Zibeline n°19 juin 2009
Zibeline n°19 juin 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°19 de juin 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 5,8 Mo

  • Dans ce numéro : derniers spectacles... premiers festivals.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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62 LIVRES LITTÉRATURE Cuba sombre Vieilles rues de La Havane, plages paradisiaques de Varadero, sone, mojitos et langoustes… Stop ! Arrêtez de rêver ! Lorenzo Lunar emporte bien loin d’un Cuba de carte postale avec eaux turquoise et cocotiers. Et si l’on chante à El Condado, quartier de la peu touristique Santa Clara, ce n’est certainement pas un air de salsa. Ce serait plutôt le requiem des lendemains qui déchantent… « Vivre dans ce quartier, ça te fout les boules. (…) Le quartier, il te réduit en purée, il te brinqueballe, t’éduque, te pousse, te traîne, te relève, te jette à terre et te piétine. Il fait de toi un homme ou un débris. » Ainsi débute le récit de Leo, natif du barrio devenu flic au grand dam de tout son entourage ; ainsi se terminera-t-il quelque vingt-quatre heures plus tard, quand l’énigme du crime initial aura été élucidée. Comme dans les « hard boiled » américains, auxquels les titres des chapitres font explicitement référence, l’important n’est pas que le coupable soit confondu (le vrai « méchant » reste d’ailleurs en liberté). L’essentiel est ailleurs. Dans la narration par le biais d’une subjectivité à la fois partie captivante et décalée. Dans l’évocation d’un quartier en ruines, où il y a plus de débris que d’humains, où l’on croise à toute heure drogués, alcooliques et prostituées, où la plupart des gens sont sans travail, vivent de combines et deviennent délinquants sans presque en avoir conscience. Dans la galerie de portraits aux difformités goyesques, comme autant de métaphores d’une île et d’un système en déshérence. Dans la langue aussi, vive et brutale, ourlée d’injures, d’argot et de paroles de chansons, qui plonge le lecteur en apnée dans le creuset sordide et chaleureux de ce barrio démuni. Ce bref roman se lit d’une traite, on en sort un peu essoufflé, comme si on remontait de l’enfer… Mais, comme le chante le titre espagnol de ce boléro très noir et très humain, Que en vez del infierno encuentres gloria. FRED ROBERT Alger, (t)rêve nocturne Alger, début des années quatre-vingt-dix. Entre un gouvernement captieux et des fondamentalistes aux aguets, le peuple en sursis vit au rythme des restrictions et du couvre-feu. Zakaria a cinquante ans. Il est journaliste et écrivain, proscrit et menacé. Dans la cité de Zakaria, l’eau est distribuée deux fois par semaine, entre trois et six heures du matin. Durant cette parenthèse nocturne, le retour de l’eau est accueilli comme la pluie après une période de sécheresse et pendant quelques instants volés, la vie bat son plein et les cœurs sont sereins. Les habitants s’affairent, se lavent, font des réserves, se retrouvent autour d’un thé… Et loin des troubles politiques et du rigorisme diurne, un groupe éclectique et improbable se forme, au plus grand plaisir de Zakaria qui les observe d’un œil amusé ; un ancien combattant, un stalinien convaincu, une femme juive, un inventeur farfelu, un imam orthodoxe, une prostituée, un inspecteur de Littérature buissonnière Une insolite famille d’écrivains accompagne Linda Lê. L’auteur consacre à ces « alliés substantiels » -comme les nomme René Char- des pages érudites, fascinantes plongées dans la tourmente de l’écriture. Elle nous la décrit en fouillant son âme autant que ses textes, cette communauté d’êtres qui a choisi de subir les affres de la liberté, de l’insubordination plutôt que de mettre genou à terre devant la médiocrité. Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau est une succession de textes destinés à remercier ces écrivains qui ont fondé sa pensée, nourri sa réflexion. On y croise Roger Walser « à l’âme effilochée » qui voua sa vie « à élever la vétille au rang de grandeur ». Un peu plus loin l’auteur d’Ostinato, Louis-René des Forêts, dont la posture de secret et de silence s’opposait au déballage de mise dans les milieux littéraires… Juan Rodolfo Wilcock police discutent, échangent, profitent. L’Allumeur de rêves berbères de Mohand Fellag est un roman sensible, grave et léger : la faconde de Zakaria évoque avec élégance un peuple habile à se jouer des lois pernicieuses qui l’accablent et plonge le lecteur dans une atmosphère fantasque et poétique où s’égrène une joie désespérée. Cette tragi-comédie des habitants d’une capitale chaotique, Mohand Fellag nous l’avait déjà fait découvrir dans son recueil de nouvelles C’est à Alger. Les Marseillais et les Toulonnais ont eu la chance de retrouver son talent d’humoriste au Gymnase et à Châteauvallon dans Tous les Algériens sont des mécaniciens (voir p 16), spectacle aux accents du roman, subversif et drôle, où la débrouillardise permet au commun des mortels de tirer son épingle du jeu, dans un système aux confins de l’absurde. MARION CORDIER surgit avec son humour en bandoulière et sa prédilection pour les gambits, comme un certain Roger Walser ! Tiens donc… L’anthologie se poursuit avec Felisberto Hernandez « le schismatique » qui démarra une carrière de pianiste avant de devenir écrivain, Ghérasim Luca qui refusait « toutes les formes, toutes les catégories, toutes les idées… », Louis Calaferte encore qui, « avant de satisfaire sa « faim de verbe » en descendant à son tour dans l’arène, l’avait apaisée au moyen de milliers de volumes avalés. » Puis Sándor Márai, Bohumail Hrabal et tous les autres briseurs de conventions… Dix-sept chapitres en forme de révérence à des guides, rebelles incorrigibles, auxquels Linda Lê paye sa dette à travers de courts textes brillants. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Boléro noir à Santa Clara Lorenzo Lunar traduit du cubain par Morgane Le Roy, revu par Jacques Aubergy éd. L’Atinoir, 12 euros À noter que la présente édition est agrémentée d’une préface de Rebeca Murga et d’une postface de Sébastien Rutès, toutes deux fort intéressantes. L’Allumeur de rêves berbères Fellag Ed. JC Lattès, 302 p., 14 euros Au fond de l'inconnu par k'DdikEr noucau Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau Linda Lê Christian Bourgois éditions, 17 euros 4
