Zibeline n°19 juin 2009
Zibeline n°19 juin 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°19 de juin 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 5,8 Mo

  • Dans ce numéro : derniers spectacles... premiers festivals.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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66 PHILOSOPHIE LIVRE Le petit-bourgeois gentilhomme porte mal son titre, on en propose un autre Manuel d’insurrection Car ce livre répond en fait à l’interrogation du moment : le système capitaliste est à bout de souffle mais que faire ? Que proposer à la place ? Pourquoi résiste-t-il à tous les assauts, à toutes les critiques, à ses crises rédhibitoires ? Ce combat contre le capitalisme est celui de tous ceux que l’information sur la misère du monde ne laisse pas de marbre, ceux pour qui il est intolérable que des puissances privées s’accaparent les richesses produites ; mais aussi ceux qui ont conscience que des mesures qui pourraient paraître réformistes (rémunération des dirigeants, interdictions des licenciements…) sont en fait des mesures révolutionnaires, puisqu’elles sont inacceptables par les dirigeants. Si l’immense majorité de la population en est à ce niveau de conscience, pourquoi le système tient-il en place ? Pourquoi la critique de gauche ne porte-t-elle pas ses fruits ? Pourquoi ne se révoltent-ils pas ? Qu’est-ce qui résiste ? L’analyse d’Alain Accardo entraîne dans les subtilités de la sociologie de l’inconscient social : la critique marxiste ne peut en rester à l’opposition classique du prolétariat et de la bourgeoisie, à cette idée que le peuple exploité, informé des effets de soumission au système, se rebellera. L’auteur répond franchement : « le système capitaliste ne fonctionne pas seulement par l’exploitation, la spoliation et l’oppression du plus grand nombre mais aussi par l’adhésion de la plupart au système qui les exploite, les spolie et les opprime. C’est-à-dire qu’il fonctionne à l’aliénation psychologique et morale, entretenue par des espérances de succès individuels et d’accomplissement personnel. » Petit automate social Pour bien comprendre il faut redéfinir certaines choses. D’abord ce qu’est le social (voir ci-contre). Il se présente sous deux formes inséparables : l’histoire faite chose (institutions, ordre économique etc…) et l’histoire faite corps, c’est-à-dire l’incorporation par l’individu de pratiques et manières de sentir automatiques ; dans chaque individu s’installe donc un petit-bourgeois qui s’ignore (d’où le titre de l’ouvrage) et qui n’aspire qu’à s’intégrer le plus confortablement possible à l’ordre établi : « il y a en chaque individu un homo oeconomicus capitalisticus : les agents sociaux se retrouvent impliqués et compromis. » L’auteur avoue sa dette à Bourdieu, à Leibniz et Pascal, qui avaient bien vu cet automate en nous ; et il serait bon que ces acquis puissent aider les philosophes à comprendre le monde des profondeurs de l’âme sociale et politique. Il y a bien une dimension inconsciente de la réalité sociale qui aujourd’hui montre toute sa force. Il ne suffit pas à la critique classique du capitalisme de dire vrai. Car elle ignore ou sous-estime la dimension subjective et interne qui fait pourtant partie de la réalité sociale. Comment, même de gauche, les prolétaires, salariés, enseignants, exploités, les cadres reproduisent l’ordre capitaliste. Le système capitaliste ne nie pas la liberté des sujets, il n’a pas besoin de coercition pour fonctionner ; il laisse les agents agir d’eux-mêmes, l’incorporation de cette logique chez l’agent étant le fait du processus de socialisation. Ainsi dans les démocraties la contestation peut aller très loin à condition de laisser le principe même de l’existence du système en dehors des limites de la discussion légitime ; l’énergie combative et l’indignation s’orientent vers des mobilisations justes (féminisme, écologie, anti racisme..) mais qui ne remettent pas en cause le système. Cette intériorisation de l’ordre dominant est souvent à l’œuvre : on