dictionnaire ? Et, toujours dans le prolon-gement de cette grande fête à venir, ne peut-on pas espérer une production moins copier-coller qu’une production parisienne, pour éviter le « Marseille-Paris 2013 » ? On regrettera aussi que les concepteurs n’aient pas exploré plus avant la relation entre la science et le codex religieux : si la religion a pu stimuler les découvertes, qu’en est-il de l’indépendance de la science face à la foi pour les savants musulmans ? D’autant que dans son repli sur ellemême, à partir du XV e siècle, la civilisation arabo-musulmane laisse l’initiative à l’occident auquel elle a transmis progrès et découvertes. Ainsi la renaissance européenne conduit à la révolution industrielle et à la marginalisation de l’espace et de la civilisation arabo-musulmane. RENÉ DIAZ Entre mythe, religion et politique, les « sciences arabes » réécrivent leur histoire : cette magnifique exposition nous montre que la science naît de la faculté des humains d’écrire graphiquement leurs pratiques et ainsi de les partager, de les embellir Il ne peut pas y avoir de cloison dans une culture en développement. L’astronomie scientifique, à sa naissance, rencontre ainsi le rêve astrologique, et sert à la maîtrise politique de l’avenir. Ce que ces générations humaines réécrivent en actes de découverte, c’est une nouvelle codification de l’imaginaire du temps et de l’espace. La numération ordinale arabe intégrant le zéro, repris des indiens, repose sur l’ordre écrit. Elle inaugure l’abstraction numérique qui ouvre au développement des mathématiques abstraites. La calligraphie est la recherche permanente du code idéal, de la numération arithmétique jusqu’aux règles philosophiques du droit, en passant par le schéma géométrique. Ainsi ne s’étonne-t-on pas que les mots de chimie et d’alchimie soient nés de l’arabe « El Kimia » ou « Ælm el kimmiêt », c’est-à-dire la « science des quantités ». Ce qu’aujourd’hui le chimiste appelle la stœchiométrie (la mesure des proportions des éléments d’une réaction) est étudié empiriquement dans les pratiques d’extraction d’essence pour la pharmacopée ou la parfumerie orientale. On pourra admirer les magnifiques têtes d’alambic en verre de silice et leur schématisation dans des « grimoires » enluminés d’une fine calligraphie. Car la science arabe est d’abord la science des proportions. L’univers islamique résulte de la culture de l’équilibre et de l’échange par des groupes savants qui se retrouvaient dans les grandes bibliothèques d’orient. La bibliothèque est alors à la science ce que la mosquée est à l’écrit coranique. Le scientifique arabe est tout à la fois mathématicien, astronome, philosophe, théologien, physicien, chimiste et musicien. Le souci permanent de l’équilibre, de l’harmonie de l’esprit et du corps rassemble en une même arabesque les principes naissants de la trigonométrie et le tracé des rosaces au spirographe. C’est aussi la recherche de la mesure et des harmonies dans les proportions temporelles qui qualifie la musique arabe en discipline scientifique. La science arabe du IX e siècle de notre ère a su fédérer ce que le formatage culturel cherche aujourd’hui à toute force à séparer : l’art, la connaissance pratique, l’imaginaire mathématique, la poésie et l’amour en ce qu’il a de divin, de philosophique. Alors, si vous cherchez la réconciliation du savoir vôtre avec le savoir éternel ne manquez pas cette exposition. Un livre chez Actes Sud (1 ère édition en 2005) qui porte le nom de l’exposition a été coédité par le CG13 : l’acheter est un investissement d’avenir sur notre passé commun. Car il n’est de civilisation qui ne soit héritière de telles merveilles d’intelligences et de passions. YVES BERCHADSKY www.imarabe.org/temp/expo/sciences-arabes.html L’âge d’or des sciences arabes Jusqu’au 11 juillet ABD Gaston Defferre Du lundi au samedi de 10h à 18h Visites commentées Le samedi à 15h ou sur réservation (groupes, scolaires) 04 91 08 61 00 www.archives13.fr www.biblio13.fr Cycle de conférences dans le cadre de l’exposition L’Âge d’or des sciences arabes : - Les chemins des sciences arabes (8 e – XVI e siècles), le 26 mai, par M. AhmedDjebbar, Pr émérite d’histoire des mathématiques à l’Univ.Lille 1 ; - Les savants qui ont fait la science arabe (8 e – XV e siècles), le 2 juin, par Mme Françoise Micheau, Professeure d’histoire médiévale à l’univ. Paris 1 ; - La médecine arabe et sa postériorité européenne, le 11 juin, par Mme Danielle Jacquart, Directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études (Paris). Entrée libre dans la limite des places disponibles. http://www.cg13.fr/cadre-devie/culture/les-expos-du-cg13.html



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