Tu auras des droits, mon enfant Les éditions de L’Initiale s’enrichissent d’un nouvel album de « philosophie à l’usage des tout petits ». Après la jalousie, les douleurs du deuil et les pièges de la surconsommation, voici un rappel ludique et coloré des droits inaliénables de l’enfant, présenté comme à l’accoutumée sous la forme d’un petit livre carré facile à transporter et à feuilleter. Orange et bleu, comme la Terre vue par les yeux du poète, et tout en sphères, comme le ventre arrondi d’une femme enceinte, Petits grands droits pour mon enfant récapitule joliment tout ce qu’une mère peut souhaiter pour son petit à naître : nom, amour, nourriture, eau, accès aux soins et à l’éducation, mais aussi liberté, paix, justice et solidarité. Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel éclatent sur les illustrations très graphiques de Fathy Bourayou, entre lesquelles serpente la parole poétique et engagée de Giovanna Zecchinato-Inal. Et l’on se prend à rêver avec eux d’un monde meilleur, où tous les enfants pourraient grandir dans l’harmonie… Un très joli album, à faire découvrir à nos minots des pays riches, pour qu’ils apprennent leurs droits mais aussi leurs devoirs. FRED ROBERT La danseuse et le dragon « Ça ressemble à un conte, ça pourrait être une histoire », ainsi s’ouvre et se clôt l’album de Daphné Collignon consacré à Anne Nivat, correspondante de guerre. Un album magnifique qui retrace les étapes du projet, de sa naissance dans les sables marocains aux rencontres régulières entre l’auteure de BD et la reporter, puis à sa mise en forme et en images. Il n’était pas facile de rendre fidèlement la vie d’une correspondante de guerre. Daphné Collignon le fait, superbement. Sans doute parce qu’avant même de rencontrer Anne Nivat, elle a admiré son « apparente facilité à se fondre dans des mondes qui n’étaient pas les siens -à ne pas juger, juste être là, regarder, observer, raconter- », la « transparence d’une parole vivante qui (…) prenait le temps de comprendre et digérer des réalités multiples sans chercher à leur donner de sens ». Elle a alors eu envie de tracer le portrait de cette femme entre deux mondes, « entre ceux qui habitent ces contrées lointaines, détruites et les chanceux qui vivent dans la bulle occidentale », comme l’écrit Anne Nivat ellemême en préface. D’évoquer sans glamour ce métier difficile. À l’arrivée, le lecteur se délecte de ce portrait croisé de deux femmes d’aujourd’hui, généreuses et sensibles, et des qualités esthétiques de l’ouvrage. Camaïeux de bruns, alternance heureuse de la couleur et du noir et blanc, du dessin et de la photo, variété de la composition des pages et des lettrages, Daphné Collignon jongle habilement avec les techniques et offre la vaste palette de ses talents graphiques. Un album-puzzle, à l’image de l’existence fragmentée et bouleversante de celle qui danse tout près du dragon. FRED ROBERT 63 Petits grands droits pour mon enfant Giovanna Zecchinato-Inal, Fathy Bourayou éd. L’Initiale, 11 euros I Anne Nivat, correspondante de guerre Daphné Collignon éditions Soleil, 14,90 euros Cet album a été réalisé en collaboration avec Reporters sans frontières À bon livre bon rat Des rats de bibliothèques on en connaît tous, parfois même on croise leur regard dans nos miroirs… Mais un rat, un vrai, fou de lecture, éclectique et passionné, quelle rencontre ! Firmin, puisque tel est son nom, treizième malingre d’une portée affamée, se livre à un long monologue autobiographique, ironique et désespéré. Qui pourrait discuter avec un rat ? même doté d’une qualité rare ? Car s’il dévore les livres, c’est au figuré comme au sens propre. Né par hasard dans les sous-sols d’une librairie de Boston, au creux d’un volume déchiré, il a commencé par apprécier les différents types de papier avant d’en savourer le sens. Miracle ! Firmin sait lire, décline ses goûts, ses coups de cœur, ses espoirs, ses détresses, nous entraîne dans un jeu subtil dont il est maître, avec la verve d’un Tristram Shandy : démystification des procédés d’écriture, des appels au lecteur, des incipit ravageurs, et introspection sans concessions de ce lecteur au physique ingrat qui s’identifie aux héros de romans. Puis notre infatigable lecteur, amateur de films porno à ses heures, se prend d’amitié pour un libraire et pour un écrivain plus ou moins raté… La trinité du livre est en place, sur un arrière plan de fin du monde (fin du quartier en tout cas), et les ingrédients de ce petit récit jouissif et somptueux sont posés. À vous de grignoter, de savourer ce mets de choix assaisonné par les illustrations expressives de Krahn. Premier roman de Sam Savage, Firmin est un ouvrage à dévorer sans modération ! MARYVONNE COLOMBANI Firmin Autobiographie d’un grignoteur de livres Sam Savage Actes Sud, 18 euros



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