s’indigne des inégalités liées à l’ethnie, au sexe, etc, plus couramment que de l’inégalité des conditions sociales liés à l’appartenance de classe. Ainsi l’École, exemple parmi tant d’autres mais le plus frappant : les professeurs s’efforcent de faire au mieux leur métier d’éveilleurs d’esprit mais, inconsciemment, du fait des critères mis en place institutionnellement, valorisent plutôt les élèves déjà éveillés par la transmission d’un capital culturel. On favorise l’aisance et le brio, à savoir ce qui n’est pas enseigné, au détriment des élèves ayant un rapport purement scolaire au savoir, qui sont qualifiés de besogneux, laborieux. Et cela est d’autant plus vrai dans la notation de la philosophie où toute objectivation des qualités requises est proscrite : l’implicite profite aux classes favorisées, quatre fois plus représentées à l’ENA par exemple que leur place dans l’ensemble des actifs (huit fois moins pour les milieux populaires). En bref, il est vain de combattre le capitalisme objectivable sans combattre aussi les dispositions inconscientes chez chacun à le défendre, poussé qu’il est par la nécessité de s’intégrer à un ordre social. Même si la société capitaliste l’opprime, le « petit-bourgeois gentilhomme » en reproduit les inégalités, pensant en fait en bénéficier. RÉGIS VLACHOS A CCAll DO r*riftENTIO+lS Ht4LMOMIGUE5 CLhW MaaNi Ct7H ? fiE-fE Le Petit-Bourgeois gentilhomme Alain Accardo Éditions Agone 13 euros « Parmi les acquis fondamentaux de la science sociale, il y a cette idée -dont on peut trouver l’expression diversement formulée de Montesquieu et Marx jusqu’à Elias et Bourdieu- selon laquelle, pour qu’une organisation sociale, quelle qu’elle soit, fonctionne de façon durable, il faut nécessairement que les membres de sa population soient dotés, par l’effet d’une socialisation adéquate, de certaines propriétés personnelles qui leur permettent de répondre le plus spontanément possible aux exigences spécifiques du système considéré. Plus précisément, il faut que les individus aient intériorisé les structures objectives du système sous forme de structures subjectives de personnalité ; ou, en d’autres termes, que les structures objectives de l’organisation sociale (par exemple les rapports entre classes, les distributions des différents capitaux, les hiérarchies et les pouvoirs, etc.) aient façonné chez les individus des rapports au monde et aux autres qui s’accordent, au moins pour l’essentiel, avec la position objective qui leur est assignée dans l’espace social considéré. »
LA COMMUNE DE PARIS HISTOIRE/PHILOSOPHIE 67 « Je sais de mes camarades pleins d’entrain et d’enthousiasme à l’évocation de ce passé ! Grand soir, tourne-boule social, aristocrates à la lanterne… Que d’espoirs ! Que d’illusions ! J’entends déjà le philosophe (voir page suivante) penser la révolution des esprits, le bouleversement des aliénations ! Quelques parcimonieux rappels, avant qu’il n’étaye ses constructions ! » Ce que disent les faits Le mouvement communard s’inscrit dans une époque compliquée. Napoléon III, un petit homme aux dires d’Hugo, dirigeait alors la France. Mais voici le téméraire se jeter dans la gueule du teuton pour une sombre histoire de succession en Espagne. Il n’en peut plus, lui le rejeton d’une conquérante famille. Son régime, assis sur un triomphe référendaire en mai 1870, s’effiloche, s’éparpille et s’étiole : c’en est fait de l’Empire, voilà donc la République ! La gent républicaine se partage entre modérés et radicaux. Derrière Gambetta ou Ferry se range la bourgeoisie libérale, celle qui aspire à diriger le pays, la nation, la France. Plus loin, sur l’horizon du bonheur social, s’avancent les socialistes, divisés certes, mais concentrés sur le nouveau régime. Et tout revient pour eux : 1793, 1830, 1848 ! Aux armes citoyens ! L’occasion est bonne ! Depuis le désastre de Sedan, la République a été proclamée, le 4 septembre1870, à l’Hôtel de Ville par Ferry, Gambetta et Favre. Un gouvernement dirigé par le royaliste et catholique Trochu, général de son état, symbolise l’état d’esprit général de la bourgeoisie qui veut liquider la guerre au mieux de ses intérêts. Mais voici que les Prussiens assiègent Paris à partir du 19 septembre. Gambetta, échappé de la ville en ballon, n’abdique pas. Mais les défaites et les trahisons auront raison de son élan. Paris se défend : soldats, marins, gardes mobiles mais surtout gardes nationaux. Paris s’agite. Comités d’arrondissement ou de quartiers, clubs, Comité central de la garde nationale : c’est l’effusion. L’appel à la mise en place d’une Commune résonne. Ferry qui dirige la ville résiste à la tentative de prise de l’Hôtel de ville le 31 octobre. La rebelote a lieu en janvier : le général Vinoy fait tirer sur la foule mécontente. Les rigueurs du siège (on a mangé la girafe du jardin des plantes, mais plus souvent du rat), le couronnement impérial dans la Galerie des Glaces du roi germain, les sorties désastreuses, tout concourt au malaise quand on soupçonne les autorités de ne pas vouloir gagner la guerre ! Le 28 janvier, l’armistice est signé. Les élections exigées par les Prussiens consacrent la réaction et les royalistes. Adolphe Thiers triomphe. La nouvelle assemblée réunie à Bordeaux le désigne, en février, chef du pouvoir exécutif : le loup est dans la bergerie ! Contre le maintien à la France de Belfort (défendu comme un lion par Denfert-Rochereau), les Allemands défileront dans la capitale ! L’assemblée qui ratifie les conditions générales, le 1er mars, s’installe à Versailles. Le 18 mars, Thiers veut saisir les canons de Paris. C’en est trop ! Le soulèvement Le peuple se soulève, les Fédérés refusent de fusiller les insurgés, trucident leurs généraux. Le Comité central de la garde nationale devient le maître de Paris. Le 26, les électeurs, peu nombreux, désignent un conseil général de la Commune de Paris. C’est le retour des sans-culottes, l’avènement du petit peuple. À partir d’avril, le combat contre la troupe Versaillaise occupe Cadavres de Communards, photo d'Eugene Disderi l’essentiel des activités : Thiers a décidé d’éradiquer ces empêcheurs de capitaliser en rond. N’a-t-il pas décidé d’exiger les dettes contractées pendant le siège, de supprimer le moratoire des loyers et de supprimer la solde de la garde nationale, fer de lance de la sociale ? Les essais sociaux des Communards, bien qu’ils soient de courte durée, n’en représentent pas moins une incursion dans un domaine réservé : organisation du travail par l’intermédiaire des coopératives ouvrières, gestion des affaires économiques, y compris de la Banque de France, volonté de mettre en place un programme scolaire et culturel démocratique, mesures envers les plus pauvres comme la réorganisation du Mont-de-Piété. Quel avenir prédire à partir de ces expériences naissantes relève d’une vision qui n’est pas historique, et que je laisserai au camarade visé plus haut… Mais pour l’heure, Thiers a fourbi les armes de sa troupe paysanne. Le grand carnage revanchard peut commencer. La trahison permet l’entrée de la soldatesque, le 21 mai, porte de Saint-Cloud ; le 23 la semaine sanglante commence. Les massacres prendront fin le 28, après 35 000 morts. RENÉ DIAZ Aux Survivants de la semaine sanglante Comme faucheurs rasant un pré, Comme on abat des pommes, Les Versaillais ont massacré Pour le moins cent mille hommes. On croyait lui couper les bras Et lui vider l’aorte. Tout ça n’empêch’pas, Nicolas, Qu’la Commune n’est pas morte ! Ils ont fait acte de bandits, Comptant sur le silence, Ach’vés les blessés dans leurs lits, Dans leurs lits d’ambulance. Et le sang inondant les draps Ruisselait sous la porte. Tout ça n’empêch’pas, Nicolas, Qu’la Commune n’est pas morte ! Car tout ça prouve aux combattants Qu’Marianne a la peau brune, Du chien dans l’ventre et qu’il est temps D’crier : Vive la Commune ! Et ça prouve à tous les Judas Qu’si ça marche de la sorte, Ils sentiront dans peu, Nom de Dieu ! Qu’la Commune n’est pas morte ! EUGÈNE POTTIER, CHANTS RÉVOLUTIONNAIRES Paris, mai 1886.



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